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  • "Tête de Turc"? Volontiers!

     « Eric n'a pas à être une tête de Turc ! » Parole de Madame-Ex d’Eric Breteau. Mais que diable lui aurait donc fait le Turc ! A peine dépêtré d’avec les Tchadiens, c’est maintenant  au tour des Turcs… Dieu que la vie est compliquée pour les grands aventuriers incompris.

    Si la médecine a progressé s’agissant des greffes de visage, elle n’en est qu’aux balbutiements  pour ce qui est des greffes de tête. Pour la tête de Turc comme pour les autres, d’ailleurs. Le risque est limité : Madame Ex peut se calmer…

    Mais d’ailleurs, être une tête de Turc, est-ce un tel enfer ? C’est peut-être bien une chance.

    Sacrés clichés, ces petites prisons de la pensée. La « tête de Turc » vient du XIX° et concernait les dynamomètres des foires sur lesquels il fallait frapper le plus fort possible, et qui représentaient un visage surmonté d'un turban. Sous le turban se cache le Turc, c’est bien connu… L’enquête progresse.

    Moi, franchement, une tête de Turc, ça ne me déplairait pas forcément.

    C’est d’abord un extraordinaire héritage culturel : grecs, latins, juifs, chrétien, musulmans. D’Hérodote à Saint-Paul, pas si mal… Et cette terre turque assise sur deux continents : quelle base pour comprendre le monde ! Une place stratégique quand il faut savoir faire le lien entre l’Europe occidentale, les anciens pays du bloc soviétique et le Proche-Orient.

    C’est ensuite beaucoup d’amitié avec ce peuple, héritier d’un Empire ottoman, qui était présent sur le territoire européen depuis 1354. La France a ouvert son ambassade à Istanbul dès 1535, et en 1856, le Traité de Paris de 1856 associait l’Empire Ottoman au sein du « concert des nations européennes ».

    Et puis une belle culture juridique. Dès 1954, la Turquie a ratifié la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, après avoir été l’un des pays fondateurs du Conseil de l’Europe, le 9 aout 1949. Alors, la grande question du moment – La Turquie fait-elle partie de l’Europe ? – trouve ici une réponse simple : oui, et institutionnellement depuis cinquante ans ! C’est dire aussi que toutes les questions relatives à la liberté d’expression, à la liberté de religion, au sort des minorités, au statut personnel, sont soumises à la très exigeante jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Où est le vrai débat ?

    Ajoutons une patience qui confine à l’abnégation, s’agissant de l’adhésion à l’autre Europe, L’Union européenne, celle des affaires : statut de membre associé en 1992, critères d’adhésion définis à Copenhague en 1993, union douanière en 1996, « ouverture des négociations en 2005…

    La vraie difficulté, elle est dans la tête. Pas dans la « tête de Turc ». Dans celle qui regarde la Turquie en restant incapable de voir la réalité telle qu’elle est. Dans celle qui ne veut pas se débarrasser du cliché de la Turquie monolithique, comme un bloc. Parce qu’au final, c’est très simple : il n’y a pas de « tête de Turc », mais autant de têtes de Turcs qu’il y de Turcs. Et là, on peut commencer à comprendre la Turquie.

    Un peu de lecture peut aider à convaincre. J’ose à peine rappeler des auteurs aussi connus qu’Ohram Pamuk, Nâzim Hikmet, Nedim Gürsel ou Hrant Dink. Je me permets de vous conseiller une magnifique « Anthologie de la poésie turque (XIIIe-XXe) », traduit par Nimet Arzik, publiée chez Gallimard, collection « Connaissance de l’Orient » en 1994.

  • Gréve de la faim en prison

    La grève de la faim en prison ouvre sur un débat éthique fondamental.

     

    En effet, la grève de la faim regroupe deux régimes très distincts selon que l’auteur soit libre ou détenu. Ce qui pose problème, c’est l’aggravation de l’état de santé, avec la perceptive de la mort, alors que l’intéressé est placé sous main de justice. Et la loi permet la contrainte.

     

    1.      Les rôles de l’administration et des médecins

     

    Une circulaire du 14 décembre 1998 dessine la partage des eaux entre le rôle de l’administration pénitentiaire et celui des médecins. L’administration doit s’assurer de la réalité de la démarche, aviser le corps médical et éventuellement placer le détenu à l’isolement, mesure qui n’est pas de caractère disciplinaire, mais préventif :

     

    « Il n’appartient pas à l’administration de conforter la détermination d’un détenu de refuser les aliments en soutien d’une revendication quelle qu’elle soit. Il revient aux chefs d’établissement de s’assurer de la préservation de la santé du détenu, par la déclaration immédiate à l’équipe médicale de la volonté de l’intéressé de ne plus s’alimenter et par l’organisation du suivi médical, qui seul permet de contrôler l’authenticité de la démarche.
    « Le maintien du détenu dans sa cellule d’affectation initiale ne fait pas obstacle à l’organisation du suivi médical.
    « En revanche, il peut apparaître nécessaire, pour des raisons tenant à l’ordre et à la sécurité de l’établissement, par exemple une grève de la faim suscitant des risques de soutien ou de mouvement collectif, de placer à l’isolement un détenu en grève de la faim. »

     

    2.      Que dit le Code de procédure pénale ?

     

    Le principe du consentement avant toute intervention médicale est rappelé par l’article D. 362 du Code de procédure pénale :

     

    « Hors le cas où l'état de santé du détenu rend nécessaire un acte de diagnostic ou de soins auquel il n'est pas à même de consentir, celui-ci doit, conformément aux dispositions de l'article 36 du code de déontologie médicale (Aujourd’hui R. 4317-36 du Code de Santé publique, ci-dessous reproduit), exprimer son consentement préalablement à tout acte médical et, en cas de refus, être informé par le médecin des conséquences de ce refus. »

     

    Donc, le gréviste de la faim peut refuser la visite du médecin, ou sa perfusion. Pas si simple, car suit l’article D. 364, issu d’un décret nº 98-1099 du 8 décembre 1998, qui fixe une limite décisive :

     

     « Si un détenu se livre à une grève de la faim prolongée, il ne peut être traité sans son consentement, sauf lorsque son état de santé s'altère gravement et seulement sur décision et sous surveillance médicales. »

     

    Bref, le texte permet de briser la grève de la faim, « lorsque l’état de santé s’altère gravement ». Ce qui renvoie à une appréciation médicale.

     

    3.      Que dit le droit international ?

     

     

    Pas grand-chose de plus.

     

     

    Le texte de référence est une recommandation n° R(98)7 du Comité des ministres du Conseil de l’Europe du 8 avril 1998. Voici les extraits pertinents :

     

     

    « 61. L'examen clinique d'un gréviste de la faim ne devrait être pratiqué qu'avec son consentement explicite, sauf s'il souffre de troubles mentaux graves et qu'il doive alors être transféré dans un service psychiatrique.

     

    « 62. Les grévistes de la faim devraient être informés de manière objective des effets nuisibles de leur action sur leur état de santé afin de leur faire comprendre les dangers que comporte une grève de la faim prolongée.

     

    « 63. Si le médecin estime que l'état de santé d'une personne en grève de la faim se dégrade rapidement, il lui incombe de le signaler à l'autorité compétente et d'entreprendre une action selon la législation nationale, y inclus les normes professionnelles.

     

     

    4.      Que dit la Cour européenne des droits de l’homme ?

     

     

    On ne peut pas dire que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme soit faite. Toutefois, l’arrêt Nevmerjitski c/ Ukraine, du 5 avril 2005, n° 54825/00, précise la raisonnement, qui doit être adapté au cas par cas :

     

    « Une mesure dictée par une nécessité thérapeutique selon les conceptions médicales établies ne saurait en principe passer pour inhumaine ou dégradante. Il en va de même de l'alimentation de force destinée à sauver la vie d'un détenu qui refuse en toute conscience de se nourrir. Il incombe pourtant à la Cour de s'assurer que la nécessité médicale a été démontrée de manière convaincante (Herczegfalvy c. Autriche, arrêt du 24 septembre 1992). »

     La Cour doit de plus vérifier que les garanties procédurales devant accompagner la décision d'alimentation de force sont respectées. De surcroît, la manière dont un requérant est alimenté de force pendant sa grève de la faim ne doit pas représenter un traitement dépassant le seuil minimum de gravité envisagé par la jurisprudence de la Cour sur l'article 3 de la Convention, qui prohibe les traitements inhumains et dégradants.

    Les regard se tournent vers les médecins.

    5.      Que dit la déontologie médicale ?

     

    Les principes sont posés par l’article R. 4127-36 du code de la santé publique :

     

    « Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.
    Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences.
    « Si le malade est hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité. »

     

    Dans un rapport du 29 janvier 2004 adopté par l’Ordre des médecins, « Du droit au consentement au droit au refus de soins, le Pr. Jean-José Bouquier écrit :

     

     

    « Le gréviste de la faim est certes libre de mettre sa vie volontairement en danger et aucun soin ou acte médical ne peut lui être imposé contre sa volonté. Mais lorsque le malade n'est plus en état d'exprimer un refus lucide le devoir du médecin est de prescrire une hospitalisation au cours de laquelle se décidera l'indication des soins indispensables et proportionnés à sa survie. »

     

     

    Approche intéressante, mais qui reste trop floue au regard des enjeux, s’agissant de la protection d’une liberté fondamentale, à savoir le consentement préalable à tout acte médical.

     

     

    6.      Retour à la loi

     

     

    Pour trancher cette question difficile, il faut sortir de l’enjeu spécifique qu’est la grève de la faim en milieu pénitentiaire, et raisonner à partir des principes généraux, posés par deux textes de loi.

     

     

    La base est l'article 16-3 du Code civil.

     

     

    « Il ne peut être porté atteint à l'intégrité du corps humain qu'en cas de nécessité thérapeutique pour la personne.

     

    « Le consentement de l'intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n'est pas à même de consentir ».

     

     

    Le contenu se retrouve, plus détaillé, dans le Code de la santé publique, avec L. 1111-4.

     

     

    « Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé.

     

    « Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de son choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre un traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables.

     

    « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

     

     

    7.      Que dit la jurisprudence ?

     

     

    Solution inattendue : c’est du coté des témoins de Jéhovah que se trouvent les meilleurs éléments de réponse s’agissant de cette contradiction entre le refus de soin et le devoir de soigner qui s’impose au médecin.

     

     

    L’arrêt  de référence a été rendu par le Conseil d'État statuant en référé le 16 août 2004, dans l’affaire Valérie Feuillatey (N° 249552)

     


    Une femme avait été hospitalisée le 28 juillet 2002 au service des soins intensifs post-opératoires du centre hospitalier de Saint-Etienne. Elle avait fait savoir qu'en raison des convictions qui sont les siennes comme Témoin de Jéhovah, elle refusait, quelles que soient les circonstances, l'administration de tout produit sanguin. Or, les médecins du centre hospitalier, estimant que le recours à une transfusion sanguine s'imposait pour sauvegarder la vie de la patiente, dont l'état évoluait dans des conditions qui présentaient un risque vital à court terme, ont néanmoins pratiqué un tel acte le 5 août 2002.

     

     

    Le Conseil d’Etat répond nettement.

     

     

    « Le droit pour le patient majeur de donner, lorsqu'il se trouve en état de l'exprimer, son consentement à un traitement médical revêt le caractère d'une liberté fondamentale.

     

    « Toutefois les médecins ne portent pas à cette liberté fondamentale une atteinte grave et manifestement illégale lorsqu'après avoir tout mis en œuvre pour convaincre un patient d'accepter les soins indispensables, ils accomplissent, dans le but de tenter de le sauver, un acte indispensable à sa survie et proportionné à son état.

     

    « Le recours, dans de telles conditions, à un acte de cette nature n'est pas non plus manifestement incompatible avec les exigences qui découlent de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment de son article 9 (Liberté de religion). »

     

     

    Le Conseil d’Etat ajoute qu’il incombe au préalable aux médecins d'une part de tout mettre en œuvre pour convaincre la patiente d'accepter les soins indispensables, d'autre part de s'assurer que le recours à une transfusion soit un acte indispensable à la survie de l'intéressée et proportionné à son état.

     

     

    Conclusions… provisoires ?

     

     

    Les médecins doivent dépasser l’exigence du consentement lorsque, dans le but de sauver la vie, ils peuvent pratiquer un acte indispensable à la survie et proportionné à l’état de la personne.

     

     

    Encore plus lorsqu’il s’agit d’alimenter gréviste de la faim, placé en détention par suite d’une décision de justice.

     

     

    C’est dire que notre droit est marqué l’objectivisme : la vie dit être protégée parce que c’est la vie ; ce n’est pas parce que c’est la mienne que je peux en faire ce que je veux.

     

     

    Manière de dire aussi que le débat est ouvert…

     

  • Politique d'ouverture ou racolage politique ?

    Futur remaniement, municipales en mars : la saison des transferts a commencé. Nicolas Sarkozy supervise, avec Bernard Kouchner et Jean-Marie Bockel comme chevau-légers, pendant que l’appareil veille au grain. Le Modem de Bayrou joue l’anguille, sans toujours savoir où est la roche. Les socialistes cherchent à atteindre leur quota de rebeus. La presse parle de débauchage, quand les intéressés répondent « vision d’avenir ». Il faut remettre un peu d’ordre dans cela, car ça devient tout et n’importe quoi. Par exemple, ce qu’est en train de vivre Azouz Begag relève de l’humanitaire,… sans adoption faut-il le préciser.

    Pas de démocraties sans règles, donc tournons-nous vers la loi pour dire ce qui est possible, et poser les limites. Et, par souci d’efficacité, je propose une adaptation de l’existant, à savoir la répression du racolage passif. Vous vous rappelez certainement cette création issue d’une loi dite de « sécurité intérieure ». Ne changeons pas une formule qui gagne…

    Le racolage passif, infraction créée par la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003, est ainsi défini par l’'article 225-10-1 du Code pénal : « Le fait par tout moyen y compris par une attitude même passive de procéder publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à des relations sexuelles en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération est puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende ».

    Il suffit de remplacer « sexuelles » par « politiques » : la loi la plus simple de l’année !

    Le Code pénal serait complété par un article 225-10-2, ainsi rédigé : « Le fait par tout moyen y compris par une attitude même passive de procéder publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à des relations politiques en échange d'une place sur une liste ou d'une promesse de place sur une liste est puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende ».

    Ah la belle loi ! Enfin un peu de morale en politique ! Nos enfants doivent pouvoir se promener tranquilles dans la rue, sans crainte d’être agressé par le déballage des fruits de la passion politique… Jupes aussi courtes que notre politique extérieure, décolletés profonds comme la crise sociale, chutes de rein aussi vertigineuses que celle de votre pouvoir d’achat, maquillage outrancier comme un journal de Jean-Pierre Pernaut… Oui, chers amis, il fallait réagir !

    Petit problème : à l’étude, la loi de 2003 ne semble pas avoir été d’une grande efficacité.

    Pour échapper à la loi, le racolage se cache, ruse, utilise Internet et les arrière-salles. Il quitte les carrefours des beaux quartiers pour des fourgonnettes plus ou moins planquées en banlieue, mais le trafic ne ralentit pas.

    Et d’expérience les poursuites sont rares. Oui, mais répondent les OPJ, la loi permet de multiplier les auditions et de remonter les filières… Ah, ah. Mais je retrouve dans une article de Politis du 25 mars 2004 ce témoignage d’une prostituée : « Lorsque les prostituées se font arrêter, ce sont les hommes de main qui montrent leurs papiers aux policiers. À aucun moment, ceux-ci ne sont inquiétés. Qui protège-t-on ? »

    Bon finalement, il faut peut-être mieux laisser faire la nature. On verra bien la tête de la progéniture…

  • Une loi sur la laïcité positive?

    Dans le genre « Le pays en bave, il faut faire diversion » , voici le retour du débat sur la laïcité. La découverte du jour serait qu’il faut aller vers une « laïcité positive », et donc abandonner la « laïcité négative ». Le débat est bien engagé !

    Il ne saurait être question de déranger notre tout nouveau chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran, à savoir notre bien aimé président, reclus sur les bords du Nil pour une séance de méditation sur le très chrétien thème « pauvreté extérieure et richesse intérieure ». 

    C’est son exégète, le Révérend Frère Jean-Pierre Raffarin, futur président-du-Sénat-par-désintéressement-à-la-cause, qui explique dans Le Figaro : « Cette vision historique doit être modernisée. Notre paysage religieux n'est plus celui du temps des cultes révolutionnaires de Robespierre. Aujourd'hui, nous avons besoin de la laïcité partagée pour régler les relations entre religions et politique, mais aussi pour servir de grammaire entre les différentes religions, pour leur permettre de se parler dans l'espace public ». Et de proposer une réforme de la loi de 1905. Ben voyons…

    Il serait bien que Frère Jean-Pierre ne nous prennent pas pour des enfants de chœur de citoyenneté. Car il aura bien de la peine à réformer la loi, le sénateur impénitent !

    D’abord, s’il faut éradiquer les traces de Robespierre, c’est rien de moins que la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qu’il faut modifier ! Horreur en effet : son préambule proclame cette déclaration « sous les auspices de l’Etre suprême ». Robespierre toujours tapis dans l’ombre… Calme-toi, Frère Jean-Pierre : personne n’en a rien à fiche !

    Ensuite, réformer la loi de 1905 pour reconnaître la place des cultes, risque de faire un grand plouf dans l’eau de bénitier. Frère Jean-Pierre n’a sans doute pas eu le temps de lire l’article 1° de la loi. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » Incroyable mais croyable : la République garantit le libre exercice des cultes et n’est pas l’ennemie des religions !

    Et puis, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui a force supérieure à la loi, a déjà tout dit.

    « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
    « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »
     

    N’oublions pas, béni Frère Jean-Pierre, la Déclaration des droits fondamentaux, annexe du Traité simplifié de Lisbonne, si bien négocié par le chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran, et qui contient un article rédigé dans les mêmes termes. Autant dire que la loi, qui ne peut échapper au cadre défini par les textes européens, aura bien de la peine à faire sa révolution de presbytère.

    Enfin petite précision. L’immaculée loi de 1905 – dites « grammaire des religions » pour faire intelligent - a déjà été modifiée onze fois, de telle sorte que pratiquement plus un article n’est d’origine. Ca casse l’ambiance… Et il faut ajouter les multiples lois sociales ou fiscales qui ont donné un vrai statut aux religions. Pour vérifier si la laïcité est une anti-religion, Frère Jean-Pierre peut s’intéresser au régime juridique des églises : elles sont pratiquement toutes des bâtiments publics, à la charge des collectivités locales ! Et ce du fait de la loi du 2 janvier 2007 qui modifiait déjà la loi du 9 décembre 1905. La laïcité de séparation avait à peine tenu un an…

    Le débat n’est pas clôt car Frère Jean-Pierre a trouvé trois barbus qui semaient le souc dans un service de gynécologie-obstétrique.  Et pas des fous de la messe… Alors, bien chers frères, laissons à celui qui a eu l’élégance d’offrir une victoire électorale à Ségolène Royal, en Poitou-Charentes, voter sa petite loi qui lui permettra peut-être d’entrer dans la grande histoire…

    Hélas, le Ministère, pas du Culte mais de la Santé, sonne le glas de ce projet. Une circulaire DHOS/G/2005/57 du 2 février 2005 de la Direction de l’Hospitalisation et de l’Organisation des Soins relative à la laïcité dans les établissements de santé règle la question,… en invitant à puiser dans les textes existants et le bons sens.

    Alors, laïcité positive ou négative, ouverte ou fermée, froide ou chaude, salée ou sucrée, fromage ou dessert… tout ce que vous voudrez, Frère Jean-Pierre. Mais, s’il vous plait, fichez la paix à la loi. Et Dieu vous en sera reconnaissant.

  • Pourquoi demander pardon quand on est innocent ?

    Demander pardon quand on est innocent ? Eric Breteau, aux derniers instants de son procès, a du bout des lèvres demandé ce pardon. Un retournement décisif.

    La scène se passe à la fin de l’audience. C’est un moment classique : l’accusé doit avoir la parole en dernier. L’avocat a fini de plaider, et le président demande à l’accusé s’il a quelque chose à ajouter avant que la cour se retire pour délibérer. Toujours une grande intensité.

    Et que dit Eric Breteau ? Quelques mots qui comptent, bien repris par la presse, mais vite ensevelis sous les commentaires du verdict.

    « S'ils sont Soudanais, nous les avons privés d'un avenir meilleur. S'ils sont Tchadiens et qu'on nous a menti, si nous les avons séparé de leurs familles, nous sommes navrés, sincèrement désolés, car nous n'avons jamais voulu séparer des familles ».

    Donc, Eric Breteau embarquait les enfants sans savoir qui ils étaient, et sans savoir s’ils étaient orphelins ou non ; ils les emmenait loin des frontières, et non dans un centre éducatif sur place, sans aviser ses interlocuteurs locaux. Eric Breteau n’acquiesce pas à toute l’accusation, et mais la thèse de l’innocence ne tient plus. Ce qui devrait calmer ses supporters. 

    Question. Pourquoi avoir plaidé l’innocence, pour changer de ligne quand le procès prend fin? Le procès aurait eu une tout autre tournure si les débats s’étaient engagés sur cette voie, quittant le déni absurde pour des mots de vérité, c’est-à-dire aussi de reconnaissance des réalités africaines.

    Autre question. Pourquoi avoir plaidé comme un bloc, alors que les rôles ont été très différents. A commencer par l’infirmière qui avait manifesté ses réserves sur l’opération. Cette défense en bloc affaiblit les critiques contre l’arrêt qui, injuste sur ce point, aligne toutes les peines au même niveau. Mais n’est-ce pas une réponse à la ligne de défense: tous solidaires, tous innocents ?

    La raison a été un mépris pour les juges tchadiens, et les déclarations qui ont suivi le verdict le soulignent jusqu'à la caricature. Ce procès n’était qu’un mauvais moment à passer. Et l’essentiel était d’hurler le plus possible à l’injustice pour amener le gouvernement français à demander au plus tôt le rapatriement de ses aventuriers de quatre sous.

    Et le procès a-t-il été si mésestimable? Certainement pas. Griefs définis, instruction d'environ deux mois ayant permis de dégager l'essentiel des faits, libre choix des défenseurs, liberté d'expression allant jusqu'aux contacts avec les journalistes depuis la prison, possibilité de plaider en droit et en fait, publicité du procès, auditions de témoins et des victimes. Les magistrats? Quels faits objectifs permet de mettre en cause, sur cette affaire, leur indépendance? Il y avait certainement à améliorer, mais ce n'était pas une parodie de justice. Voulez-vous que l'on parle de la justice de l'ami Poutine à Grozny ?

    Il reste la dureté du procès pénal. Mais réagir au cas par cas, avec pour critère l'empathie, ne mène pas loin.

    La justice pénale est une affaire publique, qui dépasse le sort de personnes concernées. La réduire à un marchandage serait se préparer des rendez-vous difficiles. Alors que le Paris-Dakar va lancer ses bolides à travers ces pays de pauvreté, un minimum de retenue serait bienvenue, après de telles fautes. Ce soir, mon cœur est africain.

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