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Massacre en Guinée : On fait quoi ?

Un massacre sous nos yeux, et le constat d’une immense impuissance : la Guinée, sous la direction de Moussa Dadis Camara part à la dérive. Le peuple paisible des guinéens est-il voué à la malédiction des dictateurs sanguinaires ?

 

africain.jpgQue s’est-il passé ? Une grande manifestation populaire était prévue ce lundi 28 septembre, à l’appel de l’essentiel des forces de l’opposition. Le but était clair : refuser de voir le dirigeant actuel Moussa Dadis Camara se présenter aux élections présidentielles du 31 janvier 2010. Le capitaine Dadis était venu au pouvoir par un coup de force militaire le 24 décembre 2008, le lendemain de la mort du dictateur Lansana Conté, qui exerçait le pouvoir après un autre dictateur SekouTouré. Quarante de règne à eux deux. En décembre 2008, c’était un capitaine au discours moderne, avec de grands et nobles objectifs : restaurer l’autorité de l’Etat, reprendre le contrôle sur les richesses de l’économie et organiser une transition démocratique. La France, l’Europe, les Etats africains ont dit banco.

 

Les promesses n’ont pas duré. Cela a vite été le retour au népotisme, aux combines et à la spoliation, le tout dans le contrôle du trafic de la cocaïne. La France, l’Europe, les Etats africains n’ont pas réagi. Et, désormais bien installé,  contrôlant l’économie – alors que nombre de besoins vitaux manquent à la population –  la police et les médias, Moussa Dadis Camara, à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) aisse entendre que, nouveau reniement, il pourrait bien se présenter aux élections présidentielles. Mais le peuple n’en veut pas, et les dirigeants de l’opposition savent qu’il faut réagir dès maintenant, avant que se mette en place un processus électoral qui ne serait qu’une farce, ouvrant sur de nouvelles décennies de dictature. dyn007_original_564_368_gif_2595555_0fa4033d8ecb5a5546c3f6a201bd3bce.gifLe 31 janvier 2010, c'est demain.

 

Malgré l’interdiction de la manifestation, les guinéens ont afflué par dizaines de milliers vers le stade de Conakry où devait se tenir le meeting, en présence des principaux leaders d’opposition, dont Aziz Diop, qui préside le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne. Les forces de police ne pouvant contenir cette foule, les commandos du capitaine Dadis ont tiré. Ce mardi soir, l’organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH) annonce 157 morts par balles, et 1200 blessés, avec des tirs à bout portant. L'ONG fait état de viols de femmes par les soldats et d'actes de torture. Des témoins parlent de camions militaires qui ramassaient des morts pour les emmener vers des destinations inconnues.

 

Que faire ?

 

Qui peut réellement envisager une enquête sérieuse ? Dans l’immédiat, ce n’est même pas la peine d’en parler. Aider les forces d’opposition, qui ont su se monter unies, appelant à une vraie démocratie ? Oui, mais comment ? Et quel pays est près à s’impliquer pour la Guinée et ses 10 millions d’habitants, qui connaissent tous les signes de la grande pauvreté : espérance de vie à 54 ans, scolarisation d’un enfant sur deux, un PNB par habitant de 400 dollars.

 

Il n’y a pas trois jours, Kadhafi s’illustrait à la tribune de l’ONU, et stigmatisait le Conseil de sécurité, dénonçant la loi internationale des Etats puissants. Je veux bien prendre au sérieux Kadhafi, car son discours ne se résume pas aux pitreries passées en boucle sur nos écrans. Mais alors, c’est le moment pour ces responsables politiques africains, et pour l’OUA, de se manifester, de dire qu’on ne peut pas accepter cette impunité du crime. Je rêve, me direz vous…

 

arton579.jpgLa France et l’Europe semblent les plus à même de jouer sur la contrainte économique. Mais il sera difficile d’aller alors que la population manque de tout. Alors, il faudra entrer dans le marécage des relations avec la junte. Retour aux vieilles habitudes, mais il est difficile de croire que la France ait du attendre lundi 18 septembre et les tirs des commandos sur la foule pour comprendre que c’était à bas devenu n’importe quoi. Hélas, on retrouve le miasme français, avec Patrick Balkany, député maire UMP de Levallois-Perret et grand ami de Sarkozy, jugeant auprès de la presse de Guinée que la candidature à la présidentielle de Moussa Dadis Camara « ne pose pas de problème, car il est un guinéen comme un autre ».

 

L’ONU, sans doute par le Conseil des droits de l’homme, pourrait exiger une enquête. Au moins pour retirer au capitaine Dadis les insignes de respectabilité dont il veut se parer. Il doit être dit que le capitaine Dadis a pris la responsabilité de tirer sur son peuple, de cacher les morts et de refuser toute enquête, que sa place est devant un tribunal et que sa candidature, en sa qualité de chef de la junte et de sanguinaire, n’est pas recevable. Vous me direz qu’il n’en a que fiche. Je crois que ce n’est pas si simple.

 

CNDDadisTaureau_%202.jpg
Dadis à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD)

Commentaires

  • Scenario habituel des horreurs de la décolonisation, sur fond de tribalisme et de corruption. Que faire ? Pour nous, la leçon de l'intervention au Rwanda reste cuisante. Il est temps aussi de se tirer de la Côte d'Ivoire. Le bilan est certainement deux à trois fois plus élevé que celui annoncé. En appeler à l'Union Africaine serait approprié, même si nous n'avons pas beaucoup d'illusions sur son efficacité. La puissance africaine la plus proche est le Nigeria, il devrait y avoir au moins une déclaration de ce pays dans les prochains jours. Ce connard de Balkany déblatère, que quelqu'un lui claque le museau.

  • Ah, il y a une condamnation de l'ECOWAS, venant de Lagos :

    http://www.romandie.com/ats/news/090929173151.919u9ykk.asp

  • Pendant ce temps là, L'Union Africaine....

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/09/30/01011-20090930FILWWW00431-l-afrique-inquiete-d-un-neo-colonialisme.php

  • parlons de la france ... monsieur l'avocat je savait pas qu'en france c'est un délit de marcher dans les rues de la prison de fresnes 94 et oui 3 jeunes de 29 ans se ballade tard le soir dans ses rues et un véhicule de police passe les voies au milieu de la rue ,s'arrete les menottes et embarquer et leur colle sur le dos délit d'etre la dans ses rues , garde a vue jusqu'a mardi puis dépot créteil et relacher et jugement en novembre pour délit c'est une loi !!! chercher moi la loi d'etre dehors a marcher en france .

  • @ Mathaf,

    En Afrique, l'expression de la démocratie réside fréquemment dans l'alternance lorsqu'une tribu remplace une autre au pouvoir. Un peu comme en Irak, ou en Algérie, après la décolonisation. Ce sera sans doute aussi le cas en Afghanistan.

    Là en l'occurrence, l'opposition a cherché à accélérer un processus, pour mettre le pouvoir en place en difficulté, par des voies qui se seraient retournées contre elles, à moins que le cas concret à fin d'exploitation didactique était prémédité, sachant qu'il y aurait à l'évidence des cadavres sur la voie publique, de pauvres bougres sacrifiés d'avance pour "la bonne cause", l'opposition disposant ainsi d'un moyen d'influence significatif, qui bien relayé par les médias, ferait tout seul une excellente propagande. Mais je dois me tromper il n'y a plus de communistes révolutionnaires tordus en Guinée.

    Dans le sud d'un "pays africain" alors que les autorités centrales faisaient de l'huile après une manifestation de quelques milliers d'opposants, qui avaient détruits, l'usine de bière, quelques résidences et installations économiques, un commandant reçoit enfin carte blanche à 11 heures avec la seule compagnie disponible sur zone, pour tenter de rétablir l'ordre et le calme. Il se déploie son unité motorisée, sur 4 colonnes, avance vers les manifestants et s'arrête à 100 mètres. Il débarque, va à la rencontre des manifestants, leur dit en substance : "vous vous êtes bien défoulé et avez cassé beaucoup, maintenant il faut arrêter et se disperser" Moi, je vais remonter sur mon engin, faire demi-tour et repartir, et vous allez faire de même. Et il fait ce qu'il dit. par manque de chance, les manifestants ont cru qu'il avait la trouille et ont commencer à hurler et courir derrière les vénicules, qui à 400 mètres ont brutalement fait demi-tour et avec l'armement automatique ont tiré dans la foule. A 11H15 la manifestation était dispersée et l'ordre rétabli. "o tempus, o mores"

    Concernant Khadafi, c'est effectivement un pitre, qui avec le sang de milliers simples opposants politiques, qu'il a sur ses mains, mérite d'être pendu haut et court, de préférence sans jugement, qui au mieux relèverait d'un pléonasme pour son cas, son peuple avec les fers mis depuis quatre décennies l'a depuis longtemps jugé.

  • Souleymane,
    Si tu me lis, sache que je pense à toi et à ceux que tu aimes là bas en ces jours noirs.

  • On fait quoi ?

    Rien comme d'hab' ou plus exactement on fait voter une "grande résolution" par l'ONU, laquelle sera soumise au veto de la Chine qui doit bien avoir quelques intérêts économiques dans le coin...

  • En Afrique le massacre est permanent depuis.....
    Famine,Sida,paludisme,fièvre jaune, guerres ethniques, Etc etc =des millions de morts dans la plus parfaite indifférence des peuples Africains et des occidentaux

  • Je ne comprend pas bien: un certain nombre de français, par ailleurs contre la présence de la France en Afghanistan, voudrait que nos militaires se rendent en Guinée pour rétablir l'ordre? Encore une fois, la France irait se faire défoncer, et les autres pays arriver derrière en nous chassant pour récolter les contrats commerciaux? Halte à la France-Afrique, à bas le néo-colonialisme rampant!

  • Sauf que Dadis n'est pas l'anophèle, la mouche tsé-tsé, la rougeole, la varicelle, les criquets, l'Harmatan. C'est un allumé sanguinaire comme on en a trop vu. Laissons l'Afrique aux africains.

  • à bas le néo-colonialisme rampant!
    Ecrit par : Rala | 30.09.2009
    C'est une formulation assez cocasse,, mais j'en suis d'accord sur le fond: laissons l'Afrique aux africains.

  • Et les massacrés aux massacreurs !

  • je rejoins l'avis de Rala, pourquoi demander à la France de s'occuper de ce problèmes et en même temps de ne plus s'occuper de l'Afghanistan ?
    Et de plus, la France a aussi suffisamment de problèmes internes et de miséreux pour s'occuper d'elle avant de prendre en charge toutes les misères du monde. Il est aussi pénible de constater qu'on se fasse traiter en permanence de colonialistes dès qu'on donne un coup de pouce, et de se devoir aider toujours les mêmes pays, gangrénés par la corruption et les maffias qui détournent systématiquement toutes les aides.

  • je rejoins l'avis de Rala, pourquoi demander à la France de s'occuper de ce problèmes et en même temps de ne plus s'occuper de l'Afghanistan ?
    Et de plus, la France a aussi suffisamment de problèmes internes et de miséreux pour s'occuper d'elle avant de prendre en charge toutes les misères du monde. Il est aussi pénible de constater qu'on se fasse traiter en permanence de colonialistes dès qu'on donne un coup de pouce, et de se devoir aider toujours les mêmes pays, gangrénés par la corruption et les maffias qui détournent systématiquement toutes les aides.

  • @ Mathaf,
    C'est une excellente idée et je crois que nous sommes engagés dans cette direction depuis quelques années, même si pour des cas particuliers des balbutiements erratiques contraires peuvent être observés. Cela responsabiliserait les politiques locaux, enfin en théorie. Car ils n'ont pas le choix, pas plus que nous d'ailleurs. Croire que l'on peut faire évoluer le monde actuel d'un coup de baguette magique et stopper la globalisation, supprimer les multinationales, les paradis de tous genres relève d'une utopie.

    D'ailleurs, à chaque fois, que l'on s'est écarté d'une zone, d'autres ont pris le relais, les Américains les Russes ou dernièrement les Chinois. Ce qu'on peut constater, c'est que leurs méthodes sont souvent beaucoup plus cyniques que les nôtres, n'en déplaise, mais c'est une réalité. D'autant que ces Etats, leurs services secrets et leur diplomatie appuient sensiblement plus que nous le faisons. D'où la relève prise pour nombre de cas. Ce qui en l'occurrence n'arrange rien, procède de la nécessaire coopération des Etats africains, pour pouvoir fonctionner.

    Alors dire l'Afrique aux Africains, constitue, à mes yeux une utopie, au moins dans les faits pour les années à venir. On pourrait dire exactement la même chose, pour la France aux Français et on se tromperait autant d'approche. Nous appartenons aux multinationales et aux financiers internationaux et la réforme tentée de la spéculation internationale a déjà beaucoup de plomb dans l'aile, car d'aucuns trop nombreux y trouvent leur compte à peu de frais.

  • Je souhaiterais également l'Afrique aux africains. Mais on voit plutôt que les dirigeants africains baisent les pieds aux Chinois (pendant que la France leur taille des pipes monumentales). Il est vrai que la Chine ferme les yeux sur les horribles exactions des dirigeants africains, mais il n'y a pas pire anti-africain que la Chine, c'est le pire des colonisateurs, et le pire des spoliateurs de l'Afrique.

    Je devrais bien publier un livre : "Dialogue avec un Chinois d'Algérie"...

  • Ca fait des années que les chinois bouffent l'Afrique morceau par morceau, au grand ravissement de beaucoup, trop contents de faire la nique aux anciennes puissances coloniales. Ils commencent un peu à déchanter, mais le réveil sera brutal.
    Ne mettons pas le petit doigt dans les conflits internes, nous sommes les dindons de la farce, comme par exemple au Tchad où nous stationnons nos troupes pendant que les américains pompent le pétrole d'un côté, et les chinois de l'autre.
    Les anglais commercent avec l'Afrique sans envoyer ni stationner de troupes, faisons de même.

    Jean

    La question de l'influence des multinationales, de la banque mondiale et du FMI en Afrique est beaucoup plus vaste, il faudrait des pages pour simplement aborder le sujet.

  • @Long John Silver et Mathaf
    Bien dit camarades! Les victimes choisissent leurs tortionnaires.
    Nous ne pouvons pas ne pas "mettre le petit doigt dans les conflits" ; nous y sommes historiquement impliqués ; nous avons en Afrique, la responsabilité qu'a, comme souvent disent les Africains, un Papa à l'égard de ses enfants ; ne rigolez pas! on n'imagine pas un père de famille abandonner son enfant parcequ'il a choisi (ou peut-être qu'on l'a incité à choisir) de vivre sa vie tout seul... On ne va pas disserter là-dessus, d'aucune l'ont fait mieux moi!!
    Salutations.

  • Le fameux paternalisme, tantôt désiré tantôt décrié selon les circonstances. Nous sommes en 2009, cette époque est révolue.

  • Je devrais bien publier un livre : "Dialogue avec un Chinois d'Algérie"... "LJS"

    Ca c'est chouette, je suis impatient de le lire, ayant vécu dans les deux mondes. Euh, pas l'Afrique du Nord, mais l'Afrique subsaharienne. Cela dit, ça me fait marrer quand l'Union Africaine parle de neocolonialisme. Tout faux : c'est du neo-neo-coloniamisme, et pour ceux qui prendront la relève, ce sera le neo-neo-neo colonialisme. C'est bien connu : les africains sont "de grands enfants".

  • On fait rien on regarde à la télé comme pour le Rwanda . Et merde on sans fout dans 1 semaine sa sera enfouie au fond des rubrique journalistique, d'ailleurs pourquoi on en parle y a quand même super beaucoup mega plus important la justice française à encore fait une bourde .

    Sur vos magnifique article que je ne lit pas. Je vous souhaite bonne soirée et bonne réflexion.

  • Mathaf,

    C'était une boutade pour le bouquin, si je dois en écrire un ce serait pour autre chose. A moins que je fasse une compilation de mes dialogues avec certaines personnes atypiques... A voir.

    Je te parle du cas que je connais, l'Algérie. En effet, ils déchantent comme tu dis. La contestation germe en silence au sein des foyers. Un calme plat et étrange, comme toujours, qui laisse entrevoir la tempête prochaine (une nouvelle décennie noire ?).

    Le problème est plus global, mais les Algériens ont parfois tort eux-aussi, il n' y a pas que les dirigeants. 75% de la population qui a moins de 25ans, un pays de jeunes en somme. Mais ils n'ont pas la culture du travail et de l'effort, si t'en mets dix sur un chantier c'est comme si t'avais dix maîtres de chantier, ce qui n'est pas normal. Alors que si tu mets dix Chinois, tu as neuf travailleurs, et un maître de chantier.

  • LJS,

    C'est pire, les chinois embauchent le quota d'algériens obligatoire en leur demandant surtout de ne rien faire. A mon tour de faire une boutade, ayant été expatrié en Afrique : le nègre n'est pas toujours celui que l'on croît. Bon, ça reste entre nous, tout le monde va me traîter... lol

  • Le bon sens :

    http://www.liberation.fr/monde/0101594533-guinee-nous-voulons-une-force-d-interposition

    Qu'attendez-vous de la communauté internationale ?
    Après les condamnations officielles, nous attendons maintenant la mise en place d'une commission d'enquête internationale pour faire toute la lumière sur les assassinats et les viols collectifs perpétrés lundi. Nous demandons également le déploiement d'une force d'interposition de l'Union Africaine, comme au Burundi, pour assurer la sécurité civile jusqu'à la tenue des élections. Le Nigéria pourrait par exemple jouer ce rôle.

  • Mathaf,

    Mdr!! C'est vrai en plus. Tu peux les voir faire la sieste le casque sur la tête pendant que les asiatiques transpirent à gogo. lol.

    Pour la boutade tkt, dans le fond c'est vrai.

  • courrier international

    http://www.courrierinternational.com/article/2009/10/08/le-28-septembre-dans-le-stade-de-l-horreur

  • (Il me semble intéressant de citer ici cet exposé on ne peut plus clair, pour lequel j'ai hélas perdu les références : auteur, date, ..)


    LA PRÉDATION
    La prédation obéit à une mécanique implacable.

    Modèle
    Considérez un pays possédant des ressources naturelles rares (pétrole, minerais, forêts) mais dont la population est pauvre. Supposez que les solidarités s'y tissent plutôt autour de la tribu ou de l'ethnie que de la nation, de sorte que ses partis politiques soient l'expression des particularités et rivalités ethniques.
    Supposez par ailleurs que dans un pays riche l'État, ou une grande entreprise, cherche à contrôler les ressources naturelles du pays pauvre (l'expression "pays en voie de développement" est hypocrite), c'est-à-dire à s'en réserver l'accès et à en maîtriser le prix.
    La recette est simple : il suffit d'aider le dirigeant politique le plus faible (point important) du pays pauvre à prendre le pouvoir. En lui fournissant des armes, des instructeurs, des conseillers, de l'argent, on lui permet de réussir un coup d'état ou de truquer les élections. Il ne pourra ensuite garder le pouvoir qu'à condition de poursuivre les violences envers la majorité, ce qui implique la dictature. En échange du soutien militaire permanent indispensable pour maîtriser la majorité, il cédera à son protecteur le contrôle des ressources naturelles.
    Il serait inefficace de soutenir le dirigeant politique de la majorité : comme celui-ci n'a pas besoin d'appui extérieur ni de répression pour gagner les élections et garder le pouvoir, rien ne l'obligerait à céder le contrôle des ressources naturelles en échange d'un soutien. La démocratie l'inciterait plutôt à s'en servir pour accroître le niveau de vie de la population.

    Corollaires du modèle
    1) La majorité, si elle regimbe, sera qualifiée de "rebelle". Des opérations de "maintien de l'ordre" seront montées avec des hommes et des gamins de l'ethnie minoritaire, armés, entraînés et encadrés par des militaires mis à disposition par le pays riche et que l'on qualifiera souvent de "mercenaires". Les villages de l'ethnie majoritaire seront détruits, les hommes et les gamins tués ou mutilés (une main, un pied etc.), les femmes et les fillettes violées.
    2) Outre le soutien militaire, le dirigeant du pays pauvre recevra du pays riche, à titre personnel, quelques miettes de la richesse prélevée sur son pays. Ainsi il sera tenu en main, encadré par la carotte et le bâton.
    3) On pourra se débarrasser de lui par un assassinat ou un coup d'état :
    - s'il tente de se libérer de la tutelle du pays riche pour trouver un autre protecteur ;
    - si, comme cela arrive souvent, la pression qu'il subit, combinée aux voluptés que le pouvoir procure, le rend fou et que ses excès finissent par le rendre dangereux pour son protecteur ;
    - si les médias ou la justice du pays riche s'émeuvent des exactions, si la population du pays riche répudie les crimes commis en son nom par des amateurs de richesse facile et de coups tordus (aventuriers, hommes d'affaires, agents ou politiciens) : il servira alors de bouc émissaire.
    On s'efforcera pour continuer le jeu de trouver au dirigeant éliminé un remplaçant commode.

    La prédation inévitable
    Dès que la prédation est possible, elle est inévitable car les prédateurs potentiels sont nombreux et à l'affût. Ils sont en position de force par rapport aux entrepreneurs, car la disponibilité et la mobilité de ceux-ci est accaparée par la poursuite des projets économiques auxquels ils s'attachent.
    Si rien n'équilibre le rapport de force entre entrepreneurs et prédateurs, ces derniers disposent dans les pays pauvres d'un vaste terrain où déployer leurs talents. Ils peuvent y causer des dégâts illimités : l'extermination de la quasi-totalité de la population du pays pauvre ne fait que renforcer le contrôle du pays riche sur les ressources naturelles.
    La richesse rapportée dans le pays riche par les prédateurs conforte leur contrôle sur l'appareil administratif, politique et économique de celui-ci. L'argent sale obtenu grâce au meurtre des populations pauvres finance la main-mise des prédateurs sur le pays riche lui-même et y suscite la raréfaction des entrepreneurs, ce qui provoque à terme (mais à terme éloigné) l'appauvrissement du pays riche.
    Les économistes, qui ne raisonnent qu'en termes d'échange équilibré et dont les modèles excluent donc a priori l'hypothèse de la prédation, sont intellectuellement désarmés devant cette situation. Bien pis : leurs modèles impliquant l'efficacité d'une "main invisible", ils en déduisent que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes" et que les pouvoirs en place sont légitimes du simple fait qu'ils sont en place.
    Les personnes généreuses, constatant la pauvreté du pays pauvre, viennent à son aide. Mais si cette aide ne conduit pas à élucider le mécanisme de la prédation, elle ne fera que palier quelques-unes de ses conséquences, sans s'attaquer à la cause du mal. Dans la mesure où elle donne bonne conscience au pays riche, elle retarde même la prise de conscience de la prédation.
    Il serait utile de faire l'exercice suivant pour évaluer l'importance du phénomène :
    - établir la liste des pays pauvres ;
    - identifier les pays qui, parmi les pays pauvres, détiennent des ressources naturelles de valeur ;
    - voir, pour chacun de ces derniers, à quelle ethnie appartient le dirigeant : minoritaire ou majoritaire ?
    - si le dirigeant appartient à l'ethnie minoritaire, voir s'il se produit ou non des affrontements entre l'armée et des "rebelles" ;
    - dans ce dernier cas, identifier le pays riche qui soutient le dirigeant et évaluer les profits qu'il en retire.

    Rôle de l'opinion publique du pays riche
    Publier les crimes, mobiliser l'opinion du pays riche, c'est, à vrai dire, le seul moyen de stopper la mécanique de la prédation. L'opinion du pays pauvre ne peut en effet à elle seule vaincre les troupes entraînées et armées par le pays riche : seules les opinions publiques française et américaine pouvaient mettre un terme aux massacres en Algérie et au Vietnam, sans quoi la logique purement militaire serait allée jusqu'à l'extermination. La résistance des démocrates du pays pauvre est méritoire et courageuse - ils risquent la torture et la mort - mais elle ne peut être efficace que si elle est relayée par leur propre opinion publique d'abord, puis par celle du pays riche.
    Les prédateurs veillent à "protéger leurs arrières" en maîtrisant les médias et, autant que possible, l'appareil judiciaire du pays riche. Faire la clarté sur les crimes qui se commettent dans les pays pauvres avec l'approbation de nos dirigeants et la participation de certains de nos compatriotes, c'est un devoir civique qui suppose courage et persévérance.

  • La Chine sait quoi faire : 4.4 mds $ d'investissements sur la Guinée :

    http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/africa/article6871943.ece

    L'Afrique se fait bouffer à un rythme alarmant, sur fond de massacres.

  • Correction : en fait c'est 7 mds $, selon Le Temps :

    http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8c1fe798-b76e-11de-94d2-47315cbb7a5f%7C0

  • On commence à "savoir", ça n'est pas triste...
    Un des pays où la décolonisation fut particulièrement, "réussie".
    Comme disait Rné Dumont en 61:
    -"L'Afrique Noire Indépendante est mal partie..."

    Le pb est aussi qu'elle n'est pas arrivée.

  • Tiens, la presse française s'intéresse au fond du problème, avec un certain tempas de retard, comme d'hab :

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/10/15/04016-20091015ARTFIG00010-la-chine-deverse-ses-milliards-sur-la-guinee-.php

  • Guinée: l'ONU met en place une commission d'enquête internationale
    AP | 16.10.2009 | 23:36
    Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon va installer une commission internationale indépendante chargée d'enquêter sur la répression meurtrière du 28 septembre en Guinée, a annoncé vendredi sa porte-parole.

    Cette décision a été prise suite à une requête de plusieurs parties, notamment la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO), a précisé Michèle Montas.

    Une mission dirigée par le secrétaire général adjoint aux Affaires politiques Haile Menkerios quittera vendredi les Nations unies, à New York, pour superviser la mise en place de cette commission. Dans sa tâche, M. Menkerios rencontrera les autorités guinéennes, ainsi que des organisations régionales

  • On se demande qui va assurer sa sécurité et combien cela va coûter.

    Si chaque fois qu'il y a une centaine de mort en Afrique; les chefs d'Etats étaient destitués, il n'y en aurait pas beaucoup des actuels en exercice et certains même au livre des records des destitutions.

    Juste pour dire, "les conseils" à l'arrivée en Guinée : ici la loi c'est un peu particulière, surtout ne pas avoir de cadavre dans son jardin ou la villa, sinon c'est extrêmement mauvais. Dans la rue : ras, rangé avec les poubelles.

  • Et ouais, entre l'aéroport et la ville de Lagos, on croisait une vingtaine de cadavres qui soit bombaient au soleil avant d'exploser, soit s'imbriquaient dans le bitume après le passage de véhicules. Un jour, un pote qui roulait derrière un camion a reçu des morceaux sur son pare-brise, il a mis les essuie glace, puis s'est arrêté pour gerber.
    Un autre jour, un homme d'affaires local a fait charger les cadavres qu'il trouvait sur des camions, et les a déversés devant le palais de justice.

  • @ Mathaf,

    J'ai eu un "touriste", responsable d'un détachement envoyé "au repos" à la campagne. Il avait des consignes particulières pour le fonctionnement d'un engin, qu'il n'a pas jugé utile de capter. Il a donc logiquement réussi à tomber en rade, au bon endroit, sur une route, avec une bonne dizaine de cadavres sur la route de part et d'autre du véhicule.

    On a du monter une opération de récupération pas triste. Le capitaine (de brillante extraction) responsable du détachement d'intervention, sur zone depuis un mois et demi, ne savait pas où se trouvait la localité. Il m'a demandé en outre si je pouvais lui prêter une carte et une radio. Pour couronner le tout, il avait laissé partir ses gars d'astreinte à a piscine, mais il ne savait plus laquelle. J'ai été le voir, accompagné d'un de mes sergent-chef, avec Famas et double dotation de munitions. J'ai dit au Capitaine, tu t'assieds derrière dans le véhicule, le sergent-chef fera chef de bord et il sera seul responsable de la mission. Comme il ne voulait pas au début, je lui ai dit, de toute façon c'est celui qui est assis devant qui prend les premières balles d'une éventuelle rafale, alors tu choisis. Il s'est immédiatement mis derrière, vu le poids de la psychologie dans la discussion. J'avais bien entendu laissé préalablement quelques autres consignes particulières à mon sergent-chef, pour lui permettre de passer sans encombre les barrages, car ce jour là manque de bol les autorités venaient de flinguer ou d'égorger plusieurs chefs opposants.

    Ah patron, c'est l'Afrique.

  • nous on vai la justice en guinee avant tou

  • on ve la justuce en guinee parce que il ya des orfelen ,

Les commentaires sont fermés.

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