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Actualités du droit

  • Trop fort : Le blog était à Notre Dame

    Pour reposer mes pauvres oreilles qui se fatiguent à entendre trop de sonneries, je suis allé faire un tour Notre-Dame de Paris, pour l’homélie d’André Vingt-Trois, lors de la cérémonie hommage au Père Jacques Hamel. C’était pas mal : « On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent ».

    Mes oreilles, toutes contentes, m'ont demandé quand on reviendrait... Mais bon, faut pas abuser des bonnes choses, parait-il. 

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    Seigneur, nous as-tu abandonnés ?

     

    "Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ?" En ce moment terrible que nous vivons, comment ne ferions-nous pas nôtre ce cri vers Dieu du prophète Jérémie au milieu des attaques dont il était l’objet ? Comment ne pas nous tourner vers Dieu et comment ne pas Lui demander des comptes ? Ce n’est pas manquer à la foi que de crier vers Dieu. C’est, au contraire, continuer de lui parler et de l’invoquer au moment même où les événements semblent remettre en cause sa puissance et son amour. C’est continuer d’affirmer notre foi en Lui, notre confiance dans le visage d’amour et de miséricorde qu’il a manifesté en son Fils Jésus-Christ.

     

    Ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort, un moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme et qui promettrait le paradis à ceux qui tuent en l’invoquant, ceux-là ne peuvent pas espérer que l’humanité cède à leur mirage. L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. L’espérance a un visage, le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice pour que les hommes aient la vie en abondance. L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté. C’est cette espérance au cœur de l’épreuve qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort.

     

    C’est cette espérance qui animait le ministère du P. Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté. C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie. C’est cette espérance qui nous permet de ne pas succomber à la haine quand nous sommes pris dans la tourmente.

     

    Cette conviction que l’existence humaine n’est pas un simple aléa de l’évolution voué à la destruction inéluctable et à la mort habite le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et leurs religions. C’est cette conviction qui a été blessée sauvagement à Saint-Étienne du Rouvray et c’est grâce à cette conviction que nous pouvons résister à la tentation du nihilisme et au goût de la mort. C’est grâce à cette conviction que nous refusons d’entrer dans le délire du complotisme et de laisser gangréner notre société par le virus du soupçon.

     

    On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent.

     

    La peur de tout perdre

     

    La crise que traverse actuellement notre société nous confronte inexorablement à une évaluation renouvelée de ce que nous considérons comme les biens les plus précieux pour nous. On invoque souvent les valeurs, comme une sorte de talisman pour lequel nous devrions résister coûte que coûte. Mais on est moins prolixe sur le contenu de ces valeurs, et c’est bien dommage. Pour une bonne part, la défiance à l’égard de notre société, – et sa dégradation en haine et en violence – s’alimente du soupçon selon lequel les valeurs dont nous nous réclamons sont très discutables et peuvent être discutées. Pour reprendre les termes de l’évangile que nous venons d’entendre : quel trésor est caché dans le champ de notre histoire humaine, quelle perle de grande valeur nous a été léguée ? Pour quelles valeurs sommes-nous prêts à vendre tout ce que nous possédons pour les acquérir ou les garder ? Peut-être, finalement, nos agresseurs nous rendent-ils attentifs à identifier l’objet de notre résistance ?

     

    Quand une société est démunie d’un projet collectif, à la fois digne de mobiliser les énergies communes et capable de motiver des renoncements particuliers pour servir une cause et arracher chacun à ses intérêts propres, elle se réduit à un consortium d’intérêts dans lequel chaque faction vient faire prévaloir ses appétits et ses ambitions. Alors, malheur à ceux qui sont sans pouvoir, sans coterie, sans moyens de pression ! Faute de moyens de nuire, ils n’ont rien à gagner car ils ne peuvent jamais faire entendre leur misère. L’avidité et la peur se joignent pour défendre et accroître les privilèges et les sécurités, à quelque prix que ce soit.

     

    Est-il bien nécessaire aujourd’hui d’évoquer la liste de nos peurs collectives ? Si nous ne pouvons pas nous en affranchir, en nommer quelques-unes nous donne du moins quelque lucidité sur le temps que nous vivons. Jamais sans doute au cours de l’histoire de l’humanité, nous n’avons connu globalement plus de prospérité, plus de commodités de vie, plus de sécurité, qu’aujourd’hui en France. Les plus anciens n’ont pas besoin de remonter loin en arrière pour évoquer le souvenir des misères de la vie, une génération suffit. Tant de biens produits et partagés, même si le partage n’est pas équitable, tant de facilités à vivre ne nous empêchent pas d’être rongés par l’angoisse. Est-ce parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs ?

     

    L’atome, la couche d’ozone, le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, le risque du chômage, l’instabilité des familles, l’angoisse du bébé non-conforme, ou l’angoisse de l’enfant à naître tout court, l’anxiété de ne pas réussir à intégrer notre jeunesse, l’extension de l’usage des drogues, la montée de la violence sociale qui détruit, brûle, saccage et violente, les meurtriers aveugles de la conduite automobile… Je m’arrête car vous pouvez très bien compléter cet inventaire en y ajoutant vos peurs particulières. Comment des hommes et des femmes normalement constitués pourraient-ils résister sans faiblir à ce matraquage ? Matraquage de la réalité dont les faits divers nous donnent chaque jour notre dose. Matraquage médiatique qui relaie la réalité par de véritables campagnes à côté desquelles les peurs de l’enfer des prédicateurs des siècles passés font figure de contes pour enfants très anodins.

     

    Comment s’étonner que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri ? L’abri antiatomique pour les plus fortunés, abri de sa haie de thuyas pour le moins riche, abri de ses verrous, de ses assurances, appel à la sécurité publique à tout prix, chasse aux responsables des moindres dysfonctionnements, bref nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Nous empêcherons la convoitise et les vols, nous empêcherons les pauvres de prendre nos biens, nous empêcherons les peuples de la terre de venir chez nous. Protection des murs, protection des frontières, protection du silence. Surtout ne pas énerver les autres, ne pas déclencher de conflits, de l’agressivité, voire des violences, par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique.

     

    Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher.

     

    C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance ? Et, pour nous qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, l’espérance c’est la confiance en la parole de Dieu telle que le prophète l’a reçue et transmise : "Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants."

    "Mon rempart, c’est Dieu, le Dieu de mon amour."

    Amen !

    Cardinal André Vingt-Trois,

    archevêque de Paris.

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    Victime d'un crime 

  • Saint-Etienne-du-Rouvray : Comprendre la décision des juges

    Tuer, en l’égorgeant, un prêtre de 85 ans qui célèbre la messe, il faut vraiment que le criminel n’ait jamais eu aucune réflexion, ni même pensée, religieuse dans sa tête. Attendons quelques jours pour en savoir plus sur ce jeune tueur.

    Nous en savons aussi bien peu sur la décision de justice qui a décidé de le remettre en liberté, mais ce soir, je lis tellement d’aberrations que je veux rappeler quelques bases. Je ne commente  pas une décision que je ne connais pas, mais je pose un cadre.

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    Les faits montrent un système très réactif.

    Fin mars 2015, le jeune est interpellé alors qu’il veut passer la frontière,... donc une buse. Il est placé en garde à vue le 24 mars 2015, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire « avec interdiction de quitter la Seine-Maritime, obligation de pointer au commissariat de son lieu de domicile une fois par semaine et de justifier d'une formation ou activité professionnelle ». Le 11 mai 2015, il quitte le domicile familial. Les parents alertent le juge, qui lance un mandat d'arrêt international. Toujours pas plus rusé, le type se fait arrêter en Turquie le 13 mai 2015, en 48 heures. Il est passé par Genève, et a piqué la carte d'identité de son cousin. Remis à la France le 22 mai 2015, il est mis en examen et placé en détention provisoire. Ce pendant dix mois, jusqu’au 18 mars 2016. Le juge d’instruction, qui sait tout ce que le dossier a appris depuis un an – alors que nous n’en savons rien – décide de le remettre en liberté, sous contrôle judiciaire avec assignation à résidence sous surveillance électronique, et quelques heures de sortie par jour. Il retourne chez ses parents, qui avaient alerté le juge lors de sa première absence. Le procureur fait appel, et la chambre d’instruction soit trois magistrats de la cour d’appel de Paris, confirme la décision.

    Alors ?

     

    1/ Qui sont ces juges, vilipendés comme incompétents et irresponsables ?

    Et bien, ce sont les plus compétents en matière de terrorisme. Depuis 30 ans, existe à Paris un secteur spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, avec des magistrats qui s’y consacrent, au tribunal et à la cour d’appel, au siège et au parquet. Il y a parmi ces magistrats, exerçant ou ayant exercé, des gloires médiatiques que l’on s’arrache pour savoir le vrai. C’est dans cette filière qu’a été prise la décision. Ces magistrats voient passer tous les dossiers, toutes les formes de terrorisme, et tous les profils, depuis les tueurs formatés jusqu’aux imprévisibles ahuris.

    La remise en liberté a été prononcée par un juge d’instruction. Le parquet a fait appel, et c’est finalement la formation de la cour d’appel, spécialisée en matière de terrorisme, donc trois magistrats chevronnés, qui a pris la décision. Vu les terrifiants événements d’hier, la critique est dans l’ordre des choses – et une décision de justice est naturellement soumise à la critique – mais, avant de vous lâcher, pensez à intégrer la particulière compétence de ces magistrats. Et pour les côtoyer de temps en temps, je peux vous garantir que ce ne sont pas des tendres, tous les avocats vous le confirmeront.

     

    2/ Pourquoi et comment cette libération ?

    Il ne s’agit pas d’une « libération conditionnelle », c’est-à-dire de la remise en liberté d’une personne condamnée – comme je l’ai lu plusieurs fois – mais de la remise en liberté d’une personne qui n’est pas encore jugée. L’auteur était mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.

    Là, on se calme. Si la justice veut être réellement efficace, et soyez sûrs qu’elle s’organise pour cela, sa priorité est de comprendre comment s’organisent les filières, pour identifier les têtes de réseau, les moyens de financement, et comprendre où passe réellement l’information par Internet. On peut certes privilégier l’efficacité immédiate, et condamner toute personne qui a cherché à rallier la frontière syrienne. Mais en procédant ainsi, on se prive de toute visibilité sur l’organisation des réseaux. Je rejette totalement la notion de « guerre contre le terrorisme » pour ce qui concerne notre territoire, mais en revanche, j’ai le plus grand respect pour l’action à long terme de ces magistrats spécialisés, loin des lumières des médias, qui font un travail opiniâtre d’identification des réseaux, le seul travail sérieux.

     

    3/ Où en Syrie ?

    Si j’ai bien compris, tout jeune qui cherche à passer la frontière syrienne serait à placer en détention à vie lors de son retour. Quel simplisme aberrant, et quelle méconnaissance de la scène syrienne ! Aller en Syrie, oui, mais pour aller où, dans ce territoire morcelé ?

    Vous rappelez de Fabius, actuellement président du Conseil constitutionnel, expliquant que sur le terrain Al Nosra faisait du bon boulot, alors que ce groupe est ouvertement une filiale d’Al Qaïda. Oki ? On continue. Tous les jours, la classe politique et la presse mainstream saluent l’action des rebelles d’Alep, combattant aux troupes loyalistes : alors on fait quoi d’un Français qui veut rejoindre les rebelles d’Alep, où tant de groupes divers combattent ? Pour rester aux données les plus connues, ajoutons la zone Nord, à la frontière de la Turquie, qui échappe au contrôle de l’État syrien, et où la France développe ses contacts pour donner corps à une opposition syrienne.

    Là, nous entrons dans le fond du dossier, que personne ne connaît à part les magistrats qui ont eu à se prononcer sur cette affaire. Que ressortait-t-il des intentions réelles de ce jeune homme de 19 ans ? Y avait-il alors des éléments tangibles d’allégeance à Daech, alors que la justice disposait certainement de l’examen approfondi du téléphone portable et de l’ordinateur ? Et les juges n'auraient pas percuté ? Quel était l’avancement de son projet ? Le type avait-il réellement des contacts sérieux ? Et qu’avaient permis d’apprendre les 10 mois d’instruction, ce qui veut dire aussi 10 mois en détention, sous surveillance intense ?

    *   *   *

    Comme toute personne, un juge peut se tromper et une formation de la cour, composée de trois juges expérimentés, peut également se tromper. Les événements dramatiques de Saint-Etienne-du-Rouvray ont de quoi attiser l’incompréhension. Mais dézinguer les magistrats, quand on sait si peu des réalités judiciaires du terrorisme et rien dossier, était hier le spectacle navrant qu’offraient les plateaux-télé.

    Est-il indispensable de foncer chaque fois sur toutes les fautes attendues ?

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    En ce mois de juillet 2016, que reste-t-il de cette œuvre ?

  • Un gros malaise à propos de Daech

    Nous allons essayer de rester rationnels cinq minutes, et je compte sur votre aide, car je pose une question simple, qui nous intéresse tous : après deux ans de guerre, pourquoi Daech n’est-il pas encore éradiqué ? On parle de 20.000 à 30.000 combattants.

    Si j’ai bien suivi, Daech est combattu par le monde entier depuis deux ans. Donc, les mecs ont à leur trousse l’OTAN – les Etats-Unis en tête –, la Russie et ses alliés, le monde sunnite, et le monde chiite. Aucun allié, ils sont en autarcie diplomatique et militaire. En termes de rapport de forces, c’est du 99,9 contre 0,01 %. Daech recule, c’est sûr, et sur place des soldats jouent leur peau. Alors, respect, mais quand même, il y a des questions sérieuses qui se posent.

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    Daech dirige un territoire en lambeaux, sans frontières, sans structure d’Etat fiable, avec une administration balbutiante, de nombreux combattants étrangers, pour des territoires – et des populations – disparates. Au point de vue militaire, ils ont des combattants courageux, voire allumés, mais pas d’aviation, une défense anti-aérienne embryonnaire, un retard colossal dans la technologie, notamment pour le renseignement, et un armement qui doit avoir de sérieux problèmes d’après-vente et d’entretien. Au jour le jour, les forces de la coalition occidentale d’une part, et l’armée russe d’autre part, qui contrôlent l’espace aérien de Daech, tirent des milliers de photos qui permettent de suivre la présence et l’action des troupes de Daech, de Mossoul à Raqqa. Pour en faire quoi ?

    La guerre coûte cher ? Certes, mais celle-ci bien moins que celles conduites contre le Vietnam, l’Afghanistan ou l’Irak. Et vu la composition de cette immense coalition, qui inclut les pays les plus riches, dont nos amis saoudiens et qataris, il y a de la monnaie, beaucoup et pas loin.

    L’incapacité de troupes étrangères pour reconquérir des territoires essentiellement sunnites ? C’est un problème sérieux, vu le bilan là-bas. Après leurs actions désastreuses au Moyen-Orient, on ne voit pas les yankees accueillis à bras ouverts… Ni les Iraniens, du fait de l’instrumentalisation religieuse du conflit, et parce que la guerre Iran/Irak a à peine une génération. Ni les dirigeants des pays sunnites de la région, qui ont renoncé au patriotisme arabe et à la solidarité internationale, devenus des marionnettes dans la main des occidentaux. Oui, il va falloir faire de la vraie politique, pour créer l’adhésion populaire, mais qui s’en préoccupe ? Est-il vraiment impossible de tenir un discours juste et crédible à l’égard des populations du califat ? Impossible de parler à ces familles, qui au minimum, ne peuvent pas beaucoup miser sur Daech pour donner un avenir à leurs enfants ?

    Voilà. Voilà l’équation de cette guerre « impossible à gagner », alors qu’elle est le « défi de notre temps, avec la volonté de détruire notre civilisation… ». Deux ans à 99,9 contre à 0,01, pour quel résultat réel ?

    Alors, la question se dédouble : quels intérêts pour des responsables politiques qui jouent leur avenir à court terme, en instrumentalisant les enjeux de Daech, contre l’intérêt de leurs peuples, et contre l’intérêt de nos amis qui, là-bas, subissent l’ordre de Daech ?

    C’est une question.

    Aujourd’hui, nous n’avons ni toutes les cartes, ni le dessous des cartes. Mais un jour où l’autre, les informations seront rendues disponibles, avec des comptes à demander.

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  • Après le coup d’Etat : La Turquie se ressoude ?

    Un petit week-end à Istanbul ne se refuse jamais, surtout si c’est pour y retrouver des amis. Et puis, le mépris anti-turc est tellement installé dans notre pays qu’il faut mieux se rendre sur place pour comprendre ce qui s’y passe.

    Je ne parle pas le turc, et lors d’un si rapide séjour, je ne prétends pas procéder à une étude. De plus, une semaine après la tentative de coup d’Etat – un coup d’État sérieux et violent, avec 273 morts – l’information est sous contrôle, ce qui se comprend très bien. Au fil du temps, nous en saurons davantage, mais je reviens avec une conviction optimiste, marquée de lourdes inquiétudes, et cet optimisme est très partagé à Istanbul.

    J’assume d’être démenti dans les temps qui viennent, mais voici quand même quelques points d’analyse.

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    L’auteur visé : Gülen, et personne d’autre

     

    Depuis le coup d’État, le pouvoir dénonce un seul responsable : le prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux États-Unis. Erdogan ne dénonce ni les kémalistes de l’armée, ni les forces de gauche, ni les partis pro-kurdes. C’est clair. Pendant des années, l’AKP et les réseaux de Fethullah Gülen agissaient en se serrant les coudes, mais ceci a explosé avec la réussite de l’AKP. L’espace politique qu’a pris l’AKP a mis en lumière leur rivalité. Depuis, la lutte entre Erdogan et Gülen, qui joue beaucoup sur l’éducation et les grands services publics, est à la fois illisible et omniprésente, d’autant plus difficile à analyser que ce sont deux groupes islamistes et conservateurs…

    Ceci dit, la presse occidentale doit être réaliste : après ce coup d’État, Erdogan ne vise que le réseau de Fethullah Gülen. Il ne s’en est pris à aucun autre groupe politique : ni la gauche, ni les laïcs, ni les pro-kurdes. La Turquie va demander l’extradition de Fethullah Gülen, et Bekir Bozdag, ministre de la justice, a directement mis en cause les US, les accusant de savoir que « Fethullah Gülen est derrière ce coup ». Sur France 24, Erdogan affirme : « Lorsque le chef d'état-major était retenu en otage, un de ses ravisseurs lui a proposé de parler au téléphone avec son leader, Fethullah Gülen ».

    Pour le moment, Fethullah Gülen dément, mais avec très peu de relais publics en Turquie. Aussi, l’hypothèse principale est celle d’un coup d’État islamiste pour renverser Erdogan.

     

    Un coup d’État sérieux, un pouvoir faible et l’armée kémaliste pour sauver Erdogan

     

    L’attaque était très déterminée, et tout a basculé car le commando qui devait abattre Erdogan a été mis en échec, du fait d'informations fuitées. Pour autant, de ce qui se dit actuellement à Istanbul, Erdogan a pu se mettre à l'abri car il a été protégé par des généraux de l’armée, de la grande tradition kémaliste : la défense de l’Etat. C’est grâce à cet appui militaire institutionnel qu’Erdogan a pu décoller, rejoindre l’aéroport d’Istanbul où il s’est posé en sécurité, avant de rejoindre ses soutiens politiques qui l’attendaient en nombre. Le coup d’État a été mis en échec parce que le peuple est descendu dans la rue, mais rien n’aurait été possible si la vieille garde kémaliste de l’armée n’avait pas fait le choix de défendre l’État et le chef de l’Etat, contre cette part islamiste du commandement militaire.

    Nous attendons bien évidemment d’en savoir plus, et je veillerai à donner toute information contraire et sérieuse. Mais restons logiques : une part, importante, du commandement militaire a voulu imposer un coup d’État, et on comprend que l’autre part du commandement qui s’y est opposée est celle de la grande tradition militaire turque.

    - Tu veux dire qu’en réalité si Erdogan a pu récupérer la situation, c’est grâce aux kémalistes de l’armée ?

    - Oui. C’est ce qui m’a été expliqué, qui en l’état actuel paraît convaincant, et cela marquera beaucoup la suite. Observe bien qu’on ne dénonce aucune purge chez les militaires kémalistes, ni dans les milieux de gauche.

     

    Le peuple se resserre pour défendre la démocratie

     

    Hier après-midi, il y avait une grande manifestation sur l’historique Place Taksim, au cœur d’Istanbul. Là encore, il y a des faits incontestables. C’est le parti de gauche, laïc, le Parti républicain du peuple (CHP) qui avait appelé à ce rassemblement, et qui s’y est rallié ? L’AKP ! Qui aurait pu envisager il y a un mois une grande manifestation commune du CHP et de l’AKP ? Place Taksim, on voyait de très nombreux drapeaux turcs, mais aussi beaucoup de portraits de Mustafa Kemal Atatürk, père de la République et figure tutélaire des militants du CHP.

     

    Alors ?

     

    Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il faudra du temps pour analyser la répression politique et les purges en cours, avec un état d’urgence très extensif. Encore une fois, toute information contraire est bienvenue. Je ne joue pour aucun camp, je cherche à comprendre.

    Le sentiment qui se dégage de ces rencontres à Istanbul est que toute la société, les généraux kémalistes en tête, fait front pour s’opposer à ce coup islamiste, ce qui, d'une manière ou d'une autre, va redessiner le cadre de la vie politique.

    Ces dernières années, Erdogan a pris de lourds engagements, s’engageant dans des problématiques qui aujourd’hui le dépassent. Est-il encore temps de freiner ? À ce jour, lorsqu’il fait le bilan de ceux qui ont sauvé la démocratie, il trouve les généraux kémalistes, son fidèle parti AKP, mais aussi les forces d’opposition socialistes ou pro-kurdes, l’ensemble des syndicats – patronaux et salariés – et massivement la population. Dans le même temps, Erdogan doit faire le constat que des forces sur lesquels il comptait l’ont lâché.

    La lecture pessimiste des événements est que l’état d’urgence va renforcer un pouvoir personnel, jusqu’à l’excès.

    La lecture positive est qu’Erdogan, fragilisé par des écroulements dans les courants politiques islamistes, va devoir se recentrer sur ceux qui ont soutenu, qui sans doute lui ont sauvé la vie, qui portent l’économie du pays, et qui, réunis, ressemblent tant à la Turquie.

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  • Morcheeba, Montreux Jazz Festival 2014

    La vie vous semble compliquée ? Keep calm, c’est juste une question d’optique. Voici de quoi rectifier le cadrage, avec la plus simple des beautés, le groupe Morcheeba au festival de jazz de Montreux 2014. Son et image perfect : on peut en faire un Kdo.

    C’était les quarante ans de Skye Edwards, une authentique chérie. Merci Skye, dziękuję, tank you, cảm ơn bạn, спасибо, gracias, grazie, danke, благодаря, aitäh, misaotra anao, hvala, obrigado, whakawhetai koe, dank u… and so one

    Et Skye, si tu cherches un stage dans un cabinet d’avocats, n’hésite pas à adresser un CV. Ici, c’est la maison de l’enthousiasme et du partage.

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