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  • Bal tragique à Charlie Hebdo: Un licencié

    Bal tragique à Charlie Hebdo : un licencié. Et oui, il existe encore des débats qui structurent la pensée, faisant briller Paris comme capitale des idées. 

     

    Beaucoup de beau monde est sur le pont : Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Laurent Joffrin, Denis Olivennes, Philippe Cohen, Edwy Plenel, Ivan Rioufol, Daniel Bensaïd, Edgar Morin, Jacques Attali, Olivier Besancenot, Rony Brauman, Gisèle Halimi, Gilles Perrault, Guy Bedos… Bien sûr, nos joyeux compères de toutes les bonnes occasions, la LICRA et SOS Racisme. Le CRIF pour faire bonne mesure, et, emportée par la vague, la ministre de la culture, Christine Albanel. Pétitions, contre-pétitions, tribunes et contre-tribunes : tout le monde se déchire... Choisissez-votre camp.  

     

    Alors, l’affaire ? Un drame. Dans Charlie Hebdo, on lisait il y a trois semaines une chronique de Siné qui, à son habitude, allumait tous azimuts, et notamment : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet (encore lui !) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : Jean Sarkozy vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie ce petit ! »

     

    Pure invention ? Non reprise inspirée d’un propos de Patrick Gaubert, député européen UMP et président de la Licra, rapporté par Libération du 23 juin, dans un article signé par Christophe Ayad et Antoine Guiral, sur la popularité de Nicolas Sarkozy en Israël. Je cite :

     

    « Patrick Gaubert, président de la Licra et ami de Nicolas Sarkozy, assure n’avoir jamais parlé de ces questions avec lui. «Nous partions parfois en vacances ensemble avec une bande de copains juifs à moi, mais ne parlions jamais de religion.» Il remarque qu’aujourd’hui, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean, vient de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l’épouser. «Dans cette famille, on se souvient finalement d’où l’on vient», s’amuse-t-il. »

     

    Je précise que Patrick Gaubert n’a pas démenti et n’est pas poursuivi pour antisémitisme. En revanche, il flingue Siné pour antisémitisme.

     

    Philippe Val, directeur de la publication, est le responsable juridique de Charlie Hebdo. Il a laissé passé l’article, même à l’insu de son plein gré, et il doit assumer. Au lieu de ça, il demande à Siné de s’excuser, et l’autre refuse. Alors, vient la formule : « Siné s’est placé de lui-même en dehors du journal ». Bref, il est licencié.

     

    Et c’est parti. Dans Libération, Laurent Joffrin fait un lien entre le texte de Siné et les écrits de Marcel Déat, Brasillach, qui furent tout de même condamnés à mort. Entre autres joyaux, l’inénarrable Alexandre Adler dans Le Figaro : «Aujourd'hui, on voit qui a la trempe d'un Zola, d'un général Picard: c'est Philippe Val. Et qui a la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos: ce sont les pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l'éternel stalinien Siné.» Détends toi, Alexandre…  

     

    Que disent Val, Joffrin et consorts ? Quand Siné lie dans une même phrase juif, argent et réussite sociale c’est antisémite, à la façon Déat et Drumont. Désolé, mais çà, c’est de la sauce, ce n’est pas du droit. Ce que le droit sanctionne, c’est la généralisation, c’est l’atteinte à un groupe religieux dans sa globalité. Le reste c’est au pire une vanne d’un goût douteux.

     

    Vous vous souvenez comme-moi d’un autre Charlie Hebdo, celui qui nous avait resservi, comme un plat réchauffé, les caricatures de Mahomet. L’une d’elles représentait le Prophète avec une bombe cachée dans le turban, et la profession de foi inscrite sur la bombe. Et notre bon Val, à l’époque, d’expliquer qu’il n’y avait pas de généralisation car il s’agissait seulement de s’en prendre aux intégristes.

     

    Donc, dire qu’une personne envisage de se convertir pour aider ses affaires est d’un antisémitisme insupportable, mais faire du Prophète un poseur de bombes est une fine pensée stigmatisant les intégristes. Merci, Charlie…

     

    Si l’affaire prend de l’ampleur, ce n’est pas à cause des amours contrariétés de Val et de Siné. C’est parce qu’elle pose les questions de la définition de l’antisémitisme, et de l’égalité de traitement entre les religions.

     

  • Madame Christine Boutin, je t'adore

    Madame Christine Boutin, je t’adore. Tu viens de changer ma vie. Comment pourrais-je ne pas t’adorer ?

    Tu étais trop belle, lundi dans la cour de l’Elysée, et tu m’as fait le plus beau des cadeaux : une maison à 15 € par jour. Tu m’as fait… Non, tu nous a fait. Ma petite épouse chérie se joint à moi, mais franchement, elle est trop émue.

    Quinze euros par jour, et nous voici propriétaires. Propriétaires de cœur tout de suite, même si nous ne serons pleinement propriétaires que dans quarante ans. Nous avons bien relu tes communiqués. C’est  parfait. A nous deux nous gagnons 1500 € par mois. En fait nous avons tous les deux des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, qui est de 880 € par mois, mais avec deux paies, ça le fait.

     

    Dès demain, nous allons choisir les plans de notre sweet home. Ca sera vite fait, pas de tracas, vu que les plans sont déjà faits. Les 85 m² réglementaires, ce ne sera pas le vrai palace, mais ce n’est pas notre genre. Et puis avec nos deux enfants, un peu de proximité concourra à la cohésion de la cellule familiale. Crédit sur 25 ans. A 15 € par jour, soit 450 par mois, soit 5.400 par an, ça donne une valeur de la maison d’environ 100 000 €. Le luxe…

    Pour le terrain, 250 m² réglementaires. C’est encore mieux : par la grâce de la loi, nous ne payons rien. Tu appelles ça le portage de crédit. Donc tu piques sur les sous du 1% logement, réservé aux trop pauvres justes bons à rester locataires, et en avant pour le portage. On ne paie pas le terrain tant qu’on paie la maison. Bien sûr, nous devrons prendre la suite : dans vingt cinq ans, un petit crédit sur 13 ou 15 ans, et ce sera plié. Alors que se profilera l’âge de la retraite, ça nous rajeunira.

    Nous sommes passés voir des agences pour le terrain. 250 m² dans les quartiers chics, ça serait beaucoup plus cher que la maison. Mais on nous propose des terrains en banlieue de la banlieue. Notre rêve : la ville à la campagne. Nous serons un peu pionniers, un peu chargés de l’aménagement du territoire : comme c’est excitant. Etre utile à son pays.

    Bon, petit inconvénient : les trajets pour le travail, et nous travaillons tous les eux. Bien obligés pour que le banquier ne  nous pique pas la maison, comme aux US. Mais là-bas, ce sont des sauvages. Voyons le positif : l’essence n’est pas chère, et les voyages c’est aussi l’occasion de rencontres. Et puis, le plaisir d’être propriétaire, ça vaut bien quelques menus efforts.

     

    Question énergie, j’ai rassuré ma petite chérie d’épouse. Je lui ai dit que tu avais certainement prévu, pour ces maisons modernes, la haute qualité environnementale et les énergies renouvelables. Nous voulons transmettre ce patrimoine à nos enfants, et il ne s’agirait pas que dans quarante ans, tout soit à refaire dans la maison. Le développement durable, c’est vraiment l’avenir, Madame Christine Boutin.

    Petit problème, qui n’en est pas un. Notre banlieue de banlieue est totalement sous-équipée : crèche, école, commerces, services, tout est à faire. Je ne me plains pas : quand ce sera fait, ce sera tout neuf.

    J’ai lu l’autre jour dans le journal, qu’il y avait un truc bizarre qui s’appelle le chômage. Ton entreprise ferme, et tu perds ta paie. Sûr que ça coincerait, s’il n’y avait plus qu’une paie. Ils disent n’importe quoi dans les journaux. Le même article disait que pour le nouveau travail, tu devrais accepter loin de chez toi, et moins bien payé, ou on te couperait les allocations chômage. Je suis tranquille, ce n’est pas ton gentil gouvernement qui voterait des lois comme ça !

    Et puis quarante ans, c’est bien. Ca va stimuler notre vie de couple. Tout autour de nous, ça divorce sous prétexte de mésentente. N’importe quoi. Quarante ans de crédit à assurer, ça va aider à l’entente. Pas intérêt de se disperser… Avec ta loi, tu as inventé le mariage à durée déterminée.

    Voilà. Que de bonnes perspectives et qui nous rendent très heureux ! Et cette joie est communicative. Ce matin, je suis allé voir mon banquier, qui va me faire le prêt sur quarante ans. Et bien, tu me croiras ou tu me croiras pas, Madame Christine Boutin, mais mon banquier, quand je lui expliqué, ça l’a rendu joyeux. Très joyeux. Même, il en était mort de rire !

  • Sarkozy a adopté Tapie

     

    Sarkozy a adopté Tapie. De vrais pros, ce gouvernement. Le matin, Rama Yade annonce un plan pour relancer l’adoption. A midi, on apprend que Sarkozy a adopté Tapie.

    Rappelez vous. C’était en mars 2007. Le rejeton Tapie, héros du Parti radical de gauche (PRG) et ministre de la Ville de François Mitterrand, appelait à voter Sarkozy, avec son ancien avocat Borloo comme entremetteur : « Aujourd'hui, il n'y a pas photo : Sarkozy et Borloo ont mes faveurs. »

     

    La famille PRG n’avait pas aimé. Papa Jean-Michel Baylet avait pris sa grosse voix pour condamner « cette attitude pitoyable » : « A partir de ce jour, Bernard Tapie n'est plus des nôtres. Quand on a été ministre de François Mitterrand, qu'on a porté haut et fort les valeurs du radicalisme, on n'a pas le droit de se commettre avec Nicolas Sarkozy ». Et Maman Christiane Taubira avait promis au chenapan une fessée : « Il n'y a pas de passerelle possible entre le radicalisme, son exigence républicaine pour l'égalité des droits, son enracinement dans la laïcité et son idéal de concorde d'une part et d'autre part la vision guerrière de Nicolas Sarkozy, son communautarisme furtif, son opportunisme de carrière, sa manie de restreindre les libertés, ses logiques d'affrontement social, des politiques d'inégalités ». Un conseil de famille, et la sanction était tombée : le petit Bernard avait été exclu le 5 avril.

    A la rue, l’occupant de l’hôtel de la rue des Saint Pères ? Mais non, il était tout simplement placé dans sa famille d’accueil, chez Nicolas. Placement en vue d’adoption dit le sage Code civil, histoire de voir si tout marche bien. Nicolas n’a pas chômé.

    Il fallait d’abord arranger notre impétueux Bernard, endetté jusque là, et qui venait de tout perdre devant la Cour de cassation. Pas de souci. On arrête la justice, et on choisit un tribunal arbitral, dans lequel figure une gloire du PRG, l’avocat Jean-Denis Bredin. Avec le résultat que l’on sait.

    Après, amadouer la famille. Les petits cadeaux entretiennent l’amitié. Christiane Taubira se voit confier une mission d’études. Un ancien dirigeant du PRG de l’époque Tapie, Jean-François Hory, est nommé au Conseil d’Etat. Un accord est donné pour abaisser à 15 le nombre de parlementaires nécessaire pour constituer un groupe : pilepoil pour le PRG. Amitié pour amitié, le groupe PRG de l’Assemblée vote la réforme de la Constitution, avec Jean-Michel Baylet qui arrive à déclarer sans pouffer de rire (Quel métier !) : « Nous avons voté selon nos convictions. C’est notre conception de la vie publique. Quand on est pour, on vote pour, et quand on est contre, on vote contre. » Consécration ce jour : l’Etat, lourdement condamné par le tribunal arbitral, renonce à faire un recours et versera à ce chérubin de Tapie son préjudice moral. Bichette...  

    Donc, l’adoption. Mais il y a le choix.

    Le plus net aurait été l’adoption plénière. Mais les effets sont… radicaux, comme le dit l’article 356 du Code civil : « L'adoption confère à l'enfant une filiation qui se substitue à sa filiation d'origine : l'adopté cesse d'appartenir à sa famille par le sang, sous réserve des prohibitions au mariage. »  Ca faisait quand même beaucoup, et pour bien finir ce marché du centre gauche, il y avait plus malin.

    Aussi a été choisie l’adoption simple, définie par l’article 364 : «L'adopté reste dans sa famille d'origine et y conserve tous ses droits, notamment ses droits héréditaires. » Et surtout, très intéressant, joue l’article 367 : « L'adopté doit des aliments à l'adoptant s'il est dans le besoin et, réciproquement, l'adoptant doit des aliments à l'adopté. »

    Nicolas l’adoptant et Bernard l’adopté gardent leur famille d’origine mais deviennent des co-obligés alimentaires. C’était si simple,… il suffisait de le dire ! Mais, ne leur en voulez pas. A la vérité, ces cœurs purs sont de grands timides.

     

  • Les adorables seins de Joséphine Baker

     

    Les adorables seins de Joséphine Baker, la belle noire, restent un danger au pays de l’Oncle Sam. Alors on les cache. Mais on cache quoi, exactement ?

    Louable attention, la Poste américaine a mis en circulation, ce 16 juillet, un timbre à l’effigie de Joséphine Baker. Le timbre reproduit l’affiche du film « Princesse Tam-Tam », réalisé par Edmond T. Gréville en 1935. Une belle affiche représentant la fée Baker, en robe de soirée. En réalité, une occasion ratée, car bien sûr, s’il est une image qui reste, c’est celle de la Joséphine triomphante de la Revue nègre, habillée par une ceinture de bananes. C’était le 2 octobre 1925, sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées. En dévoilant si simplement ce que ses sœurs cachaient si misérablement, la délicieuse négresse, avec quelques pas de danse, permettait à la moitié de l’humanité de faire un bond dans l’émancipation, et dans l’amour.

    Et bien ces petits seins qui changèrent la face du monde sont trop nocifs pour les américains. La Poste en a décidé ainsi. C’aurait pourtant pu être un moyen sublime de relancer le courrier face au succès des courriels. J’imagine les postiers partant travailler en sifflotant, les femmes si fières devant cette éloge de la beauté, et tout un chacun pressé de recevoir les précieux courriers, l’enveloppe ainsi timbrée comptant plus que le contenu. Les seins de Joséphine pour illustrer la liberté de correspondance…  

    Non, les esprits grincheux ont encore frappé. Joséphine sera habillée. Heureusement encore, ils ne nous l’ont pas voilée… Une solution en demi-teinte qui cache en fait une récidive.  

    Tout démarre l’an dernier, avec une initiative Jean-Claude Baker, l’un des enfants adoptifs de l’artiste, propriétaire d’un restaurant baptisé « Chez Joséphine » à New-York. Jean-Claude avait préparé l’envoi de 15.000 cartes publicitaires pour son établissement. Comme illustration, une aquarelle réalisée en 1926 par Henry Fournier, représentant la danseuse, splendide dans sa tenue de travail : costume de plumes et seins nus. Impossible avait dit la Poste : il faut la rhabiller, hors de question de participer à cet envoi taxé de « pornographique ». Jean-Claude Baker apporte une seconde version de la carte, les seins litigieux étant masqué par une écharpe marquée « censuré ». Impossible encore, car l’écharpe était trop petite et laissait apparaitre un petit bout du bout du sein gauche. Nouvelle version avec une écharpe élargie, et surtout, un recours formé par les juristes d’une association de défense des libertés civiles, la New York Civil Liberties Union (NYCLU). La carte a pu être distribuée, sans censure.

    Alors la Poste qui cherche à se rattraper ? De bonne grâce, Jean-Claude Baker a salué le timbre habillé de la Poste, qui prend place dans une série consacrée au « cinéma noir », et raconte que cette histoire aurait bien fait rire sa mère. « La nudité de Joséphine en Europe, chez les Blancs, était un acte de vengeance. C'était dire : aux Etats-Unis je suis trop noire pour certains, et je suis trop blanche pour d'autres. Vous trouvez que mon corps n'est pas assez beau pour les Blancs ou pour les Noirs? Allez vous faire voir, voilà comment je suis ! »

    Du côté français ? C’est à peine mieux. Le timbre, qui date de 1994, représente le visage souriant de Joséphine, avec calée dans un huitième de timbre, une image de la danseuse en tenue. Les petits seins deviennent à ce rythme microscopiques… Quel gâchis.

    Une fusée, Joséphine Freda Mac Donald. Née dans le Missouri en 1906, bonne à 7 ans, elle arrête l’école à 12, se marie à 13, gagne son premier cachet à 14 au Hooker Washington Theater et connaît le succès à 16. Lassée des pesanteurs racistes américaines, elle s’installe à Paris, met le feu aux Champs-Elysées en 1925 comme égérie de la Revue nègre, et propulse la vie des femmes sur le devant de la scène. Cette gaulliste de la première heure refuse de chanter à Paris tant que les Allemands y sont, s’engage dans le contre-espionnage en se dissimulant dans le groupe des « Infirmières pilotes secouristes de l’air » (Ipsa), une section de la Croix-Rouge française. Avec un grand pied de nez noir aux fascistes allemands qui l’avait rangée dans la catégorie des sous-hommes (untermensch) ! Puis c’est la guerre en Afrique du Nord, pour celle qui en 1953 deviendra déléguée générale de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Le tout sans relâche dans le spectacle, et avec l’adoption de douze enfants de nationalités et de religions différentes.

    Et cette nudité ? Oublie le fatras et pense à la beauté. Ouvre tes yeux, vis, et réfléchis ! La vénus noire a fait mentir Baudelaire : elle était une fleur du bien.

     

  • Baisse de 60% des contraventions

     

    Baisse de 60% des contraventions. Chers amis, quittez la vallée du Rhône, où alternent bouchons et radars. Pour des vacances détendues, c’est à Québec qu’il faut aller. A Québec, roulez à l’aise! Selon les chiffres présentés par la Ville, les policiers distribueraient 60 % de moins de contraventions qu’en temps normal.

     

    Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un test grandeur nature de responsabilisation des conducteurs, ou d’une infiltration des structures policières par je ne sais quelle secte remplaçant la sanction par l’indulgence. Non, c’est plus basiquement la résultante d’un conflit qui oppose, pour des raisons de statut professionnel, la Ville et ses policiers, regroupé au sein d’un très efficace syndicat, la Fraternité des policiers. Les responsables de La Fraternité se défendent d’avoir donné des consignes visant à organiser cette grève toute faite de mansuétude et de pardon. Mais ils constatent une démobilisation des policiers, du fait des mauvaises relations qui existent avec leur employeur, la Ville.

     

    Pour la Ville, il faut régler le problème de fond, mais gérer aussi les conséquences de cette grève des talons à souche. Moins de sous, certes, mais surtout trop d’accidents affirme la Ville. La peur du gendarme est le début de la sagesse… alors si le gendarme remplace les contraventions par des absolutions… Et de faire état d’un étude rédigée par un criminologue, Étienne Blais, de l’Université de Montréal, faisant le lien entre le ramollissement de la répression et l’augmentation des accidents. De telle sorte, la balle change de camp. La Ville doit faire le nécessaire assurer la sécurisé des citoyens. On ne rigole plus.

     

    Et on retrouve là un débat assez universel, mais bien franco-français : quid des grèves dans les services publics? Dés lorsque l’activité est reconnue comme un service public, pourquoi ne peut-on pas imposer un service minimum au nom du service dû à la population ? Mais que reste-t-il du droit de grève si le service minimum revient à assurer un service normal ?

     

    Au Québec, ce type de question relève de la compétence d’une institution, le Conseil des Services Essentiels, créé en 1982. C’est une juridiction administrative chargée d’ « assurer le maintien de services essentiels suffisants pour préserver la santé ou la sécurité du public lors de grèves légales et d'assurer au public les services auxquels il a droit à l'occasion d'actions concertées illégales. » Le Conseil peut aussi exercer des « pouvoirs de redressements » lorsque les services essentiels ne sont pas rendus lors d'une grève légale. Toute la question est que la loi ne définit pas quels sont les services essentiels. C’est au Conseil de trancher. Le Conseil des Services Essentiels exerce ses missions dans la transparence. Il informe la population dès lorsqu’il est saisi, et annonce ses mesures de médiation, ou ses audiences. Et ses sentences sont immédiatement disponibles, via Internet.

     

    Dans le conflit qui l’oppose à la Fraternité des policiers, la Ville de Québec a donc saisi le Conseil des Services Essentiels, afin d’obtenir une ordonnance provisoire pour forcer les policiers à recommencer à verbaliser, car « c’est la sécurité à la quelle sont en droit d’attendre les citoyens qui est en danger. » Pas si simple a répondu le Conseil, dans une décision publié ce vendredi. D’abord, il faut que la Fraternité des policiers, qui vient de prendre connaissance de l’étude du criminologue, dispose du temps nécessaire pour trouver ses propres experts, et organiser sa défense. Et le Conseil d’ajouter qu’il souhaite l’accélération de la procédure d’arbitrage en vue d’établir le contenu de la convention collective des policiers de Québec, stigmatisant le mauvais climat de travail entre la Ville et ses policiers. L’affaire est reportée au 20 octobre. La Ville a indiqué qu’elle allait faire appel.

     

    Donc, si vous passez par Québec, et que la grève des policiers vous est sympathique, levez le pied et conduisez zen, pour ne pas fournir à la Ville l’argument qui permettrait de briser la grève. Même chose d’ailleurs si la grève ne vous est pas sympathique…

     

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