10.11.2007
Travailler plus pour expulser plus
Travailler plus pour expulser plus. C’est le sort qui attend Brice Hortefeux, à l’heure d’un premier bilan. Notre bien aimé président voulait 25.000 expulsés sur l’année. Fin octobre, le compteur du ministère de l’Identité nationale était arrêté à 18 600. Donc, pour atteindre 25 000, il faudrait en trouver 6 400 en deux mois, soit 106 par jour, soit 4, 44 par heures, soit 1,11 tous les quarts d’heure. Si je ramène à douze heures de travail disponibles par jour, cela fait 2, 22 par quart d’heure. Impossible : c’est cuit.
Tout s’explique…
D’abord, la perte d’un marché : ça, c’est le quotidien dans le business. Tu planifies l’activité, avec une prévision de trésorerie. Tout s’annonce bien, et bing ! tu perds le client. La Roumanie et la Bulgarie étaient, encore en 2006, des pays franchement étrangers, avec de gros marchés à la clé. Imaginez une descente dans un camp de gitans. La poire pour la soif, mes amis ! Une ressource inépuisable. Catastrophe : en 2007, ils sont devenus européens. Et, bien sûr, les petits copains ne l’avaient pas dit à Nicolas. C’est pour ça que Nicolas avait dit 25.000. Car Nicolas, il est très gentil et il ne se trompe jamais.
Ensuite, gros problème avec les grèves ! L’horaire policier n’étant pas extensible à l’infini, il va falloir redéployer les effectifs. Tout ce qu’il faudra mettre sur les étudiants, les marins-pêcheurs, les cheminots, les erratépés, les fonctionnaires, ce sera ça de moins pour les étrangers. Et voilà que les avocats et les juges viennent se frictionner avec nos pandores… Mieux : en regardant France 3 Bretagne, j’ai même vu quelques élus UMP dans la mêlée !
Et puis enfin, soyons francs, il y a les juges. Je veux dire ceux qui ne font pas grève. Ne voilà-t-il pas qu’ils viennent de dire abusif le maintien dans un centre de rétention d’un enfant de trois mois. Décision aberrante, dont grâce à son infinie sagesse, Brice n’a pas fait appel. Mais c’est le genre de jugement qui va finir de tuer les stats. Comptons ensemble. Je repars de 18 600. Beaucoup de jeunes parents chez les clandestins. Disons environ un sur quatre avec des enfants. Or, 25 % de 18 600, ça fait 4650, que j’ajoute et j’obtiens 23 250. Ajoutez quelques familles nombreuses, et je dépasse les 25 000. C’était trop beau.
… mais tout ne se défend pas
C’est une affaire de politique, c’est-à-dire de manière de gouverner. Et bien, la dernière fois que dans l’histoire française on a dit « fallait-il mieux séparer les enfants de leurs parents ? », en pensant « il faut que nous obtenions les quotas », c’était sous Vichy avec les déportations. Je dis aussitôt, et je souligne, que 2007 n’a rien à voir avec 1942, que Brice n’a rien à voir avec Pierre, et que l’expulsion vers le pays d’origine n’a rien à voir avec la déportation. Il n’en reste pas moins que ces politiques de quotas, d’enfants que l’on sépare ou que l’on ne sépare pas, c’est une horreur, et c’étaient des choix politiques de 1942.
Brice dit volontiers que « tout étranger en situation irrégulière a vocation à être reconduit vers son pays d’origine. Je lui réponds que « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux. » Ca, c’est le principe. Après on discute.
Le plus drôle dans cette affaire, si l’on peut dire, c’est notre bon vieux Parti socialiste. Rue de Solferino, on a ouvert le dictionnaire à la page méchante et la colère a tout dévasté : « La pression exercée sur l'administration pour atteindre des objectifs démagogiques de 25.000 reconduites par an est dangereuse et irresponsable ».
Avec une opposition comme cela, je m’appellerai Sarkozy, je serais mort de trouille.
L’immigration est une chance pour la France
Critiquer sans proposer ne va. Vous avez raison. Donc je propose.
« L’immigration est une chance pour la France. La patrie des droits de l’homme doit renouer avec sa tradition, et reprendre le flambeau de la lutte contre l’injustice. Renvoyer un homme ou une femme à la marginalité parce qu’il a eu le tort de naître dans un pays pauvre – et ce souvent du fait des exploitations scandaleuses dont il a été l’objet – heurte le sens humain. A ceux qui ont pris le risque de tout perdre et de tout tenter, la France , pays ouvert vers l’avenir, doit tendre la main.
En particulier, aucune mesure d’expulsion n’est possible à l’encontre de personnes issues d’un pays, auprès duquel la France a des dettes issues de l’histoire, à commencer par le plus simple, c’est-à-dire les pensions dues aux anciens militaires ayants combattus pour la France et qui ne seraient pas versées à égalité de droit. »
10:05 Publié dans Etrangers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : étrangers, racisme











Commentaires
Amusant mais peu analytique ni instructif.... S'il n'y avait qu'un ministre dans les ministères, nous ne serions pas à la tête d'un tel deficit.... Si tous les autres jouent à la belote, il vaudrait mieux effectivement diminuer l'effectif....
Le reste est à l'avenant...
Écrit par : festival | 10.11.2007
Ce qui m'étonne dans tout cela c'est la BANALISATION qui en est faite.
Accueillir est remplacé par expulser et tout devient banal.
Misérablement les salaires augmentent de 0,...et quelques % alors que d'aucun s'augmente le sien de 140% et tout devient banal
etc, etc.......et tout devient banal. Mais jusqu'où ?
Écrit par : jean luc | 10.11.2007
+1 avec Jean Luc
On nous prend pour des buses, mais ne t'inquiètes pas, ca va péter et on verra des têtes au bout d'une pique...
Écrit par : Ton | 10.11.2007
d'un point de vue historique, les piques n'ont pas toujours été faciles à manier
Écrit par : gilles devers | 10.11.2007
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