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Mahmoud Darwich en paix

Mahmoud Darwich en paix. Comment être poète, et comment être poète palestinien ? Pas facile. « Poésie de la résistance palestinienne » : ce qui était la passion de Mahmoud Darwich, le faisait aussi fuir. Non que le poète, décédé ce samedi 8 à Houston, ait nié l’existence d’une poésie de la terre occupée, mais parce que cette poésie là devenait trop vite l’objet de toutes les instrumentalisations. Idéal, génial, insepéré : au milieu des guerres et des bombes, des pleurs et des tortures, de l’incompréhension et de la haine,.. des poètes. Une école de poésie. D’où ce cri de Mahmoud Darwich : « De grâce, sauvez-nous de cet amour étouffant ! »

 

Alors, rien de mieux à faire que de relire le poète, en pensant à ceux, ignorés, qui écrivent, là-bas.

 

A Jérusalem

 

À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs en s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir
.

Commentaires

  • Bjour! Suis-je donc le premier ici?
    Mahmoud Darwich nous a prouvé que quoi qu'il arrive, il reste toujours quelqu'un(e) pour rester poète.
    La vie courante ne se conçoit pas sans culture, même pendant la guerre.

    Bien navicalement
    - Le matelot blogueur, ex-ingénieur radio et ancien officier de la marine marchande
    - http://souvenirs-de-mer.blogdns.net/

  • Thierry ne m'a pas vu arrivé, j'ai oublié de mourir.

    Désolé d'avoir posté en même temps cher Thierry, ne m'en veut pas.

  • C'est ce qui s'appelle un tir groupé!

  • Mon dieu, endormez-moi dans votre paix certaine,
    Entre les bras de l'espérance et de l'amour.
    Charles Maurras

  • Les grands esprits se rencontreraient-ils au milieu de la poésie qui se meurt ?
    Gilles, Thierry, Nectaire, nos amis qui vont nous rejoindre au fil des heures et n'oublions pas le Dalaï Lama, cet autre exilé, qui est arrivé ce jour et qu'il n'est pas le pape.

    Il arrive en France sans dieu, sans création, sans au-delà, simplement couvert de sa seule sagesse et générosité. Religion de la sagesse, de l'homme unidimensionnel. Ambassadeur de ces tibétains, soient 100.000 exilés en Inde, soient 20.000 exilés au Népal, soient oppressés au Tibet.
    Le Dalaï Lama a rencontré chaque exilé à son arrivé en Inde, particulièrement à Dharamsala, afin de lui remettre en main propre une aide de la communauté internationale.
    L'ambassadeur de Chine à Paris a récemment déclaré que «le Tibet est une affaire purement chinoise et le Dalaï Lama quelqu'un qui a une double face et un double langage».

    Chinoiserie peut-être, exil sûrement. C'est donc dans la discrétion qu'à, 73 ans, ce prix Nobel de la Paix, en provenance de New Delhi s'est posé au terminal 2 A de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle peu après 6h. Nul ne sait sa première destination en France.

  • Il s'est éclaté dans la poésie ...combat combien pacifiste !

  • Voici quatre textes de poètes géorgiens

    Médéa KAKHIDZE, née en 1933

    LA FLEUR DU BEL AGE N'EST PLUS

    Si les garçons en hiver dans la rue
    Ne te lancent plus de boules de neige
    C'est que déjà s'éloigne la jeunesse
    Et que la fleur du bel âge n'est plus.

    Si tu ne ressens qu'une joie éteinte
    Au vol de l'hirondelle en Géorgie
    Si nulle présence ne t'enrichit
    Tes songes blancs ont dépouillé leur teinte.

    Si tu n'as plus du tout à cœur d'aller
    Dénicher les nids parmi les branchages
    C'est que l'émerveillement du jeune âge
    Dans la fosse du temps a basculé.

    __________________________________
    Anna KALANDADZE, née en 1924

    LE MURIER

    Le mûrier est sur le point d'entrer dans ma chambre
    Sur le point de venir caresser mon visage...
    Oui, il va m'appeler, il me voit où que j'aille
    Mon arbre couleur d'émeraude au doux feuillage...
    O quel chuchotement mes oreilles entendent
    O quel chuchotement ! Brûlant et tendre, tendre...
    Le mûrier est sur le point d'entrer dans ma chambre
    Sur le point de venir me prendre par la taille !




    Kolaou NADIRADZE, né à Koutaissi en 1895.

    JE T'AI TRES PEU DIT, MON PAYS NATAL !

    Je t'ai très peu dit, mon pays natal,
    De mots tendres, de paroles précieuses,
    Mais ton amour est là qui m'accompagne,
    Patrie valeureuse !
    Peut-être est-ce une vertu qui me manque
    J'ai si rarement rompu le silence,
    Et j'ai seulement déversé en larmes
    A tes pieds, les pauvres biens de mon âme,
    J'ai proféré bien peu de mots, hélas,
    La vie en rêve se change et s'efface,
    La nuit et le jour confondent leurs termes,
    Mais mon amour pour toi reste le même.
    Souvent le dur silence m'accablait,
    Comment ose-je aujourd'hui te parler,
    Comment tant de fois avouer à sa mère
    Simplement comme on l'aime.

    __________________________________
    Vaja PCHAVELA 1861 - 1915
    L'AIGLE

    J'ai vu l'aigle blessé qui combattait à terre,
    Repoussant des vautours et des corbeaux les serres.
    Pitoyable il luttait malgré son désarroi
    Et s'efforçait en vain de se dresser tout droit.
    Il traînait sur le sol une aile, sans murmure,
    Tout son sang, à son bec, affluait des blessures.
    " Le diable vous emporte, O corbeaux de malheur,
    Vous profitez du sort qui m'a frappé au coeur,
    Autrement j'aurais vu dans la plaine vos plumes
    S'éparpiller au loin comme une immense écume."

  • Serge Tsouladze, Anthologie de la poésie géorgienne Ve-XXe Siècles, Editeur Ganatléba, 1982

  • Mahmoud Darwich en musique, sur Rita (la juive)

    http://www.youtube.com/watch?v=CneRR_RQsNU

    Entre Rita et mes yeux: un fusil
    et celui qui connaît Rita se prosterne
    adresse une prière
    à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel

    moi, j'ai embrassé Rita
    quand elle était petite
    je me rappelle comment elle se colla contre moi
    et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
    je me rappelle Rita
    ainsi qu'un moineau se rappelle son étang
    Ah Rita
    entre nous, mille oiseaux mille images
    d'innombrables rendez-vous
    criblés de balles.

  • somptueux !

  • Ecoute Mon enfant. Le silence a déserté le vacarme du monde.
    Le silence a déserté les chemins de tes rêves.
    Ecoute
    la douleur du monde.
    Le monde
    a mal... très mal.
    Il se pleint des maux de tête.
    Ecoute le bruit des blindés.
    Ils ont piétiné
    tes chateaux de sable
    Ecoute
    le bruit des vagues.
    Ils dévorent les corps
    de ceux qui rêvent
    comme toi,
    de planer sur les nuages.
    Ecoute
    le vacarme du monde.
    Tu comprendras
    qu'à force de l'écouter,
    tu risques de digerer
    chaque mensonge.
    OUI...
    tous les mensonges.

    Mohamed El Jerroudi

    Parfois il m'arrive de me demander:"Mais qui a inventé les frontières? "Ce n'est pas Dieu ,m'a expliqué une personne qui a lu les livres de toutes les religions.... Il y a quelque jours , j'ai rencontré un poète .Je lui ai posé la même question.Il s'est gratté la tête,puis il s'est mis à penser....Après un instant , il m'a bien regardé et m'a dit:"Les frontières? moi, je connais pas.Et même si jamais elles existaient, elles sont idiotes.Et supposons qu'elles existent réellement.C'est dans la tête des hommes qu'elles existent.Moi je suis poète.Et dans ma tête,il n'y a pas de frontières." -Je peux te suivre poète? lui dis-je. -Pourquoi veux tu me suivre? -Pour aller là où il me semble. -Impossible! me répond-t-il. -Pourquoi? - Parceque t'es pas poète.Il a mis ses chaussures usées,et s'est dirigé vers une barque ,et s'est mis à ramer...sans me saluer.Quant à moi,je suis resté cloué sur la plage tout en le regardant disparaître vers le large comme un songe.

    Mohamed El jerroudi


    Celui qui reste accroché aux racines de l'arbre et qui refuse de monter jusqu'à la cime,ne regardera jamais ce qui se passe derrire la montagne....

    Mohamed El Jerroudi

  • UN AMOUREUX DE PALESTINE (1966)
    Mahmoud Darwich


    A ma mère


    je me languis du pain de ma père
    du café de ma mère
    des caresses de ma mère
    jour après jour
    l’enfance grandit en moi
    j’aime mon âge
    car si je meurs
    j’aurai honte des larmes de ma mère

    si un jour je reviens
    fais de moi un pendentif à tes cils
    recouvre mes os avec de l’herbe
    qui se sera purifiée à l’eau bénite de tes chevilles
    attache moi avec une natte de tes cheveux
    avec un fil de la traîne de ta robe
    peut-être deviendrai-je un dieu
    oui un dieu
    si je parviens à toucher le fond de ton cœur

    si je reviens
    mets-moi ainsi qu’une brassée de bois dans ton four
    fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison
    car je ne peux plus me lever
    quand tu ne fais pas ta prière du jour

    j’ai vieilli
    rends-moi la constellation de l’enfance
    que je puisse emprunter avec les petits oiseaux
    la voie du retour
    au nid de ton attente

  • Interview de l'ami Mahmoud, épicier planétaire, dans le nouvel obs

    http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/08/11/je-suis-malade-despoir-par-mahmoud-darwich

  • très beaux poemes merci ! je vais dormir tranquille!

  • moi aussi,

  • Je croyais que c'était un site consacré au juridique ici...
    - Il m'arrive d'être mal-comprenant, tout au moins je pige vite quand on m'explique assez longtemps...

    Enfin, un peu de poésie, surtout celle-ci trop mal connue ici en Europe, ça nous fera pas de mal. Bonne soirée.

  • Mahamoud vient d'avoir droit à des funérailles mémorables, aussi spectaculaire que celles de Yasser Arafat le mystérieux homme aux 9 vies.

    Bien navicalement
    - Le matelot blogueur, ex-ingénieur radio et ancien officier de la marine marchande
    - http://souvenirs-de-mer.blogdns.net/

  • Gilles veut nous démonter que l'on peut jouer avec la mécanique du droit sans âme et
    apprécier la poésie ! Ou alors Gilles est un ami de Mamaudou réfugié politique ?

  • Le droit est parfois poétique, la guerre aussi. Mais ce n'est pas leur nature première!

  • Je défends volontiers l'idée que cette armature juridique, estimée si froide et si distante, est la condition de l'affection, du sentiment amoureux, de la tendresse. Les libertés, c'est çà aussi. Liberté d'écire, de correspondre, d'aimer, de pratiquer ce que l'on veut. loin des censures et des violents.

  • La liberté, la démocratie, l'amour, la poésie n'existent pas. Mais il existe des preuves de poésie là où ne l'attend pas, comme pour la démocratie et l'amour.

  • La poésie n'arrête pas les balles des tireurs d'élite de tsahal.
    Le 1er août, un enfant palestinien de 10 ans était tué d'une balle de m16 dans la tête
    lors d'une marche de protestation des habitants de Naalin (près de Ramallah).
    Quel droit jugera ce soldat, les donneurs d'ordre, les règlements qui autorise cet acte, l'état qui le cautionne, etc. ????

  • Ahmed Mussa, un enfant de 10 ans, a été tué le 30 juillet lors d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre dans le village de Naalin, à l’ouest de Ramallah. Selon des sources palestiniennes citées par le Yediot Aharonot, l’enfant se trouvait à deux cents mètres environ du lieu de la manifestation lorsqu’il a été touché à la tête par une balle. L’inspection générale de la police israélienne a ouvert une enquête.

    (ambassade de france)

  • La presse isaraélienne

    La police de Judée-Samarie a arreté dimanche 3 août un garde frontière suspecté d'avoir tiré la balle qui a tué un enfant de 10 ans la semaine dernière dans le village de Naalin. Il a été suspendu de ses fonctions suite à l'enquête de Tsahal démontrant que les tirs étaient destinés à disperser une manifestation. L'enquête suit son cours.

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