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  • Rama Yade a du nez

    Rama Yade a du nez.  Aller soutenir Georges Mothron, maire sortant UMP d’Argenteuil dans le Val d’Oise, il fallait y penser. Un choix judicieux.

     

    Après tout pourquoi pas, me direz-vous, dès lors que les visites officielles du Tchad et de l’Afrique du Sud ne posaient pas suffisamment de question traitant des droits de l’homme. C’est ainsi. Il était indispensable pour Rama Yade d’aller faire le retour à N’Djamena au mois de décembre pour récupérer les hôtesses espagnoles, mais là, il y avait mieux à faire. Les ministres doivent être sur le terrain électoral.

     

    La secrétaire d’Etat aux droits de l’homme allait tout de même soutenir un drôle d’humaniste, et ne pouvait l’ignorer.

     

    Depuis 2005, chaque été, le maire d'Argenteuil s'illustre en prenant des arrêtés pour interdire la mendicité dans le centre ville. Un de ces arrêtés évoquait une « gêne olfactive anormale » liée à la présence des SDF : il avait été annulé par le tribunal administratif. Le 6 août 2007, il a pris un nouvel arrêté anti-mendicité qui se voulait efficace jusqu'en 2011 !

     

    Cette année, la mairie a reconnu pendant le mois d’août s'être procurée du « Malodore » pour éloigner les SDF vivant aux abords du centre commercial du cœur de ville. « La mairie utilisera ce produit si elle ne trouve aucune autre solution, notamment sociale, pour éloigner des SDF du centre commercial. Ils posent des problèmes de sécurité et gênent les riverains. C'est une solution triste dont on espère se passer », avait expliqué à l'AFP Philippe Metezeau, premier adjoint au maire. En fait, les employés municipaux avaient refusé d’utiliser ce produit, et les cartons avaient été remis au gérant du centre commercial pour qu'il en fasse usage qu’il souhaitait.

     

    Dans le genre, on trouve un précédent avec un petit malin Kenneth Rasmussen, élu de Bergen, en Norvège, qui en février 2007 avait invité les habitants de la ville à suspendre des pieds de cochons un peu partout et à diffuser des couinements de porcs par haut-parleur pour faire fuir les musulmans. Ce grand visionnaire était aussi un homme d'action, et il affirmait que cette stratégie avait très bien fonctionné lorsqu'il était engagé dans les troupes des Nations Unies en Somalie et au Liban dans les années 1990.

     

    Commentaires de Rama Yade sur les procédés de Georges Mothron à la chaîne de télé VOTV : « Il faut tout tenter dans une ville. Il faut essayer des choses. Un maire ne fait pas ce qu'il veut, il répond aux préoccupations des gens ».

     

    On hausserait volontiers les épaules devant ces niaiseries. Mais elle commence quand même à bien faire cette princesse de l’inconséquence. Parce que malgré tout, la dame est quand même secrétaire d’Etat aux droits de l’homme. Et je me pose la question : quelle a été son action dans la fonction où elle a été nommée ; très franchement, ça m’est passé inaperçu. Je ne dois pas lire les bons journaux.

  • Le racisme ... pour rigoler ?

    Le racisme … pour rigoler ? Théodore N’Kamdo, un salarié camerounais âgé de 44 ans, ligoté par du ruban adhésif à une barre par des collègues de travail, complètement saucissonné, laissé en hauteur pendant plusieurs minutes, photographié, et la photographie qui circule dans l’entreprise …. Quelques jours plus tôt, c’était « Bamboula, descends de ton cocotier ». Rassurez-vous, il n’y a là aucun soupçon de racisme : ce sont seulement des plaisanteries, dans un esprit potache.

     

    Les trois salariés auteurs des faits l’ont affirmé devant le tribunal correctionnel de Saverne (Bas-Rhin) qui a rendu son jugement hier : « Il n’y avait aucune intention de mal faire et qu’il ne s’agissait que d’une farce entre collègues ». Libération rapporte les propos tenus à l’audience « Ce soir-là il y avait un pot payé par la société et on est revenu un peu joyeux. On passait par là. Il y avait le scotch qui était là, le poteau, et voilà, ça s’est fait sans réfléchir … ».

     

    La justice a su prendre le temps de la réflexion. C’est la marque de sa sagesse. Des faits de 2003 sont jugés en 2008. Cinq ans d’attente, pour parvenir à ce jugement : un mois de sursis et 1 000 € de dommages et intérêts.

     

    Le contexte raciste est une circonstance aggravante des violences, mais cela résulte de la loi du 3 février 2003 qui n’était pas applicable au moment des faits. Il n’en reste pas moins que, si la qualification de violence ne pouvait être retenue, le juge doit tenir compte de tout le contexte pour apprécier l’ampleur des violences.

     

    Cette affaire illustre combien il est difficile pour le droit de se saisir de la question du racisme.

     

    Le racisme n’est pas sanctionné en tant que tel. Il l’est sous l’angle de la discrimination, de la provocation à la haine, ou comme circonstance aggravante d’une autre infraction. Ainsi, la diffamation est une infraction, sanctionnée plus sévèrement si la cause est l’appartenance à une race, une ethnie ou aussi une religion. De même depuis 2003, pour les violences.

     

    Le plus contestable, c’est l’argument de la plaisanterie. Et là, le droit devait dire « non ».

     

    L’acte raciste porte atteinte à la dignité humaine. C’est  une donnée objective, dont l’appréciation ne dépend pas du point de vue de l’un ou de l’autre. Le propre du droit est de défendre la dignité comme une valeur en soi, indépendamment des intentions des particuliers. Le fait que les auteurs amenuisent leur sens de la responsabilité en évoquant la plaisanterie et « le coup dans le nez » doit être corrigé par la justice qui doit identifier l’atteinte raciste en elle-même. Le Conseil Constitutionnel dans une décision de 1994 avait posé comme règle que le principe de dignité ne peut être limité.

     

    Et puis, sur un plan plus pragmatique, il y en a assez de ces argumentaires minables qui font passer le racisme sous le coup de la plaisanterie. C’était encore le cas la semaine dernière au stade de foot de Bastia, avec les banderoles ouvertement racistes, mais sur un ton d’humour, visant le joueur de foot Boubakar Kébé. Et ainsi de suite.

     

    Le racisme criminel est une théorie pour quelques uns. Pour la plupart c’est une plaisanterie graveleuse qui se lâche d’autant mieux qu’il y a un peu d’alcool dans le gosier. Théorie ou plaisanterie, les deux doivent être combattues avec la même rigueur. C’est pour cela que je ne comprends pas la banalisation recherchée et obtenue dans cette affaire.

  • François Fillon, l'infirmier du Gouvernement

    Fillon, l’infirmier du Gouvernement. Et il est parfait dans le rôle.

     

    Le médecin-chef est un vrai boss. Il voulait le service : il l’a eu, et à la force du poignet. Chacun sait que la hiérarchie hospitalière, ce n’est pas du gâteau. Normal : c’est un fromage. Problème : le boss ne manque ni d’idées, ni de tempérament, mais il a un petit problème de méthode. Une petite tendance à tout vouloir décider tout seul. Et ses assistants ne l’aident guère : ils ne peuvent pas se supporter. Chacun cherche à être dans les petits papiers du boss. Emmanuelle, Claude et Henri,… quelle ambiance !

     

    Il y a quelques jours, le boss voulait virer David, son secrétaire, qu’il a traité d’imbécile en réunion. Mais David est au courant de toutes les histoires, et impossible de le lâcher dans la nature.

     

    C’est dire que la tâche de François n’est pas simple. Mais un infirmer est aussi un diplomate. C’est celui qui arrondit les angles, gère discrètement les crises, trouve les paroles apaisantes. Comme ces infirmières de légende, il sait dire « oui » au boss même quand ce n’est pas raisonnable, et il rattrape le coup en douceur. Bon, il y la prescription médicale… Mais, dans le respect de l’article R. 4312-29 du Code de la santé publique, l’infirmier met en œuvre la prescription avec intelligence.

     

    Personne ne prend rendez-vous chez le boss. C’est lui convoque, et c’est pour prendre une dégelée. En revanche, tout le monde cherche à avoir un peu du gentil François, un mot ou un geste encourageant.

     

    On l’aime bien, l’infirmier. Il y a bien Xavier, l’assistante sociale, qui lorgne sur sa place. Mais c’est trop visible. Et puis, on a trop besoin d’un infirmier.

     

    «  La France est malade ». C’était le diagnostic de mai 2007, non démenti. Un peu de chirurgie, des antibiotiques, quelques vaccinations, des pansements ici ou là, et beaucoup d’antidépresseurs… Le travail ne manque pas. Heureusement, le malade est assez coopérant. Il  faut dire que François l’infirmier est un expert dans le traitement de la douleur.

     

    Problème : ce sont maintenant les membres de l’équipe qui tombent malades les uns après les autres. Et, entre collègues,… on se dépanne. C’est quand même plutôt sympathique de la part de François, car au début le boss l’avait bien secoué, et les petits copains faisaient ceux qui n’avaient rien vu.

     

    Dans toutes les villes, on l’appelle. Personne ne veut du boss, sauf ceux qui ne veulent pas être élus. En revanche, François c’est le porte bonheur. Un mauvais sondage, il arrive, et tout va mieux.

     

    C’est ça, être infirmer. Apporter une présence professionnelle, chaleureuse et confiante. Gérer les petits secrets. Permettre, les mauvais jours, de retrouver l’espoir.

     

    Et puis, François, il court beaucoup ces jours-ci, même il aime ça. Il s’est fait une bonne place. D’abord, le boss ne peut pas le virer : il a la cote d’amour, et tout le monde apprécie son calme dans la tempête. Ensuite, chacun sait qu’un service peut tourner sans le boss, mais que c’est impossible sans les infirmières.

     

    Alors une solution : inscrire le boss à plein de congrès. Pendant qu’il voyage, on est tranquille. C’est classique, mais ça marche toujours.

  • "Casse-toi, pauvre con" : un délit

    « Casse-toi, pauvre con » … un délit. Dura lex sed lex : ainsi est la loi. Sur le plan moral, le recours à l’injure n’est pas recommandé, et l’exemplarité attendue des grands frères en prend un coup. Mais sur le plan légal, c’est le carton rouge.

     

     

    L’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse définit l’infraction d’injure comme une expression outrageante qui ne renferme l’imputation d’aucun fait. L’injure se différencie en cela de la diffamation, qui est un délit plus malin, laissant entendre l’existence d’un fait qui met en cause l’honneur d’une personne. En traitant quelqu’un de « pauvre con » on ne traduit aucune idée, mais seulement une expression outrageante. C’est une injure.

     

     

    La loi distingue ensuite selon que l’injure ait été privée, et c’est une contravention, ou publique, et elle devient un délit passible de la correctionnelle. L’aimable Jean-Pierre Raffarin, décidément prêt à tout pour obtenir le poste de président du Sénat, a distillé une analyse savante au terme de laquelle c’était une scène privée. Erreur. L’injure privée est celle qui circule sur un support confidentiel entre deux personnes. Le propos est public parce qu’il pouvait être entendu par d’autres personnes, à commencer par l’un des proches qui a glissé à Sarkozy que la scène était filmé, et qu’il fallait se calmer.

     

     

    Autre argument : l’insulte n’était pas spontanée. Elle venait en réponse à un propos peu sympathique, avec une montée en puissance:

    -         « Ah non, touche-moi pas »

    -         « Casse-toi, alors »

    -         « Tu me salis »

    -         « Casse-toi alors, pauvre con »

     

     

    Le propos d’origine n’est pas injurieux en soi. Le tutoiement traduit plutôt l’outrage, prévu et sanctionné par l’article 433-5 du Code pénal : porter atteinte à la considération pour une autorité. Voici qui pourra rassurer Sarkozy : on trouve dans la jurisprudence une procédure pour outrage au Président de la République jugée par la Cour de cassation le 5 janvier 1900. Il n’est donc pas le premier concerné …

     

     

    L’outrage a-t-il pu provoquer le recours à l’injure publique ? L’excuse joue si celui qui a proféré l’injure se trouve sous le coup de l’émotion que la provocation a causé. On doit retrouver un critère d’immédiateté et de proportion, car l’excuse de provocation vaut en ce domaine comme la légitime défense. A regarder la vidéo, le Président de la République n’apparaît pas bouleversé par l’émotion, et son petit sourire en coin laisse plutôt apparaître un soupçon de satisfaction.

     

     

    Bien sûr, le Président est protégé par le statut et les poursuites sont impossibles. Mais le débat sur la qualification pénale reste entier.

     

     

    De telles affaires viennent régulièrement devant les tribunaux. L’occasion pour les Procureurs de la République de rappeler que l’injure n’a pas sa place dans les relations humaines, et qu’avant d’atteindre la victime, elle rabaisse d’abord celui qui en est l’auteur.

     

     

    Dans le cas précis, la scène pose aussi une question de sécurité. Qu’en est-il de la sécurité du chef de l’Etat si à l’occasion d’un bain de foule une personne hostile peut s’approcher si directement ? Le bain de foule réussi fait joli sur les photos, mais est-il réellement compatible avec la sécurité qui est due à un chef d’Etat ?

     

     

    Enfin, les mots parlent en eux-mêmes. Le chef de l’Etat traite un visiteur de « pauvre con », Rama Yade les journalistes de « charognards », et Nadine Morano, porte-parole de l’UMP accuse les socialistes de « se ranger du côté des assassins ». La belle équipe perd son calme … Et la question : sont-ils faits pour la fonction ?

  • Sarkozy et les monstres

    Sarkozy et les monstres… Quand tout vous abandonne, quand les plans sociaux à répétition rythment le déclin industriel, quand les sondages dévissent vers le discrédit, reste toujours les petites manip’s à deux sous. Aujourd’hui, ce sont les monstres. Affirmant se placer  du côté des « victimes », le président de la République explique qu’on ne peut « laisser des monstres en liberté après qu'ils aient effectué leur peine ». Quelle puissance de l’argumentaire !

     

    Au départ, on trouve l’idée saugrenue et liberticide d’enfermer les personnes au delà de la condamnation prononcée par les tribunaux. Et on explique benoitement qu’une commission bidule, composée de  gens très bien, fera mieux que les juges, et dira quand la libération sera possible car le monstre se sera amadoué. Bref, ça démarre comme un conte pour enfants.

     

    Les socialistes sont les seuls à s’opposer à cette loi, ce qui est courageux. Rachida Dati explique doctement que la loi s’en prend à la liberté d’une trentaine de personnes pour protéger la société toute entière. Les socialistes, au nom des principes qui fondent notre droit depuis plus de deux cents ans, et devant le constat du sous-financement de la psychiatrie publique, disent non, assumant de passer pour des rêveurs impénitents. Bravo la Gauche.  

     

    Vient le Conseil constitutionnel, et sa décision mi-chèvre mi-choux. Voilà le problème de droit. Les combattants des monstres, je veux dire le couple d’enfer Sarkozy/Dati, soutiennent que la rétention est une mesure de sûreté, destinée à protéger la société, et non une peine, c’est-à-dire une condamnation. Donc, la mesure s’appliquerait immédiatement, et notamment aux affaires jugées. Le Conseil constitutionnel dit que c’est une mesure de sûreté, mais qu’elle ne peut être rétroactive, ce qui l’assimile à une peine. Donc, pas d’application rétroactive. La mesure s’appliquera aux faits commis après la loi. Comme ce genre de fait, c’est vite du quinze ou vingt ans, les premières mesures  pourront être prononcées dans les années 2027…

     

    Sarko doit manger son chapeau. Pas si vite ! Il saisit le premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, pour tenter de trouver une ficelle. Comme les décisions du Conseil constitutionnel  ont une autorité sur toutes les juridictions, la marge sera faible. Bon, maintenant le fait que le président de la République prenne un avis auprès de la Cour de cassation, il n’y a tout de même pas de quoi s’étrangler ! Drôle de cadeau au président Vincent Lamanda…

     

    Là où sa bloque, c’est quand au sortir du Salon de l’Agriculture, Sarkozy nous fait sa sortie sur les monstres.

     

    Et là il faut être sérieux. S’il y a des monstres en liberté, c’est un devoir de l’Etat d’agir, et peut le faire par le bais de l’article L. 3213-1 du Code de la santé publique : « A Paris, le préfet de police et, dans les départements, les représentants de l'Etat prononcent par arrêté, au vu d'un certificat médical circonstancié, l'hospitalisation d'office des personnes dont les troubles mentaux nécessitent des soins et compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte, de façon grave, à l'ordre public. »

     

    Parce que le problème, c’est que l’agitation sans aucune volonté réelle de régler le problème. Alors, comment soigne-t-on les grands délinquants sexuels ? Que se passe-t-il pendant les vingt ans de prison ? A quoi servent les maintes lois sur les soins sur injonction ? Je rappelle que la France , ce mois de décembre, s’est vue intimer par le Conseil de l’Europe, d’apporter les réponses à ce secteur jugé à l’abandon. 

     

    Les enfermer, ces fous dangereux ? Mais qui ignore que les quatre centres qui peuvent accueillir les plus dangereux des patients psy (Cadillac, Sarreguemines, Villejuif, Montfavet) sont asphyxiés par manque de moyens ? Avant de créer de nouveaux centres, on pourrait peut-être financer les équipes à qui la loi à confier de traiter ces très dangereux délinquants. Et appliquer les nombreuses lois votées.

     

    Des monstres ? La formule de Sarkozy est inacceptable, car l’Etat est trop en défaut sur ces questions.

     

    Avant d’agiter les lois et les passions, il faudrait peut être trouver un peu de sous pour la psychiatrie publique, et notamment en milieu carcéral. On commence ? Les 180 000 € du jet d’Estrosi, ça paierait bien quelques psychos…

     

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