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10.01.2010

La responsabilité des juges devant la CEDH

La Justice peut-elle être condamnée lorsqu’un détenu en semi-liberté commet un nouveau crime ? En France, le débat soulève les passions. Voici une pièce importante avec le compte rendu d’une arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, qui condamne l’Italie pour une histoire de ce genre. La Cour, pour autant, ne remet pas en cause le principe des aménagements de peine, et ne sombre pas dans les miasmes de la précaution sécuritaire. Une affaire très intéressante (CEDH, 15 décembre 2009, Maiorano c. Italie, 28634/06).

1 – Les principes fondant la responsabilité de la Justice

00794404-photo-affiche-le-recidiviste.jpgPour que la responsabilité de l'Etat soit engagée, il doit être établi que le décès résulte du manquement des autorités nationales à faire tout ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'elles pour empêcher la matérialisation d'un risque certain et immédiat pour la vie, dont elles avaient ou auraient dû avoir connaissance.

L’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui pose le principe de la protection de la vie, astreint l'Etat à s'abstenir de provoquer la mort de manière volontaire et irrégulière, et aussi à prendre les mesures nécessaires à la protection de personnes, dont la vie est menacée par les agissements criminels d'autrui.

Cette disposition n’entraine pas une obligation d'empêcher toute violence potentielle. Il faut en effet interpréter cette obligation de manière à ne pas imposer aux autorités un fardeau insupportable ou excessif, en tenant compte des difficultés pour la police d'exercer ses fonctions dans les sociétés contemporaines et aussi de l'imprévisibilité du comportement humain.

2 – Application de ces principes au cas d'espèce

Le système de réinsertion sociale est pertinent

La Cour ne saurait critiquer, en tant que tel, le régime des mesures de réinsertion. Inspiré par le but légitime de favoriser la réinsertion progressive des délinquants, ce système prévoit des mesures suffisantes pour assurer la protection de la société. Notamment, en ce qui concerne les personnes qui, comme M. Izzo, ont été condamnées à perpétuité, la semi-liberté ne peut être accordée qu'après une période d'emprisonnement ferme d'au moins vingt ans et seulement si le comportement du détenu est en voie d'amélioration et si les conditions d'une réinsertion sociale progressive sont réunies. Les statistiques produites par le Gouvernement sont réconfortantes à cet égard : elles démontrent que, pour la période 2004-2007, le nombre des détenus en semi-liberté pour lesquels le bénéfice de cette mesure a été révoqué en raison de la commission de nouvelles infractions pénales n'a jamais dépassé 0,36 % du nombre total des détenus en semi-liberté.

Eléments favorablesdaumier1.jpg

Pendant sa détention, M. Izzo a fait l'objet de nombreux rapports de groupes d'observation composés essentiellement d'éducateurs et de psychiatres qui, en substance, indiquaient qu'à partir des années 1980 la personnalité de M. Izzo avait connu des changements positifs, l'intéressé étant devenu plus humain et ayant renié les choix criminels passés. M. Izzo avait en outre commencé à fournir aux autorités des informations utiles à la répression des infractions pénales, ayant obtenu, de ce fait, le statut de « collaborant » et il avait, lors de la plupart des autorisations de sortie qui lui avaient été accordées, respecté les prescriptions imposées. Enfin, M. Izzo avait commencé à coopérer avec une association culturelle dans le cadre de projets de réinsertion pour jeunes défavorisés et anciens détenus.

Des antécédents très inquiétants

Les antécédents de M. Izzo étaient fort inquiétants : lorsqu'il commit les crimes du 30 septembre 1975, l'intéressé, âgé à cette époque de vingt ans, avait déjà été condamné pour deux épisodes de viol, séquestration de personnes et coups et blessures et s'était rendu responsable d'une tentative de meurtre commise dans le cadre d'un vol à main armée. M. Izzo a lui-même décrit une progression criminelle impressionnante dans les mémoires, connus des autorités, qu'il a rédigés en 2001, et où, en substance, il avouait sa responsabilité pour un nombre considérable d'infractions pour lesquelles il avait bénéficié de verdicts de non-culpabilité.

Un vécu pénal difficile

116013.jpgAprès le prononcé de sa condamnation à perpétuité pour des faits considérés comme étant d'une cruauté exceptionnelle, la conduite de M. Izzo fut loin d'être irréprochable : en 1977, il tenta de s'évader en se procurant des armes et en prenant en otage un agent pénitentiaire ; en 1978, il commit des infractions en matière de stupéfiants et, en 1981 et 1989, un faux témoignage et une calomnie ; en 1983, il fut trouvé en possession d'un couteau ; en 1993, il s'évada à nouveau et se procura de faux papiers d'identité, un pistolet, des munitions et une somme d'argent en espèces ; en 1996, il déclara à un agent pénitentiaire qu'en cas de contact avec un codétenu, sa réaction pourrait être imprévisible ; en 2003, il viola les prescriptions inhérentes à une autorisation de sortie, ayant été découvert dans une chambre d'hôtel en compagnie d'un récidiviste. Tous ces faits furent commis par M. Izzo lorsqu'il se trouvait sous le coup d'une peine privative de liberté. La Cour est d'avis que les conduites résumées ci-dessus étaient symptomatiques d'une habitude des armes et d'une tendance, même après la condamnation pour les crimes de 1975, au non-respect de la loi et des ordres des autorités.

Le non-respect des conditions de la semi-liberté

La Cour attache également un poids considérable aux faits survenus après l'octroi de la semi-liberté et avant l'assassinat des victimes. En particulier, le 20 décembre 2004, M. Biundo, un repenti détenu à Campobasso, avait déclaré à un représentant du parquet de cette même ville que M. Izzo s'apprêtait à commettre un meurtre et d'autres infractions graves et à organiser un trafic de stupéfiants. Les investigations menées par la suite démontrent que les affirmations de M. Biundo ne furent pas considérées comme étant dénuées de fondement. M. Izzo et son entourage furent en effet mis sous étroite surveillance, ce qui permit d'apprendre qu'il violait les prescriptions inhérentes au régime de la semi-liberté : il avait renoué des relations avec des récidivistes résidant en dehors de Campobasso qu'il avait rencontrés  et avec lesquels il projetait des affaires de différentes natures ; il s'attendait, en outre, à obtenir, à bref délai, d'importantes sommes d'argent.

L’inertie des servicessalle$20des$20pas$20perdus$20Daumier.jpg

Le non-respect par un récidiviste de l'envergure criminelle de M. Izzo des prescriptions inhérentes à la semi-liberté était un facteur fort inquiétant, qui aurait dû être porté à la connaissance du Tribunal d’Application des Peines compétent pour que celui-ci puisse évaluer l'opportunité de révoquer la semi-liberté. La circonstance, invoquée par le parquet de Campobasso, que les investigations concernant M. Izzo étaient couvertes par le secret ne saurait modifier cette conclusion. En effet, l'intérêt à découvrir si M. Izzo se livrait à des activités délictuelles ne pouvait prévaloir sur l'exigence de la protection de la société contre les agissements éventuels d'une personne dangereuse.

La responsabilité du service public de la Justice

Compte tenu de ce qui précède, et notamment de la personnalité de M. Izzo, de ses nombreux antécédents et des éléments donnant à penser qu'il aurait pu être socialement dangereux, la Cour estime que l'octroi de la semi-liberté à l'intéressé, combiné avec l'omission d'informer le Tribunal d’Application des Peines de Campobasso de ses violations aux prescriptions qui lui étaient imposées, s'analyse en un manquement au devoir de diligence qui découle de l'obligation de protéger la vie, imposée par l'article 2 de la Convention.

Il s'ensuit qu'il y a eu violation de cette disposition à raison de la décision du TAP de Palerme du 9 novembre 2004 et du manquement à engager une procédure en vue de sa révocation à la lumière des déclarations des témoins et des résultats des investigations menées par la préfecture de Campobasso.

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Juger, c'est savoir trouver la juste distance

Commentaires

Cela évoque le meurtre de Susanna Zetterberg dans lequel le juge d'application des peines a fait preuve de négligence caractérisée. Sans cette négligence, Susanna Zetterberg n'aurait pas été assassinée ; cela mériterait d'enclencher une procédure.
Ce qui pèche toujours dans notre pays, c'est le suivi ; que ce soit l'application des directives européennes, les décrets d'application des lois, le suivi des condamnés pendant et après l'incarcération, etc.
Qu'un particulier puisse poursuivre l'état pour faute, c'est un bel aboutissement démocratique. En fin de compte: plus l'état fabrique de lois qu'il ne sait pas appliquer, plus il s'expose.

Écrit par : Mathaf Hacker | 10.01.2010

Tout à fait
Cet arret, qui démontre comment peut être reconnue la faute, ouvre d'intéressantes perspectives.

Écrit par : gilles devers | 10.01.2010

une position d'équilibre

Écrit par : révoltée | 10.01.2010

C'est clair que relacher ce qui s'avère etre un meurtrier en puissance doit conduire à en répondre devant les autres.

Écrit par : Fran | 10.01.2010

Bonjour,pou ma part,j'ai toute ma vie subie d'un cote comme de l'autre les abuts d'hommes sans scrupules.j'ai ete abuse lors d'un accident ou je n'ai pas pu declarer mon accident à mon assurance du à un comat le delais fut depasse,par la suite apres une reducation acharne je recupere presque casi la flexion de ma jambe,un miracle declare le specialiste qui me propose d'enlever les vis,une fois les vis enlever mon genoux à bloque depuis je reste hadicape, ses medecins ou tout leurs est permis voyer son arrivime rien à foutre de mon avenir et ma precarite qui suit,depuis j'ai les pires galeres pour me deplacer,il m'arrive parfois de ne pas pouvoir bouger et suis condanne à ne pas me nourrir,j'ai d'ailleurs plusieur fois ete emmene d'urgence pour me realimente,sans parle des patrons indus de leur personnes refusant de declarer un accident de travail quand j'ai eu par une vague dans l' oreille, percer depuis je suis sourd car isoler de la civilisation personne ne vouler dans le centres'occuper de moi .Heureux qu'un stagiaire me propose d'aller voir un specialiste qui me dit que mon oreille est gravement abimer depuis je n'entant presque plus de cette oreille.j'ai depuis ma jeunes ete voir des jujes,pour me defendre personne ne ma prit,au serieux risque de deranger la societe et des haut fonctionnaire corronpus ,ainsi va la societe et je pense que beaucoup d'exclus comme mois innocent n'aynt jamais commis des actes graves doivent etre confondu et enfermedans se monde de malade mal saint.Se qui me sauve dans se petit monde soit disant bien faisant c'est que je suis croyant et dieu me protege.triste societe à quand une vrais republique,une vrais justice.Un exclus

Écrit par : carlier | 10.01.2010

NO,LES ITALIENS N'EST SONT PAS RASISTES! VOILA!

Écrit par : SUTIC | 21.01.2010

We can not forget the history. Thanks for sharing this great article!

Écrit par : adjustable beds | 06.11.2010

Bonjour,
je pense que le juge ne peux être directement le rsponsable de ce qui peut advenir du devenir d'un condamné.
il ne peut être retenu pour faute et justifiant une sanction que pour des faits dont on est l'auteur.

si il en, etait autrement, il faudrait aussi incriminer les parents du fait qu'il ont mis u monde un malfaisant et par extention les grand parents qui ont mis au mondes un enfant qui lui même a mis au monde...
on finrai plus de remonter.
un juge prend la decision de remettre en liberté un détenu pour telles ou telles raisons motivée par telles ou telles appreciations.

S'est au bénéficiare de savoir profiter de cette mansuétude de la socité, ( s'est un eloi votée par les representants du peuple qui permet de...) au juge d'accorder ou non cette mansuétude, au beneficiaire de ne pas faire ce qui est repehensible pendant le benefice de cette mansuetude.

maintenant bien sur il y a le cas ou contre toute logique, un juge permets la liberation d'un individu qui manifestement ne peut beneficier d'une "faveur" du fait même de "ce qu'il est par nature".
cela est un tout autre problème que de la simple mise en responsabilité du juge, mais bien un problème de competence personnelle du juge a apprecié ce que le droit n'apprend pas aux magistats, le profil spychiatrique ou spychologique de la personne concernée par une liberation eventuelle.

la mise en responsabilté serait plus envers les specialistes que du magistrat.
en tout etat de cause un magistrat qui effectivement accorderai des remises en liberté alors que touts les rapports et expertises conseillerai le contraire justifierai effectivement un retrait immediat de ce magistrat a toutes fonctions particulières de remises en liberté.

Écrit par : Michel.gri | 27.03.2011

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