21.07.2010
Patients psy en prison : La République défaillante
République irréprochable…S’il y a bien un endroit où elle est défaillante, notre République, c’est bien en prison. Le lieu qui n’existe que par la loi et l’application de la loi par le juge est la plus grande zone de non-droit et d’inapplication des lois.
Rien de nouveau… Si, tout de même, car cette fois-ci ce ne sont pas les groupes défenseurs des droits des prisonniers qui montent au créneau, mais la très officielle Cour des Comptes dans un rapport de 227 pages. Comme lecture dans un hamac et sous un cocotier, on trouve plus distrayant, mais gardez bien de côté ce document. C’est une étude exhaustive et très précise, vous en apprendra beaucoup sur le monde pénitentiaire, et, à l’occasion, vous servira à coller un faux nez de menteur à ceux qui racontent sur les prisons et la vie des détenus.
Je reprends ici un point, celui concerne la prise en charge des patients-psy. Histoire de voir comment ça, marche et comment sont appliquées les lois qui instaurent des programmes de soins. Une question humaine et sociale hautement sensible.
La dernière étude épidémiologique de l’Institut National pour la Santé et le Recherche Médicale (INSERM) date… de 2006. Cette étude montrait que l’état de santé psychiatrique des détenus à leur entrée en prison était très préoccupant : 35% des détenus étaient considérés à l’époque comme manifestement ou gravement malades. A ce constat préoccupant sur l’état de santé des détenus au moment de leur incarcération, s’ajoute par ailleurs la dégradation que l’incarcération elle-même génère sur les détenus les plus vulnérables : isolement affectif, promiscuité, inactivité… Des chiffres de 2006 pour piloter en 2010. Comme le dit la Cour, « on peut regretter à ce titre que l’actualisation de ces données ne soit pas envisagée ». Oui, ça serait bien d’envisager une étude sur cette population dont la santé est objectivement fragile... Ca pourrait éventuellement éclairer le législateur, et éviter de dire trop de bêtises sur la qualité des soins psy en taule.
Le contrôleur général des lieux de privation de liberté l’avait dit, et la Cour des comptes le confirme : le système de prise en charge est obsolète. Le premier moyen pour consulter un psy est de prendre rendez-vous auprès du psychiatre qui assure des consultations dans le service, mais c’est plus qu’aléatoire. Ca marche un peu mieux quand existe un service de psy au sein de la prison (Les SMPR), mais comme le dit le rapport « le système des SMPR est, à l’image de la psychiatrie publique, soumis à forte tension ».
Le rapport poursuit : « Il en résulte un phénomène de file d’attente avant l’admission dans ces services, dont les cadres de santé des établissements se sont souvent fait l’écho ». Aussi, pour la Cour, la question est moins d’être soigné que d’avoir accès aux soins : « Les statistiques relayées par les derniers rapports parlementaires en la matière, et qui sont malheureusement elles aussi datées, montrent en tout état de cause que la probabilité pour un détenu de recourir aux soins de santé mentale varie fortement selon l’établissement d’incarcération. Ainsi, le recours aux soins de santé mentale est trois fois supérieur dans les établissements pénitentiaires dotés d’un SMPR ».
Face à cette demande croissante de soins, la loi d’orientation et de programmation pour la justice, en 2002, avait prévu de recentrer l’activité des SMPR sur la prise en charge psychiatrique en ambulatoire et de créer des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), afin de prendre en charge l’hospitalisation de l’ensemble des détenus atteints de troubles psychiques, entendus des hospitalisations avec ou sans leur consentement. Excellent projet,… mais piètre réalisation : la loi avait prévu la création de 705 lits d’hospitalisation, répartis dans 17 UHSA. Alors, chères amies et chers amis, quelle réalisation 8 ans plus tard, quand on nous bassine sur l’obligation faite aux détenus psy de se soigner ? Et que s’ils ne soignent pas assez bien, on les gardera après la fin de leur peine ? Lisons le rapport de la Cour : « L’application de ces dispositions a été excessivement lente ; la première de ces structures n’étant entrée en service qu’en mai 2010 (60 places à Lyon) ».
705 places votées en 202 ; 60 réalisées en 2010. Sans commentaires. Ah, si: j'attends avec impatience la prochaine loi nous annonçant la création de 645 places dans des services d'hospitalisation, spécialisés et tout et tout.

23:58 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : prison, psychiatrie, loi











Commentaires
Le rapport de la Cour des comptes
http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPT/Rapport_service_public_penitentiaire_200710.pdf
Écrit par : gilles devers | 22.07.2010
Mon fils, incarcéré depuis quatre ans en préventive dans un M.A. a remarqué qu'il y a de plus en plus de gens incarcérés qui n'ont pas leur place, par leur regard hagard, ils ne sont pas forcément "malades" mais le deviennent. Le psy donne beaucoup de médicaments, trop, une psychothérapie étant très compliquée à faire. Rare sont ceux qui peuvent le voir, il y a 600 détenus et deux psy, 20 minutes par "client". Et quand ils sont trop "agités", une piqure et il devient "légume" pendant six mois.
Il y a un vrai problème quand même, sur la population incarcérée, les détenus fréquentent l'assassin comme celui qui s'est fait prendre pour un verre de trop. La violence règne en prison, les conditions d'hygiène sont déplorables, avec l'impression d'être un animal et un sous-homme. Il faut être fort psychologiquement pour la prison.
Nous avons les chiffres des suicides mais combien de tentatives, c'est énorme !!!
Écrit par : Shane | 22.07.2010
Elle est belle la "patrie des droits de l'homme", mon c.. comme dirait Zazie.
Écrit par : Mathaf Hacker | 22.07.2010
Mathaf Hacker, vous m'avez bien fait rire de bon matin, merci
Nous sommes tous responsables de cela, et il faut être confronté à l'incarcération pour en prendre conscience. L'opinion publique, depuis toujours et heureusement que la peine de mort n'existe plus, est dans la bien pensance, la moralité, tu as fait une erreur tu payes et ne te plains pas tu as Canal +.
Tant que nous penserons que la prison c'est le Club Med, que cela n'arrive qu'aux autres, que le détenu est un prédateur inhumain, l'état des prisons va s'empirer.
Et si je parle comme cela, c'est qu'avant je faisais partie de ces gens-là (en plus nuancé peut être)
Écrit par : Shane | 22.07.2010
Peut être conviendrait il de se poser la question suivante : Pourquoi y a t'il autant de personnes en prison qui sont ou des malades Psychiatriques chroniques ou des personnes déficientes intellectuels sortants des institutions medico éducative ? Comment et pourquoi ces personnes ont elles étaient abandonnées ou ont échappées aux services de soins et de suivis ? La prévention serait tout de même préférable De même ,nous ne manquons pas de médecins psychiatre :il suffit d'ouvrir l'annuaire téléphonique pour s'en convaincre Alors pourquoi en manque t-on dans les prisons ,les centres de soins psychiatrique, les institutions medico éducatives etc Notre système de santé psychiatrique, est un grand fournisseur de nos prisons Revoyons la politique de soins et de suivis,des malades chroniques et nous aurons déjà moins de problème dans nos prisons Ceci dit l'état de nos prisons est une honte
Écrit par : antimythe | 22.07.2010
Bonnes propositions, Antimythe, mais je crains que cela ne reste qu'un voeu pieux. En tout cas voilà le domaine où 100 mlns que l'Etat voulait verser à la milliardaire Bettencourt, auraient toute leur utilité. Mais c'est du bas peuple, qui va s'y intéresser ? J'ai déjà dit qu'on a été voir un député qui suivait les travaux chez un riche paysan et ne savait même pas qu'on avait déjà le bâtiment agricole photovoltaïque. Et ben oui, on n'a pas eu de crédit pour continuer, alors, il s'en fiche des pauvres. Je n'ai même pas demandé sa tendance, tous pareils. Pourtant, il y a des choses à faire en France, combien de malheurs sont déjà arrivés à cause des malades psychiatriques, pas grand'chose de bougé. Tout va à la dérive.
Écrit par : Naguima | 22.07.2010
je ne me rends en prison que comme visiteur de quelques heures et à titre professionnel. J'en ressors toujours brassé.
Écrit par : gilles devers | 22.07.2010
Avant d'être un film épatant, Vol au dessus d'un nid de coucou a été l'œuvre de Ken Kesey, acteur majeur du psychedelisme festif. Cette tranche de son histoire a été racontée dans Acid Test.
C'est le seul ouvrage de ce grand écrivain à avoir été traduit en français et c'est dommage parce Sometimes a great Nation et Sailor's Song méritent aussi le détour.
A part ça, déjà indépendamment l'une de l'autre les institutions psy et pénitentiaires sont déjà chacune à l'abandon, alors quand on croise les deux, dire que c'est la honte est une bien faible expression. Mais là dessus j'aurais tendance pourtant à ne pas jeter la pierre seulement aux politiques, c'est la société fr toute entière qui est dans le déni.
Écrit par : yesroll | 22.07.2010
@antimythe
Certes, il y a beaucoup de psychiatres en France mais un psychiatre voit son patient tous les 3 mois pour faire une ordonnace, une demi-heure.
Les psychothérapeutes, les bons ne sont pas nombreux, il y a un peu de tout et de n'importe quoi, et ils ne sont pas remboursés par la sécu.
La profession se réorganise mais nous n'en sommes qu'aux prémices.
Alors en prison, vous pensez bien que ce n'est pas une priorité. La psychothérapie doit être faite personnellement avec des lectures appropriés, quand on peut passer les livres et pour en parler et pour avancer, mais il faut une certaine maturité et une prédisposition intellectuelle, ce qui n'est pas le cas pour de nombreux détenus, abîmés par la vie, détruits par la prison.
Écrit par : Shane | 22.07.2010
à gilles devers: comment ça se passe les visites d'avocats? vous pouvez venir à l'improviste ou c'est tjrs sur "rdv"? Avez-vous déjà vu les cellules de vos clients?
Écrit par : révoltée | 22.07.2010
@yesroll
Ne serait ce qu'une infirmerie au sein de la prison, serait indispensable.
Quand ils sont malades, doliprane et sirop. On attend que cela s'aggrave et après hôpital.
Rendez-vous avec un dentiste, des mois d'attente... Un détartrage tous les quatre ans
La prison c'est aussi une perte de vue, pas d'horizon, voir à travers un grillage.
C'est aussi l'hygiène, trois douches par semaine, et à chaque fois que vous faites du sport et le sport pas plus de trois fois par semaine.
Quelquefois des cafards, beaucoup de crasse, il y a de quoi devenir fou, non ?
Écrit par : Shane | 22.07.2010
Le principe même de la prison cad la privation de liberté est forcement difficile a supporter Quand les conditions carcérales sont correctes,"la punition" est déjà en elle même en principe, très dissuasive A contrario privé de liberté et maltraité dans son humanité un délinquant ne peut que le révolter et en faire un fauve
Écrit par : antimythe | 22.07.2010
Parce qu'un "délinquant" ou "détenu" est avant tout un être humain
Écrit par : shane | 22.07.2010
La première chose, c'est une demande du détenu reçue par voie postale, et nous obtenons alors du juge un permis de visite, sans lequel nous n'avons aucun au accès au détenu.
Les visites des avocats sont libres, mais nous ne pouvons voir que les détenus pour lesquels nous avons une demande et un acccord du juge.
Quand nous parvenons à avoir un contact tel avec le greffe, nous annonçons notre visite, pour que les détenus soient prets, mais il n'est pas tjrs possible d'avoir qq'un au fil, alors on débarque comme çà.
De fait, il y a souvent des attentes, car le détenu peut être occupé ailleurs: parloir famille, séance de sport, médecin, douche,travail, promenade...
Les visites ont lieu dans les parloirs avocats, qui sont des box individualisés et confidentiels, mais pour lesquels les gardiens ont une surveillance visuelle. Aucun accès aux cellules.
Nous devons passer sous les portiques.
Quand il y a des dossiers complexes, l'un des pb est de trimballer les dossiers: des paquets de documents...
Meme quand la maison d'arret est dans votre ville, une visite prend plusieurs heures, car il faut se déplacer, passer les portes et controles de sécurité, attendre le détenu... et la même chose en sens inverse après.
Écrit par : gilles devers | 22.07.2010
merci pour les précisions.
J'imagine que les permis de visite des avocats sont accordés avec un caractère de quasi automaticité (contrairement aux familles, surtout au tout début d'une préventive par exemple)
Écrit par : révoltée | 22.07.2010
Pour les avocats, le permis est de droit. Le juge ne peut faire obstacle. Mais il est indispensabel que le juge sache exactemùent qui est l'avocat de tel ou tel, d'autant plus que la désignation d'avocat entraine l'accès au dossier.
Écrit par : gilles devers | 22.07.2010
Je suis pour aussi, que certains patients, je précise, aillent en prison pour avoir commis des actes de barbaries.
Écrit par : annonces gratuites | 22.07.2010
Quelques petits commentaires, en vrac. Un peu dans le même état que moi après une journée en prison, puisque c'est là que je travaille, en psychiatrie -SMPR- plus précisément, depuis 15 ans. Les services médico-psychologiques régionaux sont au nombre de 26, pour un peu moins de 200 établissements pénitentiaires... Même en étant implantés dans des établissements pénitentiaires -en général des maisons d'arrêts- de moyens à grands en taille, leur capacité d'accueil en hospitalisation de jour avec hébergement est souvent saturée. Quant à l'activité ambulatoire (entretiens arrivants, consultations, ateliers thérapeutiques, etc), elle augmente de façon exponentielle ces dix dernières années, conjointement à un recours à l'incarcération en accélération nette ces cinq dernières années, le tout à moyens quasi constants dans les meilleurs des cas, avec de nombreux postes vacants dans les pires des cas. Je rajoute en catimini que le sentiment par la psychiatrie d’être fortement instrumentalisée par la justice ne pousse pas aux vocations… Dans le même temps, l'effondrement de la psychiatrie publique (diminution drastique des lits d'hospitalisation complète, baisse de la durée moyenne de séjour, suppression des spécialisations dans les cursus de formation, cf intervention de Jean Oury dans la préparation du reportage "Un monde sans fous") complique l'accès aux soins à une population fragilisée, en errance sociale, adoptant la délinquance comme un mode de survie par défaut, faute de tout : le reflet d’une société en faillite en quelque sorte.
Il faut clairement des moyens supplémentaires, mais pas uniquement dans les prisons. Ces dernières ne sont pas, et ne doivent pas, être des lieux de soins. C’est peut-être là un des plus grands paradoxes des services de psychiatrie en prison : leur existence légitime l’incarcération des patients psychotiques, rien ne s’opposant à l’application de peines privatives de liberté, puisque des soins y sont organisés…
Écrit par : IU | 22.07.2010
il faudrait arriver aussi à ce que des gens non malades qui entrent en prison en ressortent non malades. Or le pbm est aussi là: la prison rend malade sur le plan psy (notamment). il faudrait une meilleure prise en compte de ce que l'on appelle le "choc carceral" qui conduit à des pathologies et même parfois au suicide quleques jours après "lentrée". Des moyens suffisants durant le "séjour"
Écrit par : révoltée | 22.07.2010
Témoignage d'ambiance :
Les portes…
La plus impressionnante est la première, quelque soit l’endroit d’où on vient, quelque soit celle empruntée du reste. La première porte signe l’entrée en prison, que l’on soit détenu, visiteur ou personnel. Lourde, massive, bruyante, de clac en clac, elle annonce les suivantes.
Pour rentrer, il d’abord patienter, un certain temps. Ici, tout le monde rentre par la même porte, enfin sauf les détenus, escortés, entravés, véhiculés : ils entrent par la grande porte…Pour nous autres, les options d’attente sont plus nombreuses, au gré de l’humeur, du temps, des envies. Il est ainsi possible de se regrouper, par affinité, éventuellement actualité, ou au contraire de s’éloigner, s’isoler de l'agitation, profiter de ce répit.
Pendant ce temps, les visiteurs s’astreignent à une multitude de contrôles et de chasses à tout ce qui sonne, en particulier ces petits bouts de ferraille sournoisement cachés jusqu’au milieu des semelles de chaussures, et capables à leur insu de réveiller le portique détecteur de métaux.
Cette attente là est souvent silencieuse, flétrie de résignation. Quelques éclats de voix troublent parfois la nécessaire concentration de chacun (se préparer au parloir tant attendu, ce concentré de vie sous haute surveillance…comment transmettre en si peu de temps tout ce qui est à partager ?), des cris d’enfants aussi, qui ne comprennent pas toujours pourquoi il est si long d’attendre pour un câlin de quelques minutes à peine.
Il y a certaines fois aussi de la colère, pour un parloir refusé par celui ou celle qui devait être visité, ou encore parce qu’il manque un formulaire… Le formulaire… de préférence le bon, dûment estampillé, sésame de toutes les autorisations, charnière du fonctionnement institutionnel… Parfois, un parloir est reporté parce qu’il manque le bon formulaire, ou la bonne signature au bon endroit. Toute cette frustration alors…surtout pour des familles qui viennent parfois de loin, qui ont investi ce parloir là justement comme la planche de salut d’une reconstruction possible. Désillusion.
Le groupe des patients, ceux qui attendent leur tour pour entrer et travailler, s’en mêle quelquefois. Avec compassion, pour tenter d’aider à résoudre ce qui semble insoluble. Dans l’illusion d’une toute puissance magique, nous rêvons tous alors de voir apparaître la signature manquante ou le document absent. Notre désir suffit parfois à convaincre qu’il y a sûrement une solution, un magistrat à interpeller, un directeur prêt à attester que le parloir est autorisé. Et quand cela marche, nous avons alors le sentiment, avant même d’avoir franchi la première porte, que la journée sera belle.
Finalement, ce temps d’attente est sans doute nécessaire.
Nous revoilà à la première porte. Maintenant, c’est à notre tour d’entrer. Avant toute chose, signaler notre entrée dans l’enceinte auprès des surveillants. L’ordinateur valide : nom, prénom, qualité, heure d’entrée. C’est le top départ de la journée. Puis il faut à notre tour affronter le même détecteur de métaux, avoir la patience de repasser plusieurs fois, pieds nus ou ceinture tombée si nécessaire. Pendant ce temps, sacs et clefs défilent aux rayons X, dans des caisses de plastique qu’il faut renvoyer aux suivants, toujours aussi patients.
Cette première porte passée, il en reste dix à franchir avant d’arriver à mon bureau. A chacune correspond ses rituels, ses salutations, ses instants fugaces de complicité. Quelques mots, des attentions. Aux passages, ne pas oublier de saluer les surveillants présents, chaque sourire est précieux.
Après avoir franchi la porte de détention, la circulation devient plus dense. Des détenus vont et viennent entre les étages et nos deux structures de soins, accessibles du même couloir. Ce qui m’a impressionné aux premiers jours de ma vie professionnelle en prison, c’est l’extrême politesse qui entoure chaque rencontre. Enfin, le matin, à cet endroit là, frontière entre détention et lieux de soins. Tout le monde se salue, use de civilités, tient la porte, cède le passage, esquisse un sourire.
Dernier kiosque de ce long périple : nous arrivons au SMPR. Une équipe fixe de surveillants y travaille, avec bienveillance et attention. Gardiens de nos lieux, ils sont aussi les garants de la sécurité de toute personne prise en charge dans notre service. La confiance mutuelle est notre ciment, les uns sans les autres, ça n'est pas envisageable.
Arrive enfin l’ultime porte de mon chemin matinal. Surprise… Elle est ouverte… Parce que cette « petite » pièce de 12 mètres carrés (tout de même trois de plus qu’une cellule souvent partagée à deux) est certes mon bureau, mais aussi celui de toute l’équipe soignante. Je ne m’y sens jamais seule… Et comme un acte de résistance, je m’obstine à laisser cette ultime porte ouverte… Il se sait que tout le monde peut entrer, sauf les jours de tempête, où il m’arrive d’avoir besoin d’un peu de temps préservé, porte fermée. Ces instants sont rares, je les évite autant que possible, tant il est presque un devoir de ne pas rompre cette forme d’accueil : une porte ouverte.
Écrit par : IU | 22.07.2010
C'est évident : privation de liberté ne doit pas signifier privation de dignité. Or les conditions de détention actuelles dépassent l'entendement, avec un taux de surpopulation incroyablement élevé. L'établissement où je travaille à une capacité théorique de 440 détenus. L'été dernier, il y a eu jusqu'à 800 personnes incarcérées : difficile dans ces conditions d'atténuer le choc carcéral...
Écrit par : IU | 22.07.2010
L'art de la transparence, ou la naissance d'un nouvel outil de contrôle social "en concertation avec le ministère de la justice", couvert par un excellent alibi : l'application des nouvelles règles pénitentiaires...
L’Asip santé lance l'élaboration du dossier médical du détenu
PARIS, 22 juillet 2010 (TICsanté) - L'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip santé), annonce dans un communiqué diffusé le 19 juillet, qu'elle lancera prochainement un appel d'offres pour la réalisation du schéma directeur du futur système d’information des structures sanitaires des établissements pénitentiaires.
Cet appel d’offres poursuivra quatre objectifs. Son lauréat sera d’abord chargé de "l'élaboration d'un schéma directeur, incluant le volet télémédecine et les annuaires et référentiels". Le marché inclura aussi "la définition de propositions organisationnelles visant à favoriser et à pérenniser le recours à la télémédecine", ainsi que "l'identification des indicateurs, y compris médico-économiques, de suivi de la population".
La mission comprendra enfin "la préparation d'un cahier des charges des projets-pilotes pris en charge par des maîtrises d'ouvrage régionales". En effet, l’appel d’offres "sera suivi du choix de projets coordonnés par des maîtrises d’ouvrage territoriales pour la réalisation de projets pilotes puis de leur généralisation", indique l’Asip santé dans son communiqué.
Ce programme s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du "dossier médical électronique unique pour chaque détenu" qui doit être mis en place d'ici novembre 2011, en application de l'article 54 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.
Ce système d'information national, qui "permettra le pilotage des politiques mises en œuvre, un suivi épidémiologique de la santé des personnes détenues, ainsi que l'amélioration de l'organisation, de la gestion et du suivi des structures sanitaires de prise en charge des personnes détenues", est une des principales mesures du "plan d'action stratégique pour la prise en charge sanitaire des détenus", souligne l’Asip santé.
La ministre la Santé, Roselyne Bachelot, avait déclaré le 21 mai 2010 que ce plan, préparé en concertation avec le ministère de la Justice serait présenté "fin juin". Trois semaines après l’échéance, aucune autre communication sur le sujet n’est à signaler./gb/hm/ar
Écrit par : IU | 22.07.2010
Le rapport de la Cour de comptes confirme ces taux d'occupation délirant. Il faut savoir que les centres de détetnion pour les longues peines sont à effectif normal, et quand on donne une statistique générale, elle est fausse, car la surpopulation se répercute sur un certain nombre seulement de maison d'arret.
Le laius: "les psy en prison car ils sont dangereux" a des effets catastrophiques.
Prenons le cas d'un tyoe qui a gressé une femme: il prend la tarif
Le lendemain, passe aux assises le meme genre d'affaires, mais le psy explique que le gus n'est pas en ordre dans sa tete, bref que ça serait bien d'en tenir compte.
Résultat des courses: le type est décrit comme plus inquiétant, et il prend au dessus du tarif, avec la bonne conscience "là bas il se soignera"
Écrit par : gilles devers | 22.07.2010
dans un Etat qui tourne rond:
1 - les malades mentaux sont pénalement irresponsables
2 - une personne qui entre en prison "saine mentalement" en ressort "saine mentalement", du fait du respect de la dignité et des moyens (humains, matériels, médicaux...) sur place
Écrit par : révoltée | 22.07.2010
Soyons honnêtes, et de ce fait ça nous soulagera de bon nombre d'arguments pompeux qui se fondent sur une définition érronée du pays et qui visent souvent à défendre tout sauf la veuve et l'orphelin, la France est un petit pays, pas plus la patrie des droits de l'homme qu'un autre pays, pas un pays qui tourne rond.
Écrit par : Mad Max | 23.07.2010
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