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  • Voyoucratie ?

    Voyoucratie ? Le pouvoir des voyous. Rien de moins, et c’est la formule récemment utilisée par Nicolas Sarkozy.

     

    La première chose qui m’a surpris, c’est la piètre qualité du mot. « Voyoucratie » est un mot qui restreint la pensée. Démocratie, aristocratie, bureaucratie, phallocratie, ochlocratie, oligarchie, ploutocratie … ces mots sont de véritables concepts : l’organisation du pouvoir à partir de groupes. Des mots dépassés par leur propre contenu : à peine posés, ils ouvrent vers la réflexion.

     

    Ici, rien à voir. Depuis quand voit-on les voyous conférer entre eux, assurer l’organisation  du pouvoir, fixer des objectifs et des règles, se donner les moyens de trancher les différents… S’il s’agit de micro-société, on connaît le « milieu », mi-société, mi-bandit. Mais le milieu gère ses affaires et ne s’intéresse à la société que pour parvenir à ses propres fins.

     

    J’ai cherché.

     

    A l’évidence, le mot ne pouvait qualifier les comportements délinquants de la plus grande gravité, consistant à avoir tiré sur des policiers, à Villiers-le-Bel. La Justice s’en occupe, et ces agresseurs ne visent pas à conquérir puis assurer le pouvoir. Rien à voir avec la voyoucratie.

     

    Je me suis ensuite tourné vers l’actualité pénale, assez peu ordinaire il est vrai. Un ancien président de la République mis en examen pour détournement de fonds publics ; son premier ministre mis en examen pour une sombre histoire d’espionnage, avec un contrôle judiciaire lui interdisant d’entrer en relation avec l’ex-président de la République  ; un autre ancien premier ministre, très copains des deux autres… à l’époque des faits, condamné pour des détournements de fonds publics. Le mot devient plus juste, car la toile de fond est le pouvoir politique. Mais il y a la présomption d’innocence… Et la justice n’évoque pas la notion d’association de malfaiteurs.

     

    De plus, le mot deviendrait vite boomerang, alors qu’André Santini va devoir quitter le gouvernement suite à sa mise en examen, et que la Justice s’intéresse aux frasques de Bernard Laporte.

     

    N’y comprenant rien, je suis allé voir ma psy.

     

    Elle m’a expliqué que souvent on utilisait des mots de manière négative ou faisant semblant de les rejeter, alors qu’en réalité on s’approprie ses mots, mais qu’on ne parvient pas à l’exprimer directement. Ainsi, si quelqu’un vous dit « Viens, je ne te ferai pas de mal », partez en courant ! Ma psy a pris pour exemple  le premier discours du Nicolas Sarkozy, le soir de son élection : « je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je ne me déroberai pas  »… Pour elle, ces propos sont expriment la peur de faire pile l’inverse. Non, mais ma psy…, je me demande où elle va chercher tout çà.

  • Météo agitée pour Fadela Amara

    Météo agitée pour Fadela Amara. Le tour du monde, en solitaire, et d’Est en Ouest, n’est pas un exercice facile. Surtout à la rame.

     

    Très franchement entre nous, j’avais compris que Fadela Amara ait envie de quitter l’embarcation du « Ni putes, ni soumises ». Le slogan valait à lui seul une campagne de pub, et avait pu séduire de grands intellectuels comme Monseigneur Gaillot ou Jean-Louis Debré. Mais, l’alternative, convenons-en, était réductrice : « Ni putes, ni soumises, mais secrétaires d’Etat », cela a plus d’allure.

     

    L’arrivée de Fadela Amara dans la dream team de Nicolas Sarkozy avait pu chagriner le parrain, notre joyeux Julien Dray. Mais, voyez-vous, cher Julien, les parents n’élèvent pas les enfants pour eux-mêmes, et voir le rejeton prendre un chemin de traverse, c’est après tout l’expression de l’émancipation, cousine germaine de la liberté. Continuez votre œuvre, Julien : la Coordination lycéenne vous attend.

     

    Les marches de l’Elysée pour se rendre au conseil des ministres, quand Ségolène Royal, l’ancienne copine de campagne, bataille dans la glue des problèmes de couple,… ça aussi ce n’était pas rien. Joli pied de nez à ce bon vieux parti socialiste, toujours prêt à être gentil avec les immigrés…

     

    Après, ça s’est compliqué.

     

    Les photos-sourires avec Christine Boutin pour Paris-Match sont une chose, le travail au quotidien doit en être une autre.

     

    Puis est venue l’histoire du bras-droit, embauché comme conseiller au cabinet, condamné par la justice pénale pour escroquerie : encore moins drôle.

     

    A suivi un rapport aigre-doux de la Cour des comptes sur la gestion de « Ni putes, ni soumises ». Ambiance.

     

    Dans la foulée, scission à « Ni putes, ni soumises ». La moitié des effectifs fiche le camp, dénonçant des choix politiques de caméléon. 

     

    Ajoutez une bonne engueulade de Patrick Devedjian, pour avoir dit que la loi sur les tests ADN était « dégueulasse ».

     

    Et bing, c’est aujourd’hui le boss lui-même qui passe une brassée pour le silence de Fadela Amara pendant les dramatiques événements de Villiers-le-Bel. D’où aujourd’hui, une interview dans Le Parisien pour dire qu’il faut « respecter la police ».

     

     

    Le débat progresse.

  • Homosexualité et don du sang: le malentendu

    Roselyne Bachelot a annoncé ce 27 novembre qu’elle allait « suspendre l'interdiction » pour les homosexuels de donner leur sang. Une interdiction que notre ministre a qualifiée sur France-Info de « démarche discriminatoire qui n'est pas tolérable ». Un peu de nuance serait bienvenue, pour ne pas en rajouter au malentendu.  

     

    La malheureuse circulaire de 1983

     

    Si j’en crois l’effet d’annonce, il existerait une disposition juridique interdisant les homosexuels du don du sang. Je vous rassure, il n’y a rien de tel dans le Code de la santé publique, ni dans la loi, ni parmi les décrets. Rien.

    Où se cache alors l’odieux ennemi que s’apprête à terrasser Roselyne? Une circulaire du directeur général de la santé du 20 juin 1983, le professeur Roux…

    Vous savez ce que vaut une circulaire ? Pas grand’chose. Ni loi, ni décret, ni arrêté. C’est une consigne interne à l’administration, et qui ne crée de sujétions à l’égard des tiers, les homosexuels en l’occurrence.

    Cette circulaire, rédigée aux tout premiers temps de la pandémie, quand la connaissance balbutiait, recommandait d’écarter du don du sang les personnes homosexuelles ou bisexuelles considérées comme un « groupe à risque » au même titre que les utilisateurs de drogues injectables par voie veineuse, les personnes originaires d'Haïti et d'Afrique équatoriale, les partenaires sexuels (hommes ou femmes) des personnes appartenant à ces catégories. On se souvient du tollé à l’époque. La formule de « groupe à risque » est mauvaise, car ce sont les conduites qui sont à risques. Badaboum sur la circulaire, et vive la polémique !

     

     

    Depuis, tout a changé

     

     

    La compétence ne revient plus au gouvernement, mais à l’Etablissement français du sang (EFS). Le contenu de la circulaire a été adapté par des recommandations internes. Le Comité National Consultatif d’Ethique (CNCE), puis la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) ont rappelé pourquoi les pratiques de l’EFS étaient conformes à la loi.

    Une telle discrimination, si elle existait, tomberait sous le coup de la loi pénale. Condamnation assurée en correctionnelle ! Or, il n’y a rien, à part de justes courriers de protestation liés à des pratiques locales isolées.

    Un large accord

     

    L’accord est fait sur beaucoup de choses.

    -         Il existe, en termes de santé publique, une prévalence particulière du HIV dans la population homosexuelle masculine. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de ce 27 novembre, qui traite de l’infection à VIH-sida en France et en Europe, fournit maints renseignements qui confirment cette réalité.

    -         La question n’est pas celles de populations à risque, mais au sein de populations, mais de conduites à risques, et c’est bien à partir de cette donnée que l’EFS fonctionne.

    -         La seule vraie garantie est l'honnêteté et la franchise des donneurs, ce qui passe par une relation de confiance. Les mesures d’interdiction sont contreproductives, car elles encouragent à contourner la règle par la tromperie.

    -         L’EFS et ses structures pratiquent des examens sur tous les prélèvements sanguins, tubes d'échantillons du sanguins, accompagnés d’une vraie traçabilité, ce qui diminue considérablement, mais pas totalement, le risque, qui est celui de la fenêtre de séroconversion, d’une dizaine de jours.

    Ce que disent les responsables

     

    Voici les déclarations de deux responsables, cités dans Le Figaro en moi de mai 2006.

    Le Pr Gilles Brücker, directeur général de l'InVs (Institut national de veille sanitaire) :  

    «Nous avons beaucoup travaillé pour analyser le surrisque éventuel lié à la levée de l'interdiction du don de sang des homosexuels, même si nous défendons le refus de tout ce qui peut être une stigmatisation. En introduisant dans une modélisation tous les paramètres épidémiologiques concernant le niveau de contamination actuelle parmi les homosexuels et différents éléments encore, nous avons calculé que si l'on arrête d'exclure les homosexuels du don de sang, on double le risque d'avoir un échantillon contaminé dans la filière de la transfusion. Actuellement, le risque résiduel est d'un don contaminé pour 2,6 millions de dons. Même si le risque double, il reste faible. Mais cela conduit à diminuer la sécurité du don de sang. À moins de n'exclure que ceux ayant eu récemment des comportements sexuels à risque.»  

    Willy Rozenbaum, président du Conseil national du sida:

    «Nous avons été saisis sur ce sujet. Mais par manque d'informations, nous n'avons pas encore rendu d'avis. À titre personnel, je peux vous dire que le principe de précaution est inscrit dans la Constitution et pense donc que tant qu'il y aura un risque, on doit se donner les moyens d'être le plus sûr possible. Si cette mesure est ressentie comme discriminatoire, il faut qu'il y ait une réflexion. Mais il s'agit d'une population à forte prévalence de VIH et l'appel à la responsabilité à ne pas contaminer les autres doit être actuellement un des messages les plus importants dans ce contexte.»

     

    *   *  *

     

    Alors, où est le scandale qu’a dépisté notre ministre ?

    Il faut pouvoir écrire un certain nombre de choses.

    Que ce qui est en cause, d’abord et avant tout, ce sont les conduites à risques, qu’il faut gérer avec une grande précaution.

    Qu’en termes de santé publique, existe un groupe qui est la population homosexuelle.

    Qu’il existe en son sein un risque spécifique en cas de conduites à risques.

    Que cette prévalence du risque est supérieure à celle existant dans la population ayant des relations hétérosexuelles.

    Que le risque est tel, et ses conséquences si terribles, qu’il faut savoir, avec tact et persuasion, s’aventurer sur ce terrain qui est celui de la vie privée au regard de préoccupations de santé publique.

    Qu’interdire à un homosexuel, parce qu’il est homosexuel, de donner son sang n’est pas défendable.

    Que poser au donneur, à l’occasion d’un entretien individuel, la question de son homosexualité et de ses pratiques sexuelles, et la cas échant refuser le don du sang, n’est pas un scandale.

    Que les Instituts, qui donnent ce type de consignes, font preuve d’esprit de responsabilité

  • Bayrou/Cavada: Une répudiation

    Un divorce entre François Bayrou et Jean-Marie Cavada ? Mais non : une répudiation.

     

    Rien n’allait plus dans le couple Bayrou/Cavada, et la rupture annoncée ce week-end n’aura pas surpris grand monde. Ne nous lamentons pas : le couple est jeune, et il n’y avait pas d’enfant… C’est finalement la sagesse que de savoir mettre fin à une histoire sans issue.

     

    Peut-on pour autant parler de divorce ? Impossible, ou alors c’est faire montre d’une totale inculture juridique, voire d’un mépris de la loi.

     

    Le Code civil ne prévoit que quatre cas de divorce.

     

    Le consentement mutuel, de l’article 230, fondé un accord complet sur le principe de la rupture et ses conséquences. A écarter.

     

    Il est en de même pour le divorce accepté, de l’article 233, car visiblement Bayrou accepte mal. Et puis, il faudrait ne pas faire considération des faits à l’origine de la rupture : il y en a plein les pages des journaux…

     

    Ne convient pas davantage l’altération définitive du lien conjugal, de l’article 238, qui supposerait une absence de communauté de vie pendant plus de deux ans.

     

    Alors, le bon vieux divorce pour faute de l’article 242 ? Cavada devrait établir « la faute grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage ». Or, dans Le Figaro d’aujourd’hui, il explique : « François Bayrou a un programme romantique, mais un tempérament qui lui fait refuser l’obstacle de la décision. » Le romantisme du conjoint n’est pas une faute ! Et d’ailleurs, Cavada explique qu’il a tenté d faire passer ce trait de caractère derrière les exigences de la loyauté, ce bien dans l’esprit de l’article 212, ce qui est tout à son honneur : « J’ai voulu accompagner François Bayrou jusqu’aux limites de la loyauté, pour des raisons essentiellement humaines. »

     

    Cavada, qui ne pourrait invoquer ses propres fautes pour justifier cette séparation, affirme qu’il a d’ailleurs su résister à la tentation : « J’ai effectivement vu Nicolas Sarkozy le 9 novembre, mais il ne m’a pas promis de ministère ! Pour tout vous dire, il m’avait fait une proposition gouvernementale entre les deux tours de la présidentielle, et je l’avais déclinée. Je l’ai d’ailleurs dit à François Bayrou. »

     

    Non, ce n’est pas un divorce. Ce ne peut pas être un divorce, car il n’existe pas de fondement légal. Et si ce n’est pas un divorce, c’est une répudiation : « Je n’ai rien à te reprocher qui puisse fonder ma demande de séparation, mais je ne veux plus de toi. » Sous-entendu : « Je vais ailleurs si l’herbe est verte. »

     

    Petit problème : le droit français ignore la répudiation, jugée inique. Reconnaître la répudiation serait accepter une dyarchie dans le couple, et instaurer le vers dans le fruit du mariage. La loi s’y est toujours refusée, et il reste à savoir ce qu’en penseront les électeurs UMP/Modem du XII° arrondissement de Paris.

     

  • Accoucher dans la détresse

    C’est l’histoire d’une jeune fille de 17 ans qui semblait avoir tout pour être heureuse. Décrite comme une personne « altruiste et rayonnante », elle était lycéenne, diplômée d'un BEP Action sanitaire et sociale, et visait les études d'infirmière. Elle était sortie major de sa promotion de jeunes sapeurs-pompiers volontaires, et était membre du corps des pompiers de sa commune, Souillac dans le Lot. Et un petit copain.

    Mais cette jeune lycéenne, sous ses sourires et son allant, vivait le drame : une grossesse non assumée. Elle est parvenue à cacher cette grossesse, et accouché seule, dans le plus grand désarroi, courant octobre à son domicile à Souillac. D’après les premiers éléments connus de l’enquête, elle aurait étouffé le nourrisson, avant de le cacher dans un garage, où le corps a été retrouvé jeudi par son père. Devant les gendarmes, elle aurait reconnu les faits. Le juge l’a mise en examen pour « meurtre aggravé », et la jeune fille a été écrouée.

    Le désarroi enfoui derrière le sourire. Et un acte si mal assumé que tout a été fait pour que la piste puisse être retrouvée au plus tôt.

    L’infanticide... toute généralisation est hasardeuse, et l'on sait peu sur les faits. Pourquoi, dans ce contexte ressenti sans issue, le recours à l’IVG n’a pas été possible? Mais une telle affaire est l’occasion de rappeler cette particularité du droit français qu’est l’accouchement sous X.

    De tradition ancienne, la loi permet à une mère de ne pas déclarer la naissance, par le procédé de l'accouchement sous X. L'enfant est déclaré par un tiers, en général l'établissement hospitalier, comme s'il avait été trouvé, sans qu'aucun lien ne puisse être établi avec la mère. C'est l'article 341-1 du Code civil qui permet ce silence: « Lors de l'accouchement, la mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé.»

    Ce procédé n'existe pas dans tous les Etats. Il est défendu comme une mesure d'assistance pour la mère et l'enfant : la perspective d'une naissance est parfois telle que la mère pourrait se livrer à des expédients mettant en cause sa vie ou celle de l'enfant. Cette crainte justifie un procédé permettant à la mère d'accoucher dans les meilleures conditions sanitaires et de ne pas s'impliquer dans une filiation qui la dépasse.

    Sans doute, parce qu'elles permettent de sauver des vies, ces dispositions sont défendables. Mais ce système qui revient à faire disparaître toute trace de la filiation est très abrupt : pour la mère qui, parvenue quelques années plus tard à une meilleure stabilité, souhaiterait reprendre contact avec l'enfant ; pour l'enfant, qui a besoin de connaître sa filiation ; pour le père, qui est définitivement écarté. La loi du janvier 2002 a apporté des aménagements, sans remettre en cause le principe. La mère dispose d'un délai de repentir de quelques mois ; elle est encouragée au moment de l'accouchement à laisser ses coordonnées ou des éléments qui permettront peut être un jour à l'enfant de savoir qui était sa mère. Enfin, est créé un organisme national qui a en charge d'aider à la reconstitution de ces liens effacés, le Conseil national pour l'accès aux origines personnelles.

    Nombre d'enfants nés sous X bénéficient d'une adoption qui se déroule dans les meilleures conditions, mais manifestent le désir ardent de connaître leur filiation. Ce lien doit pouvoir être rétabli, mais il ne faut pas sous-estimer la détresse extrême de certaines femmes confrontées à une naissance qui leur paraît insurmontable. Dès lors, si une forme de « sous X » doit être maintenue, pour palier aux situations de grande détresse, tout doit être fait pour organiser le retour à la filiation, dès la détresse passée.

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