04.01.2010
Carrefour, l’Hypermarché de la honte
Un jeune homme mort à Carrefour, quatre vigiles en taule, et… l’hypermarché qui joue le silence. Pour ne pas gâcher le retour du positif, comme dit la pub ?
Mardi en fin d’après-midi, un jeune homme de 25 ans, Michaël Blaise zone au Carrefour de Lyon Part-Dieu, et tente d’embarquer un peu de bière. Il est repéré par les agents de sécurité, qui le saisissent et appellent la police. Pour l’attente, quatre vigiles le conduisent dans le local de sécurité. Une heure après, Michael Blaise est mort : « asphyxie mécanique par compression de la cage thoracique et obstruction des voies respiratoires supérieures », dira l’autopsie.
Le directeur régional de Carrefour, cité par Libé, a d’abord souligné le « professionnalisme » de l’intervention des agents, avant d’admettre qu’on ne pouvait dire que les choses s’étaient bien passé. Les faits sont dramatiques, sans doute criminels, et l’attitude de Carrefour en tout hypothèse est une honte.
« Maîtrise professionnelle et gestes réglementaires ». Mais règlement de quoi ? Quel est le donc le texte de loi qui permet à des particuliers, vigiles de sociétés privées, de faire usage de la force sur un autre citoyen ? Leur cadre d’action est l’article 73 du Code de procédure pénale, qui n’est pas une article pour les vigiles, mais pour tout un chacun : « Dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d'une peine d'emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l'auteur et le conduire devant l'officier de police judiciaire le plus proche ». C’est un texte aussi vieux que le Code pénal. La loi pénale est justifiée par la nécessaire protection de la société, et chaque citoyen doit lui apporter son concours, notamment par l’appréhension de celui qui commet une infraction en flagrant délit. Mais le texte est très limité, et heureusement ! Pour les chérifs, on attendra. La personne doit être appréhendée, donc retenue sur place. Ce qui autorise certainement l’usage de la force physique, dans la proportion de ce qui est strictement nécessaire. Ce d’autant plus que s’il est demandé à chacun d’être un citoyen actif, attaché au service de la loi, le Code pénal ne requiert pas l’héroïsme. Si la personne appréhendée devient dangereuse, vous ne commettez pas de faute en renonçant. Vous pouvez inviter, avec un peu d’autorité, la personne à vous suivre. Ce qui veut dire que si le type qui se fait appréhender est excité, on se tient à quatre à ses côtés et on attend les flics. Vous pouvez aussi lui demander d’ouvrir son sac. Mais s’il refuse, on en reste là, et ce sera aux flics de jouer.
C’est ça le droit, Monsieur le directeur régional de Carrefour.
Après s’être fait « appréhender », le jeune homme a accepté de se rendre au local de sécurité, ce sous une double contrainte : quatre vigiles l’entourent, et il va finir la soirée au poste. Autant se tenir peinard. Le procureur explique qu’à l’arrivée dans le local, Michaël Blaise est calme. Mais là, il se fait accuser d’être un voleur d’habitude, et il prend un coup au visage. Il proteste, et c’est la dérouillée : trois l’immobilisent sur une table, et un quatrième s’installe sur lui, pour lui écraser la cage thoracique. Il se débat et hurle pendant quinze minutes, puis ce sont des râles, puis plus rien. Le corps est inerte, mais les 4 tiennent encore 6 minutes. Sur les vidéos, c’est une mort en direct dira Jean-Pierre Dages-Desgranges, le procureur adjoint de la République de Lyon.
La défense a vu quatre gentils garçons qui cherchaient à maîtriser un excité en état éthylique, marginal et récidiviste. Dans la mesure où l’alcoolémie était négative, que Michaël avait une vie sociale, et qu’il y a avait jamais eu de plainte déposée à son encontre, ça laisse une marge de progression pour convaincre.
Mais ce qui me sidère, c’est que Carrefour en reste à la ligne : la justice est saisie, et nous verrons. Cette volonté de banaliser est inadmissible. Tout ce qu’il faut, c’est minimiser et ne pas en parler. Alors, parlons-en !
L’hypothèse dominante est que Carrefour a été le lieu d’un crime. Que dit Carrefour ? Quatre personnes pour ce jeune homme, et une « asphyxie mécanique ». Quelles explications de Carrefour ? L’asphyxie mécanique a-t-elle un caractère professionnel ? Ca ne pose pas de questions à Carrefour ? Avec quatre personnes pour se saisir d’un jeune homme, comment expliquer cette scène de plus de vingt minutes ? Carrefour n’a rien à dire ? Impossible de croire qu’une scène d’une telle violence, c’est totalement improvisée et absolument la première fois. Quelles mesures a pris Carrefour ? Des vigiles qui en arrivent là, ça témoigne de dérives profondes. Toujours rien à dire, Carrefour ?
Sous le silence, la vérité se consume.

00:38 Publié dans faits divers | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : crime, violence, racisme











Commentaires
Il semble qu'à Carrefour Part-Dieu, on aime bien faire peur. Je me souvient avoir lu cela dans le progrès il y a quelques semaines:
http://www.leprogres.fr/fr/permalien/article/2106976/Le-stress-de-la-mamie-controlee-dans-un-magasin-aurait-pu-etre-fatal.html
Écrit par : révoltée | 04.01.2010
Depuis que j'ai 18ans durant toutes les vacances universitaires afin de payer mes études je travaille en tant qu'agent de sécurité. Parfois je gère l'entrée pour des événements culturels ou bien je garde des chantiers de nuit, mais souvent on me cloue huit heure d'affilée aux portiques des grandes surfaces !!
Et rester cloué aux portiques des grandes surfaces c'est tout... sauf excitant. On dirait que le dirlo jouit à nous voir debout 8heures comme ça. Il arrive donc à certains collègues, qui eux font ce métier depuis des années, de jubiler lorsqu'il y a de "l'action" quand ils ne flippent pas carrément... Quand on lira la suite on souhaitera vraiment qu'ils se prennent à flipper plutôt qu'à jouer les John Wayne du Far West.
... Par action dans une grande surface on ne doit rien s'imaginer de passionnant, c'est demander l'autorisation à la personne de regarder son sac quand le portique fait dring dring, c'est de rester à ses côtés lorsqu'elle s'y refuse, en attendant les vrais poulets. C'est parfois d'aller voir des manouches qui ont pris le parking pour une aire de repos lol.
Hélas j'en ai vu des vertes et des pas mûres dans ce boulot. Comme par exemple deux chefs de sécurité amener une "racaille" dans le PC, puis dès qu'il sort à peine une phrase de travers on le gifle. Le pauvre c'est sa seule façon de s'exprimer. Je prends le calepin je note la bévue, le chef conteste et moi de lui répondre : "Ba vous pourrez vous défendre à loisir devant le juge si votre petit gars porte plainte pour violence, et si vous vous avisez à me faire vivre le même traitement je vous préviens juste que je ne suis pas la crevette que vous venez d'interpeller".
Idem quand j'ai été mis comme vigile de la piscine municipale d'un quartier qui pourtant est en petite guerre avec le mien lol. J'y ai interpellé 3 pédophiles qui ont été jugés comme tels. J'attendais la preuve irréfutable pour intervenir. Généralement ils obtempéraient, et quand ils se débattaient il fallait simplement les neutraliser quelques secondes et ça allait. Mais qui ai-je dû retenir ? Ce sont mes collègues de la sécurité qui auraient bien voulu se les faire !! Même la police était parfois négligente, car lorsqu'ils appelèrent les parents du gosse dans le PC de la piscine ils n'ont pas fait en sorte qu'ils ne voient pas celui qui a tripoter leur gosse. Au pirate Long John Silver de leur proposer de fermer la porte, et à eux d'avouer que ce serait préférable.
Parfois ce sont les vigiles eux-mêmes qui mettent hors de contrôle le prévenu. Ils l'interpellent, lui demandent de patienter, et après ? C'est à base de "vous n'avez pas honte en tant qu'homme marié de vous en prendre à des gosses ?", "ça te fait quoi de voler pour te bourrer la gueule dis voir ?". Oui, souvent les collègues ils sont bien beauf. Il y en a même un qui faisait des parties de jambes en l'air avec son berger allemand au lieu de faire ses rondes de nuit.
Je veux dire par là qu'il n'y a pas beaucoup de professionnalisme en la matière, et malgré les instructions ils sont tentés à l'abus, j'inclus dedans le manque de respect, car il peut conduire à la situation qui ne devrait pas être voulue ; celle de tension.
D'ailleurs, inutile de suggérer que ce sont les vigiles eux-mêmes qui volent les magasins, et non pour une simple bouteille d'alcool ou une tranche de rumsteck, mais pour de l'audio-visuel, de l'électronique pour monter un petit trafic...
Écrit par : Long John Silver | 04.01.2010
Les vigiles n'ont aucun droit de retenir ni de maitriser qui que ce soit. Servent pas à grand chose, sinon à impressionner ceux qui ne volent pas.
Écrit par : Fran | 04.01.2010
Le rapport du procureur est accablant, les vigiles se sont acharnés sur ce jeune guadeloupéen qu'ils avaient repéré. L'avocat a demandé la mise en liberté des deux salariés de Carrefour, voyons l'avis du JLD...
Écrit par : Mathaf Hacker | 04.01.2010
A noter que les vigiles n'ont pas interdit à ce jeune l'entrée du magasin, alors qu'il le connaissaient. Si le procureur veut charger la barque, il invoquera la préméditation.
Écrit par : Mathaf Hacker | 04.01.2010
A-t-on des précédents en matière d'altération commune du discernement ?
Écrit par : Fran | 04.01.2010
oui Fran, ça remonte au 6 mai 2007, mdr!
Écrit par : révoltée | 04.01.2010
lol excellent révoltée, et exact de surcroît !
bonne année à toi ô femme libre !
Écrit par : Fran | 04.01.2010
merci Fran, bonne année à toi (et à tes proches) ô mon libérateur...
Écrit par : révoltée | 04.01.2010
Du calme.
Les faits sont loin d'être criminels.
Accidentels tout au plus. Employons donc la terminologie factuelle.
Sur le principe, notons qu'autant de vigiles serait inutiles et leur stress moindre si l'Etat faisait correctement ce pourquoi il a établit un monopole : police et justice. Police efficace, c'est à dire qui interpelle les délinquants comme celui en cause et justice efficace, c'est à dire qui sanctionne de façon rapide et dissuasive. Avec des résultats plus que médiocres, le constat est factuel.
Le rôle de Carrefour consiste à acheter pour moi auprès des fabricants et de mettre à ma disposition les produits au moindre coût. Le vol est donc aussi un préjudice à ma délégation de pouvoir d'achat.
Plutôt qu'une mise en cause de Carrefour, qui protège mes intérêts en protégeant ses rayons, mettons et cause l'Etat, qui est à l'origine du problème.
Écrit par : Jacques-Marie Bichot | 04.01.2010
Mauvaise pioche, Jacques-Marie.
La mise en examen est bien criminelle : coups ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Les 4 sont partis pour la cour d'assises.
Écrit par : gilles devers | 04.01.2010
Il faut remercier dans ce cas précis deux choses : les cameras d'avoir fonctionner et un procureur d'avoir décrypter les images dans le sens de la victime ! Le seul argument de défense pour les vigiles étaient le comportement violent mais là raté ! No comment sur les propos sur le directeur de carrefour rétorquant qu'il n'avait pas la même interprétation des images ! Je serais curieuse de voir ces images !
Écrit par : sosso-massaille | 04.01.2010
Oui, c'est vrai.
Je pensais au type de condamnation probable, entre une peine criminelle ou correctionnelle. Selon ce que j'observe dans des cas analogues, je doute que la sanction potentielle dépasse 10 ans.
Écrit par : Jacques-Marie Bichot | 05.01.2010
Bonne pioche, cette fois-ci !
Si les faits sont établis selon la version du procureur, dix ans semble dans la fourchette.
Ce qui est très très gênant, c'est la durée de la scène. Pèter les plombs, ça arrive, ça conduit au tribunal, mais on peut s'en tirer correctement.
Là, les nuages s'accumulent.
Ils sont 4, ça dure plus de 20 minutes, le proc parle de 6 minutes sans signe de vie.
La vidéo sera passée et repassée au l'audience, popur apprécier le comportement de chacun et ce retour du "direct" toujours des effets ravageurs.
Écrit par : gilles devers | 05.01.2010
J'ajoute que la défense du genre "c'est la faute de la victime", ça peut passer à la télé, mais à l'audience, ça ajoute qq années
Écrit par : gilles devers | 05.01.2010
Non maistre! c'est de la faute aux parents qui s'ils n'avaient pas donner naissance à ce pauvre homme, celui-ci n'aurait pas été tué! Ou c'est la faute du jeune homme parce qu'il n'aurait pas dû être pauvre et dans le besoin. Ou...
Écrit par : tarek | 05.01.2010
Si le bougre avait été "blanc" on aurait lu des commentaires de gens qui auraient chercher à connaître l'ethnie des vigiles ou mieux la religion.
Il y a de l'abus parmis les vigiles sommairement formés. Les formations sont ridiculement faibles et courtes.
Écrit par : tarek | 05.01.2010
Fran,
"Servent pas à grand chose, sinon à impressionner ceux qui ne volent pas." :
Oui c'est exactement ça, s'ils ne se servent pas eux mêmes en rayon.
Mathaf,
"A noter que les vigiles n'ont pas interdit à ce jeune l'entrée du magasin, alors qu'il le connaissaient." :
Ba tu sais faut justifier son salaire et faire marcher les jambes quand on en a l'occasion. En fait il faut surtout plaire au dirlo. C'est une vraie opération commando pour eux. Ca commence par le fichage, ils tâtent le terrain pour connaître ses habitudes, ils le voit en train de voler un Babibel, ils l'interpellent, ils en parlent aux caissières histoire de les draguer. C'est tout bénéf en fait. Mais bon, tu le sais sûrement mieux que moi.
Écrit par : Long John Silver | 07.01.2010
Mon épouse travaille dans une grande surface et elle m a édifié sur les histoires de vigiles.Il y a de quoi écrire un bouquin entier sur les anecdotes de vigiles.Leur role est très divers suivant les magazins :dans certains ils sont de vrais chefs de réseaux avec des pouvoirs peu limités dans des quartiers sensibles dans d autres ils sont sous pression car le taux de vols est très élevé et qu ils n arrivent pas a déjouer ces vols car les auteurs sont des semi professionnels du vol ; il faut savoir que la plupart des objets volés sont cachés dans les culottes ou dans les slips or les voleurs savent que seule la police peut procéder a une fouille corporelle : du soucis qu ont les pauvres vigiles d appeler celle ci pour un soupçon de vol car les voleurs connaissent les caméras de surveillance et ne sont que rarement filmés sur le fait.Ceux qui ont tabassé le jeune devaient s ètre faits bananer depuis un bon bout de temps et ont cru bon de se livrer a un passage a tabac sur le seul qu ils avaient pris sur le fait.
Écrit par : lemurien77 | 10.01.2010
La grande distribution a des statistiques démontrant qu une part importante des vols sont imputés aux vigiles eux memes.
Écrit par : lemurien77 | 10.01.2010
Nous sommes tous sujet dans le cadre d'un travail à des tensions et des pressions. Il suffit de voir les suicides à France Télécom. Le plaidoyer des avocats pourra peut être (je ne suis pas juriste) se servir de cet argument pour défendre leur client !
Écrit par : Sosso-Massaille | 10.01.2010
bien sur je serais le premier a leur trouver des circonstances atténuantes compte tenu du contexe extrèmement tendu qui existe en grande surface.
Écrit par : lemurien77 | 10.01.2010
Ce sujet sur les vigiles me fait penser a de nombreux cas observés avec des policiers qui en situation d échec dans des quartiers sensibles se montrent très expéditifs hors de ces quartiers traquenards avec des personnes non dangereuses.C est un problème de rapports de force.
Écrit par : lemurien77 | 10.01.2010
Écrire un commentaire