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La justice barbare des Etats-Unis

ht_charles_hood_080613_mn.jpgDécouvrir que le procureur et le juge étaient des amants cachés alors qu’ils officiaient lors d’un procès controversé se terminant par la peine de mort pour un gamin de vingt ans, n’est pas une cause suffisante pour remettre en cause l’impartialité du procès. Vingt ans après le procès, le condamné est toujours dans le couloir de la mort, avec une exécution repoussée à cinq reprises. Et ce dans une grande démocratie… Mais pourquoi la justice US ne parvient-elle pas à se libérer de ses archaïsmes et de ses aberrations ?

 

 

En 1989, la police découvre les corps sans vie de Ronald Williamson, 46 ans, et de sa petite amie, Tracy Lynn Wallace, 26 ans. Les deux corps sont retrouvés au domicile  familial des Williamson, dans le comté de Collin, au Texas. Une exécution très violente : pour chacun, un balle dans la tête. Très vite, les soupçons s’orientent sur Charles Hood, un jeune homme âgé de 20 ans, qui travaillait dans la maison de ce chef d’entreprise. Il est arrêté dans l’Indiana, à bord de la voiture volée de la victime, en possession de la carte de crédit et de bijoux. Ses empreintes digitales ont été retrouvées sur les lieux du crime.texas-justice-by-marsha-coles-21100788.jpg

 

 

Le 9 novembre 1990, Charles Hood est condamné à mort pour les deux assassinats. Or, Charles Hood conteste  les faits, et la police n’a pas apporté de preuves de sa culpabilité dans l’assassinat. Les vols ne sont pas contestables, mais on ne dispose d’aucune preuve sur les circonstances des crimes. Le procès s’est emballé, comme si le voleur était forcément le tueur. L’hypothèse alternative est qu’une autre personne est l’assassin, dans un contexte relationnel compliqué de la victime, et que Charles Hood, un peu venu de nulle part et qui n’avait pas grand chose dans la tête à l’époque, en a profité pour prendre la carte de crédit, quelque bijoux et partir faire un tournée en voiture. L’assassin qui part faire la fête avec la carte de crédit et la voiture de la victime… Un double assassinat pour faire une ballade de quelques jours… Rien n’est impossible, mais le scénario est quand même un peu léger…

 

 

Charles multiplie les recours, et non sans arguments : l’exécution a été programmée et annulée à cinq reprises. Mais impossible de faire rouvrir le dossier.

 

 

En 2004, Charles Hood forme un nouveau recours, avec trois pistes très sérieuses, qui n’avaient pas été abordés lors du procès. D’abord, il demande, vu l’évolution des techniques de police scientifique, qu’il soit procédé à une série de tests ADN concernant les effets personnels des deux victimes. Les empreintes digitales l’accusent du vol, mais les tests ADN vont-ils l’accuser de l’assassinat, ou orienter vers un tiers ? Par ailleurs, il fait état d’une lettre anonyme qu’un « citoyen concerné » avait adressé à l’avocat général du district de Collin un an plutôt, le déclarant innocent du crime, lettre que le procureur avait gardé sous le coude. Enfin, il apporte la preuve que quelqu’un d’autre avait adressé des menaces de mort à Ronald Williamson. Refus d’un second procès.

 

 

TEXAS.jpgL'exécution de Charles Hood est fixée au 10 septembre 2008, mais elle est suspendue in extremis. Nouveau motif, et pas banal : ses avocats ont découvert que, lors du procès de 1990, la juge, Verla Sue Holland et le procureur, Thomas O’Connell étaient alors amants. Relation « extra-conjugale secrète », et reconnue depuis sous serment.

 

 

Cette fois-ci, Charles Hood peut y croire. Audience criminelle l’après-midi, et petits délices amoureux le soir : l’impartialité de la justice n’y retrouve pas ses petits. Il bénéficie de l’appui de trente juges et procureurs, dont un ancien ministre de la Justice de Bill Clinton et un procureur spécial chargé de l'affaire du Watergate, démontrant que le procès avait été bâclé.

 

 

Mais en septembre 2009, la cour d’appel du Texas refuse d’ouvrir le dossier, au motif que les rumeurs de cette relation étaient connues, et que les avocats auraient dû agir plus tôt ! Il ne suffit pas de lire la jurisprudence, il faut aussi s’abonner à « Radio–Ragots » ! Le procureur ou la juge auraient-ils dû d’eux-mêmes, vu la relation sentimentale qu’ils étaient alors les seuls à connaître, se récuser lors du procès, et se faire remplacer ? Ce n’est pas le problème ont estimé les magistrats de la cour… Huit juges qui étaient des collègues de Verla Sue Holland.

 

 

Charles Hood avait formé un recours devant la Cour suprême américaine, qui ce 19 avril, a refusé de se saisir de l’affaire, confirmant la décision des juges du Texas. Ca se complique.

 

 

Une grande démocratie doit respecter l’indépendance des juges, certes. Mais il y a quand même quelques verrous que la loi US devrait faire sauter.

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Commentaires

  • Devant une cour d'assises française, le mec aurait été cuit, enfin pas électrisé quand même. Viguier l'a échappé belle, pas comme cet avocat niçois qui a été condamné sans aucune preuve pour l'assassinat d'une femme disparue.

  • Depuis les démêlés de mon époux avec la justice française, en état de dépression grave, sous l'effet de médicaments et en plus l'acte dirigé contre lui-même, il a été condamné à une peine avec sursis et mise à l'épreuve !! Le procureur réclamait même la prison !!! Aucune plainte n'a été déposée car l'erreur venait d'une administration d'Etat qui l'a corrigée aussitôt. Malgré cela, mon époux traîné en justice et condamné. C'est vrai qu'on n'est pas riches, on n'est pas de la région et on a touché aux intérêts de certains locaux. Alors, pour moi, l'impartialité et la justice française ne vont pas du tout ensemble. Avant de crier à la barbarie de la justice américaine qui n'est pas tendre et archaïque dans ses peines, c'est vrai, mais il faut balayer devant sa propre porte. Eva Joly - démission, Vichnevstki, je ne sais pas se elle est encore juge car elles ont touché de près les scandales financiers de hautes personnalités. Et voilà, encore un exemple de la justice française.

  • "La justice barbare des Etats Unis"
    Gilles se Mitterandise. lol

  • cette histoire me rappelle celle Youssef Zouini, qui a pu être sauvé in extremis par un complément d'info qui avait d'abord été refusé. Sans ce complément, il serait actuellement derrière les grilles. conclusion de Bilger sur cette affaire: "il y a des avocats qui sont mauvais"... peut-être, mais un peu facile quand même. http://www.philippebilger.com/blog/2009/05/cherchez-lerreur-.html

  • Naguima,
    celui qui gagne le procès n'est pas forcément celui qui a raison,mais celui qui présente les meilleurs arguments.
    Et la loi est là pour faire peur aux petits,car les autres savent s'en passer habilement par divers moyens.
    voilà deux raisons pour lesquelles votre affaire s'est retournée contre vous.

  • No body is perfect Mais c'est bien l'indépendance,Oui oui

  • He oui comme dit naguima il faut que chacun balaie devant sa porte et nous aussi avec une justice qui prononce des sursis en quantité envers des hommes d influence et envers les hommes politiques .Beaucoup de laxisme en règle générale et a coté de ça des erreurs judiciaires inimaginables (Outreau et bien d autres).

  • Il s'agit là pour la justice américaine de tuer un homme !
    J'ai du mal à admettre que la justice ne prenne pas toutes les précautions en son pouvoir, avant de faire cette chose horrible.
    Utiliser les tests ADN pour la lettre le déclarant innocent et celle de mort anonyme etc. C'est facile et pas très long.
    Assassiner deux personnes dont on est l’employé, puis voler les bijoux les cartes de crédit ainsi que la voiture, c'est se faire facilement arrêter par la police, et très naïvement ne pas prévoir le couloir de la mort.

  • C'est ce qui s'appelle une "sale histoire", particulièrement tordue.
    A propos d'un autre sujet, ce cornichon de Polansky, j'ai rappelé ici que la premère caractèristique de la justice aux USA, c'est l'indépendance absolue et son organisation très "locale". C'est comme ça pour le meilleur parfois, mais aussi pour le pire, on le voit ici.

    Cette histoire de cocu, cette fois ça ne fait plus rire. Espérons qu'il va s'en sortir ce pauvre Hood. Les recours sont nombreux aux USA, là aussi, pour le meilleur comme pour le pire.

  • Le premier problème de la justice aux USA, c'est de pouvoir se dégager de ces très mauvaises habitudes, sans perdre son Indépendance et son caractère très "local", qui sont un trait principal de ce qu'est au plus profond, la Nature des Etats-Unis.
    Ce n'est pas gagné, car... Pas vraiment facile. C est le contraire exaxte, du centralisme traditionnel en France!

  • A quand un billet sur la justice mexicaine et les rebondissement de l'affaire Florence Cassez ? :)

  • La justice n'a pas encore compris qu'en reconnaissant ses erreurs, elle se grandirait.
    Mais elle fait preuve, sous toutes les latitudes, d' une forme d'aveuglement, qui confine à la schizophrénie. Destruction de preuves, négation de l'évidence, oubli de ses principes les plus fondamentaux.... La France n'est guère plus brillante que la Chine ou les EU, la seule différence, c'est qu'elle ne pratique plus la peine de mort, c'est tout...Merci quand même, Badinter, même si la perspective de pourrir 50 ans en prison n'est peut être pas plus enviable que la mort...
    Ce qui me révulse, aux USA, c'est cette absence complète d'humanité, ce déni du droit à la rédemption qui est pourtant au coeur de la religion chrétienne, et venant d'un pays aussi religieux.
    Vous rappelez vous de ce condamé à mort en Californie, qui écrivait des contes et des contines pour enfants dans sa prison ? Schwarzzenhegger, dont on aurait pu espérer qu'il se montrât moins impitoyable qu'un gouverneur issu du sud ou du middle-west profond, l'a quand même laissé être exécuté...
    Celà va, dans le cas présent décrit par Gilles, jusqu'au refus de se donner une chance de savoir la vérité !!! Aveuglement, cruauté, barbarie, fanatisme justicier.... et ce sont ces gens là qui veulent "libérer" l'Afghanistan des Talibans ?!!! Alors qu'il en sont une variété particulière !.
    Que Sarkozy puisse être fasciné par ce pays ne m'étonne pas: on retrouve chez lui la même violence mal contenue, le même désir d'écraser et d'imposer sa vérité, au mépris de toutes les valeurs de l'humanisme que son grand père est pourant venu, dans sa fuite éperdue depuis un Budapest encerclé par les soviétiques, chercher dans notre pays.

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