Avertir le modérateur

  • Massacre en Guinée : On fait quoi ?

    Un massacre sous nos yeux, et le constat d’une immense impuissance : la Guinée, sous la direction de Moussa Dadis Camara part à la dérive. Le peuple paisible des guinéens est-il voué à la malédiction des dictateurs sanguinaires ?

     

    africain.jpgQue s’est-il passé ? Une grande manifestation populaire était prévue ce lundi 28 septembre, à l’appel de l’essentiel des forces de l’opposition. Le but était clair : refuser de voir le dirigeant actuel Moussa Dadis Camara se présenter aux élections présidentielles du 31 janvier 2010. Le capitaine Dadis était venu au pouvoir par un coup de force militaire le 24 décembre 2008, le lendemain de la mort du dictateur Lansana Conté, qui exerçait le pouvoir après un autre dictateur SekouTouré. Quarante de règne à eux deux. En décembre 2008, c’était un capitaine au discours moderne, avec de grands et nobles objectifs : restaurer l’autorité de l’Etat, reprendre le contrôle sur les richesses de l’économie et organiser une transition démocratique. La France, l’Europe, les Etats africains ont dit banco.

     

    Les promesses n’ont pas duré. Cela a vite été le retour au népotisme, aux combines et à la spoliation, le tout dans le contrôle du trafic de la cocaïne. La France, l’Europe, les Etats africains n’ont pas réagi. Et, désormais bien installé,  contrôlant l’économie – alors que nombre de besoins vitaux manquent à la population –  la police et les médias, Moussa Dadis Camara, à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) aisse entendre que, nouveau reniement, il pourrait bien se présenter aux élections présidentielles. Mais le peuple n’en veut pas, et les dirigeants de l’opposition savent qu’il faut réagir dès maintenant, avant que se mette en place un processus électoral qui ne serait qu’une farce, ouvrant sur de nouvelles décennies de dictature. dyn007_original_564_368_gif_2595555_0fa4033d8ecb5a5546c3f6a201bd3bce.gifLe 31 janvier 2010, c'est demain.

     

    Malgré l’interdiction de la manifestation, les guinéens ont afflué par dizaines de milliers vers le stade de Conakry où devait se tenir le meeting, en présence des principaux leaders d’opposition, dont Aziz Diop, qui préside le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne. Les forces de police ne pouvant contenir cette foule, les commandos du capitaine Dadis ont tiré. Ce mardi soir, l’organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH) annonce 157 morts par balles, et 1200 blessés, avec des tirs à bout portant. L'ONG fait état de viols de femmes par les soldats et d'actes de torture. Des témoins parlent de camions militaires qui ramassaient des morts pour les emmener vers des destinations inconnues.

     

    Que faire ?

     

    Qui peut réellement envisager une enquête sérieuse ? Dans l’immédiat, ce n’est même pas la peine d’en parler. Aider les forces d’opposition, qui ont su se monter unies, appelant à une vraie démocratie ? Oui, mais comment ? Et quel pays est près à s’impliquer pour la Guinée et ses 10 millions d’habitants, qui connaissent tous les signes de la grande pauvreté : espérance de vie à 54 ans, scolarisation d’un enfant sur deux, un PNB par habitant de 400 dollars.

     

    Il n’y a pas trois jours, Kadhafi s’illustrait à la tribune de l’ONU, et stigmatisait le Conseil de sécurité, dénonçant la loi internationale des Etats puissants. Je veux bien prendre au sérieux Kadhafi, car son discours ne se résume pas aux pitreries passées en boucle sur nos écrans. Mais alors, c’est le moment pour ces responsables politiques africains, et pour l’OUA, de se manifester, de dire qu’on ne peut pas accepter cette impunité du crime. Je rêve, me direz vous…

     

    arton579.jpgLa France et l’Europe semblent les plus à même de jouer sur la contrainte économique. Mais il sera difficile d’aller alors que la population manque de tout. Alors, il faudra entrer dans le marécage des relations avec la junte. Retour aux vieilles habitudes, mais il est difficile de croire que la France ait du attendre lundi 18 septembre et les tirs des commandos sur la foule pour comprendre que c’était à bas devenu n’importe quoi. Hélas, on retrouve le miasme français, avec Patrick Balkany, député maire UMP de Levallois-Perret et grand ami de Sarkozy, jugeant auprès de la presse de Guinée que la candidature à la présidentielle de Moussa Dadis Camara « ne pose pas de problème, car il est un guinéen comme un autre ».

     

    L’ONU, sans doute par le Conseil des droits de l’homme, pourrait exiger une enquête. Au moins pour retirer au capitaine Dadis les insignes de respectabilité dont il veut se parer. Il doit être dit que le capitaine Dadis a pris la responsabilité de tirer sur son peuple, de cacher les morts et de refuser toute enquête, que sa place est devant un tribunal et que sa candidature, en sa qualité de chef de la junte et de sanguinaire, n’est pas recevable. Vous me direz qu’il n’en a que fiche. Je crois que ce n’est pas si simple.

     

    CNDDadisTaureau_%202.jpg
    Dadis à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD)
  • Polanski : Cruel mais légal

    Philip-Martin-Los-Angeles---Hollywood-sign-96172.jpgEt oui, une décision de justice peut être cruelle. Le génial Polanski, 76 ans, arrêté pour une affaire de moeurs qui date de 31 ans… Alors, empathie avec le cinéaste, oui, mais à condition que les arguments ne soient trop élastiques. Car Polanski savait qu’il était activement recherché.

     

    L’affaire est simple. Lors d’une soirée de philosophie appliquée chez Jack Nicholson, à Los Angelès, en 1977, Roman Polanski a abusé sexuellement d’une jeune fille de 13 ans. Je peux affirmer ce fait, car Polanski avait plaidé coupable sur ce grief de « relations sexuelles illégales ». La justice retenait d’autres chefs de poursuites, dont le viol. Pour la qualification qu’il a reconnue, Polanski encourt une peine de 20 ans. A l’époque, le cinéaste avait été arrêté et emprisonné six semaines, avant d'être remis en liberté. Mais il avait ensuite fuit devant le procès qui avançait, car ça sentait le cramoisi. C’était en janvier 1978. Réponse judiciaire de rigueur : un mandat d’arrêt avait été lancé.

     

    L’arrestation du cinéaste a Zurich a été décrite comme un truc incompréhensible, genre une fusée qu’on croyait explosée dans les airs et qui soudain, retombe sur terre. La réalité est plus contingente. scooley.jpg

     

    Polanski, qui a la double nationalité polonaise, de naissance, et française, d’adoption, vivait planqué, calculant tous ses voyages : soit des pays n’ayant pas de conventions d’extradition avec les Etats-Unis, soit des voyages discrets. C’est ainsi que Polanski était déjà venu en Suisse, furtivement. Cette fois-ci, son séjour était connu et le parquet de Californie – le District Attorney du Conté de Los Angeles – a donné l’ordre d’arrestation, que le gouvernement de Berne se devait d’exécuter.

     

    A plusieurs reprises ces dernières années, la justice californienne avait essayé, mais elle était arrivé trop tard. Polanski, pour sa part, avait renoncé à des déplacements, estimés trop risqués.

    En janvier 2009, les autorités judicaires californiennes avaient rappelé que Roman Polanski était recherché et qu’il relevait de la compétence de leur juridiction. Ce mois de mai, le cinéaste avait essayé de faire annuler ce mandat, ce que lui avait refusé le juge Peter Espinoza, expliquant que le mandat resterait car « Polanski n’avait pas l’intention de se soumettre de lui-même à la juridiction de la cour. » Et la loi californienne dispose qu’un fugitif est sous le contrôle des juges tant qu’il reste au large.

    La règle est claire, et il était d’une imprudence folle que de se rendre, pour un grand festival, dans un pays lié par une convention d’extradition avec les Etats-Unis.

    6a00d83451b1b869e200e54f4dfd838833-800wi.jpgAlors, maintenant ?

    Va venir la demande d’extradition. Déjà, on annonce des demandes pressantes auprès d’Obama pour calmer les juges de Californie. Les dernières décisions de justice datant de quelques mois, hors de question de faire passer aux US la salade du vieux mandat de 30 ans, couvert de poussière. Je ne connais pas cette convention d’extradition, mais au regard des principes du droit international, je vois mal comment un ordre d’arrestation de cette nature, voulu par la justice de Californie, ne serait pas estampillé par les autorités fédérales. Et il faudrait donc espérer que celles-ci se dédisent parce que les gouvernements français et polonais le demandent... Nous verrons bien.  Et Polanski, à la recherche d’une faille, va exercer les recours qu’offre le droit suisse.

    La victime a dit qu’elle ne souhaitait pas un nouveau procès. Trente ans après, pour cette maman de trois enfants, l’arrestation est à coup sûr une tuile. Mais la conduite des poursuites pénales n’appartient pas aux victimes… Les faits, reconnus dans la procédure et dans des écrits, sont d'une particulière gravité. Roman Polanski est en droit d'attendre de la justice, après tant d'années, un jugement compréhensif, montrant qu'une vie n'est pas écrite, et le pire peut être suivi du meilluer. Mais il ne peut revendiquer, au nom de son statut d'artiste, le droit de ne pas être jugé.

    Et pour le reste ? Les Californiens pourraient voter des lois moins brutales, que les juges appliqueraient, comme ils appliquent aujourd’hui, car c’est leur devoir, une loi aux effets cruels. Précisons que leur procureur, le District Attorney, est lui aussi élu, pour quatre ans.

  • Prime à la casse pour le Rafale ?

    Dassault-rafale-.jpgUn pilote est mort. Paix et respect, toutes nos pensées pour les proches. Pas un modèle d’avion n’a pu échapper à ce genre de drame.

     

    Non, le problème est ailleurs. Ce qui fait question, ce sont les liens incestueux entre la République et la famille Dassault.

     

    Inutile de vous dire que je ne connais rien aux avions de chasse. Déjà, la chasse est pour moi un autre monde, alors les avions de chasse… Mais si je suis un citoyen moyennement attentif et diligent, en référence au bon père de famille du Code civil, je dois m’intéresser un peu à tout, et notamment à l’armée, l’une des quatre fonctions régaliennes de l’Etat, mes petites chéries. Or, notre armée, c’est une des rares à  disposer du privilège historique de l’arme nucléaire. Rien ne sert d’avoir l’arme nucléaire si on n’est pas équipé pour s’en servir. Et le Rafale de la famille Dassault, justement, c’est un avion tellement génial qu’il peut lancer l’arme nucléaire. Si, si, c’est sur la notice.

     

    Le problème, c’est que j’aimerais bien me tromper. laureline.jpg

     

    La première arme de la démocratie, c’est la réunion de tous les citoyens en armée des démocrates. Et là, c’est mal parti. L’héritier de Marcel Dassault, qui finançait ses campagnes par des pages entières achetées dans les journaux, lesquels journaux fermaient leur gueule et admiraient les beaux avions, l’héritier de ce grand financeur de la droite gaulliste, c’est Serge Dassault. Ca tombe mal : Serge est le maire invalidé de Corbeil-Essonnes, pour avoir payer des électeurs lors de dernières municipales. La campagne pour élire le successeur est en cours. Une campagne à vomir, avec comme candidat de la famille Dassault, un certain Jean-Pierre Bechter : le charisme d’une huître et l’indépendance d’esprit d'un pantin. L’imbécile pose sur toutes les photos avec Serge l’invalidé. On vote ce week-end, et prévoyez une abstention record.

     

    La seconde arme de la démocratie, c’est l’armée. Et là, ça devient n’importe quoi. Ce n’est même pas une affaire Droite/Dassault. Mitterrand a tout fait pour sauvegarder les intérêts de la famille Dassault. De là vient le programme Rafale, calculé par Serge et sa bande de joyeux lurons. De gros caprices, presque des crises, et la République a tout misé sur le Rafale. Le Rafale tellement génial et peu coûteux qu’il allait être le fer de lance de l’influence française dans le monde, car toutes les armées allaient se l’arracher. Les têtes à neurones de la grande famille Dassault, qui nourrissent intellectuellement les têtes à neurones de la rue Saint-Dominique, partaient à la conquête de la planète. Rêvons un peu.

     

    Ce que j’ai compris, c’est que le Rafale est exactement l’inverse de ce qui était annoncé : coûteux et impraticable, au point que seule armée française s’en est équipé. Imbitable, le fonctionnement de l’avion ! Il faudrait deux ingénieurs informaticiens dans le cocpick ! Bref, le Rafale est un avion ectoplasme, et personne n’en veut. Notre ami Lula avait presque dit oui, car un petit chouïa de distance vis-à-vis de Etats-Unis pouvait donner l’illusion. Catastrophe avec les deux Rafale qui s’abîment dans une manœuvre de routine, conduite dans un ciel serein. Les autorités brésiliennes qui demandent à avoir accès à l’enquête avant de sortir le chéquier se font rabrouer comme le serait un conseiller municipal d'opposition à Corbeilles-Essonnes.

     

    Aussi,  je remercie les spécialistes de m’aider à rétablir la vérité :

     

    - Le Conseil d’Etat a annulé l’élection de Serge Dassault car cette juridiction est manipulée par les communistes.

    - Le Rafale est un avion génial, et la France a beaucoup de chance de ne l’avoir jamais vendu à personne. Cela lui octroie un grand avantage militaire, car elle est la seule à disposer de ce joyau.

    - Si on file une prime à la casse à Lula, le Brésil achètera une chiée de Rafale, et deviendra le pays le plus puissant de la planète.

    - La famille Dassault n’a jamais financé une seule campagne électorale, ni de droite, ni de gauche.

     

     

    Produit frais

  • Entaulé à 96 ans !

    08022_135-0033111012.jpgUn bandit de 96 ans… qui proteste de son innocence… et la prison qui refuse de l’incarcérer. La justice devrait être la fille de la raison, or elle donne souvent le sentiment de marcher sur la tête. A priori plus simple que l’affaire Clearstream, je vous livre l’histoire de Sun Hsin-ming, qui vaut son pesant de cacahouètes.

    Sun Hsin-ming, aujourd’hui âgé de 96 ans, est un retraité de l’administration des chemins de fer de Taïwan.

    Les chemins de fer à Taïwan, c’est une institution, avec un TGV qui traverse l’île, de Taipei au Nord, à Kaohsiung au Sud. J’ai eu l’occasion de faire cette traversée de 350 kilomètres, et c'est magnifique. On comprend pourquoi les Portugais avaient baptisé l’île « Formosa », la merveille.

    Taïwan, c’est la Chine, toute la Chine. La Chine qui ne se dresse pas devant les Nippons, mais devant les Chinois. Indépendante et non-communiste, en guerre déclarée avec la Chine pendant des années. Une grande découverte, comme ce général qui affirmait : « Je suis arrivé à pied par la Chine ».

    Bref, je vous recommande Taïwan, c’est une grande destination. La ville de Taïpei est assaillie par la jeunesse. Un samedi soir dans les grandes rues rectilignes de Taïpei, c’est une boite de nuit à ciel ouvert. C’est aussi l’idée d’une société en marche. Il y a trois générations, c’était la faim ; il y en a deux, c’étaient les tongs et les peignes « made in Taïwan ». Aujourd’hui, c’est Asus, la bureautique et de grandes universités. Ce sont aussi des librairies souvent ouvertes jusqu’à minuit où, si on n’a pas les sous pour acheter, on peut s’installer pour lire et étudier. Le libraire est heureux : le fuit de votre connaissance permettra à la génération suivante de franchir une nouvelle étape, et « vos enfants achèterons des livres aux miens ». J’ai admiré Taipei. e353-5.jpg

    Mais la pauvreté, le poids de l’histoire, sont là aussi. Et c’est pourquoi ce qui arrive à Sun Hsin-ming me parle.

    Sun Hsin-ming, 96 ans, n’a qu’une très maigre retraite pour vivre. Retraité de la compagnie de chemin de fer, il vit avec trois fois rien, on l’imagine volontiers. Et, au final, il s’est installé dans un foyer-logement qui appartient à la compagnie de chemins de fer. Occupation illégale a estimé le tribunal de Taïpei, qui l’a condamné à trois mois de prison.

    Il aurait pu payer une amende, mais nous dit l’AFP, « il a préféré aller en prison pour dénoncer l’injustice qui pèse sur lui ». Ca se complique : le directeur de la prison a refusé d’admettre ce vieillard, car les moyens manquent pour la prise en charge. Le procureur ne baisse pas le bras, et a annoncé que notre papy exécuterait la peine dans un hôpital...

    Cher Sun Hsin-ming, tu ne sais pas que nous existons, mais nous t’admirons, toi qui à 96 ans préfère la prison que d’admettre l’injustice, et qui fait patauger le procureur.

    Pour les bras de fer, il n’y a pas d’âge…

    Lotus%20Lake,%20Kaoshiung,%20Taiwan.jpg

    Le Lotus Lake, à Kaoshiung

  • Sarkozy a-t-il violé la présomption d’innocence ?

    00209104.jpgSarkozy présente Villepin comme coupable. Y-a-t-il atteinte à la présomption d’innocence ? Tout dépend de savoir si c’est le président de la République ou la victime qui a parlé. En se constituant partie civile, Sarkozy a choisi un exercice de grand écart, légal mais périlleux.

     

    Que dit Sarkozy dans son interview ? « Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel. » Et il ajoute : « Je fais totalement confiance à la justice. Que chacun s'explique devant le prétoire, devant les juges et les juges décideront qui a fait ça, qui sont les opérateurs et qui sont les commanditaires ».

     

    Premier obstacle, le non-sens de la phrase : « Deux juges indépendants ont estimé que les coupables… » Les juges ont estimé qu’il existait suffisamment de charges pour renvoyer devant le tribunal correctionnel. C’est tout. Sarkozy, président de la République ou victime, ne peut faire dire au juges ce qu’ils n’on pas dit, et qu’ils ne diront jamais. Aucun esprit éveillé ne peut se laisser tromper. Et ensuite, Sarko enchaine sur le thème: « Aux juges de se prononcer ». Bon, c'est un lapsus. « Oui, mais qui révèle le fond de sa pensée ! ». Certes, et puis après ? Une partie civile, avant le procès, est convaincue de la culpabilité de la personne poursuivie : c'est dans l'ordre des choses.

     

    Poursuivons. Que dit le droit ? La présomption d’innocence est édictée comme principe, notamment dans la Déclaration des droits de 1789, mais les références les plus opératoires se trouvent dans la loi.

     

    La première référence est le III de l’article préliminaire du Code de procédure pénale :

     

    « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi. »

     

    Vient ensuite l’article 9-1 du Code civil :9g.jpg

     

    « Chacun a droit au respect de la présomption d'innocence.

    « Lorsqu'une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l'objet d'une enquête ou d'une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que l'insertion d'une rectification ou la diffusion d'un communiqué, aux fins de faire cesser l'atteinte à la présomption d'innocence, et ce aux frais de la personne, physique ou morale, responsable de cette atteinte.

     

    Deux illustrations.

     

    La police met fin à la cavale d’Yvan Colonna, et le ministre de l’Intérieur déclare que l’assassin du préfet Erignac a été arrêté. Violation manifeste de la présomption d’innocence, car il n’existe pas alors de jugement s’étant prononcé de manière définitive sur la culpabilité, et c'est une autorité administrative qui s'exprime.

     

    Ecart.jpgRappelez vous Gollnisch poursuivi disciplinairement par le recteur d’Académie, qui allait de déclaration en déclaration. Qu’a dit le Conseil d’Etat (Ordonnance du juge des référés du 14 mars 2005, n° 278435) : « La présomption d’innocence doit être conciliée avec l’information du public sur le déroulement des instances répressives en cours dans le respect des règles définies par les lois et règlements. Si le recteur d’académie, compte tenu de ses pouvoirs à l’égard des enseignants chercheurs, notamment en matière disciplinaire, pouvait décider de tenir le public informé de l’avancement des procédures engagées contre M. G., il devait s’abstenir de préjuger de l’issue des poursuites et conserver, comme tout autorité publique, une stricte neutralité. »

     

    Mais quid quand c’est la victime qui parle ?  L’exercice de la constitution de partie civile suppose la démonstration, préalable au jugement sur la culpabilité, que la personne poursuive est coupable. L’article 1 du Code de procédure pénale autorise même la victime, sous certaines conditions, à mettre en mouvement elle-même l’action publique.4000518_fraisytagada_20081101201351491.jpg

     

    Je me fais comprendre par un exemple. « J’ai porté plainte contre Monsieur B. pour les violences qu’il a commises sur moi, et dont je suis victime, mais je rappelle qu’il est présumé innocent et je ne vais sûrement pas le présenter comme coupable ». Ah, les procès seraient bien doux pour les personnes poursuivies ! A la moindre accusation, plainte pour atteinte à la présomption d’innocence ! Et je ne parle pas de l’odieux Parquet, qui ne cesse d’accuser des présumés innocents !

     

    La présomption d’innocence n’est pas un état. C’est un statut protecteur dans le cadre du procès, et la partie poursuivante cherche à combattre cette présomption simple en exerçant l’accusation. Aussi, la présomption d’innocence n’est pas opposable à la victime, car l’exercice du droit fondamental qu’est le droit d’action devant le juge serait rendu impossible.

     

    Ah, certes. « Mais le débat sur la culpabilité, et l'immunité reconnue à ceux qui accusent un innocent, c'est pour l'audience. Pas pour les plateaux télé. » C'est vrai et faux. Le coeur du débat doit avoir lieu dans l'enceinte du tribunal, et sous le contrôle des juges et de la partie adverse, nous sommes d'accord. Mais il y a aussi la liberté d'expression et le bon sens qui, rénunis, ont toujours permis à la partie civile, hors procès ou avant procès, d'y aller de son petit commentaire. Ce n'est pas un drame.

     

    Alors qu’adviendra-t-il de la procédure civile, fondée sur l’article 9-1 du Code civil, que Villepin va engager contre Sarkozy, et qui sera mise au frigo jusqu’à la cessation des fonctions présidentielles ? Nous verrons bien, dans 2 ou 7 ans. Les mots seront pesés au trébuchet, et on débattra de savoir qui parlait, du président ou de la victime.

     

    Ce qui est sûr, c’est qu’en bondissant contre cette « violation de la présomption d’innocence », la presse et le monde politique, très majoritairement, accréditent l’idée que Sarkozy, dans cette affaire, a bien de la peine à passer pour une innnocente victime. Ce grand écart est légal : la constitution de partie civile du président de la République n'est pas irrecevable. Ajoutons qu'il s'agit de faits survenus avant le mandat, et que la précédure a été ouverte par le Parquet, et pas du fait de la plainte des victimes. Il reste que ce grand écart, légal mais mal expliqué, apparait à beaucoup illégitime.

    AQ1.jpg
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu