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  • Un PS désespérant

    « Sarkozy repassera, parce qu’il n’y a personne à Gauche ». La prophétie d’un vieux copain, bien calé à Droite, m’a fait froid dans le dos. Un sarkozyste déçu qui aurait beaucoup de peine à voter à Gauche, qui mais ne votera jamais pour « personne ».

     

    stroumfette.jpgIl y a six mois, la reine du Chabichou, redevenant une enfant sage de la SFIO,  avait annoncé « le sacrifice de son ambition personnelle » sur C Politique : « C'est d'une décision collective et d'un dispositif collectif que nous réussirons à battre Nicolas Sarkozy. C'est pour ça que je me rapproche de Martine Aubry, et c'est pour ça que je suis en contact avec Dominique Strauss-Kahn, parce que je pense que le moment venu, nous aurons à décider, tous les trois, ensemble ». Hier soir, on apprenait que le lendemain elle annoncerait sa candidature aux primaires, car elle veut être franche et concrète, mais déjà une heure plus tard sa bichette de porte parole précisait que c’était une candidature annoncée mais qu’on verrait le moment venu qui serait le mieux placé. On retrouve tout ce qui a fait l’inoubliable succès de 2007 : improvisation, opportunisme, et travail en solo. Personne.  

     

    coquet.jpgPour DSK, c’est le Stern qui a eu les confidences. Il ira jusqu'au terme de son mandat au FMI, soit à l’automne 2012, après la présidentielle : « And I will tell you what I tell everyone: I'm going to see my term as IMF Managing Director through to the end. And the term ends in 2012. » Une interview que l’on trouve illico sur le site du FMI, alors que j’ai vainement cherché les déclarations d’Anne Sinclair expliquant que son chéri est de Gauche, cœur et âme. En 2002, DSK avait toutes les clés pour reprendre le PS après la défaite de Jospin : il n’a rien fait. En 2007, il avait juste à se pencher pour ramasser le PS, préparer en cinq ans un modèle social démocrate français, et organiser, secteur après secteur, la défaite de Sarko : il n’a rien fait. Aujourd’hui, Sarko est à moins de 30, DSK à 70, et tout ce qu’il trouve à faire, c’est un p’tit dej’ avec Ségo pour dealer les primaires. Consternant. Quant au programme… Tiens, un débat entre DSK et les leaders syndicaux sur les retraites, ca serait intéressant, non ? En réalité, ce type a peur des électeurs de Gauche, alors pour affronter ceux de Droite… vous pouvez courir. Personne.  

     

    2171954573_1.gifMartine s’est très bien sortie de la panade d’après 2007. Elle a remis le PS dans un ordre présentable, a renoué le dialogue avec tout le monde et on commençait à parler programme : on pouvait y croire, et comme anti-modèle du sarkozysme, elle avait une vraie chance. Pas après pas, elle pouvait regagner le terrain. A La Rochelle, elle a été guerrière le temps d’un discours, mais depuis, rien. Elle avait toutes les cartes en main : la première secrétaire du PS n’a besoin de l’autorisation de personne pour devenir leader de l’opposition, construire une équipe de campagne, et partir à la rencontre du pays. Je dirais même que c'est son job. Elle a préféré rester la ménagère besogneuse de la rue de Solferino, avec Harlem Désir et Benoit Hamon comme agents d’ambiance. Dans les banlieues et chez les usagers du Pôle Emploi, c’est une irrésistible vague d’enthousiasme qui s’est levée. Personne.

     

    paf.jpgFrançois Hollande se réveille. Compétent, sympathique et avec la chance d'être un peu à l’extérieur de la maison, donc plus libre, ce qui est un paradoxe pour cet ancien secrétaire du Parti. Dans ce petit monde, on ne fait rien sans les sondages, et justement, voici les premiers  à le donner gagnant au second tour contre Sarko. Il reste donc à attendre quelques semaines, et Hollande va lui aussi se déclarer candidat aux primaires. Fidèle au pacte de Marrakech – on rêve ! – Martine restera à faire du boudin dans son coin, et ce sont ses seconds couteaux, sous l’œil bienveillant de Fabius, qui lanceront les boules puantes. Ce qui va donner une année avant les primaires, en novembre 2011, de cabales et de coups tordus. Personne.

     

    Quant à tous les grands élus locaux, fierté du PS, ce sera camembert. En 2012, le gouvernement de la France sera toujours aussi difficile, et une défaite aux élections nationales laissera toutes les chances pour les élections de 2014 : municipales, cantonales, régionales et européennes. Et là, il y aura du monde.

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    Le PS à la recherche des aspirations populaires
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    Et reconnaîtrez-vous Gargamel ?
  • Les diplomates US utilisés comme espions

    agents-secrets-1.jpgHillary donnant ordre aux diplomates US d’espionner Ban Ki-moon en violation de sa vie privée. Intéressant et nouveau ! Ca fait partie des documents publiés par Wikileaks et repris par Le Monde. Washington se montrait nerveux avant cette nouvelle vague de publication, et le site, attaqué, était inatteignable ce dimanche. Si la première série de documents sur l’Irak était essentiellement de confirmation, il en va tout autrement avec ces 250 000 mémos échangés entre les diplomates US et Washington.

    Parmi ses nombreuses œuvres de flicage de la planète, Washington publie à destination de ses agents diplomatiques des directives « HUMINT » (Human Intelligence, Renseignement humain) qui, pour chaque pays ou organisation internationale, désignent les zones d’intérêt à surveiller plus particulièrement. Rien à dire.

    Beaucoup plus gênante se trouve être la « National HUMINT Collection Directive » signée au cours de  l'année 2009 par la délicieuse et si démocrate secrétaire d’Etat, Hillary Clinton. Le texte rappelle, en préambule, que « l’Intelligence Community compte sur le département d'Etat pour collecter beaucoup d'informations biographiques collectées à travers le monde ». Oui, ça parait encore logique. Mais après, ça le devient beaucoup moins, car la douce et tendre Hillary se lâche dans des instructions ciblées.

    Tout à fait remarquable, le mémo 219058 adressé à l'ambassade des Etats-Unis à l'ONU, à New York. Il est demandé aux diplomates, dans ce lieu sacré de la grande diplomatie qu’est le siège de l’ONU, de faire fi des règles de l'immunité diplomatique et du respect de la vie privée, pour glaner le maximum de renseignements.  

    « Les rapports doivent inclure les informations suivantes : noms, titres et autres informations contenues sur les cartes de visite ; numéros de téléphone fixes, cellulaires, de pagers et de fax ; annuaires téléphoniques et listes d'emails ; mots de passe internet et intranet ; numéros de cartes de crédit ; numéros de cartes de fidélité de compagnies aériennes ; horaires de travail… »l%20espion%20aux%20pattes%20de%20velours%2001.jpg

    Les diplomates américains à l'ONU doivent transmettre « toute information biographique et biométrique «  sur leurs collègues des pays du Conseil de sécurité, y compris les alliés britanniques et français, et sur les dirigeants de nombreux pays. La consigne « biométrique » revient dans presque tous les mémos : il faut se procurer « les empreintes digitales, photographies faciales, ADN et scanners de l'iris » de toute personne intéressant les Etats-Unis.

    Les personnes visées ? Les ennemis des gentils Etats-Unis ?

    Pas vraiment. Sont sur la liste : le secrétaire général des Nations unies, son secrétariat et ses équipes, les agences de l'ONU, les ambassades étrangères et les ONG présentes à Manhattan.

    On peut ainsi retracer le travail d’un grand diplomate US lors d’une réunion de travail avec le staff de Ban Ki-moon ou un pays allié : scruter le code d’accès internet lorsqu’on allume le PC, parvenir à se faire inviter à boire un coup et apprendre par cœur le numéro de la carte de crédit, une petite photo souvenir pour le signalement biométrique, et prétexter un besoin hygiénique pour aller draguer dans le vestiaire et récupérer un cheveu sur le manteau du convive pour identifier l'ADN.

    Bien entendu avant une touchante accolade sur l’amitié, la confiance et le destin commun.

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  • Katyn : La Douma vote l’histoire

    afp_courrierdelouest_e49a543609b122f47e3cbe81415c4c4e_apx_470_.jpgStaline a personnellement ordonné le massacre de Katyn : c’est vrai, et c'est légal. Car c’est un vote de la Douma, ce vendredi, qui a jugé !

    1939, c’est le Pacte germano-soviétique. L’Europe entre les mains des plus sanguinaires des dictateurs. Si aujourd'hui on a parfois l’impression que tout va de mal en pis, un petit coup d’œil dans le rétroviseur ne fait pas de mal. Au mois de septembre, l'URSS s’empare des régions polonaises de l'Est, et des milliers de soldats polonais sont faits prisonniers par l’armée Rouge. En avril 1940, plusieurs milliers sont abattus dans la forêt de Katyn et à Mednoïe (Russie), ainsi qu'à Kharkiv (Ukraine). D’autres exécutions massives sont ordonnées, un nombre total estimé à plus de 20 000. Après la rupture du Pacte et lors de leur avancée, les troupes allemandes découvrent ces crimes, mais la propagande russe imputera ce massacre aux nazis. Une propagande efficace, non démentie par le procès de Nuremberg. Départ de 60 ans de mensonge officiel.

    En avril 1990, Mikhaïl Gorbatchev a reconnu la responsabilité de son pays, ce qui était déjà dit par tous les historiens sérieux.

    Depuis ça pataugeait. Aujourd’hui, l’heure est au rapprochement avec la Pologne, alors l’affaire a été soumise à la Douma, la chambre basse du parlement, dominé par les soutiens de Poutine. Tout un travail et de vrais débats, pour cette conclusion : « Les documents publiés ne font pas que dévoiler l'ampleur de cette terrible tragédie, mais témoignent aussi du fait que le crime de Katyn a été commis sur l'ordre personnel de Staline et d'autres dirigeants soviétiques. La responsabilité de ce méfait a été imputée dans la propagande soviétique aux criminels nazis, ce qui a entretenu la colère, l'amertume et la défiance du peuple polonais ».

    Bien sur, le rétablissement de cette vérité est une grande chose, et voir les vieilles barbes du Parti communiste se prendre un râteau en défendant encore l’ami Staline est un spectacle réjouissant. C'est aussi une étape pour la mémoire des victimes, et tant mieux si cette avancée permet de conforter les liens entre la Russie et la Pologne. Lenin+stalin.jpg

    De toute part, on approuve et on félicite. On ne m’en voudra pas de rester plus circonspect.

    La Russie n’en a pas fini avec Staline. L’URSS s’est disloquée pour faire renaitre la Russie et les nombreux Etats satellites. Mais la Russie reste une immense fédération, et Moscou est hanté par le départ de nouvelles républiques … Tout ce qui concours au sentiment national est bon, et le cas Staline, dont l’image reste comme vainqueur des nazis, n’est pas simple à gérer. La ligne est certes la déstalinisation, et depuis longtemps, mais pas trop tôt, et pas trop vite… Ici, un pas a été franchi.  

    Mais il reste deux failles, majeures.

    D’abord, c’est un vote de la Douma, et les élections en Russie ne sont qu'une mise en scène. Poutine et Medvedev ont fait avaler leur décision par une chambre à leur botte. Une assemblée cadenassée fait l’histoire, et juge les hommes et les faits : personne ne peut être d’accord. L’histoire n’est ni légale ni illégale. Elle résulte de la connaissance. Un processus correct aurait une commission mixte d’historiens, russes et polonais, pour une recherche correspondant à ce qu’est la méthode scientifique, et la publication des travaux.

    Ensuite, que veut dire ce vote parlementaire ? S’il y avait un soupçon de sincérité, il y aurait eu, au minimum, la création d’un fonds d’indemnisation, pour ouvrir la compensation des crimes commis pendant cette période à l’égard du peuple polonais.

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    Le petit père des peuples
  • Dette publique : On va dans le mur

    -la-tete-contre-les-murs.jpgL’Etat emprunte pour payer les fonctionnaires. Dans le secteur privé, ça s’appelle la faillite. Et d’ailleurs, ça ne se verrait pas : quelle entreprise, déjà endettée jusqu’au cou, serait en mesure de demander à son banquier de débloquer un prêt pour assurer les paies de la fin du mois ? Nous allons droit dans le mur.

    Cette info réduit à pas grand-chose les grandes déclarations sur le déficit public, avec des chiffres toujours plus extraordinaires. Dans l’année, on stabilise, l’an prochain, on amorce le mouvement, dans deux ans on accélère et dans trois ans on n'a plus de dette. Ben, voyons ! Encore ces jours-ci, l’ultra-compétente Lagarde et le super-génial Baroin rivalisaient de déclarations enthousiastes. Idem pour Fillon, notre héros des carpettes, tout en transe après la standing ovation du groupe UMP. Avec cette mâle déclaration : « Il faut nous libérer des déficits pour maintenir les taux d’intérêt à un niveau aussi bas que possible et retrouver des marges de manœuvre ».  Bien parlé… Pour l’action, c’est autre chose.

    Hier, un communiqué du Sénat est venu briser cette touchante scène de délire collectif en annonçant qu’avait été autorisé un prêt urgent pour faire les paies de décembre des fonctionnaires. Juste une bricole : 930 millions d'euros ! Je salue au passage ce communiqué du Sénat, car ni le Gouvernement, ni l’Assemblée Nationale n’avait jugé utile d’en parler.

    Résumons.

    (1). Le Parlement est entrain de voter un budget en déficit. C'est-à-dire que d’emblée, on annonce qu’on dépensera plus qu’il n’y a de recettes. Dans l’absolu, ça peut se défendre, si c’est un moyen de financer le développement du pays par de grands programmes que seul l’Etat peut conduire. Oui, mais voilà. Le montant de la dette est déjà exorbitant. la_tete_contre_les_murs01.jpg

    (2). Le service de la dette, soit le paiement des intérêts, représente environ 60 milliards d’euros, soit en recettes sensiblement le montant de l’impôt sur le revenu, en en dépense davantage que le ministère de la Défense ou celui de l’Education nationale. En 2011, compte tenu de ce niveau d’intérêts et des prêts qui vont arriver à échéance, on estime le besoin de financement par l’emprunt à 200 milliards d'euros. Si les banques augmentent leur taux d’intérêt de 1%, c’est un surcout de 2 milliards, soit le montant du Ministère de la Culture.  

    (3). Donc, on vote un budget en déficit, et avec cet engagement de 930 millions d’euros, on commence à dépenser en 2010 le budget de 2011 ! C’est la technique des décrets d’avance, procédure permet faire financer par anticipation des dépenses. C’est le cas pour des actions imprévues, genre catastrophe naturelle ou pération militaire, ou parce que les dépenses avaient été sous-évaluées. Mais là, c’est nouveau : c’est pour assurer la paie de décembre de huit ministères… Le président de la commission des finances du Séant, le centriste Jean Arthuis, confirme que c’est une première.

    (4). Alors on va aggraver le déficit, c’est évident…. Jamais de la vie, nous répond Arthuis, car on va annuler à due concurrence des autorisations sur 2011. Grandiose : le Parlement est entrain de voter le budget 2011, que l’on commence à dépenser en 2010, et des dépenses prévues pour 2011 seront annulées pour compencer ces avances sur dépenses.

    Demain, les mêmes petits galopins qui nous gouvernent vont nous faire de grands discours, genre Jaurès recyclé, sur la moralisation du capitalisme et les abus du monde bancaire. Vu du côté du banquier, il y a vraiment de quoi rigoler. Pour ce qui est du citoyen, c’est nettement moins drôle.  

     

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  • Voyage au bout de la nuit, 2010

    Une overdose à quatre ans. L’histoire dramatique de Colleen, et nos larmes pour pleurer. Les articles publiés dans L’Union – L’Ardennais par Aurélie Beaussart permettent de comprendre.

     

    Oui, un drame, mais quand vous aurez lu ce qui suit, vous voudrez tous embrasser la sœur ainée, Morgane, 13 ans, qui doit pleurer toute sa peine, mais qui est la plus merveilleuse des messagères du printemps. Trop, c’est trop.

     

    Juin 2010 : soustraction aux obligations parentalesdyn006_original_527_736_pjpeg_2500099_37f14ad07b0766fe3fdd28abb1da9732.jpg

     

    C’est l’histoire d’une famille. Les parents, Alain et Céline, et quatre enfants : Mégane, 13 ans, Benoît, 11 ans, Collen, 4 ans, et Alain Junior, 3 ans.

     

    Un cas grave pour le Conseil général de l’Aisne. A la suite d’un signalement par les services sociaux, début 2010, les parents ont été cités devant le tribunal correctionnel de Laon, le 10 juin 2010, pour soustraction aux obligations parentales (Code pénal, art. 227-17).


    La base du dossier était un rapport des enquêteurs sociaux pour les trois ans écoulés. Un rapport accablant : « Les faits vont de janvier 2007 au 31 octobre 2009. Il apparaiît que les enfants ont été totalement délaissés. On parle d’hygiène déplorable des jeunes mineurs qui vivent au milieu de dépôts d'ordures. Ils dorment sur de vieux matelas, dans une maison infestée de mouches, de poux et de puces. Ils ont la gale. Les carnets de vaccination ne sont pas à jour. Ceux qui sont en âge d'aller à l'école n'y vont pas avec assiduité. »

     

    Le Conseil général avait mandaté un avocat pour assurer la défense des droits des enfants, et il avait décrit une situation abandonnique.

     

    Ce rapport et cette audience avaient conduit à la séparation de cette famille, déjà cassée.

     

    Lors de l’audience du 10 juin, le père ne s’était pas déplacé. Seule la mère était là, et son propos était celui d’une personne dépassée. Pourquoi toutes ces négligences ? « J'en avais ras-le-bol. Le père se droguait tout le temps, je n'avais plus envie de rien. »

     

    Elle avait tout largué : son compagnon, ce taudis… et les enfants, essayant de recommencer une vie : « Sans ses enfants qui constituaient une charge trop lourde ». La vie…, mais sans les enfants.  

     

    Le tribunal avait condamné les deux parents. Un an de prison avec sursis pour la mère, et 4 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans pour le père, « avec obligation de recevoir un travailleur social, de suivre un traitement médical pour sa toxicomanie ».

     

    Ca, c’était le pénal. Sur le plan de l’assistance éducative, on en était resté au basique : la mère était partie, et le père était resté. Décision : résidence auprès du père, avec l’aide des services sociaux, entre le juge des enfants et le conseil général.

     

    Pas fameux, certes. Mais fallait-il placer les enfants en institution ? Ou disperser la fratrie entre plusieurs familles d’accueil ? Et le père n’était-il pas sujet à amendement ?

     

    Surdose de Méthadone pour Colleen138595.jpg

     

    La routine avait repris : les quatre enfants vivaient avec un père toxicomane, la mère tentait sa chance à l’Ouest, les services sociaux étaient partis pour une longue affaire, et les enfants étaient unis, mais en survie.

     

    Ce 22 septembre, tout a chaviré : Colleen, 4 ans, la dernière de la fratrie, est décédée aux urgences du centre hospitalier de Chauny, en fin de soirée. Elle avait avalé un flacon de méthadone, tôt le matin.

     

    Mercredi dernier, les examens ont confirmé la cause du décès et les parents ont été arrêtés. Placés en garde à vue, ils ont relâchés vendredi, et l’audience de jugement est fixée en février, à nouveau, pour soustraction aux obligations de l'autorité parentale. Seule le père est poursuivi.

     

    Un drame. Que s’est-il passé ? 

     

    Le matin, Colleen a trouvé un drôle de flacon de mérhsadone mal rangé, et en a tout avalé le contenu.

     

    Au début de l'après midi, l’assistante sociale était la maison. Les quatre enfants et le père était là. Colleen dormait. En réalité, elle était alors flinguée par la méthadone, mais vivante. On a causé, et puis l’assistance sociale est partie. Le père aussi s’est absenté pour aller faire des courses.

     

    En fin de journée, Mégane, la grande sœur, à peine 13 ans mais qui veille à tout, a trouvé Colleen effondrée, et elle a appelé une voisine. Celle-ci n’a pas appelé les secours, mais la mère, qui a débarqué aussitôt, pour appeler les secours, qui ont embrayés vers l’hôpital. Il était trop tard : Colleen est décédée d’une overdose. Du point de vue médical, une embolie pulmonaire.

     

    Le père est rentré dans la soirée, pour être accueilli par les policiers, qui l’on testé positif à la cocaïne.

     

     

    Trop compliqué pour le Maire

     

    Le Maire de Quessy, Christian Crohem, est à côté de ses pompes, dépassé par la situation : « C'est un événement accidentel par imprudence. Il ne faut pas porter de jugement de valeur en dehors de l'émotion. Cette famille est en situation de détresse avancée, mais il ne faut pas stigmatiser un quartier ou une famille, ça aurait pu se produire chez n'importe qui. » Pas de jugement de valeur…

     

    Monsieur le Maire, ce ne sont pas les valeurs qui sont en cause, mais la vie d’un enfant de quatre ans. Tu piges ?

     

    L’avocat des enfants s"interroge

     

    Maître Vignon s'étonne du choix du Parquet d'opter pour une convocation par officier de police judiciaire, pour une audience dans trois mois : « Il était sous contrôle judiciaire. Il s'agit d'une récidive à l'intérieur même de la mise à l'épreuve. Il aurait pu faire l'objet d'un jugement immédiat. Je suis effrayé de voir que cette précédente procédure n'a servi à rien. Elle n'a pas conduit ce monsieur à se ressaisir et à endosser son rôle de père. C'est affligeant. C'est lui qui, par inattention, par négligence, a causé la mort de cette enfant. Ça s'appelle quand même : homicide involontaire.

     

    Aurait-il fallu placer les enfants après le procès de juin ? L’avocat ne s’emballe pas, et montre toute la difficulté : « C'est un peu facile de dire cela. Il faut faire un maximum pour maintenir les enfants dans leur milieu d'origine. L'enfant a besoin de ses parents même s'ils sont défaillants. On a de plus en plus de dossiers de délaissement d'enfants. »

     

    Le procureur de la République justifie la qualificationDavid-Lorenz-Winston-Solitude-8457.jpg

     

    Le procureur de la République de Laon, Olivier Hussenet, s’explique. « Nous avons décidé, à tort ou à raison d'ailleurs, de laisser à ce père le soin d'enterrer son enfant, explique Olivier Hussenet, le procureur de Laon. Il n'y a rien de perdu dans la répression à le juger dans deux mois. Nous sommes dans un accident domestique. Elle aurait aussi pu boire de la Javel. Des produits ménagers dangereux sont stockés à portée de main des enfants dans bon nombre de foyers. La question de la comparution immédiate peut se poser dans tous les dossiers. Là, ce monsieur devra rendre compte en février. »

     

    Il explique les poursuites pour mise en péril de mineur telle qu’elle est décrite par l'article 227-17 du Code pénal : « Le fait, par le père ou la mère légitime, naturel ou adoptif, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre gravement la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de son enfant mineur. »

     

    Poursuivre le père pour homicide involontaire était impossible, soutient le procureur : « Ce n'est pas possible, selon la loi Fauchon de 2000 qui distingue la causalité directe et la causalité indirecte. Il faut prouver qu'il y a violation de façon manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement. Dans ce cas précis, aucune loi n'oblige à mettre la méthadone hors de portée des enfants.

     

    Le père veut assumer par la sanction

     

    Le père de Colleen sait qu'il risque la prison : « S'il faut que j'y aille j'irai. Dans un sens je me sens coupable. Je savais que la méthadone est un produit dangereux. J'ai peut-être mal rebouché le flacon, je ne me souviens pas. Mais si j'avais vu que Colleen n'était pas bien j'aurais fait quelque chose. Si je l'avais vu manipuler la méthadone je serais intervenu. »

     

    Depuis le tragique décès de son enfant, il a quitté ce logement : « C'était trop dur. J'ai tout jeté. Je ne pouvais plus rester à l'endroit ou Colleen est morte, m'assoir sur le canapé où elle s'était installée. Ca n'aurait pas dû arriver. Si j'avais eu de la méthadone en gélules ça ne se serait pas produit. C'est mieux sécurisé. Il faut vraiment de la force pour sortir le cachet. Je suis désolé de ce qui s'est passé. »

     

    Il sait que tous le considèrent comme responsable. La mère a repris les enfants et ne veut plus qu'il ait de contacts avec eux : « S'il souhaite les voir, d'accord, mais pas tout seul. »

     

    La mère et ses remords

     

    La jeune femme exprime sa douleur : « C'était difficile de voir tout ça dans la presse. Quand j'ai vu marqué ‘morte d'une overdose’ ça m'a fait un choc. Colleen n'a jamais pris de drogue. J'ai eu peur qu'on puisse penser le contraire. Quand j'ai quitté le père de Colleen je ne pouvais pas prendre les enfants car mon nouveau logement était trop petit. Je comptais emménager dans un logement plus grand pour les accueillir. J'étais en train de tout faire pour ça », explique-t-elle. Elle se constituera certainement partie civile : « Je ne veux pas d'argent mais au moins une peine de prison. Je veux qu'il comprenne. »

     

    Le tribunal correctionnel de Laon jugera le père de Colleen le 3 février.

     

    Des larmes pour Colleen, et cette interrogation : Si j’étais devant Morgane, que pourrais-je lui  dire ? 

     

     

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