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  • Carcassonne: L'armée prend l'eau

     

    Carcassonne : L’armée prend l’eau. Ce qui s’est passé à Carcassonne ce dimanche restera un des évènements les plus graves de l’année.

    Quelques heures plus tard, à coup sûr, on ne sait pas tout. Mais on sait au moins l’essentiel. Ce devait être une journée tranquille. Une journée comme mille autres. L’armée agit, et les militaires veulent le faire savoir. L’opération du jour, c’était une démonstration de libération d'otages du Groupe de commandos parachutistes (GCP) du 3e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa).

    Le colonel Benoît Royal, chef du Sirpa-Terre, le service d'information de l'Armée de terre, raconte la suite à sa manière : « Pour une raison incompréhensible, des munitions à balles réelles ont été utilisées à la place de cartouches à blanc ». Et de faire part  de « l'incompréhension et la perplexité » de l'armée de terre devant cet événement. L'auteur des coups de feu, un sergent du 3e RPIMa, a été placé en garde à vue. Bilan, ce dimanche soir : dix-sept blessés, avec le pronostic vital engagé pour deux des blessés, dont un enfant, et deux autres dans un état grave.

    Et notre colonel d’ajouter : « La thèse qui prédomine, c'est qu'il y a eu erreur, sous réserve des investigations qui sont engagées par la gendarmerie ».

    Une erreur… Errare militarum est ? Mais il se fiche de qui le colonel Benoît Royal?

    Un erreur ! Peut être l’hypothèse d’une faute toute même, mon colonel, si ça ne perturbe pas trop le moral des troupes ? Allez, peut-être même notre colonel aurait-il pu évoquer l’hypothèse d’un crime. Viser des personnes et tirer avec des balles qui tuent, c’est un crime dit le code pénal. C’est au moins une question, avant de ratiociner sur l’erreur qui n’est en peut être pas une…

    Poursuivons l’enquête pour aider le colonel Benoît Royal. Des balles réelles mises à disposition des militaires lors d’un journée porte ouverte, c’est, disons, au moins fâcheux. Quelque part, un crétin qui n’a pas coché la bonne case. Un autre a introduit les balles dans l’arme, sans distinguer la balle à blanc et la balle réelle, c’est encore plus fâcheux. Les beaux livrets militaires ne prévoient pas une petite étiquette ou un signe distinctif , mon colonel ? Car, si la faille est dramatique aujourd’hui à Carcassonne, elle le saurait autant en Afghanistan si nos soldats faisaient aussi l’erreur, en attaquant les talibans avec des balles à banc. Il ne se fiche pas un peu des victimes, et de notre poire, le colonel Benoît Royal ?

    Chacun devant apporter son concours à la justice, je pose une question complémentaire pour aider le colonel Benoît Royal. S’il y a dix sept victimes, il sera difficile de soutenir qu’il n’y a eu qu’une seule balle. Ce qui veut dire que lorsque la première victime s’écroule, atteinte par erreur, la malchance s’est acharnée avec seize autres tirs par erreur ? 

    Notre vaillant Hervé Morin, rescapé du suffrage universel et réfugié politique au ministère de la défense, annonce une enquête de commandement. Dans d’autre temps, et avec d’autres meures, le ministre aurait déjà présenté sa démission. Mais on ne lâche pas une bouée de sauvetage comme ça. Surtout par temps agité.

    Quant à Sarkozy c’est peut dire que cette affaire vient au plus mauvais moment, alors qu’il vient de faire deux annonces qui bouleversent la vie militaire, et la politique de la défense, avec 54 000 postes supprimés dans les armées et la France qui s’apprête à rejoindre le commandement militaire de l’OTAN. Une vraie révolution, qui pour le moins, le place en délicatesse avec le monde militaire, à commencer par le haut encadrement. 

    Aussi, il va falloir suivre au plus près le film des évènements, qu’il s’agisse de l’enquête ou des décisions politiques. En attendant, l’armée qui va défiler devant Bachar el-Assad donne bien l’impression de prendre l’eau, et de toutes parts.

     

  • Besancenot et Rouillan

    Besancenot et Rouillan.  Voici le recrutement d’avenir : Jean-Marc Rouillan au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA).  Ne pas se tromper sur les valeurs,… ne pas se tromper sur les hommes ! Quel dommage de ne pas avoir invité Rouillan chez Drucker.

    Jean-Marc Rouillan, ancien membre du groupe terroriste Action Directe, s'intéresse au NPA. « Je n'ai aucun problème pour le dire », a affirmé Besancenot sur France 2. « J'appartiens à un courant politique qui désapprouvait et qui décriait les méthodes d'Action directe à l'époque. La question qui se pose, c'est de savoir si des personnes qui ont connu le système carcéral ont le droit de faire de la politique. Nous, on pense que oui ».

     

    Petit rappel : Jean Marc Rouillan est le fondateur du groupe armé d'extrême-gauche Action directe à la fin des années 1970 et a été condamné en 1989 à la perpétuité, dont 18 ans de peine de sûreté incompressible, pour complicité d'assassinats de l'ingénieur général de l'armement René Audran en 1985 et du P-DG de Renault Georges Besse en 1986. Après vingt ans de détention, il a obtenu en décembre 2007 une mesure d’aménagement de peine : semi-liberté liée à un emploi dans une maison d’édition.

     

    Premier commentaire consternant de Besancenot, sur France 2 : « Ils devaient faire 18 ans incompressibles, en l'occurrence aujourd'hui ils font du rab ». Et non. 18 ans incompressibles, ça veut dire 18 ans sans sortir, mais la peine c’était la perpétuité. Donc il n’y a pas  « rab ». Et pas de doute que les enfants de René Audran ou de Georges Besse apprécieront la référence au « rab ». Le respect est sûrement une valeur capitaliste.

     

    Il n’y a pas de raison qu’un ancien condamné ne puisse avoir une action politique ? Je suis bien d’accord, et je souhaiterais que des recours soient exercés contre l’Etat si les détenus continuaient à rencontrer tant de difficultés à voter. De fait, ils sont privés de l’exercice de ce droit, et ce n’est pas acceptable.   

     

    Alain Krivine vient à la rescousse, avec cette belle phrase que n’aurait pas renié l’Abbé Pierre : « Si lui accepte le programme, il viendra, on ne demande pas aux gens leur passé ». Quel humaniste, et là encore je suis d’accord. Que serait la vie si l’on nous opposait toujours nos fautes passées ! Yves Montant est devenu le chantre du libéralisme épanoui après avoir été le chantre du communisme épanoui. Et tant d’autres.

     

    D’accord pour dire qu’il faut voir le présent. Et, c’est une chance, Jean-Marc Rouillan nous fait connaître sa pensée actuelle, dans un texte publié par le site Le Jura Libertaire  

     

    http://juralibertaire.over-blog.com/article-20822738.html  

     

    comme la reprise d’un article publié par Rouge, le journal de la LCR, le 5 juin 2008. Je n’ai pas retrouvé le texte sur Rouge, mais le texte est bien lisible sur Le Jura Libertaire et bien signé par Jean-Marc Rouillan.  De quoi dynamiser la débat au sein du NPA !

     

    D’abord, l’analyse de la détention et de la responsabilité dans les crimes commis. Accrochez-vous !

     

    « Dans la détention des «Quatre d’Action directe», l’État a imposé un arbitraire total (quartiers spéciaux, transferts disciplinaires réguliers, censure politique…). L’enjeu du chantage reposait sur l’exigence de reniement. Concrètement, la pacification de la mémoire et la disparition d’une expérience révolutionnaire armée figuraient le but ultime de ce traitement spécial. La menace était claire. Tant que nous n’options pas pour la repentance, ils nous appliquaient les méthodes pénitentiaires de destruction physique et psychique. Et, ayant assumé jusqu’au bout la responsabilité de nos actes et de nos choix, nous l’avons payé cher. »

     

    Vous lisez comme moi, et comme Besancenot et comme Krivine : « assumer jusqu’au bout la responsabilité de nos actes et de nos choix ».

     

    On poursuit, avec ce très joyeux cet encouragement à la sincérité qui conduit en prison…

     

    « La mobilisation de l’arme carcérale est au cœur du conflit mené par la bourgeoisie des centres impérialistes contre les masses du Sud, et contre les pauvres globalement. En fait, contre la figure actuelle et transnationale du prolétaire précaire. Il y a donc urgence ! Pour les militants sincères, je dirais qu’il est crucial qu’ils se posent le problème de la prison, car la prison risque fort de devenir tôt ou tard un problème pour eux. »

     

    Et pour conclure, une saine analyse des réalités pénitentiaires.

     

    « Pas besoin d’écouter un CD de rap pour comprendre que le flic et le maton sont leurs ennemis déclarés. Et que croit-on qu’ils pensent de l’inaction frileuse de la gauche dite révolutionnaire sur le terrain de la répression de masse ? »

     

    « Le flic et le maton ennemis déclarés ». Les représentants de l’ordre public rangés dans la catégories des ennemis déclarés. Jean-Marc Rouillan pense ce qu’il veut. Alors, action ?

  • Etats Unis: L'arme des faibles

     

    Etats-Unis : L’arme des faibles. Horreur : nos amis américains ont failli se trouver désarmés. Non, pas d’une quelconque arme de destruction massive, mais du sympathique et si mignon pistolet de famille.

    La loi, c’est la loi. Elle peut être la crétine et rappeler le bon vieux Far West, mais peu importe : c’est la loi. Et dans un Etat de droit, on respecte la loi, ce d’autant plus que c’est la plus importante. En effet est en cause rien de moins que la constitution, avec son 2° amendement :  « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Tout tient en ces quelques mots.

    La question  est : comment une société civilisée gère-t-elle la force publique ? Intéressant de comparer avec un  autre texte constitutionnel de la même époque, notre  Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, texte qui fait partie de notre constitution, et qui proclame en son article 12 : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

    Alors un match : violents US c/ douce France ? En réalité les deux textes ne sont pas si éloignés. Toute la question est l’interprétation vicieuse de la Cour suprême qui analyse ce « droit du peuple détenir les armes », formule dans laquelle se reconnait tout républicain, comme un droit individuel, et non comme un droit collectif.

    C’est la fin d’un vieux contentieux. L’origine est une réglementation adoptée par la ville de Washington de1976 interdisant à ses habitants de posséder une arme de poing. Dans cette interprétation, le 2° amendement est respecté, car le droit est collectif : il fonde le droit d’armer la police. Un texte parmi tant d’autres. Nombre d’Etats fédéraux ont cherché à limiter ce port d’armes, car le bilan est désastreux : 200 millions d'armes à feu sont en circulation aux US, responsables de 30.000 décès chaque année : 2% d'accidents, 40% de meurtres et… 58% de suicides. Rappelons aussi, entre autres, les 32 morts d’avril 2007 à l'université de Virginia Tech. Alors préparez vos mouchoirs en vue de la prochaine tuerie, vos mouchoirs constitutionnels bien sûr.

    A la Cour Suprême, le résultat  a été acquis à une voix de majorité, et c’est le juge Antonin Scalia, un conservateur pur sucre, qui a rédigé la décision : « Il n'y a aucun doute, que ce soit dans le texte et dans l'histoire, que le deuxième amendement garantit un droit individuel à détenir et porter des armes ».

    Problème d’interprétation de la loi. Il n’y pas de doute que dans le texte et dans l’histoire… . Oui, dans le texte tel qu’il a été écrit il y a deux cents ans et dans l’histoire tumultueuse des Etats-Unis. Mais, cher Antonin Scalia, ne pensez-vous pas que la force d’un texte fondateur est de permettre des interprétations évolutives, parce que le monde bouge ? Bref que le rôle d’un juge est progressiste ? Que sans renoncer à ce qui fait la base, il faut  trouver des règles permettant d’affronter le futur ? N’est-ce pas ça l’esprit de responsabilité ? En 2008, à l’heure des polices fédérales, de la police scientifique, de la surveillance informatique des foyers de délinquance, on peut peut-être sortir de l’image du shérif, et pire, de celle du justicier ?

    L’Amérique, qui a inventé le frigo, aime bien de temps à autre se remettre dans le frigo. C’est ainsi. L’usage individuel de la force est un signe de faiblesse.

    Certes, cette décision ne permet pas tout. Elle n’interdit pas aux Etats d’adopter des législations restrictives, notamment pour les repris de justice ou les patients psy. Elle limite l’usage du joujou, notamment pour la légitime défense. Légitime défense qui a un vrai marché devant elle si tout le monde est armé… Mais cette réaffirmation d’un droit individuel, qui ravit le lobby des armuriers, va encourager les plus extrémistes et ré-ouvrir nombre de discussions sur les lois restrictives adoptées par nombre d’Etats fédérés.

    John McCain en profité pour saluer, avant la gamelle historique qui l’attend, une « victoire historique »: « Contrairement aux élitistes qui pensent que les Américains se raccrochent aux armes par amertume, la décision d'aujourd'hui reconnaît que posséder une arme est un droit fondamental, sacré ». John, franchement, tu aurais pu éviter la référence au sacré…

     

     

  • Mères porteuses: de l'amour et du droit

     

    Mères porteuses : de l’amour et du droit… Que tout serait simple si ce n’était qu’une histoire d’amour… Que tout serait simple si ce n’était qu’une histoire de droit… Oui, mais les deux sont étroitement liés. La maternité de substitution, c’est la fécondation de l’amour et du droit.

     

     

    De l’amour, et oui. Avant d’invoquer le code pénal ou  les principes de l’éthique, c’est d’abord une histoire d’amour qu’il faut parler. Et une histoire d’amour qui finit bien en général. Des couples ont pu réaliser leur rêve de procréation, des mères ont rendu cet immense service, et de petits bébés sont devenus de grands messieurs ou de grandes dames.

     

     

    Du droit, et oui. Ca serait si simple, s’il n’y avait que l’amour. Mais c’est une donnée générale : les êtres humains ne savent pas penser l’amour sans le code civil à portée de main. Je n’exagère pas, je simplifie juste un peu. Car pour se passer du code, les êtres humains peuvent utiliser le préservatif, c’est vrai. Il ne reste alors que le bon moment… En somme c’est latex ou lex. 

     

     

    Si l’ami latex n’est pas de la soirée, c’est lex qui s’invite. Car le délicieux moment devient vite une partie à trois. C’est tout de même extraordinaire : l’avenir de l’humanité passe par l’amour. Imaginez la grande panne, la vraie : ce ne serait pas la fin d’une civilisation, mais la fin d’une planète. C’est tout le problème : le moment délicieux crée aussi la vie sociale. D’où le droit.

     

     

    Alors, il dit quoi le droit ?

     

     

    Pendant longtemps, il n’a rien dit de spécial, parce qu’il parlait en général. Pour dire que le corps humain est l’incarnation de la personne, qu’il est hors du commence, et que tout contrat portant sur le corps humain est nul. C’était le principe « unité du corps et de l’esprit » qui adapté à la maternité devenait « unité de la maternité et de la mère ». 

     

     

    Et puis le droit a été bousculé par le fait. La pratique des mères porteuses est sortie de l’ombre, pour se revendiquer en tant que telle. Vive réaction du droit français, d’abord par la jurisprudence déniant tout validité à ces contrats, puis par la loi de bioéthique de 1994 ajoutant dans le code civil un article 16-7: « Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle. » Et pour faire bonne mesure, un article du code pénal, n° 227-12, sanctionnant d'une peine de six mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende « le fait de s'entremettre entre une personne ou un couple désireux d'accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre ». Bigre…

     

     

    L’évolution a d’abord été le fait de la science.

     

     

    Au départ, on ne connaissait que la « mère porteuse », inséminée plus ou moins artificiellement par le sperme de l’époux ou du concubin. De telle sorte que la mère génitrice était la mère biologique. Cette pratique est loin d’avoir disparue, et elle reste le moyen le plus simple pour contourner la loi. Exemple ? Un couple d’homosexuelles, une insémination artificielle à la maison avec l’introduction du sperme d’un ami donneur, par une seringue. Prochain épisode, l’adoption par la concubine homo. Et attendant, l’histoire d’amour commence.

     

     

    Tout change avec la fivette. L’enfant est fécondé in vitro à partir de gamètes provenant du couple, et la mère qui donnera naissance ne fait que porter l’enfant d’un autre couple. La mère adoptera l’enfant, réunissant les filiations biologiques et juridiques. La question n’est plus la même… Et les difficultés, récurrentes lorsqu’il s’agit de « mère porteuse » deviennent rares lorsqu’il s’agit de « gestation pour autrui ».

     

     

    De fait, nombre de pays ont fait le pas, en légitimant, tout en encadrant, ces pratiques : Grande-Bretagne, Belgique, Grèce, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Ile Maurice, certains Etats des Etats-Unis et du Canada, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud. L’Espagne s’oriente vers une réforme.

     

     

    Que la science facilite, que d’autres pays fassent le pas ne suffit pas à justifier l’évolution de la loi. Mais dès lorsque bien des modalités peuvent être définies pour limiter les abus et les dérives, il faut dire oui.

     

     

    Arrêtons les interprétations psychorigides des sains principes du droit. Oui, le corps et la personne sont consubstantiels. Oui, la protection du corps n’est pas liée à l’état de conscience de la personne, mais au simple fait qu’elle est en vie. Oui, une personne n’est pas propriétaire de son corps, car elle ne peut ni le vendre, ni en disposer, ce qui est le meilleur moyen de protéger la personne quand son corps qui s’affaiblit, ou que la misère peut conduire aux pires abandons.

     

     

    Oui, mille fois oui. Mais rien de cela n’est remis en cause par une loi bien cadrée permettant à une femme de porter l’enfant conçu par une autre couple. Permettant à ce couple de donner la vie. Et permettant à cet enfant de vivre.

     

     

  • Ducasse, la cuisine du fric

     

    Ducasse, la cuisine du fric. Abonnez-vous au Journal officiel de la principauté de Monaco. Vous y découvrirez les ordonnances de son altesse le Prince Albert II.

    Et oui, Monaco, ce n’est pas qu’un gag. C’est un Etat, ne rigolez pas : 7 000 citoyens. 28 000 autres personnes travaillent et vivent là bas, mais pas assez friqués pour être reconnus citoyens. Jusqu'en 1962, la principauté était un royaume de «droit divin». Mais le prince Rainier III en a fait, avec la Constitution du 17 décembre 1962, une monarchie héréditaire et constitutionnelle. Le Prince, bon prince, a su restreindre ses prérogatives. Il partage le pouvoir législatif avec un conseil national de 18 membres élus par les 7 000 citoyens. Prince de mes deux, oui…

    Notre prince, dans son immense sagesse, peut naturaliser, outre les personnes ayant des attaches familiales dans la principauté, celles qui sont «  bien intégrées dans le tissu économique, social ou culturel », ou encore celles qu’il juge « dignes de cette faveur. » Ce n’est pas le droit du sol, ni le droit du sang, mais le droit du fric. D’où cette ordonnance du 23 juin 2008, naturalisant Alain Ducasse, qui « comme tel, jouira de tous les droits et prérogatives attachés à cette qualité ». Faisons simple :  Alain Ducasse ne paie plus d’impôt.

    Une larme pour Brice Hortefeux : après les étrangers qu’on ne parvient pas à expulser, voici un français qui s’expulse comme un grand. Car, la principauté pratique l’amour exclusif : un monégasque n’est plus français. Adieu la République.

    Monaco est une affaire de famille, la famille Grimaldi, depuis 1419. Monaco, qui à la fin des années 1930 vivotait sur les 2, 5 km² de cailloux ensoleillés, est bizarrement devenu opulent en 1945. Lors de la Libération en 1945, on séquestra sur Monaco autant d’argent nazi que sur l’ensemble du territoire français.

    Les nazis, criminels mais aussi voleurs, ont toujours cherché les moyens de blanchir l’argent de leurs rackets d’Etat. Les banques suisses ont pris leur part, mais Monaco fut au même niveau. Les premiers contacts, d’avant-guerre, furent été ralentis par l’occupation italienne, mais lorsqu’à partir de septembre 1943 les Allemands prirent la suite, ce fut un vrai régal. Une machine à blanchir de l’argent sale. Trafics, marché noir, spoliation des juifs, pillage des entreprises : tout était bon.

     

    En 1944, c’était le couronnement. Le 5 mai 1944, Monaco était rayé de la liste des ennemis du Reich, et le 21 juillet, le prince régnant, Louis II, autorisait le banquier nazi Karl-Anton Schaeffer à créer la banque Charles, du nom de Johannes Charles, un financier suisse mandaté par le Reich. En urgence, il fallait récupérer tout les avoirs nazis possibles, planquer ce qui pouvait l’être via l’immobilier et les casinos, et en évacuer une part vers la bienveillante Espagne de Franco. Personne n’a autant profité des crimes nazis que Monaco.

    L’argent bien gagné, ça se gère. Dans la discrétion financière masquée derrières les frasques pitoyables des rejetons Grimaldi, des soirées de charité et du Grand prix de France.

    Car si les 7 000 citoyens de la principauté ne paient pas d’impôts, c’est que l’argent y pue toujours autant.

    Toutes les instances internationales dénoncent cet abcès : « paradis fiscal », c’est-à-dire en langage profane, pourriture généralisée. En 2000, c’est le Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI) ; en 2003, le Fonds monétaire international (FMI) ; en 2004, l’OCDE.

     

    Tous mes vœux de bonheur au citoyen monégasque Alain Ducasse. Et comme on me répliquera sur la qualité du parcours professionnel d’un homme qui a commencé à travailler à 16 ans, je salue le rôle de la Principauté comme ascenseur social.

     

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