25.07.2009
Obama : Gros nuages d'été
L’histoire tient en quelques lignes, et elle est désormais bien connue. Henri Gates Jr est un des plus influents universitaires US. C’est le directeur de l’Institut W.E.B. DuBois sur la recherche africaine et afro-américaine de l’université de Harvard, le top du top, et l’auteur de nombreux ouvrages et documentaires. Il préside le comité de sélection du Prix Pulitzer. Petit détail que j’allais oublier, c’est un black. Il a fait partie du staff d’Obama, au début de la campagne.
Ce jeudi, Henri Gates de retour d’un voyage scientifique à l’étranger, se retrouve devant sa maison. Problème: la serrure grippe. Et le voilà, avec l’aide d’un ami, qui s’attèle à faire céder la récalcitrante. Ce qui nous fait deux blacks à la manoeuvre devant cette belle maison de la banlieue résidentielle de Boston. De quoi inquiéter une passante, qui téléphone aux flics, lesquels débarquent quelques minutes plus tard. Le sergent James Crowley se retrouve sur place avec Henri Gates, enfin entré chez lui. Ce qui fait incontestablement un grand exploit pour la police : arrêter à son domicile quelqu’un qui n’a pas commis d’infraction. Ca me rappelle le capitaine des pompiers, dans La Cantatrice Chauve de Ionesco, qui sonne à la porte pour savoir s’il n’y a pas d’incendie à déclarer. 
Vu la dimension prise par l’affaire, nous allons avoir la plus fouillée des enquêtes criminelles de la police US. Donc, nous verrons. Mais on comprend un peu la scène. Henri Gates, qui est encore au milieu de ses valises, sûrement agacé par l’épisode de la serrure, voit débarquer les flics, toutes sirènes hurlantes. Qui bondissent et s’approchent avec la délicatesse d’usage dans ce gendre de situations, à savoir l’arrestation d’un cambrioleur en flagrant délit. Choc des cultures. Henri Gates proteste, les flics demandent les papiers pour vérifier qu’il est bien le propriétaire des lieux. Le ton monte, l’universitaire obtempère et ajoute : « C’est ce qui arrive aux Noirs en Amérique ! » Le sergent James Crowley sait donc qu’il a bien à faire au propriétaire, mais il décide d’embarquer Henri Gates au poste pour « conduite contraire aux bonnes mœurs ». Henri Gates, pas vraiment d’accord, est menotté. Il ressortira quatre heures plus tard, la police renonçant aux poursuites.
Deuxième étape, avec l’universitaire qui exige des excuses du policier. Il pose clairement la question raciale, affirmant que « les seuls blacks qui connaissent l’Amérique post-raciale sont les quatre qui vivent à la Maison Blanche ». Et il annonce des poursuites. L’opinion s’enflamme, et comme l’un des « quatre qui vivent à la Maison Blanche » tient une conférence de presse le vendredi, un journaliste pose la question.
Obama a de bonnes raisons d’esquiver : « Henri Gates est mon ami, qui va s’organiser pour défendre sa version des faits, et moi, je n’ai pas toutes les informations. C’est une affaire regrettable qui doit se traiter sur place, entre les personnes concernées. »
Et bien, pile l’inverse. Obama prend tout son temps pour répondre. Il commence par faire bidonner l’assistance en expliquant qu’essayer de forcer une serrure a de quoi inquiéter, que la police doit faire respecter la loi, et que s’il le faisait à la Maison Blanche, il se ferait tirer dessus. Puis, il change de ton, et s’avance : « Je ne sais pas, n’ayant pas été sur place et n’ayant pas connaissance de tous les faits, le rôle qu’a joué la race dans cela. Mais je crois qu’il est raisonnable de dire, un, que quiconque aurait été fâché, deux, que la police de Cambridge a agi stupidement en arrêtant quelqu’un alors qu’elle avait déjà la preuve qu’il était bien chez lui, et trois, je crois que nous savons, au-delà de cet incident, que les Afro-américains et les Latinos sont arrêtés par les forces de l’ordre de manière disproportionnée dans ce pays. C’est un fait. Ceci est un exemple de comment, vous savez, la race demeure un facteur dans ce pays. »
Les flics protestent, et les réactions se radicalisent. Dennis O’Connor, le président du syndicat de la police de Cambridge, réclame des excuses d’Obama : « Chaque membre du département de la police se sent insulté quand le leader du monde libre dit que vous avez agi de manière stupide». Les différents départements de police du Massachusetts montent au créneau, et Obama doit faire machine arrière. Il téléphone au sergent Crowley, et, en conférence de presse, regrette ses propos « parce qu’ils n’ont pas contribué à calmer la situation », et se contente d’affirmer son espoir « pour que cet événement permette de tirer des leçons».
Incident clos ? Sur l’affaire elle-même, c’est loin d’être évident, car Henri Gates n’entend pas en rester là, et cette affaire parle. Je relève d’ailleurs que si la police a hurlé sur la qualification de « stupide », elle se montre beaucoup plus discrète sur les contrôles au faciès et la question de la race.
Barack, il y a au moins deux choses qui ne vont pas.
La race reste encore un critère aux US, bien sûr, et mille fois le sujet reviendra sur le tapis. Tu ne pourras pas toujours esquiver, et même si tu préfères traiter le fond, par les réformes sociales, tu dois être complément rôdé sur l’analyse et le discours. Je te colle la question pour des devoirs de vacances.
Surtout, ne te disperse pas. Il n’y a qu’une question qui compte, c’est faire voter la réforme du système de santé par le Congrès. Le tiers du financement passe par une hausse des très hautes impositions, et une partie des démocrates, par intégrisme antifiscal et souci de réélection, boude et menace de bloquer. Si la réforme ne passe pas, c’est la vie de millions de personnes qui plonge, et cette poignée de sénateurs posera son hypothèque sur tout ton mandat. Ce serait une double catastrophe. Ils n’abandonneront pas la doctrine à laquelle ils doivent leur carrière politique. Il faut donc partir des faits, revenir sur ces insupportables inégalités, ce qui te permettras aussi de traiter la question raciale sans te laisse enfermer dans des débats mal conduits où tout le monde perd.

10:27 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : obama, racisme, police











Commentaires
Cette histoire me rappelle un sketch de Jamel Debbouze. Ce dernier raconte qu'il déménage dans un "beau quartier". Un soir, en arrivant chez lui, il se rend compte qu'il s'est fait cambriolé. Il appelle la police qui arrive sur les lieux. Une fois sur place, un policier appelle un collègue au téléphone et lui dit, en voyant Jamel Debbouze: "le cambrioleur est toujours sur les lieux..."
Écrit par : révoltée | 25.07.2009
B Obama doit certainement beaucoup tant à Mr du Bois et à ses œuvres qu'à Mr Gates. Ces personnes ont consacré leurs vies à la réflexion et l'action pour l'émancipation des noirs.
Nul doute que Mr Gates poussera l'avantage le plus avant possible.
Obama osera t il enfin repeindre la Maison Blanche en noir ?
C'est pourtant plus facile que d'extirper les préjugés de tout un corps de métier.
Ici on a Jamel et un président en talonnettes. C'est léger.
Écrit par : yesroll | 25.07.2009
Ce monsieur Gates semble en jouir de soulever ce "scandale" d'etre interpeller par la police de cette facon; mais n'est-il pas americain lui-aussi et ne connait-il pas les procedures d'interpellation qui s'applique a tout citoyen y compris les financiers meme les blancs qui ont rapporte de fausses declarations financieres dans leur compte; voir l'annee derniere et les arrestations de col blancs; ont-ils proteste dans la presse sur la facon dont ils ont ete menote comme des voyous qui auraient pu sauter au coup du policier ( je ne les appele pas flic, moi ) et peut-etre tenter de les egorger avec leur cran d'arret cache sous leur cravatte ?
Allez va, ce MONSIEUR gates, votre ami a vous aussi parait-il, et grand universitaire, connu et respecte, il pourrait pas aussi etre respectueux et calme si on lui demande de s'expliquer lorsqu'il force une serrure ( y avait pas marque sur son front qu'il habitait la-bas ! )
Moi je dis qu'il faut plus mettre les gens de couleur en examen parce que c'est humiliant pour eux et puis comme ca, vous aurez plus a debattre d'un incident aussi stupide pour lequel ce MONSIEUR ferait bien de s'excuser plutot que porter plainte contre la police.
( et il a pas l'air si vieil et grabataire comme presente initialement par les medias; il parait plutot en bonne condition et l'oeil vif pret a saute sur tout suppose manque de respect ou vice de procedure ce MONSIEUR l'universitaire )
Merci.
Fredpind.
Écrit par : Fred Pind | 25.07.2009
Oui encore moi et une reponse a "revoltee" :
Si Jamel debouze trouve sa situation trop difficile en France vu ces origines ou son handicap, moi ( Francais de souche, blanc, plutot pas trop mal physiquement ), je veux bien echanger nos vies suivantes.
Il a l'air pas mal accompagne, plutot plein de pognon et les nanas ont l'air de le trouver plutot interressant ( plus que moi en tout cas semble-t-il ).
Donc, je suis pret a affronter tous les soit-disant desobligeant commentaires des mechants policiers, les remarques racistes s'il en recoit de quiconque et toute autre difficulte dans ses relations avec les francais de souche.
Dites-lui de me contacter et je suis partant dans ma vie suivante pour porter son bras, son passeport, sa nana, sa Ferrari et tout ce qu'il a d'autre.
Bye.
Écrit par : Fred Pind | 25.07.2009
Fredpind: les policiers n'ont pas fait qu'interpeller M. Gates, ils l'ont aussi embarqué malgré le fait qu'ils savaient qu'il était chez lui
quant à Jamel Debbouze, je l'ai contacté comme vous me le demandiez. Il me dit de vous dire que ses propos, c'était dans le cadre d'un sketch et il vous invite à regarder le sens du mot sketch et celui du mot humour. Il vous invite également à lire l'article suivant:
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/06/30/la-police-mise-en-cause-pour-ses-controles-au-facies_1213277_3224.html
Par ailleurs, sa femme ne voit pas d'un bon oeil un éventuel échange d'hommes, donc elle ne souhaite pas que vous preniez la place de son mari. Elle a pourtant lu la description de votre physique, plutôt pas mal physiquement, elle était donc partante. Mais elle a décelé à travers vos posts une partie de vos idées, de votre personnalité, et vraiment, malgré un beau physique, elle refuse.
Écrit par : révoltée | 25.07.2009
Superbe retournement : l'incendie éteint par une bière!
"Henry Louis Gates, éminent universitaire noir de Harvard, a accepté l'invitation du président Barack Obama à prendre une bière à la Maison blanche en compagnie du policier blanc qui l'a interpellé".
Il y a vraiment une équipe autour d'Obama.
Écrit par : gilles devers | 25.07.2009
Un problème règlé
http://www.reuters.com/article/topNews/idUSTRE56O1O420090725
Mais une questio à traiter
http://www.google.com/hostednews/ap/article/ALeqM5hgb2PCTOZ-okIGDYXr-9S4GWuBwQD99LM5681
Écrit par : gilles devers | 25.07.2009
L'invitation d'Obama au professeur et au policier est un acte que je trouve très intelligent en plus d'être teinté d'humour. Voila qui va désamorcer le conflit et réconcilier les protagonistes. Enfin, je l'espère. C'est pas en Sarkofrance qu'on verrait çà. Obama a vraiment la classe en plus d'être bien entouré, en effet.
Écrit par : ROMANE | 26.07.2009
Un verre, ça va... mais là ils sont chacun obligés de remettre leur tournée.
@Fred Pind, et son talent tu te sent vraiment prêt à le porter aussi ?
Écrit par : yesroll | 26.07.2009
"Revoltee",
C'est dommage que Jamel est refuse; j'aurais pu avoir la vie belle et facile.
Merci encore de lui avoir transmis ma proposition, c'est vraiment sympa.
Quand il s'agit de classer les gens pour leur idee, je crois moi aussi pouvoir vous classer dans le style "devoir de redemption et d'obligation envers les personnes venant des anciennes colonies et ce durant les siecles a venir".
Moi je me sens tres bien sur ce sujet mais je refuse la discrimination positive et la condescendance : non il ne faut pas hurler aux loups si la police demande des explications pourquoi vous forcez une porte ( on peut calmement montrer ces papiers et ne pas prendre le monde a temoin, de quelque couleur que l'on soit ).
Soit dit en passant aurait-on entendu parle de ce fait divers si le monsieur s'etait appele George Smith ou Carlos Rodriguez ???.
Bien le bonjour a madame Debouze et continuez bien vous-meme votre quete de redemption.
FredPind.
Écrit par : Fred Pind | 26.07.2009
fredpind: si on prenait une bière ensemble vous et moi?
Écrit par : révoltée | 26.07.2009
Tiens justement on en parle sur Yahoo :
""Quand Daniela Lumbroso, arrêtée par la police... s'énerve contre les forces de l'ordre ! Pas cool madame Lumbroso...ne trouvant aucune trace de ce document, les forces de l'ordre - comme pour n'impore quel citoyen lambda - l'invitent à les suivre au commissariat du Faubourg-Saint-Honoré. C'est là que l'affaire se corse. Agacée, la journaliste aurait tenté à plusieurs reprises de faire usage de son téléphone, chose strictement interdite lorsque l'on vient d'être interpellé..""
Enfin bref, pas la peine de polemiquer plus, elle si elle s'enerve, elle est pas cool...et Monsieur Gates lui, il a raison de s'enerver.
Pour la biere, je suis plutot vin moi...et puis je crois deja entendre ce que l'on va me dire.
Écrit par : Fred Pind | 26.07.2009
la différence entre Lumbroso et Gates: elle roulait sur une voie reservée aux bus, et n'avait pas son permis sur elle. Elle était donc en infraction. Lui tentait de rentrer chez lui, il n'était pas en infraction, ce qu'il a prouvé sur place aux policiers qui l'ont quand même embarqué.
en fait, je ne suis ni bière ni vin. Mais je vous aurais volontiers laisser choisir une blonde, une brune ou une rousse
tant pis, moi qui voulait ruser pour rencontrer un homme pas mal physiquement. Si vous changez d'avis....
Écrit par : révoltée | 26.07.2009
La vache, l'orthographe bordel !!!
Écrit par : titi | 28.07.2009
pendant que vous vous horrifier sur l'orthographe le monde continue de tourner avec ou sans faute d'orthographe et cela n'empêche personne de rire et de respirée.
Écrit par : FIP | 29.07.2009
Beaucoup d'histoires pour ce qui pouvait arriver à n'importe qui d'entre nous.
Henri Gates et les policiers qui.... N'ont pas eu de chance!
Je crois aussi que Obama fait trop de "com", faute peut-être d'avoir assez de marge de manoeuvre réelle. Il y a danger!
Surtout avec sa réforme du système de santé!
Il ne faudrait pas là-bas, qu'on nous rejoue le célèbre:
"Carrammba!!! Encore râté!"
Et on peut faire confiance aux "clans de spécialistes du lobby" pour savonner joyeusement la planche!
(demandez donc à Bill Clinton, pourquoi "on" a commencé à embaucher des jeunes filles comme stagiaires à la White House pour la première fois quand il fut élu? Ceci dit, il résista longtemps à la tentation finalement.... ;-)))
Écrit par : Thierry Bressol | 10.08.2009
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