23.11.2007
Un cheminot gréviste et un lieutenant-colonel en correctionnelle
Cette semaine, l’affaire c’était l’arrivée du vandalisme, qui venait pourrir la grève, et offrait un boulevard pour dénoncer cette base qui échappe à tout, même à l’autorité des syndicats. Pour ma part, je crois que la vraie affaire, c’était cette terrible histoire jugée à Marseille : deux jeunes élèves africains de l’Ecole de Saint-Cyr morts de froid à l’occasion d’une épreuve d’endurance en montagne. Deux officiers étaient convoqués devant le tribunal correctionnel. Thionville et Marseille : deux jugements correctionnels. D’un coté, l’atteinte aux biens, de l’autres la mort de deux personnes. En commun, quelques mois de prison avec sursis ; mais pour le reste, deux mondes.
Le cheminot gréviste
Daniel, 46 ans, est un agent SNCF apprécié par ses collègues et sa hiérarchie. Pour ce cheminot grèviste, médaillé du Travail, soutenu par la CGT, la réforme envisagée des régimes spéciaux est restée en travers du gosier. « Avec la réforme, je me sentais trahi par l'Etat et la SNCF. J'ai pété les plombs et en dix, quinze secondes, ça a tourné ». Ce mercredi, il a brisé à coups de pierre quatre baies vitrées du poste de relais à commande informatique de Thionville, avant de forcer la porte et de détruire un visiophone situé à l'entrée.
Enquête pas trop compliquée pour ces destructions matérielles. Daniel a été arrêté et conduit devant le tribunal correctionnel de Thionville, dans le cadre de la procédure de flagrant délit. Tarif : quatre mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve de 18 mois et l'obligation d'indemniser la SNCF , dont le préjudice a été estimé à 3.500 euros. Pour le procureur, « un acte isolé et inacceptable ». Bon, admettons.
Pas glorieux, mais pas l’affaire du siècle : un peu mince pour illustrer les déclarations fracassantes sur les actes de vandalisme qui auraient accompagné la grève.
Le lieutenant-colonel
A Marseille, il s’agissait de la mort de deux élèves-officiers de l'école militaire de Saint-Cyr, un Togolais Kondi Nandja, et un Nigérien, Laouali Karimoune. Tous deux étaient morts d'hypothermie dans la nuit du 12 au 13 janvier 2004, à l’occasion d’un « stage d'aguerrissement » dans la vallée de l'Ubaye, sous la direction de deux officiers, traduits en correctionnelle pour homicide involontaire. Un programme de deux jours, à effectuer en un seul, avec une météo exécrable : « Décision incohérente, déraisonnable » dira un expert.
Le lieutenant-colonel Christian, qui dirigeait l’exercice en sa qualité de commandant au Centre d'instruction et d'entraînement au combat en montagne de Barcelonnette a été condamné à neuf mois de prison avec sursis et à 1.400 euros d'amende. Le chef de détachement, Pascal, a écopé de six mois de prison avec sursis et d'une amende de 1.400 euros.
Dernière précision : le tribunal a décidé de ne pas inscrire ces condamnations au casier judiciaire des deux officiers.
23:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Justice à deux vitesses











Commentaires
arrêté la désinformation , le figaro a menti , et tout le monde pour suit sur le même mensonge, il n'etait pas militant de la CGT , merci de vous rensegné avant de poste de tel erreur , pas trés beau pour un avocat
jcc
Ecrit par : colom | 24.11.2007
J'ai condamné violemment sur mon site personnel et dans ces pages les actes de dégradation commis lors des dernières grèves.
Certaines relevaient purement et simplement du sabotage pouvant entraîner mort d'homme et condamnables en tant que tel.
La sentence rendue à Thionville est disproportionnée eu égard à l'acte commis: la justice que je soupçonne d'être à la botte du pouvoir a vraisemblablement voulu faire un exemple de ce cas.
Dans l'affaire de Marseille, en revanche, la sentence est inversement proportionnelle aux conséquences dramatiques, qui elles, ont bel et bien existé, de l'imbécillité de deux officiers.
Là encore, la décision des juges est aussi incohérente que celle de ces officiers qui ont envoyé à la mort deux de leurs hommes.
Vous me direz que lorsqu'on embrasse la carrière militaire, on sait ce qu'on risque.
Je le sais, mon fils en est mort dans le crash du Sinaï!
Seulement mourir en temps de guerre est une chose!
Mourir à cause de l'incurie de quelques hommes ou d'une institution en est une autre.
Et je ne pense pas que je tolérerai une sentence aussi inique si tel doit être le cas lors d'un éventuel procès avec l'Armée de l'Air.
Je dis éventuel car l'armée et le TAAP font tellement traîner les choses qu'aucun juge n'a encore été saisi du dossier alors que plainte pour homicide involontaire a été déposée il y 6 mois!
Vos deux exemples montrent bien une justice partisane et prouvent, s'il en était besoin sa vassalité.
"Les grands vassaux, de concert avec les seigneurs qui tenoient d'eux, donnèrent, dans les assises de leurs duchés ou comtés, de certaines chartes ou Etablissements, selon les circonstances." Montesquieu Esprit des lois XXVIII, 45
Le métier d'avocat a encore de beaux jours devant lui
Ecrit par : Patrick PIKE | 24.11.2007
Militant CGT ou cheminot gréviste à l'appel de la CGT, et soutenu par la CGT lors de son procès?
Ce n'est pas la question majeure, mais j'ai rectifié.
Ecrit par : gilles devers | 24.11.2007
Le rapprochemetn des deux jugements est parlant, mais en soi le jugement de Marseille surprend. Soit la faute n'existe pas, et cela relève donc de la responsabilité des deux victimes, qui n'auraient respecté ni les consignes de sécurité, ni les ordres donnés. Soit la faute existe, et les deux mois de plus que dans l'affaire de Thionville, pour bris de matériel, soulignent l'incohérence.
Ecrit par : gilles devers | 24.11.2007
Tellement incohérent que ce sont vraisemblablement les 2 victimes qui sont la cause de leurs décès! c'est ce qu'on appelle dans l'armée "les facteurs humains"!
C'est du moins ce qu'on dû estimer les juges et n'ont condamné que pour le principe les officiers qui n'ont pas su se faire obéir!
Votre blog est si pertinent que j'ai mis son lien sur mon site: http://www.patrickpike.fr
Continuez! La vérité doit toujours être dite et va de pair avec la justice.
Cordialement
Ecrit par : Patrick PIKE | 24.11.2007
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