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Devoir de mémoire: Propositions alternatives

Devoir de mémoire : l’impasse est impossible, et je vois pourtant qu’on s’y engouffre joyeusement. Aujourd’hui, c’est Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui plaide la cause dans le Journal du Dimanche : « Transmettre la Shoah est essentiel. Soutenir et aider les enseignants dans cet enseignement est une priorité. Cela n'a pas toujours été le cas. Nous sommes au travail pour le faire sans fléchir et d'une manière adaptée à chaque âge ». Banco.

 

«  Les discriminations dont sont victimes aujourd'hui les personnes issues de l'immigration ont la même origine que les crimes dont les juifs ont été victimes : la bête immonde du racisme ». Encore banco.

 

C’est après que ça ne va plus. Emmanuelle Mignon reprend cette idée de « confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah à une autre », et encore de CM2. Pas d’accord, et les motifs se débattent sur ce blog, depuis quarante-huit heures. Chacun peut se reporter au post du 14 février. Je n’y reviens pas.

 

Ceci dit, la réalité est que le devoir de mémoire a pris un tour officiel, empoussiéré, pour tout dire lourdingue et imbuvable. Parfois, cela tourne au gavage. L’initiative de Sarkozy peut permettre de faire bouger les lignes : il n’y a pas de gardiens officiels de la mémoire. Le choix de faire cette annonce au repas annuel du CRIF était à cet égard malheureux car il accrédite l’idée que la communauté juive est mieux placée pour transmettre cette mémoire. Oui, pour le témoignage ; non, pour la transmission.

 

Cette histoire est celle de tous, et je verrais bien qu’Emmanuelle Mignon lance un véritable appel à projets, sans aucun préjugé quant aux auteurs ou aux méthodes, sur l’indispensable renouvellement de l’action sur ce domaine, et ceci largement entendu.

 

Je veux dire tout aussi bien que je ne comprends pourquoi une association, groupement privé, telle SOS-Racisme a pu devenir le dépositaire de la lutte contre le racisme. Et tant d’autres, à commencer par « Ni putes, Ni soumises », association microscopique qui plastronne sur la cause des banlieues, poussée par des vents financiers qui n’ont pas grand-chose à voir avec les cotisations des adhérents.

 

Une insupportable logique de fonds de commerce et de marchands du temple.

 

L’histoire appartient à tous, et la lutte contre les obscurantismes ne se délègue pas. Je trouve très bien que l’Elysée reprenne la main, mais que ce soit alors pour ouvrir le débat.

 

Remettons tout à plat. Discutons de tout. Comparons les méthodes, les coûts et les résultats. Dégageons la mémoire de son officielle pesanteur, pour lui faire retrouver les chemins de la créativité.  

 

J’attends donc votre appel à projet, chère Emmanuelle, et je ne vous cache pas que, du haut de mes un mètre soixante-douze, simple citoyen, j’apporterai une idée : des publications, papier et internet, et un enseignement très gradué, sur une question que j’ai appris à coup de nuits blanches, à savoir « le droit de Vichy ».

 

Dans le pays des Lumières, de la déclaration des Droits de l’Homme, avec une chambre de députés qui était celle du Front Populaire, la République a sombré par une série de votes et de textes. Puis a été instauré un régime dans lequel un homme, vieux militaire de surcroît, incarnait l’Etat. Pendant quatre ans, jour après jour, le Journal officiel a publié les lois et décrets de ce qui a été une dictature légale, bafouant les droits dès le premier jour, et finissant par glissements successifs à faire de La Milice la structure du pouvoir.

 

Tout ceci par la loi : loi de dénaturalisation, loi sur l’internement des personnes estimées dangereuses pour l’ordre public, loi sur les étrangers en surnombre dans l’économie nationale, loi portant statut des juifs, loi créant des camps spéciaux pour les juifs étrangers, loi sur la surveillance des camps d’internement, loi créant un Commissariat général aux questions juives, loi sur l’aryanisation de l’économie, destinée à éliminer toute influence juive de l’économie, loi sur l’obligation de dénonciation, loi permettant l’engagement des français dans la Waffen-SS … Et bien sûr toutes les lois instituant des juridictions spéciales, de même que celles voulant remodeler la société française, dans tous ses aspects. Au total plus de 700 lois ouvertement liberticides, et si bien appliquées à l’époque. Leur étude est très éclairante sur les mécanismes de perversion du droit, et offre un tableau vivant de la société française, à travers les travers que Vichy, à coup de lois, s’obstinait à vouloir corriger.

 

C’est une idée.

 

 

Chère Emmanuelle, lancez l’appel à projets, et les idées vont fuser. Ce sera du bon travail.

Commentaires

  • puisque notre président insiste, et comme le principal objectif du "devoir de mémoire" est de rendre compte que "la bête immonde du racisme" est toujours à l'oeuvre, les enfants du CM2 pourraient adopter un enfant récemment expulsé par la police française, qui, là encore, ne fait qu'appliquer les lois.

  • @ mc, Avec les mots, on peut toujours passer d'une extrème à l'autre. Sarkozy est raciste car il expulse des gens qui seraient mieux dans leur pays d'origine.
    ça commence bien le débat.
    Qu'on arrête de vouloir faire chier des mômes qui ne demandent qu'à jouer avec leur console pour leurs loisirs.
    S'ils se mettent à faire comme moi, tout connaître sur les horreurs et atrocités commises dans tous les pays du Monde, ils deviendront aussi misanthropes que moi.
    A mon âge, ce n'est plus bien grave. Mais je sais aujourd'hui, pour avoir trop vu, trop étudié les sciences humaines, et trop vu toutes les thématiques sur Arte, que la meilleure santé c'est la faculté d'oubli.
    Le devoir de mémoire, c'est l'obligation à la haine de l'ensemble de l'inhumanité.

  • Il y a des gens arrogants, conquerrants, avec un esprit tellement tordu qu'ils ne savent jamais s'arreter avant d'aller trop loin. On peut se poser la question: ne s'agit-il pas au fond du principe de la guerre permanente, creer eternellement un nouveau conflit, gemir au besoin sur les consequences, rebondir sur la victimisation et recommencer...pour avancer encore un peu plus loin.
    En ce qui concerne la 2eme Guerre Mondiale, je pense que les Europeens, Francais, Allemands, Sovietiques et bien d'autres ont assez souffert, et SOIXANTE ANS apres, n'en veulent plus.
    Nos representants politiques ELUS seraient certainement bien inspires d'en tenir compte.
    La tache prioritaire de la France a l'exterieur devrait etre aujourd'hui d'aider au maintien ou retablissement de la Paix pour des peuples qui souffrent cruellement depuis des decenniees (en particulier Palestine, Irak, Afghanistan)

  • Le devoir de mémoire est un rocher de Sisyphe qui perpétue les pulsions violentes.
    Laissez les morts enterrer leurs morts.

  • Vous aurez bien noté que pour ce mi concerne, je propose du conceptuel, et non de l'affectif, à travers les deux questions:
    - comment une déocratie choisit de deveneir une dictature
    - comment s'organise juridiquement une dictature

  • Sur la première question :
    Techniquement Vichy était la prolongation de la troisième république, d'un point de vue constitutionnel. La capitulation a fait le reste... Vae Victis !
    Sur la deuxième question :
    Très facilement.

    Troisième question :
    Les politiques de la cinquième n'ont jamais cessé d'invoquer l'ordre républicain, le pacte républicain et ainsi de suite.
    Quand je lis la République de Platon, je n'ai pas envie d'être républicain. Quand je pense à la République Soialiste Soviétique je ne veux pas être républicain.
    La démocratie , on voit bien ce que c'est, mais qu'est-ce qu'une république ?

  • La démocratie est la loi de la majorité ; elle peut conduire à la violation des droits. La loi d’habilitation du 10 juillet 1940 était tout ce qu’il y a de plus légale, hélas. Le coup d’Etat, cela a été le lendemain, quand profitant du contexte, le vieux soldat, de fait et de sa nouvelle légalité, s’est emparé de tous les pouvoirs.

    Et la perte de la démocratie en Allemagne, ce n’était pas très différent.

    D’où les déclarations de droit d’après guerre : française 1946, universelle ONU de 1948, européenne de 1950. Et le contrôle de constitutionnalité : la loi n’est légitime que dans le respect des principes. On améliore : la démocratie dans le respect des libertés individuelles et collectives.

    La République ? Je pourrais vous renvoyer vers les signataires de l’appel de Marianne… Texte pathétique : quand ils n’ont plus rien à dire, ils disent « valeurs de la République »
    Je crois que l’idée, c’est que le pays se construit une histoire collective, orientée vers un but, qui n’est pas que la garantie des droits fondamentaux. Un idéal qui s’est identifié dans les moments glorieux de l’histoire. C’est « ce plus » qui fait République. Mais c’est aussi une manière de dire que d’autres pays se satisfont du respect des droits de l’homme, et renoncent à cette perspective collective.

    Comme sur la laïcité, (débat en cours sur le blog) cette spécificité existe, mais elle doit s’exprimer avec modestie, sinon, elle devient insupportable, et témoigne d’un aveuglement franco-français.

  • Si il n'y a pas assez d'enfants juifs pour tous les CM2 qui vont venir dans les prochaines années, est ce qu'on peut prendre des enfants victimes de l'esclavage ? Ou alors c'est maladroit. Parce que, si comme on nous le demandait justement, il n'y a pas à créer de classement dans la pyramide de l'horreur, je trouve que ça y ressemble de plus en plus.

  • quand ils n’ont plus rien à dire, ils disent « valeurs de la République "

    C'est bien la question; ce que vous décrivez ressemble plus à la construction d'une nation.
    La nature "Républicaine" ne garantit pas les libertés publiques : par exemple, l'article 16 de la constitution de la Vème, le recours à la détention provisoire comme moyen de pression sur l'accusé , la faiblesse des pouvoirs du parlement etc.
    Le mot Républicain reste vide de sens, alors que le concept de démocratie est fort et clair. Souvent les fameuses "valeurs de la République" permettent aux politiques d'escamoter l'essentiel.
    Les pièces de monnaie des années 50 portaient toujours la francisque, avec le sigle R.F.
    étrange symbiose.

  • Le but du devoir de mémoire n'est pas seulement de se souvenir mais également d'éventuellement ne pas recommencer à s'entretuer.
    Je suis désolé mais lorsqu'on répand l'inégalité sociale et ce de manière générale avec la mondialisation à outrance, on n'agit pas pour la paix.

  • De l'age de 8 à 12 ans mes parents ont eu la bonne idée de me mettre en pension chez les frères . Je suis allé en 4 ans prés de 2000 fois à la messe et divers offices religieux ,mais également fait 3 enterrements d'enfants , en effet les enfants morts c'était l'affaire des enfants et porter le petit cercueil blanc d'un bébé ou d'un enfant décédé ne nous a pas traumatisé ! Les adultes portaient les cercueils des adultes ! Le devoir de mémoire des enfants c'était une façon originale et humaine de faire découvrir les malheurs de nos semblables ici bas .

  • L'idée de Nicolas Sarkozy de confier à un élève de CM2 la mémoire d'un enfant français victime de la Shoah a laissé place à d'autres pistes de réflexion, ont déclaré, mercredi, plusieurs participants à une réunion au ministère de l'éducation, dont Simone Veil et Claude Lanzmann.

  • Tout ce bruit pour rien. Sarko a pleins d'idées. Personne n'en veut. Il ne lui reste que jp pour le consoler dans ces idées macabres.
    Allez écouter un requiem, un oratorio, une missa solemnis ou stabat mater, pleurez un bout coup, videz vos chakra et repartez vers la vie positivement.

  • "les enfants morts c'est l'affaire des enfants "
    Quelle foutaise...

  • la shoah ou enseignement religieux faudrait savoir ce que veut nicolas sarkozy , personne n'y a prété attention dans son discours au diner du crif voir la vidéo , http.//wwwbakchich.info/article2715.htlm

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