12.01.2011
Lyon : Le scandale de l’Hôtel Dieu
Lyon perd son histoire, et le soldeur s’appelle Collomb Gérard. Il faut réagir et sauver l’Hôtel Dieu des mains des marchands.
Notre ami Gégé
D’abord, je dois vous présenter notre chef de chantier local, Collomb Gérard, dit Gégé.
Gégé est l’exemple même des types de Droite qui ne se supportent pas de Droite, cause références morales de papa et maman, et qui vont se réfugier à Gauche en se flagellant tous les matins. Marginalisé après le succès de Noir, il s’est retrouvé élu en 2001 quoique minoritaire en voix, car la Droite était divisée en 4 groupes. Mieux que d’autres, il connaissait sa fragilité électorale, et il a passé six ans à draguer quelques vaisseaux de la Droite, pour faire une liste plaçant en belle posture d’éminents sarkozystes. Cette alliance Gauche/Droite l’a emporté, avec au final chez les adjoints, les socialistes minoritaires et une omniprésence du Grand-Orient. Aussi, quand on vous dit « modèle politique lyonnais », pensez à une soupe trop cuite.
C’est dans ce cadre que vient l’affaire de l’Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu, c’est l’histoire de Lyon. C’est l’histoire de la médecine et de l’humanisme à Lyon. Un imposant ensemble immobilier, 62 000 m2 exploitables, dans la presqu’île, le long du Rhône, à cent mètres de la Place Bellecour. Le bâtiment s’est structuré à partir du XI° siècle. Depuis l’origine, l’Hôtel Dieu est le grand hôpital du centre ville. L’hôpital a été le lieu toujours ouvert pour accueillir ceux que la misère rejetait. Rabelais y a exercé, et cet hôpital, depuis des siècles, est synonyme d’excellence. Au XVIII° siècle, il était une expression de la réussite. L’Hôtel Dieu a été le cadre de grandes avancées médicales, et il a toujours été l’emblème d’une médecine ambitieuse, ouverte sur la ville. Excellence scientifique et conscience sociale, l’Hôtel Dieu a été une base pour ce qui allait devenir les Hospices Civils de Lyon, le 2° CHU de France.
Oui mais voilà. L’Hôtel-Dieu ne correspond plus à ce que doit être un hôpital, alors que de grands centres hospitaliers se développent à la périphérie de la ville. Tout le monde est d’accord. Il faut tourner la page. Le CHU doit quitter ce bâtiment.
Collomb cède l’Hôtel Dieu à l’industrie du luxe
Tourner la page, oui. En profiter pour se débarrasser de l’histoire, non. Or, c’est que veut Collomb Gérard : faire du lieu qui doit sa notoriété au social l’emblème de la richesse s’imposant en centre-ville. 
Le bâtiment appartient aux Hospices Civils de Lyon, dont le maire est, de par la loi, le président. Le même est par ailleurs le président de la communauté d’agglomération, le Grand Lyon. De quoi faciliter la synergie. Tu parles. Il en a profité pour tout filer au privé.
La restructuration de l’ensemble immobilier a été confiée au groupe Eiffage, pour réaliser un programme de luxe : un hôtel, des bureaux et des commerces, le tout top niveau. Eiffage investit 150 millions d’euros, et la ville pas un centime.
C’était l’argument factice posé comme principe incontournable par Collomb Gérard : « Il n’y a plus un sou ». Sous entendu : « La collectivité aurait tellement aimé pouvoir investir, mais je dois me résigner pour ne pas augmenter vos impôts… ». A d'autres...
La ville a tous les moyens pour agir
Il n’y aurait pas un centime public pour conserver la main sur l’Hôtel-Dieu, et éviter de le céder à l’industrie du luxe ?
Précisons d’abord que l’Hôtel-Dieu n’est pas une ruine mais un lieu affecté à un hôpital, répondant à toutes les normes de sécurité et d’hygiène.
Fallait-il 150 millions d’euros pour faire vivre le bâtiment sans l’hôpital, et lui garder une mission sociale, scientifique et éducative ? Certainement pas. Car à ce niveau, on parle du financement d'équipements de luxe. 100 millions pour faire correct est très raisonnable.
De plus, il peut très bien y avoir une mixité, car personne n’est hostile à l’installation de boutiques ou de bureaux. Prenons la moitié des 62 000 m2, réaménagée avec mesure. Un coût d’investissement de 50 millions, et en contrepartie des rentrées sous forme de loyer ou de revente.
La Ville de Lyon et le Grand Lyon ne peut investir 50 millions, ou même 100, pour sauvegarder un Hôtel Dieu restant un grand centre ouvert à tous, et pas seulement aux cartes platine ?
Le budget de la Ville de Lyon, c’est 693 millions d’euros, avec une section d’investissement aux environs de 200 millions d’euros. Celui du Grand Lyon, c’est 1 665 millions d'euros. Le vice-président aux finances, Jacky Darne, estime indispensable de « maintenir un taux d’investissement très élevé » et donne des chiffres : « Le budget d’investissement pourrait passer de 445 millions d’euros en 2010 à 492 millions en 2011 ».
Bien sûr, il ne s’agit pas de dépenser 100 millions d’euros, mais d’en emprunter l’essentiel, sachant des rentrées sont attendues. Des entreprises investies dans la santé s’étaient même offertes pour des projets de type fondation ou mécénat. Aussi, l’argument « la ville ne dépense pas un centime pour l’Hôtel Dieu » est un choix délibéré de Collomb Gérard de remettre le bien aux entreprises de luxe.
La remarquable reconversion des prisons
D’ailleurs, et dans le même temps, Lyon a connu la transformation d’un autre grand ensemble immobilier, celui des prisons, toujours dans le centre ville. Le propriétaire était l’Etat, qui a arrêté un projet impeccable pour ces 60 000 m2. 35 000 sont cédés à l'Université catholique pour 25 millions d’euros. Le reste est aménagé en des logements et une résidence étudiante, sous la gestion de l’Opac et du remarquable « Habitat et Humanisme », avec aussi des commerces de proximité. Le tout dans un projet architectural audacieux.
Il faut recadrer notre Gégé
Peut-on encore bloquer la passion du luxe de Collomb Gérard ? Certainement, car toute folie se soigne, et l’Hôtel Dieu est bon lieu pour cela.
Il faut d’abord écarter ce présupposé idiot selon lequel l’équipement phare doit être un hôtel de luxe. Les lieux ne manquent pas, mais il est inacceptable de donner à cet hôtel, réservé à une clientèle très riche, une notoriété acquise par l’humanisme, la science et le social.
Ensuite, il faut rétablir le principe d’une maitrîse publique totale du projet, car c’est la moindre des choses que le plus grand ensemble immobilier légué par l’histoire soit géré par la ville. Eiffage ne vient pas se ruiner, mais faire du profit. C’est dire que l’investissement est très jouable, s’il le faut par une société d’économie mixte.
Il faudra ensuite un concours de projets, sincère, visant à assurer cette présence sociale et scientifique au cœur de la ville. Nombre d’acteurs attendent d’être sollicités : entreprises de la région exerçant dans la santé, acteurs de l’économie solidaire, groupes scientifiques et universitaires... Les soutiens sont innombrables pour faire renaître l’Hôtel-Dieu dans la fidélité.

00:46 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : lyon, humanisme, santé











Commentaires
L'hôpital est né du christianisme, c'est une fondation essentielle qui s'est développée à travers toute l'Europe et en Terre Sainte avec les ordres hospitaliers. Qu'il y aît des raisons techniques de désaffecter l'Hôtel Dieu en tant qu'hôpital peut se concevoir, mais le choix des franc-macs d'y installer les marchands du temple est blasphématoire, évidemment.
Écrit par : Mathaf Hacker | 12.01.2011
hooo ! Fran, Fran : il y en a un qui souhaite réinstaurer le délit de blasphème à l'encontre du christianisme tel qu'il existait encore en 2008 en Grande-Bretagne. Lynchons-le, lynchons-le !
Morale : L'industrie du luxe ne connaît pas la crise ; TVA à 33% pour certains achats somptuaires, inutiles et minoritaires... Non ?
Écrit par : Denis75 | 12.01.2011
Quelle a été la procédure d'attribution, s'agit-il d'un partenariat public-privé ?
Écrit par : Fran | 12.01.2011
C' est dommage, penser qu' un bâtiment aussi beau puisse se transformer en un shopping center.
Je déteste les shopping centers.
Écrit par : Adriana | 12.01.2011
C'est très à la mode de salir ce qui est beau ; C'est à vous dégoûter de la plupart des politiques.
Écrit par : Sicotine | 12.01.2011
C'est quand qu'on fait détruire la pyramide du louvre dans ce cas ?
Écrit par : Fran | 13.01.2011
Fran, non, la pyramide n'a rien de laid elle permet même de voir les fondations de l'ancien Louvre, c'est l'un des rares ajouts qui soit bien. Pourtant, le rapport entre les Pyramides et le Louvre n'était pas évidemment. Par contre, les flots de béton et de bêtise qui défigurent Paris, sont de plus en plus fréquents.
Écrit par : Sicotine | 13.01.2011
...évident... et non "évidemment", je corrige mes fautes.
Écrit par : Sicotine | 13.01.2011
Je suis pour la pyramide sans restrictions. Tres beau, insolite, j'aime quand cela nous surprend.
Cela me rapelle aussi Napoleon et la presence française en Egypte ( le coté scientifique avec les savants, pas celui imperaliste).
Écrit par : adriana | 13.01.2011
La pyramide est une audace architecturale qui embellit un équipement public.
Avec cette affaire de l'Hotel Dieu, c'est l'abandon d'un lieu historique. Rien à voir. L'hopital avait fait que le centre vilel est pour tout le monde. Le projet de luxe est d'inverser cette logique.
Ce site est absolument magnifique, et il y a tout pour en faire une prodigieuse cité des sciences et de l'humanité.
Écrit par : gilles devers | 13.01.2011
Certainement ! et c'est le contraire qui se fait. En faire un lieu de marchands quelle qu'en soit la nature... marchands de luxe ou pas, c'est vraiment scandaleux.
Écrit par : Sicotine | 13.01.2011
si j' étais a la place de ce monsieur, je le ferais autrement. Une consultation populaire pour prendre la décision. Je ferais appel a un concours pour des projets et élection populaire du meilleur projet. C' est fou comme les gens sont créatifs quand on demande la participation.
Ma suggestion serait un centre culturel avec des librairies, cinema, theatre, gallérie d'art et ateliers. Et un beau theatre de guignols sans compter un centre d' enseignements de gastronomie. Tout dans un décor somptueux.
Écrit par : Adriana | 13.01.2011
Le système " Ben Ali" a fait des émules ;-)
Écrit par : Harry | 21.01.2011
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