08.08.2010
Mis en examen pour crime et laissé en liberté
Mis en examen pour viol aggravé et laissé libre, conformément aux réquisitions du parquet. Ce n’est pas impossible mais c’est tout de même très rare. Je ne connais rien du dossier et me garde bien de la moindre analyse de fait, mais voici ce que ça donne sur le plan du droit.
Le viol est défini par l’article 222-23 du Code pénal : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». La peine encourue est de quinze ans pour ce crime.
Suivent les circonstances aggravantes, qui sont hélas fréquentes avec ce crime. C’est l’article 222-24, qui porte la peine de réclusion criminelle à vingt ans : agression entraînant une mutilation ou une infirmité permanente, ou commis sur un mineur de quinze ans ou sur une personne vulnérable, ou par un ascendant ou sous la menace d’une arme. La liste est longue et le Code pénal devient un défilé d’horreurs. On arrive au 11° : « Lorsqu'il est commis par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. »
La procédure repose sur la plainte d’une ex-compagne pour des faits ayant eu lieu entre 2003 et 2007, si j’en crois les dépêches. La police reçoit la plainte et prend les dépositions. Plusieurs années après les faits, tout résulte des récits. Les enquêteurs font une confrontation, qui n’apporte rien. Le procureur décide d’ouvrir une information judiciaire et saisit un juge d’instruction. Celui-ci notifie les charges, ce qu’est la mise en examen. La personne reste présumée innocente, mais comme des charges sont réunies contre elle, la loi lui reconnait des droits : elle ne peut plus être entendue que par un juge ; elle a accès aux pièces du dossier ; elle a droit aux services d’un avocat. La phase judicaire de l’enquête commence.
Vient le second problème : que faire de la personne mise en examen ? Le plus simple : elle reste libre. Elle répondra aux convocations de la justice, et son sort se jouera un jour devant le tribunal. Si le maintien de la liberté pur et simple parait un peu juste, le juge d’instruction ou le juge des libertés et de la détention (JLD) peut prononcer un contrôle judiciaire, qui compote une ou plusieurs mesures, issues de la longue liste de l’article 138 du Code de procédure pénale.
Et si ces mesures paraissent insuffisantes, est alors possible le recours à la détention provisoire, prononcée par le JLD. Voici l’article 144 du Code de procédure pénale.
« La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s'il est démontré, au regard des éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu'elle constitue l'unique moyen de parvenir à l'un ou plusieurs des objectifs suivants et que ceux-ci ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire ou d'assignation à résidence avec surveillance électronique :
« 1° Conserver les preuves ou les indices matériels qui sont nécessaires à la manifestation de la vérité ;
« 2° Empêcher une pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille ;
« 3° Empêcher une concertation frauduleuse entre la personne mise en examen et ses coauteurs ou complices ;
« 4° Protéger la personne mise en examen ;
« 5° Garantir le maintien de la personne mise en examen à la disposition de la justice ;
« 6° Mettre fin à l'infraction ou prévenir son renouvellement ;
« 7° Mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, les circonstances de sa commission ou l'importance du préjudice qu'elle a causé. Ce trouble ne peut résulter du seul retentissement médiatique de l'affaire. Toutefois, le présent alinéa n'est pas applicable en matière correctionnelle ».
Dans une affaire mal engagée, jouent souvent le 1° et le 2°, mais la véritable marge de manœuvre se trouve avec le 7° : « Mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, les circonstances de sa commission ou l'importance du préjudice qu'elle a causé ». Autant dire que lorsque les faits relèvent du viol aggravé, un des crimes les plus graves punis par 20 ans de réclusion, on est très proche du trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public. Et les dénégations de la personne mise en examen ne suffisent pas à écarter l’application du texte, c’est une évidence.
Quel avenir pour ce genre de dossier ? Impossible de répondre, il n’y a que des cas particuliers. Ca peut faire pschitt ou aller jusqu’aux assises, avec arrestation après la condamnation. Il y a tout de même un indice. La décision a été du juge d’instruction, mais le parquet n’avait pas demandé le mandat de dépôt, ce qui permet de penser qu’il reste un spectre large pour la présomption d’innocence.

23:26 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : mise en examen, viol, liberté, code pénal











Commentaires
une chose est sûre: nous n'avons aucun élement (ou si peu) donc on verra. soit les assises soit nothing
mais ce n'est pas sans me rappeler le cas de ce type qui travaillait pour une société de transport de fonds à qui l'on reprochait d'être parti avec l'argent. il ne risquait "que" 3 ans, alors voyons voir s'il n'y a pas une autre affaire qui permettrait de faire en sorte qu'il risque plus, 5 ans par exemple pour escoquerie? et bingo, en cherchant on trouve.
Faut faire gaffe à tout, même à se garer correctement, car qui sait, une amende pour stationnement interdit pourrait vous enmener loin si on gratte... surtout si vous contestez l'amende...
Écrit par : révoltée | 09.08.2010
Mdr pour le post de révoltée...
On commence à le connaître le caractère de N.S. Et on a vu pour De Villepin déjà ce que cela pouvait donner...
Écrit par : Angel06 | 09.08.2010
Espèrons que ce soit une évolution positive de la pratique judiciaire, alors que pendant longtemps il suffisait d'être accusé pour être enfermé, contrairement à l'esprit et à la lettre du droit.
Écrit par : Mathaf Hacker | 09.08.2010
Disosn que quand on est un peu dans la frange de l'illégalité, il vaut mieux rester à l'ombre.
Le plein soleil provoque souvent des soins...
Écrit par : zut | 09.08.2010
http://www.20minutes.fr/article/587747/societe-lies-hebbadj-presume-coupable-pour-hortefeux-et-victime-d-une-machination-selon-son-avocate
il ira plaider la présomption de culpabilité devant la cedh
Écrit par : révoltée | 09.08.2010
Mis en examen le 9 juin pour "fraudes aux prestations sociales", "escroqueries", "travail dissimulé" et "aide au séjour irrégulier d'étrangers", a été remis en liberté sous contrôle judiciaire.Cerise sur le gâteau "viols aggravés" Encore une victime de la France raciste .....Il est "heureusement "libre.....Pourvu que ca dure
Écrit par : antimythe | 09.08.2010
Bibi Sanubar, 35 ans, veuve et enceinte,a été retenue pendant trois jours par des talibans, a reçu deux cents coups de fouet, puis a été exécutée en public dans un bastion taliban de la province de Badghis, dans l'ouest de l'Afghanistan, selon Ghulam Mohammad Sayeedi, le numéro 2 de la police provinciale. Bon pour l'instant en France une petite tournante par ci une torche vivante par la,et faute de fouet une bonne raclée des familles,mais patience ce sont des tests,avant de passer a plus Hallal
Écrit par : antimythe | 09.08.2010
Il est sur que si on vait su éviter cette guerre insensée en Afghanisatan, qui va offrir à ces bandits une belle victoire, on serait un peu mieux.
Écrit par : gilles devers | 09.08.2010
Hallalouia!dieu est grand!et nous tout petit!
Écrit par : vallguy | 09.08.2010
Hallalouia!dieu est grand!et nous tout petit!
Écrit par : vallguy | 09.08.2010
Les violeurs en PRISON IL NE FAUT JAMAIS LES RELÂCHE !!!
Écrit par : Plombiers Paris | 09.08.2010
Ce n"est pas le cas unique. Il y a quelques années, dans le coin, un jeune a abusé d'une fille mentalement malade, il a été laissé en liberté, APRES JUGEMENT, en liberté, car le juge a décidé qu'il était physiquement trop faible pour aller en prison ! Rien ne m'étonne plus maintenant en France. Tous les pourris, et surtout les politiques, sont blanchis, le petit peuple va en prison pour un morceau de pain. mERCI au gouvernement actuel. Sans relaltions, on est plus rien actuellement en France.
Écrit par : naguima | 15.08.2010
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