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Oui à l’ouverture de salles de consommation pour la drogue

CN005597_l.jpgLa drogue est une saloperie, une de ces saloperies à laquelle on échappe en se soignant. Aussi, il faut encourager tout ce qui permet de s’approcher du soin. Et comme on part de très loin, que la drogue est le paradis des mafieux et de la violence, chaque pas gagné vers la sortie de ce miasme vérolé est une victoire. C’est dire que je vote des deux mains la proposition du député socialiste Jean-Marie Le Guen d’ouvrir à Paris des shoot-room, offrant un cadre pertinent aux toxicomanes qui veulent tenter quelque chose vers la sortie. 

 

Pour faire les malins, genre UMP voulant « changer le monde », tout endimanchés en cucul la praline, ce n’est pas compliqué. Branché sur Besson FM, il vous suffit de dénoncer en cœur, l’air outragé, la création sur fonds publics de piqueries ou de drogatoriums. Pensez ma pauv’dame : des lieux ouverts à tous les toxicos de la création, où dans une régime encadré, on leur donne, hors le produit, tout ce qu’il faut pour se faire leur satanée piquouze. Alors qu’il est si simple de les punir, car toute consommation de drogue est une infraction pénale, voilà qu’on leur offrir le gite et les couverts...

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Pour être sérieux, il vaut mieux parler de salles d’injection. Le principe est de répondre aux problèmes des toxicos qui cumulent précarité, risque de contamination et de transmission des maladies infectieuses. Cette marginalité devient une culture de l’exclusion, et pour ceux habitent à proximité, c’est la galère absolue. Genre pour la maman qui envoie ses enfants à l’école : « Et faites attention de ne pas vous piquer les pieds sur les seringues dans l’allée. » Les services et les associations font tout pour aider à rompre avec la drogue. Mais avant d’en sortir, et dans quel état, plus d’un patauge, dérivant dans l’engrenage de l’accumulation des risques. Or, loin des principes resplendissants qui ne passent pas la porte des congrès et des plateaux télés, la seule vraie politique qui vaille est celle de la réduction des risques. 60% des consommateurs de drogue sont contaminés par le sida ou l'hépatite C. Et l'isolement finit de précipiter dans la toxicomanie.

 

Les salles d'injection ont vu le jour en Suisse, au début des années 80. Le modèle s'est entendu en Europe: Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Norvège... On en compte une centaine. Petit à petit, ces lieux se sont imposés des règles de fonctionnement: accès réservé aux titulaires d’une carte d’admission, exclusion des usagers occasionnels ou des débutants, addictions aux drogues dures, et respect de mesures d’hygiène et de sécurité. Le personnel – travailleurs sociaux, infirmiers, médecins, psychologues – n’intervient qu’en cas de nécessité.

 

Si on voit bien les avantages, les risques sont aussi connus, avec notamment la création d’un certain confort qui peut retarder l’entrée dans les soins, et permettre une certaine structuration de ce petit monde. Mais dès lors que les centres sont encadrés, avec une vraie présence humaine, le résultat est positif : amélioration du cadre sanitaire, pas d’augmentation de la consommation, et amorce d'une prise en charge. Accessoirement, les grands gagnants sont les habitants des quartiers sinistrés quand la toxicomanie se joue en live.

 

jimi-hendrix-monterey-pop-festival-june-17-19671.jpgC’est ce qu’explique Jean-Marie Le Guen : « Il faut adopter une vraie politique de santé publique. La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu'elle est pris en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace. » Donc pas une salle pour faciliter la consommation, mais pour limiter les risques et ouvrir une porte pour sortir de l’enfermement.

 

Et Etienne Apaire, le président Mildt réplique fidèlement : « Je suis contre l'idée de cacher les toxicomanes dans des centres sous couvert de prise en charge médicale. Les propositions de M. Le Guen vont beaucoup trop loin. Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages, c'est une forme de désespérance. » Donc laisser les plus fragiles s’enfoncer dans la marginalité, exposés à tous les risques, et punir, en se flattant devant une population qu’on cherche toujours à inquiéter. Voilà un programme qui fera joli dans le débat sur l’identité nationale.

Si c’est pour condamner, le trafiquant est une bonne cible. La toxicomanie doit être abordée comme une maladie, qui isole et qui tue. Le traitement vaut bien quelques risques. La grand toxico Jimi Hendrix avait cru qu’il pourrait sublimer la drogue, en inventant Electric Ladyland. Comme tant d’autres, il s’y est perdu. La seule chose qui est plus forte que la drogue, c’est que les autres peuvent faire, avec humanité et intelligence.

jc_master_ladyland.jpg

Electric Ladyland, The Jimi Hendrix Expérience, 1968

Commentaires

  • There must be some kinda way outta here:

    http://www.youtube.com/watch?v=14qTXRkAKr8

  • C'est marrant,mais c'est toujours dans l'opposition que les partis ont brusquement pris conscience qu'il faut changer radicalement de politique Mr Goasguen puisque ce concept existe dans d'autres pays depuis plus prés de 30 ans ,pourquoi ne pas l'avoir fait lorsque vous étiez au pouvoir ?
    Beaucoup de courage dans l'opposition et beaucoup de lâcheté au pouvoir
    Sur le fond ,le principe est une chose les résultats réels, autre chose Une étude comparative avec les autres pays serait peut être de nature a éclairer les citoyens et a faire évoluer les choses Vous pourriez au PS utiliser les nombreux talents et faire une étude,solide et argumentée,vous pourriez la publier,histoire de mette le pouvoir face a ses responsabilités
    A moins.... que tout ceci ,ne soit que de petites manœuvres politiciennes et que le sort des toxicos ....????
    Pas le genre de la maison .......

  • je trouve la démarche "pédagogique" intéressante.

    J'espère, si un tel système est mis en place, que les données personnelles seront sécurisées et que l'on fera bien attention au fichage

  • antimythe,

    Ce n'est pas Goasguen, mais Le Guen. Faut pas se tromper de Guen ça ferait Scandale. lol

  • J'approuve des quatre mains !

  • Il faut mettre ces structures directement au cul des quartiers de DEAL ! ça évitera les voyages au milieu des touristes à Paris.

  • euh... il est prévu que TF1, M6 et l'UMP ne puissent être consommé que dans ces centres ?

  • Ceci dit c'est sans fin cette histoire si on stoppe pas net le deal sous toutes ses formes !
    Des dizaines de milliers de drogués pour un ou deux shotroom ....on se fait plaisir !
    Mais c'est ça la politique ! et finalement qui aurait cru que ça créerait de l'emploi ? mais qui va payer ? le contribuable ?

  • Merci pour cet article.

    Aujourd'hui c'est une marque de courage que de ne pas faire dans le poujadisme simpliste.

  • Depuis toujours l'Humain a utilisé des drogues,pour se connecter aux Dieux,pour parler avec les ancetres...etc...
    Maintenant on se drogue car il y a "mal etre",quel discour tenir devant un jeune qui est bonbardé d'informations,violentes,publicitaires,chomage,argent,travail...etc...
    Des "Traders" qui gagnent en 1 mois ce que d'autres gagnent en 1 an ou plus...
    Les cours des denrées alimentaires,qui s'envolent et genere des profits...
    et bien d'autres choses encore...
    Donc Oui, aux centres de Guerison de la drogue,bien sur avec une approche de soin et de comprehension!!!.....bdep

  • "...La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu'elle est pris en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace...»

    Propos d'un député qui, à mon avis, parlant de certains de ses pairs, sait de quoi il parle.

    Je connais une autre mission interministérielle qui pense que la culpabilisation des minorités religieuses et philosophiques est une méthode efficace pour lutter contre la liberté de croyance et de prosélytisme garantie par les Droits de l'Homme, et qui s'emploie à faire croire à leur dangerosité pour justifier leur action et continuer à recevoir des subsides de l'état français.
    Elle s'appelle la MIVILUDES.

  • Bien sur, l'absence de consommation de drogues est préférable et les dispositifs d'aide aux usagers sont primordiaux en ce sens. Mais il est irresponsable de refuser de regarder les réalités en face. Doit-on laisser mourir des usagers de drogue qui n'arrivent pas à décrocher, ou doit-on les aider à vivre au mieux ? Doit-on laisser des habitants subir la présence de seringues dans leur cage d'escalier ?

  • il y a des études sur les conséquences de l'alcool pour les futures naissances, je crois qu'il est très clair que pour la drogue c'est pareil voire pire, regardez les problèmes de parents drogués, allez voir en prison et trouvez des détenus qui n'ont jamais touchés à la drogue etc... bonjour les générations à venir

  • il y a des études sur les conséquences de l'alcool pour les futures naissances, je crois qu'il est très clair que pour la drogue c'est pareil voire pire, regardez les problèmes de parents drogués, allez voir en prison et trouvez des détenus qui n'ont jamais touchés à la drogue etc... bonjour les générations à venir

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