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Folie : Garder la raison...

m-Main_dans_la_main_2.jpgQui n’a pas été un jour sur le quai du RER ? Qui n’est pas pétri de trouille en pensant qu’un mec hallu peut vous balancer sur les rails ?

Mes pensées sont pour cet homme dont on ne sait rien, pour sa famille, pour ses proches et ses amis. Mourir comme ça, broyé par un train, parce qu’un gus en vrac a cru discerner un regard bizarre, et parce qu’en un instant, sans raison, il a pensé que sa vie passait par votre mort. Nous sommes peu de choses sur terre… Et que dire de sa vie, de ceux qui l’aimaient de tous ceux à qui il apportait de l’amour, de l’amitié, de l’humanité… La seule réponse serait le silence, un recueillement devant la vulnérabilité de nos vies.

Mais ni la pudeur, ni l’intelligence, n’ont tenu.

La mère est perdue, et je le serais à moins. Mais si je comprends ce qu’elle dit, je ne peux adhérer : « J’avais tiré le signal d’alarme. Je sentais que mon fils pouvait commettre l’irréparable à chaque instant ». En février, son fils avait refusé l'injection mensuelle destinée à stabiliser son comportement : « Sa dernière injection remonte au 6 janvier. Depuis, il n’a plus pris ses traitements et dans ces cas là, il devient incontrôlable ».

Ca, c’est la mère. Mais, les jacasseries ont pris le dessus en moins de 24 heures.pourquoi.gif

Maître Machine-à-parler parle : « Il y a eu des dysfonctionnements. Il faudra que des personnes s'expliquent. La mère a vu le comportement de son fils se dégrader à grande vitesse. Elle a appelé les services médicaux et la police mais la réponse donnée n'a pas été à la hauteur de la situation ». Certes, mais quelle est cette hauteur ? Et où est le mètre pour mesure cette hauteur ?

Le directeur du cabinet du maire (PCF) de Fontenay, Jean-Jacques Joucla, s’avance dans la lumière : « La mère avait sollicité une élue. La mairie a fait plusieurs fois des démarches, qui ne sont pas habituelles, en alertant le médecin psychiatre traitant du jeune homme et le commissariat ». Notre andouille directoriale poursuit : « Le 23 mars, nous avons joint l'hôpital où son fils était soigné et conseillé à la mère de prévenir la police, qui est intervenue le même jour avec les pompiers dans l'appartement de la famille. Ils ont sorti le jeune homme de l'appartement puis l'ont relâché ».

entraide.jpgEt ça embraye. La Fédération des Usagers des Transports et des Services Publics annonce, sur son site internet SOS-Usagers qu'elle va se constituer partie civile. Consternant.  

Essayons de reprendre ça dans l’ordre.

Respect pour les faits, d’abord et avant tout. Qui sait ce qui s’est passé, à part la certitude de cette mort ? L’enquête commence, et nous aurons tout le temps de tout savoir. Mais il est tellement délicieux de parler de ce qu’on ne sait pas.

Ensuite, cette psychiatrie à tout faire… Non, elle ne sait pas tout faire, la psychiatrie. Un cardiologue expérimenté arrive à se tromper sur le tracé d’un électrocardiogramme. Alors, un psychiatre sur une résurgence de la plus intime des maladies, la souffrance psychique… L’injection dont parle la mère semble être celle de « neuroleptiques retards », qui, administrés avec un support gras, distille leurs effets dans le temps. L’injection, remède absolu… Soyons sérieux ! Et le refus d’un traitement… Le traitement soulage, et peut donner envie de ne plus se soigner, c’est vrai. Mais comme le traitement soulage, la plupart des patients s’y accrochent, car il est le chemin de l’avenir. Tout est dans la relation individuelle, dans le petit quelque chose qui fait que…francais-sous-estiment-symptomes-sante-mental-L-1.jpg

Je devrais en rester là. Mais il faut poursuivre, car Maître Machine-à-parler nous assomme !

Des dysfonctionnements de la psychiatrie publique ? C’est ignorer le réel que se vautrer ainsi. Faut-il parler budget ? Recrutement ? Formation des infirmiers psy ? Moyens pour la politique de secteur, c’est-à-dire la psychiatrie hors les murs ? Six mois d’attente pour un rendez-vous auprès d'un centre médico-psychologique ! Maître Machine-à-parler tire dans le vide, avec un pistolet à eau.

Et « la psychiatrie » qui n’a pas pris ses responsabilités ?

Je ne vais pas m’en prendre à la mère, mais vu le torrent de n’importe quoi qui déferle, je dois rappeler que le Code de la Santé Publique confie d’abord aux proches d’intervenir quand tout bascule. C’est l’hospitalisation à la demande d’un tiers, prévue par l’article L. 3212-1. Une personne atteinte de troubles mentaux peut être hospitalisée sans son consentement sur demande d’un membre de la famille si ses troubles rendent impossible son consentement et que son état impose des soins immédiats assortis d'une surveillance constante en milieu hospitalier.

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Vient ensuite notre brave directeur de cabinet. Lorsque les proches ne répondent pas, c’est au maire de prendre le relais, par l’hospitalisation d’office, régie l’article L. 3213-2. « En cas de danger imminent pour la sûreté des personnes, attesté par un avis médical ou, à défaut, par la notoriété publique », le maire prononce l’hospitalisation d’office et en réfère au préfet pour le renouvellement. Alors, dysfonctionnement ?

 

Maître Machine-à-parler ferait bien de se taire. Pour ce qui me concerne, je me garde de mettre en cause, de quelque manière que ce soit, les proches ou le maire. La souffrance psychique, lorsqu’elle atteint ces abymes, devient impénétrable. Cette souffrance, c’est une angoisse qui en un instant vous percute, qui tue en vous tout ce que vous avez de la vie. Parfois, parce que maints critères sont réunis, on parvient à prévenir cette souffrance. Mais pour le reste, cette angoisse, comme la braise qui couve, attend un souffle pour devenir un feu destructeur.

Si la famille, si le maire n’ont rien fait, ce n’est pas parce qu’ils ignorent la loi, où qu’ils se fichent de leurs proches. Non, c’est parce que la souffrance psychique, régulièrement, nous dépasse. Mais ça, ça dépasse Maître Machine-à-parler.

 

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On est seul avec la souffrance

Commentaires

  • Je pense a la famille du "poussé sur la voie" et beaucoup moins a l état psychiatrique du pousseur.J estime qu il est obscène de ne pas évoquer le drame que vient de vivre la famille de l homme "poussé".

  • Maître, pourriez-vous me dire si la dernière image est une photo ou un tableau ? Et où je pourrais le trouver dans ce cas ? Car il reflète parfaitement la situation de la personne qui est en souffrance permanente sans l'aide de personne et refusant cette aide, d'une part, mais d'autre part, ce tableau m'attire car il y a de l'espoir : la nature est là, l'arbre penche vers la personne, la mer berce doucement les pensées douloureuses. C'est ainsi que je vois ce tableau, peut-être, parce que je suis sur la voie de guérison. Mais je n'ai jamais cherché tuer personne, moi-même oui, par deux fois. Tout était lié au professionnel, mais maintenant c'est du passé. J'ai repris du travail, je sens encore du négativisme de certaines personnes mais je suis plus forte et je prends, comme vous le dites, régulièrement, des médicaments car ils me permettent de tenir le coup et reprendre de plus en plus de forces mentales. Je souffre pour la famille dont le père, l'enfant, le frère, le mari est parti bêtement car personne n'a voulu prendre des responsabilités. Le problème est peut-être là. mais je pense aussi à la mère du malade, sa situation est intenable, il faut la soutenir aussi, vivre avec un malade tous les jours, frapper à toutes les portes qui vous restent fermées, parfois, on baisse les bras.

  • Je n'ai rien compris au brouhaha médiatique, beaucoup de gens connaissent l'internement à la demande d'un tiers. Et cette dame devait le connaître aussi, et pour cause; il y a un manque de réactivité de plusieurs intervenants, mais je vois pas bien le dysfonctionnement dont parle la baveuse. C'est malheureux pour cet homme dont la vie a stoppé net.
    De mes années à Paris, je me souviens qu'on rencontrait beaucoup de frappadingues dans le métro, surtout des gens qui gueulaient tout seuls. Comment prévoir un passage à l'acte comme celui là ?
    On connait la suite : irresponsabilité pénale, non lieu...

  • Tue mon brave petit, tu en as le droit puisque coule en toi la lave de la souffrance psychique...Et nous t'aiderons à le faire en te laissant errer libre au milieux de proies éventuelles qui ignoreront tout de toi. Va, venge les souffrants sur les "normaux" dont on relativisera l'existence pour mieux t'absoudre...

  • Il y aurait beaucoup a dire sur la psychiatrie Comme tout ce qui se reforme en France ,nous sommes passés en 4 ans,d'un extrême a l'autre De structure d'enfermement et de traitements de chocs (électro chocs et lobotomie )nous sommes passés a la psychothérapie externalisée Que dire de ces Psychiatre qui ne veulent surtout pas avoir a faire avec ce que l'on nomme pudiquement les malades chroniques et qui préfèrent s'installer en cabinet au son du doux bruit du tiroir caisse,Ils preferent et on peut le comprendre, allez skiez a courchevelles plutôt que d'assurer une garde les week-end et jours fériés Il fut un temps ou la formation des infirmiers psy étaient assurés sur le tas et le recrutement comportaient de nombreux anciens malades Aujourd'hui le tronc commun de formation infirmier en font des "généralités" bien peu motivés par la psychiatrie Des médecins étrangers et des généralistes recyclés font ce qu'ils peuvent dans des structures des soins ou personnel et locaux sont de bien piètres qualités Combien faudra t' il "d'accident" de se genre pour qu'enfin, on en revienne a une politique de santé psychiatrique pragmatique,qui inclus le fait comme on ne peut comme en médecine général ou spécialisée guerir tout le monde Bof ,tant que ce sont des quidams anonymes qui sont victimes ......

  • En 40 ans et non en 4 ans Erraré

  • Les crises des schyzophrènes sont aussi prévisibles que les éruptions volcaniques:on sait qu elles se produiront mais quand?

  • Laisser un malade Chronique ,vivre la vie de tout un chacun est possible,si une structure de soins l'accompagne et vérifie régulièrement,que le patient n'est en crise ou et sans médication L'enfermement n'est pas la solution,mais la liberté dont dispose le malade de ne pas se soigner,ne doit pas conduire a ce genre de drame On peut jouer a la roulette russe avec un pistolet et avec un peu de chance,ne pas en être victime De même on peut laisser un malade chronique sans traitement et il ne passera pas forcement a l'acte dangereux Des deux situations ,l'une est un choix,l'autre une fausse fatalité Mais les deux sont aussi dangereuses

  • On ne peut plus, on ne doit plus, jouer avec la vie des gens sous prétexte que ceux qui ont une souffrance psychique lourde ( de celle qui fait passer à l'acte et sur ce sujet certains spécialistes savent avoir le courage de se prononcer ) doivent vivre avec eux.


    "De même on peut laisser un malade chronique sans traitement et il ne passera pas forcement a l'acte dangereux"

    Si je roule bourré, je ne vais pas forcément tuer quelqu'un...

  • Je ne veux pas accabler cette pauvre mère, mais les solutions ne peuvent venir que de l'entourage immédiat. A partir de quand peut-on déclencher un internement ?Je ne me permettrais pas de juger tant les situations sont différentes et les erreurs possibles, il y a peut être aussi un problème de formulation de la demande, un truc tout simple de ne pas bien savoir s'exprimer, de ne pas connaitre ses droits et possibilités. D'un autre côté, ses interlocuteurs n'ont pas été réactifs, n'ont peut-être pas bien écouté, n'étaient pas très compétents en somme.

  • Et hop, encore une loi :

    http://www.liberation.fr/depeches/0101628762-psychiatrie-vers-une-loi-prevoyant-des-soins-sans-consentement

  • Entre la formation « sur le tas » (quel tas ?) des infirmiers et la suppression d’une spécialisation jamais reconnue, le naufrage de la psychiatrie s’est accentué : fin de l’internat spécialisé, diminution drastique des lits d’hospitalisations, stagnation des places d’hospitalisations de jour et de prises en charges ambulatoires, pour faire simple et éviter une profusion de sigles tous plus incompréhensibles les uns que les autres, carences de structures d’hébergement, augmentation du nombre de psychotiques incarcérés… Depuis, la psychiatrie est logée à la même enseigne que toutes les disciplines médicales : au pain sec et à l’eau. Pas de scanner ou d’irm investis sur le long terme dans notre spécialité. Tout repose sur l’humain, et il est beaucoup plus facile de supprimer une poignée –généreuse- de soignant que la table de commande d’un scanner par exemple.
    Quant à l’irresponsabilité pénale, le chemin qui y mène passe par plusieurs expertises, dont les conclusions évoluent au fil du temps, et des experts. Au final, le 122.1 est rarement retenu. Sans doute par un paradoxe assez hallucinant : pourquoi se priver d’envoyer des psychotiques en prison puisque l’accès aux soins, y compris psychiatriques, y est ô combien facilité, voire encouragé, parfois même à coups de remises de peines pour peu que l’intéressé puisse justifier d’un suivi régulier, sans que la teneur du suivi, parfois purement utilitaire, soit de la moindre importance...
    Lorsque les psychiatres exerçant en prison relèvent ces paradoxes et tentent d’alerter leurs collègues sur ce qui ressemble à une forte instrumentalisation de la santé par la justice, il est déjà trop tard : trois coups de projecteurs sur trois affaires dramatiques, et hop, les projets de loi sortent des cartons, toujours plus liberticides. Les soins sous contrainte en ambulatoire, fallait y penser… je me demande avec quels moyens nous allons poursuivre nos patients, souvent fortement marginalisés, et pour ce qui nous concerne, avec des neuroleptiques à action prolongée plein les poches, prêts à dégainer sur tout ce qui bouge ! Y’a pas à dire, c’est un métier qui fait envie !

  • A propos de la la psychiatrie dans les maisons de retraite,voici trois cas observés:
    -la première personne,souffrant d'hallucinations,se disait persécutée et voulait se jeter dans un puits.Joint au téléphone l'H.Psy. m'a demandé "d'attendre et de rappeler ." Attendre qu'elle se soit noyée",ai-je répondu ?
    -La deuxième personne souffait du délire de la persécution,et n'était pas agressive.Elle fut accompagnée chaque semaine à l'antenne d'un H.Psy. où on lui prescrivit du Melleril (camisole chimique) ,médicament dangereux, depuis retiré de la vente.
    -la troisième personne souffrait de démence non dangereuse d'origine vasculaire.Là aussi on voulut la conduire à l'antenne de l'H.Psy ,mais le médecin traitant et la famille s'y opposèrent formellement.D'après le médecin la maison de retraite ne voulait que des résidents sans problèmes et l'antenne de l'H.Psy voulait,elle,des patients.
    Cette médecine est décrédibilisée à mes yeux .

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