28.08.2010
Bettencourt : Le médecin des pauvres entre en scène
Woerth est tranquille sur ce coup : il n’a aucune compétence médicale. Dans l'affaire Liliane Bettencourt, le centre de gravité se déplace pour quelques jours, mais il faut bien dire que toutes les infos cumulées laissent le sentiment que les fics n’enquêtent sans doute pas pour rien. L'argent ferait-il perdre la boussole ?
Sur ce volet médical, beaucoup de rumeurs, et quelques infos sûres. Par exemple que l’Ordre des médecins a décidé d’entendre une dizaine de bons docteurs. A ce stade, le conseil départemental prend des renseignements à partir d’infos pouvant traduire des comportements non orthodoxes. Pas d’accusation donc, et encore moins de jugement.
Gilles Brücker s’est expliqué dans la presse. Ami de François-Marie Banier, et bon pote de Bernard Kouchner, il est devenu le médecin de Liliane Bettencourt à la fin des années 1990, fait aujourd’hui établi. Il est ausi établi qu'il a été désigné exécuteur testamentaire, ce qu’il a « pris comme une marque de confiance » mais c’est l’officier de police chargé de l'enquête qui lui a appris que cette fonction était assortie d'une dotation d'un million d'euros. C’est aussi l’enquête qui lui a appris que l'île d'Arros devait revenir à François-Marie Banier et à trois associations médicales présidées par lui-même ou sa compagne, Christine Katlama, une chercheuse spécialiste du sida, trois associations financées par la Fondation Bettencourt-Schueller. « Leurs comptes peuvent être fouillés, comme mes comptes personnels » proteste-t-il. Enfin, il confirme que Liliane Bettencourt a offert à sa fille un appartement d'une valeur de 500.000 euros, mais il précise n’avoir vu aucune raison de demander à cette dernière de renoncer à ce cadeau, car « Liliane Bettencourt était très en empathie avec ma fille ».
Laissons bien l’Ordre des médecins faire la lumière sur ces faits, et sur les sympathiques relations qui existaient entre les médecins gravitant sans la sphère Bettencourt, avec toute la dose de coups tordus et de rumeurs. Mais si l’on ne sait pas grand chose des faits, on sait en revanche très bien ce que dit la déontologie, comme cela ressort des dispositions du Code, et des commentaires publiés par l’Ordre.
Pas d’immixtion dans les affaires de famille
Art. R.4127-51 du code de la santé publique. – Le médecin ne doit pas s'immiscer sans raison professionnelle dans les affaires de famille ni dans la vie privée de ses patients.
Analyse de l’Ordre. Cet article définit les limites de l'action du médecin admis à pénétrer l'intimité de la famille dans le cadre de son exercice professionnel.
Le médecin est le conseiller naturel des patients et des familles et souvent leur confident. Il ne donne pas seulement des conseils thérapeutiques, d'hygiène de vie mais aussi de psychologie. L'avis du médecin est souvent sollicité sur la nécessité d'un changement de résidence, d'une retraite anticipée, de la pratique d'un sport, etc. De même le pédiatre sera interrogé sur l'intérêt d'un redoublement scolaire, d'un changement d'établissement, le choix d'une région pour les vacances...
La confiance dont il bénéficie peut le mettre dans des situations délicates et le conduire au-delà des limites de son rôle professionnel s'il n'y prend pas suffisamment garde.
Le médecin doit s'interdire aussi la curiosité et s'en tenir, dans la vie privée du patient et de sa famille, aux informations nécessaires à la compréhension de la situation qu'il prend en charge. Il est évidemment impensable qu'il puisse exploiter une information obtenue au cours de son exercice professionnel à des fins personnelles.
Pour s'en prévenir, le médecin ne doit jamais se départir de son impartialité. En cas de conflit, il doit analyser les faits et prodiguer ses conseils sans jamais prendre un parti quelconque. Il peut chercher à concilier les points de vue en présence, mais doit savoir constater l'échec de sa mission et refuser alors de s'ériger en juge de la situation ou effectuer un arbitrage, particulièrement dans les situations de divorce où il ne doit jamais prendre le parti de l'un ou de l'autre, pour la garde des enfants notamment. Il ne doit pas non plus établir à cette occasion un certificat médical imprudent qui pourrait être par la suite sujet à interprétation tendancieuse.
Il en va de même lors des successions et de tous les actes officiels de la vie du patient auxquels le médecin se doit de rester étranger. Il doit garder une parfaite neutralité en limitant ses conseils à ceux que l'objectivité lui permet de prodiguer.
Enfin, dans toutes les situations difficiles, quand le discernement n'est pas aisé, il ne trouvera que des avantages à s'en ouvrir au président ou à l'un des membres de son conseil départemental.
Prohibition des avantages
Article R.4127-52 du Code de la santé publique. – Le médecin qui aura traité une personne pendant la maladie dont elle est décédée ne pourra profiter des dispositions entre vifs et testamentaires faites par celle-ci en sa faveur pendant le cours de cette maladie que dans les cas et conditions prévus par la loi.
Il ne doit pas davantage abuser de son influence pour obtenir un mandat ou contracter à titre onéreux dans des conditions qui lui seraient anormalement favorables.
Analyse de l’Ordre. En cohérence avec l'article précédent, le code de déontologie précise désormais des dispositions admises depuis toujours au nom de l'éthique médicale. Cette obligation, dégagée par la jurisprudence de l'ancien régime, inscrite dès le début du XIXème siècle dans le code civil, n'était auparavant définie que par l'article 909 du code civil qui indique : "Les docteurs en médecine ou en chirurgie, les officiers de santé et les pharmaciens qui auront traité une personne pendant la maladie dont elle meurt, ne pourront profiter des dispositions entre vifs ou testamentaires qu'elle aurait faites en leur faveur pendant le cours de cette maladie. Sont exceptées :
1°) les dispositions rémunératoires faites à titre particulier, eu égard aux facultés du disposant et aux services rendus ;
2°) les dispositions universelles dans le cas de parenté jusqu'au quatrième degré inclusivement, pourvu toutefois que le décédé n'ait pas d'héritiers en ligne directe ; à moins que celui au profit de qui la disposition a été faite ne soit lui-même du nombre de ces héritiers..."
Au-delà du cas d'espèce de la dernière maladie, c'est une attitude générale de prudence qui s'impose au médecin en la matière. Il ne doit en aucune circonstance pouvoir être suspecté d'avoir profité de son statut professionnel et de l'influence qui en découle pour tirer un avantage matériel quelconque de la part de son malade.

00:00 Publié dans faits divers | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : déontologie, discipline, médecin, humanitaire











Commentaires
Ceux qui possèdent beaucoup d'argent ont toujours des relations étroites avec le pouvoir.
Cela, hélas ne se sait pas toujours...
Le président Pompidou (normalien) a dit à la fin de sa vie : « Être président de la République c'est facile, mais être normalien, ça c'est difficile !».
L'ironie apparaît lorsque l'on sait qu'il était auparavant fondé de pouvoir à la Banque Rothschild.
Idem pour pour les relations de la famille Bettencourt, ...de Coty, en passant par les Pompidou etc.
Mais là, « Woerth - Bettencourt », c'est aujourd'hui connu...
Pour revenir à ce médecin, il est probable qu'il ignorait le testament de Mme Bettencourt.
Cette mise en lumière du contenu du testament vient de l’enquête. Cette enquête ne dit pas si elle a déshérité sa fille.
Si cette femme avait beaucoup d'amitié pour la fille de ce médecin, cela peut se comprendre qu'elle lui donne de l'argent pour l'achat d'un logement. C'est un petit cadeau qu'elle lui fait... Même jeune, faire des cadeaux, était déjà pour elle une habitude.
Personne ne reproche à cette femme de donner relativement beaucoup d'argent à sa fondation principalement consacrée à la recherche.
Quand à savoir si elle a encore toute sa tête, c'est très difficile à préciser, ce n'est sûrement pas à la portée de sa fille.
Ce médecin doit regretter d'être mêlé à cette sordide histoire.
Aucune amitié pour ce médecin, qu'il soit bon pote de Bernard Kouchner, est pour moi très péjoratif... :-)
Écrit par : Sicotine | 28.08.2010
"Quant à savoir" et non "Quand à savoir" Sorry! Encore que l'orthographe et l'Académie je m'en fiche un peu... :-)
Écrit par : Sicotine | 28.08.2010
medicin personnel? executeur testamentaire? dotation d'un million? appartment en cadeau Ça un peu l'air de Raspoutine.
Écrit par : adriana | 28.08.2010
adriana, raspoutine se contentait des gros seins de femmes (Boney M) a,a,a,
http://www.youtube.com/watch?v=kvDMlk3kSYg
Écrit par : zougoulou | 28.08.2010
Sans compter que l'invitation répétée de médecins et chirurgiens à des séjours sur l'île d'Arros pour veiller sur la santé de la milliardaire, ne s'étant pas faite systématiquement pendant leurs congés, a privé des malades de soins en temps utile et aurait pu précipiter des décès durant ces absences sans justification. A la justice de vérifier
Écrit par : Patrick Handicap expatrié | 28.08.2010
C'est pas un bon jour pour l'ami Banier
Liliane Bettencourt a révoqué M. Banier de son titre de légataire ...
AFP - Il y a 2 heures
PARIS — Liliane Bettencourt a révoqué de son titre de légataire universel le photographe François-Marie Banier, soupçonné d'abus de faiblesse à son égard et qui devait toucher plus d'un milliard d'euros après le décès de l'héritière de L'Oréal
Écrit par : gilles devers | 28.08.2010
Je vous pari que quand cette histoire se calmera, il redeviendra discretos légataire universelle avec une simple feuille de papier, dans la discrétion. Suffit de trouver un notaire discret qui gardera le papier pour lui jusqu'au bon moment...
Écrit par : tarek | 29.08.2010
L'isle dd'Arros ça s'arrose, que de sangsues sur la vieille dame. Le Diafoirus pousse le bouchon très loin, c'est assez rare de voir le conseil de l'ordre aussi proactif.
Écrit par : Mathaf Hacker | 29.08.2010
et aujourd'hui, mauvaise journée pour Eric
Woerth visé par la Cour de justice
Europe1 - Il y a 23 minutes
Le procureur général près la Cour de Cassation envisage de saisir la Cour de justice. La pression risque de monter encore d'un cran pour le ministre du Travail Eric Woerth, à quelques jours d'une rentrée déjà annoncée difficile
Écrit par : gilles devers | 29.08.2010
Et Kiejman qui va nous offrir une brillante explication...
Écrit par : gilles devers | 29.08.2010
Mathaf : " Que de sangsues sur la vieille dame !".
J'aime beaucoup cette phrase qui pourrait servir de conclusion.
Sangsues, c'est le mot qui qualifie bien le Banier, les ministres, députés etc.
Écrit par : Sicotine | 29.08.2010
De toute façon, c'est "une tempête dans un verre d'eau" (titre d'un livre de Staline). Tant qu'on parle des riches, on oublie les soldats français tués en Afghanistan, on oublie les SDF et le froid arrive, on oublie les chômeurs en fin de droit (comment vivre avec 400 euros quand le loyer est de 400-500 euros mini). Et cela se terminera comme d'habitude : personne n'est coupable, tout le monde est blanchi à moins qu'on trouve un sous-fifre qui prendra pour le tout le monde.
Écrit par : naguima | 30.08.2010
C'est pas un bon jour pour l'ami Banier
Liliane Bettencourt a révoqué M. Banier de son titre de légataire ...
après avoir lu le billet de Gilles. (lolol)
Écrit par : adriana | 07.09.2010
Écrire un commentaire