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Actualités du droit

  • Après le coup d’Etat : La Turquie se ressoude ?

    Un petit week-end à Istanbul ne se refuse jamais, surtout si c’est pour y retrouver des amis. Et puis, le mépris anti-turc est tellement installé dans notre pays qu’il faut mieux se rendre sur place pour comprendre ce qui s’y passe.

    Je ne parle pas le turc, et lors d’un si rapide séjour, je ne prétends pas procéder à une étude. De plus, une semaine après la tentative de coup d’Etat – un coup d’État sérieux et violent, avec 273 morts – l’information est sous contrôle, ce qui se comprend très bien. Au fil du temps, nous en saurons davantage, mais je reviens avec une conviction optimiste, marquée de lourdes inquiétudes, et cet optimisme est très partagé à Istanbul.

    J’assume d’être démenti dans les temps qui viennent, mais voici quand même quelques points d’analyse.

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    L’auteur visé : Gülen, et personne d’autre

     

    Depuis le coup d’État, le pouvoir dénonce un seul responsable : le prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux États-Unis. Erdogan ne dénonce ni les kémalistes de l’armée, ni les forces de gauche, ni les partis pro-kurdes. C’est clair. Pendant des années, l’AKP et les réseaux de Fethullah Gülen agissaient en se serrant les coudes, mais ceci a explosé avec la réussite de l’AKP. L’espace politique qu’a pris l’AKP a mis en lumière leur rivalité. Depuis, la lutte entre Erdogan et Gülen, qui joue beaucoup sur l’éducation et les grands services publics, est à la fois illisible et omniprésente, d’autant plus difficile à analyser que ce sont deux groupes islamistes et conservateurs…

    Ceci dit, la presse occidentale doit être réaliste : après ce coup d’État, Erdogan ne vise que le réseau de Fethullah Gülen. Il ne s’en est pris à aucun autre groupe politique : ni la gauche, ni les laïcs, ni les pro-kurdes. La Turquie va demander l’extradition de Fethullah Gülen, et Bekir Bozdag, ministre de la justice, a directement mis en cause les US, les accusant de savoir que « Fethullah Gülen est derrière ce coup ». Sur France 24, Erdogan affirme : « Lorsque le chef d'état-major était retenu en otage, un de ses ravisseurs lui a proposé de parler au téléphone avec son leader, Fethullah Gülen ».

    Pour le moment, Fethullah Gülen dément, mais avec très peu de relais publics en Turquie. Aussi, l’hypothèse principale est celle d’un coup d’État islamiste pour renverser Erdogan.

     

    Un coup d’État sérieux, un pouvoir faible et l’armée kémaliste pour sauver Erdogan

     

    L’attaque était très déterminée, et tout a basculé car le commando qui devait abattre Erdogan a été mis en échec, du fait d'informations fuitées. Pour autant, de ce qui se dit actuellement à Istanbul, Erdogan a pu se mettre à l'abri car il a été protégé par des généraux de l’armée, de la grande tradition kémaliste : la défense de l’Etat. C’est grâce à cet appui militaire institutionnel qu’Erdogan a pu décoller, rejoindre l’aéroport d’Istanbul où il s’est posé en sécurité, avant de rejoindre ses soutiens politiques qui l’attendaient en nombre. Le coup d’État a été mis en échec parce que le peuple est descendu dans la rue, mais rien n’aurait été possible si la vieille garde kémaliste de l’armée n’avait pas fait le choix de défendre l’État et le chef de l’Etat, contre cette part islamiste du commandement militaire.

    Nous attendons bien évidemment d’en savoir plus, et je veillerai à donner toute information contraire et sérieuse. Mais restons logiques : une part, importante, du commandement militaire a voulu imposer un coup d’État, et on comprend que l’autre part du commandement qui s’y est opposée est celle de la grande tradition militaire turque.

    - Tu veux dire qu’en réalité si Erdogan a pu récupérer la situation, c’est grâce aux kémalistes de l’armée ?

    - Oui. C’est ce qui m’a été expliqué, qui en l’état actuel paraît convaincant, et cela marquera beaucoup la suite. Observe bien qu’on ne dénonce aucune purge chez les militaires kémalistes, ni dans les milieux de gauche.

     

    Le peuple se resserre pour défendre la démocratie

     

    Hier après-midi, il y avait une grande manifestation sur l’historique Place Taksim, au cœur d’Istanbul. Là encore, il y a des faits incontestables. C’est le parti de gauche, laïc, le Parti républicain du peuple (CHP) qui avait appelé à ce rassemblement, et qui s’y est rallié ? L’AKP ! Qui aurait pu envisager il y a un mois une grande manifestation commune du CHP et de l’AKP ? Place Taksim, on voyait de très nombreux drapeaux turcs, mais aussi beaucoup de portraits de Mustafa Kemal Atatürk, père de la République et figure tutélaire des militants du CHP.

     

    Alors ?

     

    Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il faudra du temps pour analyser la répression politique et les purges en cours, avec un état d’urgence très extensif. Encore une fois, toute information contraire est bienvenue. Je ne joue pour aucun camp, je cherche à comprendre.

    Le sentiment qui se dégage de ces rencontres à Istanbul est que toute la société, les généraux kémalistes en tête, fait front pour s’opposer à ce coup islamiste, ce qui, d'une manière ou d'une autre, va redessiner le cadre de la vie politique.

    Ces dernières années, Erdogan a pris de lourds engagements, s’engageant dans des problématiques qui aujourd’hui le dépassent. Est-il encore temps de freiner ? À ce jour, lorsqu’il fait le bilan de ceux qui ont sauvé la démocratie, il trouve les généraux kémalistes, son fidèle parti AKP, mais aussi les forces d’opposition socialistes ou pro-kurdes, l’ensemble des syndicats – patronaux et salariés – et massivement la population. Dans le même temps, Erdogan doit faire le constat que des forces sur lesquels il comptait l’ont lâché.

    La lecture pessimiste des événements est que l’état d’urgence va renforcer un pouvoir personnel, jusqu’à l’excès.

    La lecture positive est qu’Erdogan, fragilisé par des écroulements dans les courants politiques islamistes, va devoir se recentrer sur ceux qui ont soutenu, qui sans doute lui ont sauvé la vie, qui portent l’économie du pays, et qui, réunis, ressemblent tant à la Turquie.

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  • Morcheeba, Montreux Jazz Festival 2014

    La vie vous semble compliquée ? Keep calm, c’est juste une question d’optique. Voici de quoi rectifier le cadrage, avec la plus simple des beautés, le groupe Morcheeba au festival de jazz de Montreux 2014. Son et image perfect : on peut en faire un Kdo.

    C’était les quarante ans de Skye Edwards, une authentique chérie. Merci Skye, dziękuję, tank you, cảm ơn bạn, спасибо, gracias, grazie, danke, благодаря, aitäh, misaotra anao, hvala, obrigado, whakawhetai koe, dank u… and so one

    Et Skye, si tu cherches un stage dans un cabinet d’avocats, n’hésite pas à adresser un CV. Ici, c’est la maison de l’enthousiasme et du partage.

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  • Que font les militaires français en Libye ?

    Ce 17 juillet, trois militaires français, sous-officiers, membres du service action de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sont morts dans un accident d'hélicoptère en Libye.

    Que faisaient-ils là-bas ? Je ne vois aucune décision du gouvernement ou du parlement français autorisant l’engagement de troupes en Libye, ni aucun accord du gouvernement libyen pour cette intervention militaire extérieure.

    Le gouvernement français, incapable d’assurer la sécurité sur la Promenade des Anglais le soir du 14 juillet, aurait-il un plan pour la Libye ? Bien sûr, la France est là-bas pour la « guerre contre le terrorisme », je l’aurais parié mon pote ! Laissons la parole au fidèle valet, Stéphane Le Foll : « Les forces spéciales sont là, bien sûr, pour aider et faire en sorte que la France soit présente partout pour lutter contre les terroristes. »

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    Mais à part ça ?

    Jusqu’à preuve du contraire, la Libye n’est pas la France. D’après mes renseignements, la Libye serait même un État souverain, enregistré à l’ONU. D’une curiosité insatiable, j’ai étudié les cartes de géographie, et effectivement la Libye n’est pas en France.

    Alors la question est simple : dans quel cadre juridique des soldats français combattent-ils sur une terre étrangère ? Et comment justifient-ils ce démembrement de l'Etat libyen (eux qui ne cessent de chanter l'union nationale ?) 

    En Libye, le gouvernement d'unité nationale dirigé par M. Sarraj, soutenu par les Nations unies a vivement dénoncé cette présence militaire étrangère sur son territoire, exprimant « son profond mécontentement concernant la présence française dans l'Est libyen sans concertation », ajoutant qu’il n’acceptait aucun compromis « sur le respect de la souveraineté libyenne ». D’importantes manifestations ont eu lieu le 20 juillet, à Tripoli, Benghazi, Gharyan et Misrata, avec des slogans explicites : « Non à l’intervention française, Laissez la Libye tranquille”, souligne Middle East Online.  

    Là-bas, la France soutient l’action du « général » Haftar, un chef milicien de l'Est libyen, qui défie l’autorité du gouvernement, bloque son fonctionnement et prépare la dislocation du territoire. Haftar refuse de rencontrer Martin Kobler, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, et qualifie de « terroristes » qui il veut, en fonction de ses intérêts (il n’est pas le seul…).

    Bref, la France, membre permanent du Conseil de sécurité, joue contre le plan de l’ONU visant à renforcer le gouvernement d’union nationale, et prépare la prochaine guerre qui déchirera la Libye, Est contre Ouest. Avec toutes les conséquences que l’on sait.

    Illégaux et irresponsables. Totalement illégaux et totalement irresponsables. 

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  • Nice : Des criminels, sans lien avec Daech

    64379540_11970789.jpgLe délire collectif de la « radicalisation fulgurante » qui était patent le jour même, s’est définitivement fracassé cinq jours plus tard, avec les déclarations du procureur de Paris François Moulins. L’enquête confirme le caractère prémédité du passage à l’acte, d’un projet « mûri de longue date », avec des traces de plus d’un an de préparation. Rien de très saillant toutefois sur le téléphone et l’ordi : en mai 2015, un article sur le Captagon, des photos de feux d’artifices à Nice les 14 juillet et 15 août 2015, un article sur l’affaire du commissariat du 18e arrondissement à Paris, intitulé « L’homme tué devant le commissariat de Barbès est un tunisien »…

    Des complices ? Oui, surtout un, avec 1278 appels en un an, et d’autres. Le procureur a ouvert une information pour association de malfaiteurs : « Les investigations menées depuis la nuit du 14 juillet dernier n’ont cessé d’avancer et ont permis non seulement de confirmer plus encore le caractère prémédité du passage à l’acte mortifère de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, mais également d’établir que ce dernier avait pu bénéficier de soutiens et de complicités dans la préparation et la commission de son acte criminel ». Des gens sans casier, inconnus des services de police.

    Et Daech ?  Le groupe a revendiqué l'attentat, mais selon le procureur, «le lien n'est pas établi à ce jour avec des acteurs de l'organisation terroriste Daech». Le lien n’est pas établi. Oki ?

    Alors ? Et bien, une fois de plus, le spectacle atterrant de cette classe politique et médiatique dominante, qui raconte n’importe quoi, juste pour alimenter la peur et se mettre en avant. Catastrophique. Les experts sur la radicalisation fulgurante… Les addicts au « terrorisme islamiste »… Les cinglés de la France en guerre… Les abrutis qui veulent enfermer les fichés S (alors que pas un des 6 de Nice n’était fiché)… Les maniaques de l’état d’urgence,… dont Nice a montré l’efficacité…

    On voudrait jusqu’ils se la ferment et qu’ils dégagent.

    Toute société sécrète une grave maladie, le crime. Le crime, c’est détruire l’autre par conviction de sa supériorité. Le chemin vers le crime, c’est la violence, et la seule réflexion sérieuse après Nice est de s’interroger sur cette violence, sa source, et son envolée vers l’exacerbation. Le problème, c’est qu’il est plus facile de fantasmer sur le « terrorisme islamiste », parce qu’on entretient le mythe d’une société parfaite, durement attaquée par un groupe extérieur. Admettre que le problème est « la violence » – ce qui est la constante depuis janvier 2015 – c’est parler d’un mal très partagé, et ça, c’est bien plus difficile, parce qu’il faut parler de choses vraies, de nous.

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  • Pour un gouvernement par l’administration

    50862-service-public-2,bWF4LTY1NXgw.jpgAprès quelques jours passés à l’étranger, happé par le travail, j’ai retrouvé hier soir notre douce France, et je me suis plongé dans la lecture de la presse. Franchement, c’est inquiétant. Ce qui est inquiétant, je veux dire, c’est l’incapacité de la classe politique à comprendre le pays, donc à le diriger, à supposer qu’elle en ait les compétences. Aujourd’hui, je ne ferai pas l’analyse détaillée de ce que chacun peut constater chaque jour, et j’en resterai au constat : un pays qui a d’immenses capacités, qui innove et réussit beaucoup, mais qui est en échec sur trop de plans, et qui fabrique de la ségrégation sociale.

    Sur le bilan, tout le monde se retrouve. Mais quelles réponses ? De manière pragmatique, alors que s’annoncent des élections générales, pour qui voter ? Honnêtement, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, et tous ceux qui se présentent pour redresser la France ont des responsabilités jusque-là dans les maux qui minent notre pays. Ici, je parle de la politique sérieuse, et non pas des amuseurs loufoques du FN-Circus, qui reste définitivement une plaisant-triste.

    - Voter pour l’un, qui est nul, pour faire barrage à l’autre, qui est pire, j’ai donné, c’est fini.

    - Pareil pour moi. Je vote s’il y a une adhésion suffisante avec les propositions du candidat, et rien de plus.

    - Problème, pas un seul candidat ne répond à ce critère simple. Franchement, tu peux faire confiance à ces mendiants électoraux que sont Hollande, Juppé ou Sarkozy pour redresser le pays ? Quelle solution ?

    Et bien, je pense que nous devons nous passer du gouvernement le temps d’un quinquennat, renouvelable. Pendant ce temps, le pays serait gouverné par notre administration, qui est de haute qualité. Libérée de la tutelle politique et des servilités liées à la course aux honneurs, elle pourrait même devenir excellente. Chacun le constate chaque jour : à tous les degrés, nous trouvons des fonctionnaires investis dans leurs missions, profondément attachés au sens du service public, et veillant, au mieux de leurs moyens, à pleinement appliquer la loi.

    Durant ces cinq années bénies, il faudrait justifier d’une urgence absolue pour voter une nouvelle loi, alors que la priorité serait d’enfin appliquer toutes les lois votées, et qui restent en attente d’exécution.

    Ce gouvernement par l’administration, ce n’est pas un idéal, mais un remède nécessaire. Au vu de la déliquescence du personnel politique, de son incapacité à comprendre la société, et donc encore plus à la diriger, il faut choisir l’efficacité : satelliser les flegmons politiques, leur interdire de toucher aux manettes du pouvoir, et laisser notre grande et noble administration gérer le pays. Chaque agent public se sentira réinvesti de sa mission fondamentale, et dans le respect de l’État de droit, les décisions et les actes de cette administration seront soumis au contrôle du juge, grâce à la vigilance des citoyens.

    Depuis dix ans, l’action politique – instable, cosmétique, virevoltante… – n’aide pas l’administration, elle la gêne. La France vaut mieux que ses dirigeants, qui doivent être écartés des cercles du pouvoir, car leur capacité de nuisance a dépassé les limites de l’acceptable. Libérée de la lourdeur pouvoir politique, la société va se gérer comme une grande, dans le respect de l’État de droit, qui permet de faire tant de choses, dans l’esprit de solidarité.  

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