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Anna Politkovskaïa : le procès sera public

Victoire posthume pour Anna Politkovskaïa. Contre l’avis du parquet, le tribunal chargé de juger l’affaire de l’assassinat de la journaliste de « Novaïa Gazeta » a ordonné que le procès soit rendu public. L’immense pessimisme qui entourait ce procès est soudain ébranlé. Contre toute attente, les défenseurs trouveront des appuis inattendus auprès les juges ?

 

 

Le moteur européen

 

polikovskaia.jpgLe juge Evguéni Zoubov a tranché « le parquet a fait appel pour obtenir le déroulement à huis clos des audiences de cette affaire criminelle parce que certaines pièces contiennent des détails classés secret d’Etat. Après avoir entendu les arguments des parties concernées, le tribunal a rejeté cet appel. » Aujourd’hui mardi, il est procédé au tirage au sort des jurés puis le procès public entrera dans sa phase active.

 

En matière des droits de l’homme, plus grand-chose ne peut surprendre de la part du pouvoir politique en Russie. Les dernières élections ont été totalement bidonnées et dénoncées comme telles par la communauté Internationale. Après le jeu de passe-passe permettant à Poutine de revenir premier ministre est en cours une nouvelle modification de la Constitution pour lui permettre de revenir à la tête du pays. Que la vie est belle en droit interne…

 

Heureusement il existe le droit international, et en particulier le droit européen. Bien sûr ce ne sont que des conventions et de longues procédures. Mais dans la réalité internationale, ce sont créés des standards auxquels il est à terme très difficile d’échapper, sauf à perdre tout crédit, et parmi eux, celui du tribunal indépendant et impartial. La Russie est signataire du Conseil de l’Europe et de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme, et les magistrats russes savent qu’un jugement qui ignore les principes du procès équitable, ne peut être considéré comme un jugement valable par la Communauté Internationale.

 

Très symptomatique de ces résistances, Moscou cherche à retarder l’adoption de ce que l’on appelle « le protocole 14 » qui vise à réformer le fonctionnement de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour la rendre plus efficace. Tous les pays ont donné leur accord sauf la Russie : chercher l’erreur.

 

Tout procès doit donc répondre à la définition de l’article 6-1. Notez bien ce texte, la liberté passe par là : « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. »

 

Le principe de la publicité des débats surtout en matière pénale est une garantie de qualité de la justice. Le tribunal qui juge au nom du peuple sait qu’il se trouve placé sous le regard de celui-ci. Paradoxalement le principe a parfois été perverti en organisant le procès comme une mise en scène devant une foule qui ne demandait que la condamnation, et le meilleur exemple a été les fameux procès de Moscou de l’ère stalinienne. Tout change... La publicité du lynchage laisse place à la publicité de la défense des droits.

 

 

Jusqu’où le tribunal ira-t-il ?i669001010Haddad.gif

 

Qu’est-ce-qui ressortira du procès ? Anna Politkovskaïa abattue à l’âge de 48 ans dans son immeuble le 7 octobre 2006 à Moscou fait partie des 13 journalistes tués pendant les 8 années de présidence de Vladimir Poutine. Dire que l’enquête a été bâclée, c’est peu. Sont renvoyés devant le tribunal Ibrahim et Djabraïl Makhmoudov, un ancien policier Sergeï Khadjikourbanov, mais aussi un sous-colonel des services secrets Pavel Riagouzov. Les trois premiers auraient filé et surveillé la victime, alors que le dernier aurait fourni l’adresse. Tous quatre protestent de leur innocence et leur avocat a souligné la faiblesse des preuves qui existaient. Le parquet a fait savoir que le tireur présumé était un troisième frère Makhmoudouv, Roustam, mais qu’il a eu le temps de prendre la fuite. Et on ne sait absolument rien des commanditaires.

 

On imagine à quel point le système est cloisonné et les accusés n’auront sans doute pas grand-chose à dire. Plus intéressante sera peut être l’exploitation des pièces que le parquet estimait couvertes par le secret défense, et qui d’après lui justifiait le huis clos.

 

Il est possible que le procès en reste à ce stade de l’inachevé, sans tueur et sans rien sur les commanditaires. Mais après cette décision du tribunal, il ne s’avère pas impossible grâce à l’outil qu’est la Convention Européenne des Droits de l’Homme et à l’attention que portera l’opinion russe et internationale que s’ouvrent des pistes nouvelles comme au temps de lézardes dans la loi du silence.

Commentaires

  • Non, non, pitié pour Anna. Elle risquait sa vie. Rien à voir quand même!

  • Ce juge est bien téméraire. Ne craint-il pas d'être "pendu par les couilles", comme le dit si joliment ce poète de Vladimir Vladimirovich Poutine à propos du président Georgien ?

    Les anglophones écrivent "Putin". J'adore. Chez moi, on prononcerait "Puting", mais je crois que tout le monde comprendrait...

  • Oui il existe des journalistes courageux.

  • Ana etait courageuse.Mais qu'ils en tuent des centaine des milliers prendront la relève.sans journalidte point d'infos.qu'elle soit orientée ou pas il faut une des infos.monsieur poutine se trompe d'epoque.

  • La justice en Russie,ce mot a t 'il véritablement un sens,dans un pays ou la démocratie et les droits de l'homme sont bafoués tout les jours ?
    Un jour c'est sur,il y aura un véritable procès,lorsque le peuple Russe n'aura plus besoin de l'autocratie
    Oui je sais besoin peu choquer,mais c'est un fait

  • Ce n'est pas PPDA qui se serait fait flinguer, on a les journalistes qu'on mérite. J'ai foi en Vladimir le Grand qui fera triompher la justice. Pas de Guantanamo ni d'Abu Grahib sur le sol de la Sainte Russie, ni de "patriot act" qui tue les libertés publiques. C'est la différence avec un pays où les hérétiques tiennent le haut du pavé.

  • Anna Politkovskaïa... respect.

  • Du côté du contrôle politique de l’opinion, ça continue. La veille du procès c’est une sociologue française installée en Russie Carine Clément épouse d’un député russe élu à la Douma, très active dans la défense des droits sociaux, vient d’être agressée dans la rue après plusieurs menaces à domicile, un type d’agression peu commun alors qu’elle se rendait à une réunion publique où elle devait prendre la parole, elle a été agressée par deux hommes dans la rue qui lui ont planté une seringue dans la jambe, elle a été hospitalisée pour savoir quel produit il lui avait été inoculé. Sale ambiance …

  • La pauvre Karine Clément a été dénoncée par les services français, à partir du fichier Edvige. C'est une honte pour la "patrie de droits de l'homme" Mwarf. On a mis Ramatula sur le coup, pour un fois elle va servir à quelque chose. Vladimir le Grand, dans sa sagesse, avisera.

  • Putin me fait davantage penser à Vlad l'Empaleur qu'à Vladimir le Grand.

  • Je veux simplement saluer le courage des défenseurs de droits de l'homme en Russie.

    Nous avons ici, chez nous, enrobé le mot " droit de l'homme", (et en proclamant sur un ton martial "France, Patrie des droits de l'homme"), de tant de sauces sans goût, que le mot finirait par devenir suspect.

    Celles et ceux qui se battent, au risque de leur vie, en Russi de 2008, pour les droits de l'homme, méritent le plis grand respect, et restaure la dignité atteinte de ce mot.

    Les dirigeants russes ne manquent ni d'intelligence, ni d'astuce, ni de puissance, ni de cynisme. La Russie a, ces dernières années, été injustement marginalisée sur la scène internationale. Mais ces dirigeants perdront sur la question des droits de l'homme, car c'est une question de civilisation. Match inéluctable.

  • SCOOP :
    Pour l'attentat contre Karine Clément, ne cherchez plus. Le Komissär Ingenys Ingenysovitch a trouvé les coupables. Il s'avère que ce sont deux autres maris jaloux qui ont planté une seringue dans la jambe de cette malheureuse.

    Que ceux qui accusaient le FSB (ex-KGB) ou Edvige s'excusent immédiatement !

  • Je voudrais entendre plus de mots respectueux envers une nation chrétienne qui a su préserver et défendre sa foi envers et contre toutes les hérésies. Ah que le droit de l'hommisme est grand ! Bon, ne riez pas ! c'était juste un essai, comme ça.

  • Droit de l'homme, pas de délire: liberté de la presse, droits de la défense, élections libre. Et le reste de surcroit

  • Mathaf : En effet, les popes du St Sépulcre ont, encore une fois, bien défendu leur foi à coups de crucifix et de goupillons -- sur la tête de prêtres arméniens ! Mais ceux-ci le leur rendaient bien.

    Quel fada a dit "Tendez l'autre joue" ?

  • Justement coté délires et manipulations en tous genre, il me semble qu'on a ici une affaire assez bizarre où se construit un dossier anti terroriste à partir d'un dossier vide.
    Si ce n'est un délit d'opinion.

    Celle de Julien Coupat, de son amie et de leurs potes qualifiés d'ultragauche.

    Même TFI a donné la parole à la défense, c'est pour dire....

  • LeProvençal,

    C'est vrai que ces épisodes à la Don Camillo, entre orthodoxes, amusent bien la gallerie. Pendant ce temps, les salopards de colons juifs tabassent les palestiniens pour les empécher de récolter leurs olives et leur voler leur terre.

  • Mathaf,
    Apparemment, "Fous de Dieu" se traduit dans toutes les langues, hélas. Ici, le mot-clé est "Fous".

  • LeProvençal

    Dieu a bon dos. C'est de la terre qu'il s'agit, il faut que ces salopards de colons juifs rendent les terres qu'ils ont volées. Après, peut-être qu'il sera possible de parler... et encore.

  • On s'éloigne du cas d'Ana, là. Mais ce que je retiens de ce que tu viens de dire, le mot important, Mathaf, c'est "Colon".

    L'adjectif "Salopard", c'est une appréciation personnelle. Quant au fait qu'ils soient juifs, on s'en fiche. Seraient-il boudhistes, libre-penseurs, catholiques ou mohamétans, le problème serait le même : ça resterait une colonisation.

    Donc, condamnable.

  • LeProvençal

    Actualité à suivre :

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/11/19/01011-20081119FILWWW00466-hebron-des-colons-retranches.php

  • Le procès public n'a tenu qyue quelques heures! Quel pays!

    Figaro:

    "Quelques heures plus tôt le juge Evguéni Zoubov avait prononcé le huis clos du procès, à la demande des jurés, revenant sur sa décision initiale, lundi, d'audiences ouvertes au public.
    "Il a expliqué que les jurés avaient refusé d'entrer dans la salle d'audience en présence des journalistes, a déclaré une avocate de la famille Politkovskaïa.
    "A notre avis, ils ont simplement eu peur de faire leur devoir", a déclaré Karina Moskalenko. "Je suis très frustrée car il n'y pas de recours en appel contre cette décision."

  • La suite. les juré se rbellent contre le tribunal. Ils contestent avaoir demandé le huis clos.

    Le Figaro

    Coup de théâtre jeudi. L'un des jurés, «indigné», intervient à la radio Echo de Moscou. Evgueni Kolessov, couvreur de son état, authentifié par la rédaction d'Echo par sa convocation officielle, dénonce un mensonge du tribunal : «nous ne sommes pas opposés à la présence de la presse écrite dans la salle d'audience». Mercredi, alors que les jurés patientent dans la salle de délibération, une secrétaire leur propose de signer une lettre réclamant le huis clos, raconte encore Evgueni Kolessov. «Personne n'a signé le papier», affirme le juré en colère, «nous voulions d'abord voir comment cela se passerait, si les journalistes nous gêneraient ou non».

  • L'Express

    Au procès Politkovskaïa, le juge refuse de se dessaisir

    MOSCOU - Le juge Evgueni Zoubov chargé du procès de trois suspects poursuivis pour le meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, a refusé de se dessaisir du dossier, comme le réclame le parquet, annonce un porte-parole du tribunal.

    Au procès des trois suspects poursuivis pour le meurtre de la journaliste devenue célèbre pour sa couverture sans concession des atteintes aux droits de l'homme commises en Tchétchénie, le juge Evgueni Zoubov a refusé de se dessaisir du dossier, comme le réclame le parquet.

    Il a autorisé la presse à assister à ce procès lourd d'enjeux politiques, malgré l'avis du parquet, qui souhaite voir les trois suspects jugés à huis clos. "Le juge a rejeté une demande de dessaisissement", a déclaré à la presse le porte-parole du tribunal militaire de Moscou.

    Une représentante du parquet a par ailleurs montré aux 19 membres du jury les trois balles qui, selon elle, ont tué Anna Politkovskaïa, célèbre pour sa couverture sans concession des atteintes aux droits de l'homme commises en Tchétchénie.

    "Le premier impact était sur le côté de la tête", a-t-elle expliqué, précisant que la journaliste attendait l'ascenseur lorsqu'elle a été tuée, le 7 octobre 2006 à Moscou, à 48 ans.

    Les jurés - onze femmes et huit hommes - se sont ensuite passés les balles. Certains les ont inspectées attentivement, d'autres les ont à peine regardées.

    Le meurtre de Politkovskaïa fut l'un des crimes les plus retentissants commis pendant les deux mandats présidentiels de Vladimir Poutine, aujourd'hui Premier ministre.

    Roustam Makhmoudov, un Tchétchène accusé du meurtre, et son commanditaire sont toujours recherchés. En leur absence, deux frères de Makhmoudov, prénommés Djabraïl et Ibragim, ainsi que le policier Sergueï Khadjikourbanov, sont jugés pour complicité. Ils nient toute implication.

    Le juge Zoubov s'est prononcé la semaine dernière pour la tenue du procès à huis clos, s'attirant les foudres des collègues de Politkovskaïa, qui accusent le parquet de chercher à masquer des irrégularités dans l'instruction.

    Le magistrat est finalement revenu mardi sur cette décision, après la diffusion de l'interview d'un des membres du jury selon lequel la presse a été exclue pour des raisons infondées.

  • Nouvel obs

    Tous les quatre ont plaidé non coupable", a informé l'avocat de l'un des accusés. Le procès du meurtre de la journaliste russe se tient finalement à huis-clos, contrairement au souhait des avocats des suspects et des plaignants qui réclamaient un procès public afin d'assurer l'équité des débats.

    Les quatre participants présumés au meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa jugés devant un tribunal militaire à Moscou ont plaidé non coupable mercredi 19 novembre 2008, a déclaré à l'AFP l'avocat de l'un d'entre eux, Mourad Moussaïev.
    "Tous les quatre ont plaidé non coupable", a dit Me Moussaïev, l'avocat de Djabraïl Makhmoudov, qui est accusé d'avoir organisé la filature de la victime avec son frère, Ibraguim, lui aussi dans le box des accusés.
    Le porte-parole du tribunal, Alexandre Mintchanovski, a confirmé qu'aucun des prévenus n'avait reconnu sa culpabilité.
    Quelques heures plus tôt le juge Evguéni Zoubov avait prononcé le huis clos du procès, à la demande des jurés, revenant sur sa décision initiale, lundi, d'audiences ouvertes au public.
    Il a expliqué que les jurés avaient refusé d'entrer dans la salle d'audience en présence des journalistes, a déclaré une avocate de la famille Politkovskaïa.
    "A notre avis, ils ont simplement eu peur de faire leur devoir", a déclaré Karina Moskalenko. "Je suis très frustrée car il n'y pas de recours en appel contre cette décision."
    Contrairement au souhait du parquet, les avocats des trois suspects et les plaignants avaient réclamé un procès public afin d'assurer l'équité des débats. La décision avait été acceptée par les magistrats lundi à l'ouverture du procès.

    "Un sucre d'orge"

    "Il est tout bonnement scandaleux que les jurés ne soient même pas entrés dans la salle d'audience", a déclaré Saïd Arsamirzaïev, avocat d'un des trois prévenus.
    "On nous a tous traités comme des enfants. On nous a montré un sucre d'orge et promis un procès libre et équitable. On voit maintenant que ce n'est pas le cas et que les audiences auront lieu à huis clos."

  • Dans le genre

    Une journaliste russe dénonce la censure

    La rédactrice en chef d'un portail internet russe d'informations a dénoncé mercredi la censure pratiquée par les autorités concernant la crise financière. Selon Aksana Panova, rédactrice en chef du portail www.ura.ru établi à Ekaterinbourg, la capitale régionale, plusieurs journalistes économiques ont été arrêtés ces derniers temps. Elle-même a été convoquée par un procureur qui voulait l'interroger sur les sources de ses informations. "C'est un retour à l'Union soviétique. Ce ne sont pas les journalistes qu'on devrait punir, mais la direction des banques qui s'attirent des ennuis", a-t-elle déclaré à Reuters. "Il existe une loi sur les médias qui régit mes activités. Pourquoi le parquet se place-t-il au-dessus de la loi et me dicte-t-il la manière dont je dois écrire?", s'est-elle encore insurgée. Si les chaînes de télévision nationales russes font état des turbulences qui agitent les marchés européens et américains, elles se veulent beaucoup plus rassurantes lorsqu'il s'agit de la Russie.

  • Je ne comprends pas tout, et les dépêches sont trop rares, mais le juge Evguéni Zoubov commence à m'impressionner

    Reprise du procès d'Anna Politkovskaïa avec un juge inchangé
    AP | 26.11.2008 | 15:39
    Le procès de trois hommes jugés pour l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa a repris mercredi, le juge du tribunal ayant refusé de céder sa place pour un autre juge, malgré l'accusation de parti pris lancée à son encontre par les procureurs.

    Le juge Evguéni Zoubov a estimé que les plaintes des procureurs étaient infondées, selon le porte-parole du tribunal Alexandre Minchanovsky.

    Un changement de juge aurait ajouté à la confusion du procès que la famille de la victime estime compromis dès le début, accusant les enquêteurs d'avoir sciemment permis au tireur présumé et au cerveau non identifié d'échapper à la justice.

  • Courrier international

    Le juge Evgueni Zoubov, président du tribunal militaire de Moscou chargé du procès sur l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, a refusé, le mercredi 26 novembre, de se dessaisir de l'affaire comme l'avait demandé le Parquet général de Russie, rapporte Gazeta.ru. Ce dernier avait argué du manque d'objectivité du juge et critiqué sa gestion du procès, qui a débuté le 17 novembre 2008. En effet, la veille, le juge Zoubov était de nouveau revenu sur sa décision précédente de tenir le procès à huis-clos, arguant des craintes qui auraient été formulées par les jurés. C'était la deuxième fois qu'il changeait de décision sur cette question. Or l'un des jurés, Evgueni Kolessov, avait réfuté cette affirmation à la radio, déclaration qui lui a été reprochée par le juge. En conséquence, le juré incriminé a préféré se retirer du procès. Désormais, les journalistes sont autorisés à y assister mais devront quitter la salle à chaque fois que les jurés le feront. "En fin de compte, le procès conservera son juge et ses jurés", souligne Gazeta.ru. La récusation du juge, contre laquelle s'étaient prononcées la défense comme l'accusation, aurait nécessité la formation d'un nouveau collège de jurés. En outre, un avocat de la défense a fait également sensation hier en déclarant que le commanditaire de l'assassinat était un homme politique russe qui se trouverait à l'étranger. Quatre personnes sont sur le banc des accusés, mais ni le meurtrier ni le commanditaire.

  • MOSCOU (AFP) — Le procès du meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa s'est poursuivi mercredi à Moscou avec l'examen des premières pièces à conviction, notamment les balles extraites de son corps et des documents qui ont permis de reconstituer ses dernières minutes.

    Selon un procès-verbal lu par le procureur Ioulia Savina, le corps d'Anna Politkovskaïa a été découvert le 7 octobre 2006 dans l'ascenseur de l'immeuble où elle habitait, rue Lesnaïa, dans le centre de Moscou.

    "Mme Politkovskaïa est entrée dans l'ascenseur, s'est retournée et a levé la main pour appuyer sur le bouton. C'est à ce moment qu'elle a été attaquée", selon les conclusions des expertises médico-légale et balistique lues par le procureur.

    "L'assassin a d'abord tiré dans la tempe gauche. Cette balle s'est logée dans la tête. Politkovskaïa a commencé à tomber. Les deux balles suivantes ont traversé le cou et le dos. La victime est tombée. L'assassin s'est approché plus près, tirant dans une hanche. Puis, il s'est rapproché encore plus près, pour tirer dans la tête". Les deux dernières balles se sont également logées dans le corps.

    "La mort de Mme Politkovskaïa a été provoquée par des blessures par balles à la tête, à la poitrine et à la hanche (...) aggravés par un état de choc et une perte de sang considérable. Sa mort a eu lieu en dix minutes", a déclaré le procureur, citant les expertises.

    Les 19 jurés, dont 11 femmes, ont examiné des photos prises sur les lieux du crime et les trois balles de calibre 9 mm extraites du corps de Mme Politkovskaïa.

    Les enfants de la journaliste, son fils Ilia et sa fille Vera, assis au premier banc, aux côtés des parents de deux accusés tchétchènes, ont pris des notes et échangé quelques mots avec leurs avocats. Les accusés étaient assis, silencieux, dans le box ayant l'apparence d'une cage.

    Selon les experts, l'arme utilisée et retrouvée sur les lieux du meurtre, est un pistolet de fabrication artisanale, fait à partir d'un pistolet à gaz, muni d'un silencieux.

    Auparavant, le tribunal a rejeté une requête du Parquet sur la révocation du président de la chambre, considérée "comme sans fondement", a indiqué un porte-parole du tribunal.

    Le procureur avait demandé que le juge Evguéni Zoubov soit relevé de ses fonctions pour avoir prononcé illégalement, selon lui, le huis clos. Les avocats de la défense et de la famille de la victime s'y étaient opposés.

    Le huis clos avait été levé mardi, au grand soulagement de la famille et des proches de la victime.

    Les débats publics reprennent jeudi à 08H30 GMT avec des témoignages des enfants de Mme Politkovskaïa.

    Le tribunal a annoncé que 45 journées d'audience seraient consacrées à ce procès, selon l'avocat de l'un des accusés, Valéri Tchernikov, cité par l'agence Interfax.

    Cet avocat défend Pavel Riagouzov, un agent du FSB (sécurité fédérale intérieure), soupçonné d'avoir fourni l'adresse de la journaliste aux meurtriers. Deux frères tchétchènes, Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov, accusés d'avoir organisé la surveillance de la victime, comparaissent également, ainsi qu'un membre de la police criminelle, Sergueï Khadjikourbanov.

    D'après la défense, l'acte d'accusation désigne un homme politique non identifié en Russie comme étant le commanditaire du crime. Aucun des accusés ne reconnaît sa culpabilité.

  • Le fugitif accusé d'avoir tué par balles Anna Politkovskaïa a proposé de se rendre cette année à condition qu'il soit assuré d'être jugé au cours d'un procès ouvert, avec un jury, a déclaré un avocat mardi 2 décembre, en marge du procès de trois hommes accusés du meurtre de la journaliste d'investigation russe.
    Mais l'avocat a ajouté que la possibilité d'un tel accord a été exclue, le chef des enquêteurs ayant déclaré que les autorités russes ne pouvaient fournir de telles garanties.

  • Le Parquet général de Russie a annoncé ce 27 février avoir saisi la Cour suprême du dossier du meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa.Cette décision intervient après l'acquittement, il y a une semaine, de quatre suspects, deux frères tchétchènes, un ancien policier et un ex-agent des services spéciaux. Ces complices présumés n'ont reconnu qu'une évidence: la journaliste de "Novaya gazeta" - une des rares à avoir continué de couvrir la guerre en Tchétchénie et les violations des droits de l'Homme - a été tuée par balles le 7 octobre 2006. Le tueur et le commanditaire n'ont jamais été retrouvés. Pour Anna Stavitskaya, avocate de la famille de la victime, l'ensemble du procès a mis en lumière les carences du système judiciaire russe, resté très dépendant du pouvoir politique.

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