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  • Bombay : Maintenant, il faut comprendre

    11 septembre, 26 novembre… Comment ne pas faire le rapprochement ? Sur le crime, oui ; mais sur l’analyse, tout est si différend.

    New York semble aussi proche que Bombay parait lointaine, quasi-exotique. Mercredi soir, la presse française avait réagi en demi-teinte, alors que les journaux britanniques ou américains en avait fait, dès les premières heures, leur sujet numéro un. Faites un tour sur Google News India, vous mesurerez l’ampleur du cataclysme.

    photo_0302_459_306_17144.jpgCherchons ici à centraliser les infos, et les questions. Pour les réponses, tous les indices sont bienvenus. Car fulminer contre les nouveaux exploits d’une énième succursale de la Ben Laden Company, c’est trop court. Une telle attaque… dans la plus grande démocratie du monde, dans une région qui chaque jour s’affirme comme le centre du monde de ce début de 3° millénaire.

    Pour le bilan, il faudra attendre. Samedi soir, les chiffres sont selon les autorités indiennes de 195 morts, dont 27 étrangers, et 295 blessés. L’Inde a connu d’autres attaques terroristes. Jamais à ce niveau. Les forces de l’ordre, pour le moins, ont pataugé. Combien de temps faudra-t-il pour savoir ?

    Le modus operandi, c’étaient des attaques coordonnées contre dix sites à Bombay, dont les hôtels de luxe Taj Mahal et Trident-Oberoi, la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux. Des choix qui ressemblent à une signature.

    Qui ? Prudence, toutes les informations circulent. Pour un coup de cette ampleur, une véritable organisation est nécessaire, avec beaucoup d’anticipation. Ce qui pose aussitôt la question de réseaux dormants. Mais une attaque tous azimuts qui donne aussi le sentiment d’une certaine fébrilité. Les autorités indiennes, par le ministre de l'Etat, Vilasrao Deshmukh, ont annoncé ce samedi, alors que les dernières résistances avaient cédé, que « neuf terroristes ont été tués et un capturé. » Ce dernier, d'origine pakistanaise, répondrait au nom d’Azam Amir Kazav. Il aurait affirmé que le but des attaques était de faire un « 11-Septembre indien en réduisant en cendres les symboles de la puissance économique, le Taj et le Trident, afin qu'ils ne puissent être reconstruits. » Il aurait indiqué appartenir à l'organisation séparatiste Lashkar-e-Taiba, un groupe djihadiste basé à Lahore au Pakistan déjà responsable de plusieurs attaques sur le sol indien, notamment contre le Parlement en 2001. La presse parle aussi d’un groupe dénommé le Jaish-e-Mohammed, de la région de Karachi au Pakistan. Pourquoi ce groupe, si c’est lui ? Quel bit à cette surenchère ? Ce groupe a-t-il les moyens de conduire une telle opération?

    Le Pakistan ? Rien à voir avec le terrorisme, protestent les autorités. Mais plusieurs infos font état de liens entre le Lashkar-e-Taiba et l’ISI, l’organe des services secrets pakistanais. La tension est très forte entre ces deux puissances nucléaires. L'Inde a accusé le Pakistan d'être derrière ces attaques trop bien orchestrées, et le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a demandé à l'Inde à ne pas «réagir de façon excessive» et juré d’apporter tout son concours à l’enquête.

    *    Pour le Hindustan Times, « L'Inde est attaquée. L'idée même de l'Inde est attaquée. Il ne sert plus à rien de se voiler la face» Elle est si faible l’Inde ? Comment répondra-t-elle politiquement ? Socialement ?  

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  • Le droit de vote à seize ans

    Si les p’tits gars deviennent de mecs à seize ans, alors il faut reconnaitre le droit de vote à ce même âge. Ce qui boosterait un tantinet notre corps électoral.

    12part.jpgVous avez aimé la série « les schizophrènes dangereux qui menacent les braves gens » ; vous adorerez la série « les délinquants de 12 ans qui sont des caïds à 16 ». Ah, quand tout vous lâche, qu’il est bon de faire du consensus social à bas prix sur le dos des marginaux phantasmés.

    Ce qui me fait d’abord bidonner, c’est de voir à quel point le groupe UMP à l’Assemblée nationale est ramené au rôle de ménagère besogneuse, placé sous la houlette illusoire du technicien de surfaces en chef, le génial Jean-François Copé. Observons. Notre bien-aimé-de-sa-Dame président de la République nomme une mission dirigée par l’un des universitaires pénalistes les plus réactionnaires du cheptel, André Varinard. Situons notre grand professeur. Lyon qui voulait une fac de droite après 1968, a trouvé en Varinard un de ses piliers, bien connu de tous ceux qui ont eu a approcher le phénomène Lyon 3. Toujours dans les clous, certes, et auteur chez Dalloz, certes aussi. Mais confier à André Varinard un rapport sur la délinquance, c’est s’assurer un résultat aussi naturel que demander à Noël Mamère une synthèse sur l’avenir du nucléaire.

    Je ne ferais pas reproche au professeur Varinard de développer ses brillantes analyses répressives. Il assume. Ce qui est tordant de rire, c’est de voir que de partout on considère le rapport Varinard comme la loi votée. Le rapport n’est pas encore publié, et le Parlement ne s’est pas prononcé. Peu importe ! L’auguste pensée présidentielle s’appuyant sur le non moins auguste rapport Varinard, la loi est faite ! J’avais souvenir d’une réforme de la Constitution votée cet été pour renforcer les pouvoirs du parlement, mais là, je chicane.

    De ce rapport, et donc de cette présidentielle loi, deux âges émergent.

    Douze ans. 12 ans d’abord pour la majorité pénale. En l’état actuel, il n’y pas de limite légale. Le juge des enfants apprécie la capacité de discernement l’enfant. Ca, ça ne va pas. La plupart des pays européens ont choisi 13 ans. Le rapport de l’excellent Varinard dit 12 ans. Idiot, mais bon... Tout autre est la seconde règle : la prison devient possible dès l’âge de 12 ans. Des enfants de 12 ans, dangereux au point de les mettre en prison. Quel aveu de faiblesse ! Et quelle ignorance du réel ! Un juge préférera toujours un centre éducatif à l’effroyable prison. Personne ne sait faire fonctionner les prisons pour mineurs. Personne ne sait se prémunir du drame des suicides d’enfants en prison. Mais on fonce !

    Seize ans. 16 ans serait l’âge pour se retrouver devant le tribunal correctionnel, avec les peines prévues pour les adultes, et l’abandon de ce qui fait la justice des mineurs, c'est-à-dire la prééminence de l’éducation sur la sanction. Avec cette précision que si les délinquants de douze ans sont rarissimes, l’immense majorité des clients du tribunal pour enfant a entre 16 et 18 ans. Alors, majorité pénale à 16 ans pourquoi pas ? Les enfants de 2008 ne sont plus les enfants de 1975, date à la quelle la majorité était passée de 21 à 18 ans. Pour ma part, j’ai la conviction que c’est plus difficile aujourd’hui pour ces enfants de 16 ans de se situer dans la société que pour ceux de 1975. Mais je me trompe sûrement. En revanche, je peux défendre avec force la logique de la justice des mineurs, d’autant plus qu’elle est universelle. L’enfant est enfant, c’est dire qu’il n’assume pas le gouvernement de sa personne, lequel relève jusqu’à la majorité de l’autorité parentale. Et il est donc impossible, sur le plan pénal, de condamner l’enfant comme un adulte car, justement, le Code civil lui refuse la responsabilité, qu’il confie au parents. Impossible de condamner une enfant pour une responsabilisé qu’il n’assume pas ! Ce serait inique. Aussi, poussons la logique du rapport : c’est la majorité civile à seize ans. A seize ans, ils deviendront majeurs, ils voteront, et assumeront la responsabilité de leurs actes.

    La France rejoindrait ainsi le club très fermé des pays qui reconnaissent la majorité à 16 ans : Nicaragua, Cuba, Antilles néerlandaises, Brésil et certaines des républiques de l’ex-Yougoslavie. En avance sur les pays qui ont adopté le seuil de 17 ans : Timor Oriental, Indonésie, Corée du Nord, Seychelles et Soudan. L’Iran a remonté de le seuil de 15 à 18 ans, certes, mais les guides de la Révolution sont des mollassons, c’est bien connu.  Et ils n’ont pas de vison prospective du pays. Pas comme notre excellent gouvernement.

     

    Irresponsabilité civile et culpabilité pénale : quelle faute ont commis les enfants pour qu’on leur réserve un tel sort ?

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  • Enfant vendu, enfant aimé ?

    Le genre d’histoire qui fout les chocottes, et qui pose trop de questions. Accrochez vos ceintures. Voici les faits à l’état brut. « Brut » est le mot.

     

    Couple 1. Une femme, 24 ans, et son compagnon, 22 ans, tous deux belges, parents d’un enfant. Survient une seconde grossesse, alors que le couple galère un max : compte bancaire explosé, et l’huissier tous les trois jours à la maison.

     

    Couple 2. 26 ans, tous les deux, néerlandais, mariés en juin 2007, et qui savent ne pas pouvoir avoir d’enfant.

     

    couple-enfant.jpgInterface. Internet. Message du 16 mars 2008 : « Je suis enceinte de cinq mois et j'aimerais me défaire de cet enfant après sa naissance. J'ai des difficultés et ne peux garder le bébé. C'est pourquoi je voudrais rendre quelqu'un heureux grâce à mon bébé et que celui-ci vive lui-même dans un foyer chaleureux et aimant. » 

     

    Le fait. Le couple 1 et le couple 2 entrent en contact, et l’affaire est nouée. Le couple 1 va remettre au couple 2 l’enfant à naître, contre finance, entre 5.000 et 10.000 euros, on ne sait pas encore.

     

    Méthode. Début juillet, la mère se présente à la maternité de l'hôpital Jan Palfijn, mais sous l'identité de la mère « adoptive ». L’enfant nait, et est déclaré faussement sous le nom de la mère adoptive. La maman sort avec le bébé de maternité, et l'échange a lieu sur le parking de l'hôpital. Le couple adoptif  se rend à la mairie de Gand pour déclarer la naissance l’enfant. Tchao les amis, et bon vent.

     

    Et l’enfant commence sa vie d’emprunt. Adoré et choyé, on s’en doute. Enfant chéri. Le parquet de Gand confirmera que l’enfant est « élevé correctement ».

     

    Le parquet de Gand, reçoit des informations, et ouvre une enquête à l'encontre du couple belge, pour « supposition d'enfant » c'est-à-dire l'attribution à une femme d'un enfant dont elle n'est pas la mère, une infraction passible de cinq années de prison en Belgique.

     

    L’enfant résidant aux Pays-Bas, c’est un juge néerlandais qui est saisi. Le conseil de la protection de l’enfance préconise un placement en famille d’accueil, avis que le juge a entériné ce jeudi. L’enfant est mis sous tutelle et retiré à ses parents « adoptifs » pour être placé dans une famille d'accueil. Provisoirement. « Vu le très jeune âge du bébé, celui-ci n'a pas pu s'attacher à un tel point au couple de parents néerlandais qu'un placement en dehors de leur domicile forme une menace pour son développement », a dit le jugement.

     

    Que dira plus tard le juge néerlandais ? Je n’en sais rien. Ou presque, car domine le droit européen qui demande à faire prévaloir l’intérêt de l’enfant. Vaste programme…Les parents belges demandent désormais à retrouver leur enfant. Les parents néerlandais  protestent de leur bonne foi : « Nous voulions procéder de manière légale, par la voie officielle, mais les parents biologiques ne voulaient pas. Nous ne l’avons pas formellement acheté : nous avons donné une somme à la mère pour ses vêtements, les frais médicaux et un arrêt de travail de quelques mois. »

     

    Pour le droit français, il y aurait d’abord l’infraction définie par l’article 227-12 du Code pénal : « Le fait de provoquer soit dans un but lucratif, soit par don, promesse, menace ou abus d'autorité, les parents ou l'un d'entre eux à abandonner un enfant né ou à naître est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende. » Avec la circonstance aggravante de l’article 227-13 : « La substitution volontaire, la simulation ou dissimulation ayant entraîné une atteinte à l'état civil d'un enfant est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45000 euros d'amende. » En Belgique, le tarif est de cinq ans.

     

    Très bien. Mais vient le plus difficile. Que fait-on de l’enfant ? Au nom de quoi le priver de relation avec ses parents ? Peut-on ignorer la sincérité et la capacité des parents néerlandais? La faute commise dans la précipitation doit-elle interdire une adoption? Et pourquoi les deux enfants du couple belge ne grandiraient-ils pas ensemble ?

     

    En droit français, la référence est l’article 375 du Code civil :  « Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. »

     

    L’enfant, Jayden, n’a rien demandé, et ne peut aujourd’hui rien demander. Alors, que jugez vous ?

     

  • La rue, c’est un peu nous tous

    Mon cher Tribunal de police de Paris, mais quelle mouche t’as piqué ? 12 000 euros pour Jean-Baptiste Eyrault, le patron du DAL et ses gentilles tentes…

    clochard.jpgPrenons la question à la base. L’espace public, ça se protège, et cette protection est une condition de la liberté d’aller et venir. La loi veille, en sanctionnant l’entrave à la circulation : participer à une manifestation interdite sur la voie publique conduit en correctionnelle. Mais si l’on manifeste en dehors des voies de circulation ? Le droit n’est pas démuni. Joue l’article R. 644-2 du Code pénal : « Le fait d'embarrasser la voie publique en y déposant ou y laissant sans nécessité des matériaux ou objets quelconques qui entravent ou diminuent la liberté ou la sûreté de passage est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 4e classe. »

    C’est sur ce fondement que tu viens, mon cher Tribunal, de condamner le dirigeant de l’association Droit au Logement (DAL) à payer 12.000 euros d’amende pour avoir installé du 3 octobre au 15 décembre 2007 un campement de mal-logés rue de la Banque, dans le 2° arrondissement de Paris. Mes pensées affectueuses au Parquet, qui certes a gagné, mais doit déplorer ton indulgence alors que ses réquisitions étaient de 32.000 euros d’amende. Prévoir trois gouttes de plus de Lexomil.

    Les Enfants de Don Quichotte étaient également poursuivis pour avoir tenté d’installer 200 tentes le 15 décembre 2007 près de Notre-Dame. Heureusement, notre gentille police était intervenue à temps, pour empêcher ce grave méfait. Aussi tu as bien fait d’écarter la peine d’amende de 1.875 euros réclamée par le procureur, et je te félicite d’avoir ordonné la confiscation des tentes. Une sage mesure car ce matériel, neuf, pourra utilement être recyclé pour accueillir les magistrats et greffiers sans bureau après les regroupements de la carte judiciaire.

    Mais étais-tu obligé de condamner ? Entre nous…

    D’accord avec toi, le plus choquant est qu’une procédure ait été engagée, à l’initiative des pouvoirs publics, via la préfecture. Très choquant car l’installation avait été une juste cause, reconnue par les pouvoirs publics. Comme le rappelle le porte-parole du DAL, la levée du campement rue de la Banque s'était déroulée à la suite d'un accord, le 14 décembre, avec le gouvernement, qui s'engageait à reloger 374 familles dans un délai d'un an. Et le feu vert pour le vote de la loi su le droit au logement opposable. Donc, l’Etat les reçoit, leur donne raison, et les poursuit en justice. Drôles de mœurs.

    Et te voilà saisi. Il ne fait pas de toute qu’un trottoir n’est pas un lieu destiné à recevoir des campements. Ciblons le problème et n’en ajoutons pas. Tu n’as pas dit qu’il s’agissait de détritus, comme j’ai pu le lire. Le tentes sont des « matériaux » qui « embarrassent la voie publique » et « entravent ou diminuent la liberté ou la sûreté de passage. » Là, je te donnerais presque un point.

    Poursuivons. L’article R. 644-2 vise la « nécessité ». L’article 122-7 du code pénal, quant à lui, affirme que celui qui commet une infraction par nécessité ne doit pas être condamné. Alors oui, le DAL devait taper fort pour que le gouvernement secoue son popotin, mais on ne peut parler d’un état de nécessité qui ferait disparaître l’infraction. Là, je te donnerais presque un deuxième point.

    Mais quand même... LeClochard-11E4C1.jpg

    Tu avais sous la main l’article 121-2 du Code pénal : « Nul n'est responsable pénalement que de son propre fait ». Or que fit le porte parole de DAL ? Il porta la parole… et les tentes. Mais il n’a que peu embarrassé, alors qu’embarrassèrent beaucoup les 374 personnes qui firent de ces « matériaux ou objets quelconques » leur logis pendant ces 73 jours. Aussi, il fallait renvoyer le Parquet à mieux se pourvoir. A lui de faire délivrer 374 citations contre ces 374 contrevenants. Vieille histoire de libertés publiques que le refus de la responsabilité collective en cas de manifestation. Première occasion ratée.

    Et puis… la loi est la loi. Et puis… Paris, la tour Eiffel, et ses tentes, ça le fait pas. Mais, tu n’es pas ignorant des réalités du social ! Il y a aussi Paris, ses inégalités et ses logements inoccupés. Et les villes proches qui violent la loi SRU. Ajoutons, cher Tribunal de police de Paris, la loi sur le droit au logement opposable, loi obtenue du fait de ces occupations illégales, votée et non appliquée. Que fait donc la police ?

    Tu devais faire davantage.

    L’un de nos textes chéris est l’article 9 du Code civil. Ne me dis pas que parce tu sièges au pénal, tu as oublié notre brave Code civil. « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » Et la belle jurisprudence de la Cour de cassation, qui reconnait comme matérialisation de cette intimité « le lieu où une personne, qu'elle y habite ou non, a le droit de se dire chez elle, quel que soit le titre juridique de son occupation et l'affectation donnée aux locaux ». Alors quand il ne reste plus rien, il reste une tente, ou un carton. Le carton, c’est le dernier lieu de l’intimité. Soulever ce carton, c’est violer le domicile. Quand on n’a presque plus rien, ce presque rien devient tout. Tu dois leur laisser ça. 

    Et puis tu pouvais trouver un bon coup de main avec l’article 2 de notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. » Résistance à l’oppression...  Se péter l’article R machin pour faire reconnaître le droit au logement, ça vaut bien un coup d’éponge magique par la « résistance à l’oppression », et ses saveurs révolutionnaires.

    Droit à l’intimité du SDF et résistance à l’oppression. Ca a quand même plus de gueule que l’article R. 644-2 du Code pénal. La rue, c’est un peu nous tous. Mon cher Tribunal de police de Pais, tu m’as déçu.

    En toute amitié,

    Gilles

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  • Lettre d’un archaïque du PS

    IG2SCCA6JXZ0CCAQ7K587CA0IMTUXCA24UGPTCA6WQQCYCA5YTBN7CA513SLSCAZ0E0PJCAG0KJ0MCAJIQVLSCAY1Y65VCANG6QZPCAWMGJV6CAB1OASWCA00QC66CAQYQ5NNCA2EXW7GCA348LKW.jpgC’est en 1980 que j’ai pris ma carte au parti socialiste. Une drôle d’idée pour un jeune père de famille de 24 ans. Déjà, mes amis me demandaient ce que j’allais faire dans cette maison de vieux. Je n'ai jamais regretté ce choix.

    Je n’étais qu’un militant de base, persuadé qu’il fallait quitter le doux refuge du gauchisme, et se donner les moyens de terrasser le parti communiste, qui par ses excès et son stalinisme, était la meilleure garantie du pouvoir de la Droite.

    Mitterrand ? A coup sûr, pas un maître à penser – il ne l’a jamais revendiqué – mais un orfèvre pour agir. En 1971, le parti socialiste renaissant était un nain devant le parti communiste, et en 1981 le parti communiste courrait après le parti socialiste pour négocier quatre malheureuses places de ministre au gouvernement. Mitterrand a ossifié la Gauche. Oui. Mais il l’a aussi libérée, et a assumé les factures à payer. Ne jugeons pas trop vite 1981 avec des lunettes de 2008.1988%20Anonyme%20Elections%20Presidentielles%20Generation%20Mitterrand.jpg

    Beaucoup ont profité de la porte ouverte. Faites le bilan : tous ceux qui s’agitent aujourd’hui dans la joyeuse course à la rénovation ont la marque de Mitterrand pas loin de leur acte de naissance politique. Et je pense particulièrement à Ségolène Royal et Martine Aubry, toutes deux entrées dans le bal en 1981, l’une à l’Elysée, l’autre comme dir’ cab’ de Jean Auroux, le ministre du travail.

    Alors aujourd’hui, le clivage serait entre le vieux parti d’un côté et la rénovation de l’autre ? Mieux vaut en rire.  

    V37BFCA0089ZLCARKPBW8CAP1QICDCAEIBJ6ECAAE6VU8CA95RQEACAJ46RXOCA1QM7JKCALLVIOICA7TFWOECAIVKYJZCA4EM76GCAVY9UNWCAG2GC7WCANFAKR3CA1JKDO1CAVVLIICCAJHT6I1.jpgD’abord, rien ne peut se faire sans le respect des règles, ce qui est d’autant plus nécessaire quand on revendique de prendre la direction du parti. Or, si notre Jospin a eu la malheureuse idée de faire élire le premier secrétaire au suffrage universel direct des militants, cela ne veut pas dire que le parti socialiste a adopté la logique de présidentialisation des institutions de la V° République. Les orientations politiques ne sont pas le fait du premier secrétaire, mais du conseil national, élu à la proportionnelle sur la base des motions.  Je rappelle le rapport de forces : Royal : 29% ; Aubry : 25% ; Delanoë 25% ; Hamon 19%. Aussi les cris de la présidente du Poitou-Charentes à l’injustice historique ne m’émeuvent pas : que ferait-elle de son secrétariat rêvé alors qu’elle est minoritaire au sein du conseil national ? W2E21CAG56LSPCA3W2EHGCAHMBTLDCAH881DYCA7ID5NZCAH51SIUCAP9SV29CAJQLD0TCAZO0PFXCAMOAP20CAUM6IQBCA1FBBS6CANWWI7RCAZLCBGFCA1SJF5NCA3YZNVBCAOHIS7WCAI6CIUI.jpg

    Ensuite, la vague ségolèniste emporterait tout vers la victoire, portée par un inéluctable destin… Un peu court. L’enseignement principal est l’exact inverse. L’un des piliers du parti socialiste était son légitimisme, qui le conduisait à reconduire les candidats méritants.  47% à une élection ? C’était une garantie. Or, ce qui se passe actuellement, non sans douleurs, s’est le débranchement de notre candidate. Une révolution ? A coup sur, une vraie rénovation. N’en déplaise à Ségolène, la méritocratie socialiste, c’est fini. Elle s’était sagement assise sur ce « 47% », moins que Jospin en 1995, et attendait la suite : honneurs, notoriété, affaiblissement de l’adversaire. Ajoutez une phraséologie gaucho-bobo, tapant sur « les entreprises qui délocalisent » et sur « le pouvoir des banques »… Succès assuré. Ce brave peuple de gauche ferait la suite...

    Non, ça ne marche plus.

    IP96OCAPG0FLYCAF9296ICAA3Z5VQCAINWB3CCAUCIY1ZCASA9VJOCA3PTEXXCALYPNSWCABK2SMECA4JHDB7CA2D3438CAW482Y4CAFGMZN7CA7CWE91CAY54ES0CAC3ATVHCAQ9FX5KCAIBFB0W.jpgSégolène Royal connait une chute jamais connue. 60% en novembre 2006 et 29% en novembre 2008. Une courbe qui ne s’inversera pas. Tchao. Laissez Valls agiter avec ses petits bras les menaces de papier bleu. Aujourd’hui une manifestation devant la rue de Solferino ? Ah ces doux médias comme des branches auxquelles on rêve de s’accrocher…

    Plus d’un, comme moi, avait pensé que le souffle nouveau, dont a grandement besoin le parti socialiste, viendrait de cette candidature à la présidentielle. Or, après quelques semaines de campagne le bilan était fait : improvisation, prétention, autorité, dédain, religiosité. Et le résultat que l’on sait.

    Le vieux parti a plus de réserve que ces contorsions d’héritière gâtée. Le vieux parti, ce sont des femmes et de hommes comme vous et moi, qui tous les jours se posent de questions, innovent leurs pratiques, écoutent ce que dit le monde. Ils veulent recréer un grand mouvement politique de Gauche, plaçant au cœur de toute démarche les réalités de l’économie de marché et les exigences des droits de l’homme, les vraies, individuelles et sociales. Qui sera leader ? Nous aurons bien le temps de voir. Retrouver l’adhésion populaire suppose d’entrer de plein pied dans le réel, larguant les idéaux phantasmés. En dénonçant les discours gauchistes du genre, en réponse aux questions de La Tribune, le 31 octobre 2008

    « Si vous étiez aux manettes que feriez-vous face à la multiplication des plans sociaux ?H9YIVCAW592AICASBP7V6CAHA177BCA8ID0GCCA8S7DD6CAVKLUVGCAPS2MOBCA1UJBENCA36T2RNCAGPYPZ1CA7BSA0JCAL0GB5BCACJW6HPCAL19F35CAMNML8ZCAYX93VZCAB8GMALCAG2KZKV.jpg

    « D'abord je fais entrer l'Etat au capital des banques pour sauver les entreprises. Dans le même temps, je répercute la baisse du brut en baissant les prix de l'énergie. J'augmente immédiatement le pouvoir d'achat en supprimant le paquet fiscal que je transforme en un 13ème mois pour 8 millions de salariés. Et enfin je stoppe les délocalisations boursières. Et tout cela tout de suite. Arcelor Mittal a par exemple décidé de fermer ses hauts fourneaux en Europe. C'est impensable alors que la demande mondiale d'acier continue à augmenter. Ce groupe fait des profits. L'Etat doit demander aux entreprises qui pratiquent de telles délocalisations de rembourser la totalité des aides et des exonérations de cotisations. Elles y réfléchiraient à deux fois. »

    Vous avez reconnu ce style inimitable. Tournez la page Ségolène, c’est plus sage, et plus moderne.

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