31.01.2011
Chirac : Le JDD perd la boule
Mon ami Lacan expliquait : « On a du mal à dire la maladie ». Et mon ami avait raison.
La liberté de la presse, c’est en principe pour monter les marches de la réflexion et du débat. La loi protège toutes les idées, car on a tant besoin des idées.
Mais le JDD a surtout besoin de ventes,… pour ne pas se faire racheter. Alors, c’est tous azimuts. En comparaison, Closer va bientôt ressembler à un bulletin de sacristie.
Donc hier, le JDD en a fait des tartines sur la maladie de Jacques Chirac et nous montre une belle photo du visage de l’homme fatigué. Un choix qui a du retenir l’attention des boss de la Merdical Lagardère Corporation pendant quelques heures.
- Non, pas celle là, il a l’air normal.
- Celle là non plus, on voit bien que c’est une grimace.
- Celle-là est bien, mais il fait trop décalé.
- Et celle-là, elle est pas mal, non ?
- Ni trop ni trop peu, et on voit bien quand même qu’il a l’air absent. Pour moi, c’est bon.
- Ok pour la Une.
- On la passe aux retouches, et ça roule.
J’espère qu’ils ont bien vendu et que les recettes publicitaires à la hausse. Sinon, c’est à désespérer. L’image d’un président la République qui part aux châtaignes c’est bien mieux que Claire Chazal topless… Tout ceci ne mérite que le mépris.
Le JDD n’a pas violé le secret médical, car le JDD n’est pas un médecin. Il ne manquerait que ça.
Mais le JDD viole l’intimité de la vie privée. Jacques Chirac, pour qui j’ai voté une fois dans ma vie (Que Dieu me pardonne !), a droit à la protection de sa vie privée. C’est un papy célèbre mais il n’exerce aucune fonction justifiant qu’on publie sur son état de santé, réel ou supposé. Le JDD viole la loi avec l’air épanoui de l’abruti heureux.
Selon l’article 9 du Code civil, le simple fait, objectif, d’atteindre la vie privée engage la responsabilité. Ceci dit, les avocats de Chirac s’abstiendront du procès, qui serait une pub inespérée pour la Merdical Lagardère Corporation.
Ce qui me gêne encore plus dans cet article, c’est la diabolisation de la maladie d’Alzheimer. Non, mais à lire ces buses, être malade c’est une relégation !
L’Alzheimer est une maladie, une maladie comme une autre. On connaît des formes jeunes et sévères, oui. Mais il est scandaleux qu’une daube comme le JDD entretienne l’idée : Alzheimer = fin de la vie.
Quoiqu’il en soit pour notre Chichi, ce dont personne ne sait rien, ce sont toutes les personnes atteintes par cette maladie qui en prennent un bon coup sur la tronche. L’Alzheimer comme la peste du Moyen-âge ou le Sida des années 1980. Comment calmer ces incultes…
L’Alzheimer est une maladie du grand âge, très présente dans les sociétés riches, qui en quelques décennies ont explosé les références de l’espérance de vie. En France, à 80 ans, on est jeune, il faut s’y faire. Au Yémen du Sud, le problème est moins palpable. Le JDD devrait enquêter.
L’Alzheimer est une maladie que l’on connaît de mieux en mieux et que l’on parvient à soigner de mieux en mieux. La réussite, c’est le diagnostic précoce, qui revient à dire « Alzheimer » pour des personnes autonomes, qui vont bien et qui ont devant elles des années de vie sociale, intime, affective, des années de vie faites d’espoirs et d’épreuves, comme pour vous et moi.
Cette histoire me rappelle la tête d’un juge d’instruction à qui un médecin, un crack de la gériatrie, expliquait pourquoi il avait décidé du retour à domicile d’une personne âgée pour laquelle il avait posé le diagnostic d’Alzheimer. Que le JDD se mette ça dans le crâne : on vit, avec une maladie.
Vivre avec une maladie, quelle qu’elle soit. Rester un être libre, toujours en relation, toujours dans le respect, et refuser la stigmatisation, cette idée d’une société en noir et blanc, une dictature où l’alternative est « tout bon, ou tout faux ».
- T’as vu le JDD d’hier ?
- Oui, je l’ai parcouru d’un derrière distrait.

01:24 Publié dans droit de la presse | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : presse, chirac, responsabilité
30.01.2011
Mariage homo : Plus que deux ans à attendre
Dans deux ans, François Hollande sera président de la République et le mariage homo sera légalisé. Enfin ! X aime Y et inversement, la loi entérine ; puis X et Y mènent leur vie comme bon leur semble, et tant que bon leur semble. Un truc tout simple comme l’amour.
La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 a illuminé le monde alors que nos amis british se gavaient déjà des bienfaits du Bill of rights. Or, cette Déclaration, marquée du signe des trois points, était un truc de mecs intéressés, je veux dire intéressés à la sauvegarde de leurs affaires. Ce que la société a fait du texte vaut mieux que le texte.
La France des Lumières, celle du « libres et égaux », a gentiment gardé le statut d’esclave jusqu’en 1848, celui de l’infériorité des femmes, privées d’existence civique par le refus du droit de vote jusqu’en 1945 et de la jouissance de leurs revenus jusqu’à 1965 (C’était le mode iranien sur les bords de la Seine), celui des indigènes car il fallut la guerre du peuple algérien pour mettre fin à ces lois d’apartheid, et celui pénalisant les relations homos : une loi signée par le traître Pétain, conservée par le général à titre provisoire De Gaulle, et abrogée par le charentais Mitterrand. Quelle équipe...
Mais, de quarante ans d’endoctrinement législatif, notre bonne société a gardé ce truc dans la tête : la loi a le droit de qualifier les amours.
Tu es une fille et tu aimes un garçon, c’est bon ; tu aimes une fille, va te faire voir. Les maires n’ont aucun problème pour célébrer l’union d’un alcoolo pourade qui va frapper sa femme dès le lendemain, et ils applaudissent la Cour de cassation qui annule le mariage des deux femmes qui s’adorent, ou de mecs itou. 
Notre excellent Conseil constitutionnel (Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011) reste dans cette tradition : l’homme veille au grain. Une idéologie de bar,… et pourtant le Conseil constitutionnel ne pouvait juger autrement sauf à réécrire la loi, ce qui n’est pas son job.
Le Conseil assoit son auguste raisonnement sur l’article 6 de la Déclaration de 1789, selon lequel « la loi doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ». Il poursuit : « Le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit ».
Pour censurer la loi, le Conseil aurait dû inventer une théorie de l’égalité propre à laminer la diversité. Un rouleau compresseur, mettant sur le même niveau le respect des droits fondamentaux et les règles permettant à toute société d’organiser sa diversité.
Ainsi, le Législateur est comme un oiseau sur la branche : aujourd’hui, il dit une chose – le mariage c’est pour une fille et un garçon – mais demain, il sera libre de dire l’inverse.
Je déplore bien sûr que notre Parlement reste sur ce sujet bloqué dans la position du missionnaire. Il pourrait innover, et je suis prêt à parier que, dans sa pensée secrète, il en rêve. Seulement voilà, l’UMP n’est pas un parti politique, mais une fabrique de congélateur. Ce qui fait beaucoup de cons gelés.
Pourtant, avons-nous mieux à faire que chercher à comprendre ?

01:10 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : mariage, liberté, françois hollande
28.01.2011
La vie ne peut être un mensonge
Acheter un enfant : il faut les salauds qui organisent la vente ; les destroys, assez crédules pour apporter l’argent et capables d’apporter de l’amour à ces enfants ; les enfants qui n’ont rien demandé à personne et qui un jour ont le sentiment que papa et maman ne sont pas papa et maman.
200.000 et 300.000 personnes pourraient être concernées par cette dramatique histoire espagnole qui a commencé en 1940 et n’a pris fin qu’au cours des années 1990.
Cette crapulerie d’Etat trouve ses racines avec le franquisme. La politique visait à voler les enfants des prisonniers politiques et des femmes républicaines pour les donner aux familles qui adhéraient au fascisme. Un décret datant de 1940 permettait de placer les enfants si leur « éducation morale » était en danger : un texte banal, mais une application vérolée.
Après, le système est devenu affairiste. Les voyous ont toujours apprécié la rigueur intellectuelle des fascistes. Tout un système s’est mis en place. Les identités des bébés étaient falsifiées avec le concours de la police, et l'enfant « acheté » figurait sur le livret de famille comme enfant biologique de la famille. 
Ces enfants volés à leurs parents ont grandi, ont connu des parents aimants, sont devenus des femmes et des hommes, et, à partir de mille petits signes, ils ont senti le doute naître en eux. Ils ont cherché, fouillé toutes les pistes, et se sont regroupés dans l’Association Nationale de Victimes d’Adoptions Illégales (ADANIR), fondée par deux enfants achetés, Antonio Barroso et Juan Luis Moreno.
Hier, leur avocat, Henrique Vila, a déposé une plainte collective pour plus de deux cents de ces enfants appropriés devant le Procureur général de l'Etat espagnol, Candido Conde-Pumpido.
Enrique Vila explique :
« Des couples mariés qui ne pouvaient avoir des enfants, souvent bien agés, se mettaient en rapport au moyen de connaissances avec des personnes qui pouvaient leur en fournir. Dans une première rencontre on leur disait dans quelle ville ils auraient à aller et l'argent qu'ils devaient payer pour et le jour indiqué, ils se déplaçaient là où l'échange était fait, généralement dans des maisons ou des parcs. Après ils ordonnaient à une matrone ou à une infirmière de leur propre ville de falsifier, avec aussi un paiement préalable, le certificat de naissance, puis avec celui-là ils se présentaient à l'état civil où ils inscrivaient le bébé comme propre à eux. Tous emportaient de l'argent ».
« Il y avait des femmes sans histoires avec des accouchements sans problèmes à qui on retirait le nouveau né en leur disant qu'il était mort. Plusieurs ne virent jamais voir le corps du bébé, ni le certificat de décès, ni rien de rien. L’enfant sortait de la clinique avec pour destination un autre foyer. On modifiait les historiques médicaux et les actes de naissance pour effacer toute trace de ce qu'on avait fait. Il y avait pratiquement toujours des personnes religieuses impliquées dans ces histoires. Elles se croyaient dotées d'un pouvoir moral leur permettant de retirer des bébés à des mères sans ressources pour les donner à des familles conventionnelles. Mais elles figurent là parce qu'en ces années elles travaillaient comme infirmières dans les hôpitaux, et non parce que c'était une affaire institutionnelle de l'Église", explique Vila.
Francesco Tena, un sociologue qui travaille avec l’ANADIR ajoute :
« Il y a eu de nombreuses familles à qui on a enlevé des enfants. Les mères étaient pauvres culturellement et économiquement. Il s'agissait de célibataires, de jeunes sans défense qui se résignaient quand on leur disait que l'enfant était mort. Certaines sont encore aujourd'hui en cours de traitement psychologique. La majorité des adoptants l'ont fait de bonne foi et on ne peut pas les accuser d'un délit parce que, bien qu'ils ont payé pour les enfants, persuadé que c’était le paiement de frais médicaux et administratifs. »
La justice espagnole doit renoncer à invoquer les règles de la prescription, pour dire que cette prescription ne peut être opposée à ces enfants appropriés, contre lesquels on élevait des murs de silence.
Il faut certainement un peu de mensonge, souvent par abstention, pour que la vie soit possible. Mais une vie ne peut être un mensonge. Aujourd’hui, la justice a rendez-vous avec la vérité.

00:45 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : espagne, filiation, franquisme
27.01.2011
L’Egypte : Obama à la manœuvre
Où va l’Egypte ? Les US ont tout misé sur un dictateur corrompu pour stabiliser le Proche-Orient, alors que les planches pourries ont un destin assuré. Aujourd’hui, la question est de savoir comment Obama va gérer la révolte du peuple égyptien, car il est bien clair que c’est lui qui tient les commandes.
L’Egypte… La capitale du monde arabe, avec au centre du Caire, au bord du Nil, le siège de la Ligue Arabe. L’Egypte, source des civilisations. L’Egypte puissante, riche, organisée, écoutée. L’Egypte qui, malgré les efforts de ses dirigeants actuels, n’est pas parvenue à effacer son histoire récente, celle du renouveau arabe avec le grand Nasser.
Il était impératif de stabiliser l’Egypte, oui, car c’est la place centrale du Proche Orient, mais c’était miner cet objectif que de tout fonder sur un pouvoir qui, au jour le jour, montre qu’il joue son intérêt contre celui de son peuple : mafia du pouvoir pour contrôler la richesse du pétrole, constitution bidouillée pour permettre le maintien au pouvoir du chef, élections bidons, contrôle de la presse, opposition interdite, syndicalisme persécuté, omniprésence policière… Lors d’une visite au Caire, il suffit de quelques centaines de mètres pour quitter les buildings, les musées et les grandes artères et se plonger dans le monde de la misère.
L’Egypte, nourrie de son passé et de sa puissance économique, avait tout pour aller, pas à pas, vers une société moderne, inventant son modèle démocratique. Les US ont été trop heureux de récupérer ce joyau tombé des mains du communisme, et ils ont tout accepté d’un pouvoir qui assurait leurs intérêts.
Alors que va-t-il se passer ?
Les enjeux sont considérables. L’Egypte est une puissance politique et économique. Elle a des frontières avec la Libye, le Soudan, la Palestine par le territoire de Gaza, Israël et l’Arabie Saoudite est à quelques kilomètres.
Seule la répression permet à Moubarak de rester dans ses palais, et l’élimination de toute forme d’opposition politique a projeté les forces de la révolte dans des réseaux que nul ne connait. Obama joue tout sur un pouvoir qui serait balayé par des élections libres. Les Frères Musulmans sont forts, oui, et la manière dont ils ont été éjectés du jeu politique les renforcent considérablement quand la seule préoccupation du pouvoir est de tenir contre son peuple. La pourriture d’un pouvoir donne des lettres de noblesses aux opposants, qui appellent au retour de la morale. Qu’ont fait en trente ans les US pour défendre les démocrates égyptiens ?
C’est l’heure H : Obama n’acceptera pas le renversement de Moubarak, et il ne laissera pas le peuple égyptien décider. Ce sera donc la force, avec comme attrape-nigauds, des discours destinés à sauver les apparences.
Tôt ou tard, les Egyptiens choisiront leur destin, comme l’ont fait tous les peuples. L’impitoyable répression pensée par Obama et mise en œuvre Moubarak peut retarder l’échéance, mais elle ne fait que préparer des réactions encore plus violentes.
L’addition sera cognée, et qui la paiera ?


01:33 Publié dans Répression politique | Lien permanent | Commentaires (143) | Envoyer cette note | Tags : obama, egypte, liberté
25.01.2011
Inde : La Cour suprême rend hommage aux aborigènes
En 1994, Nandabai, une jeune femme indienne de 25 ans, est violentée et humiliée par des membres de la caste de son mari, estimée supérieure. Seize ans plus tard, la Cour suprême confirme la condamnation de ses agresseurs, et rend un vibrant hommage à ces tribus qui sont en fait les descendants des premiers habitants de l’Inde.
Nandabai fait partie de la communauté Bhil, une population tribale, marginalisée et très appauvrie, et c’est pour cette raison que des membres de la caste de son époux avaient formé cette expédition punitive. Après bien des déboires de procédure, Nandanbai a obtenu un jugement condamnant les agresseurs. Une peine légère de un an de prison, après une accusation bien arrangeante pour les accusés,… mais ceux-ci, ne pouvant admettre l’idée d’une condamnation, forment un recours devant la Cour suprême. Dans son jugement du 5 janvier, la Cour suprême rejette le recours et déplore l’indulgence relative dont ont fait preuve les juges. Surtout, la Cour se lance dans un passionnant plaidoyer pour ces populations tribales. Elles méritent le plus grand respect et l’Inde leur doit une protection spécifique car elles ont été les populations originaires de l’Inde, un grand pays d’immigration, et malgré l’injustice et les difficultés, elles ont su garder une remarquable intégrité morale.
Où est Nandabai aujourd’hui ? Que fait-elle ? J’aimerai tellement la remercier pour son courage, Nandabai. Lui dire bravo pour à sa confiance dans la justice qui permet à l’Inde de faire un pas immense.
Voici le texte de l’arrêt, en anglais, récupérer grâce à l’excellent site de l'ONG Survival International.
Il aurait été trop long de traduire le texte en intégralité et cela nous conduirait vers des questions de procédure propres au droit applicable en Inde. Je vous propose une lecture plus libre des points essentiels de l’arrêt, et j’ai cherché à être fidèle à l’esprit et la démarche de la Cour suprême.
* * *
La Cour affirme d’emblée que cette affaire fournit un exemple typique du traitement imposé aux populations tribales, alors que ce sont les descendants des premiers habitants de l'Inde. Aujourd'hui, elles ne représentent qu'environ 8% de la population indienne, et sont des communautés marginalisées et vulnérables, connaissant une grande pauvreté, l'analphabétisme, le chômage, la maladie et la rareté de terres à cultiver.

Les faits
La victime dans cette affaire est une jeune femme, Nandabai, âgée de 25 ans au moment des faits, appartenant à la tribu Bhil. Les faits sont survenus il y a seize ans, dans un village du Mahabaharata.
Nandabai résidait avec son père, son frère handicapé, et sœur, souffrante de maladie mentale. Elle a eu des relations avec un homme nommé Vikram, et ils sont devenus les parents deux enfants. Ici, il faut préciser que Vikram appartient à une caste supérieure et son mariage avait été arrangé par sa famille avec une femme de sa caste.
Le 13 mai 1994 vers 17 heures, un groupe de trois hommes et une femme, issus de la même caste que Vikram, sont entrés dans la maison familiale et s’en sont pris à Nandabai pour avoir cette union avec Vikram. Ils ont commencé à frapper Nandabai à coups de poing et à coups de pied. Puis, alors que deux des accusés lui tenaient les mains, deux autres lui ont retiré sa jupe. Ils lui ont déchiré son chemiser, arraché son soutien-gorge, et ils ont emmené Nandabai, l’obligeant à défiler sur la route du village. Pendant tout le trajet de cette expédition punitive, ils ont continué à battre et abuser d’elle.
Dans la soirée, la police a été avisée, et les agresseurs ont été arrêtés. Ils ont ensuite été condamnés au terme d’une procédure longue, et ils ont bénéficié d’une grande clémence des juges, n’étant condamnés qu’à un an de prison, alors que le sort infligé à la victime est honteux, choquant et scandaleux. Pour leur défense, les accusés soutenaient notamment que les personnes appartenant à la communauté Bhil vivent dans des vêtements déchirés… Pour la Cour, ceci montre cette triste mentalité considérant que les populations tribales sont inférieures, ce qui est totalement inacceptable dans l'Inde moderne.

Connaître son histoire…
En réalité, tout montre que les Bhils sont les descendants de certains des habitants originaires de l'Inde, connus sous le nom d’aborigènes, ou tribus Adivasis. Les Adivasis ont été persécutés sans pitié pendant le 17ème siècle. Lorsqu’une personne était arrêtée et se révélait être un Bhil, elle était souvent été tuée sur le coup. Les études historiques montrent que nombre de membres de la communauté Bhil ont ainsi massacrés. Aussi, les Bhils se sont retirés dans les bastions des collines et des forêts. Dans le période actuelle, ils ne représentent plus que 8% de la population de l’Inde, alors que les 92% se compose de descendants des immigrants, principalement originaires du Nord-Ouest, et dans une moindre mesure du Nord-Est.
L'Inde est globalement un pays d'immigrants. Alors que l'Amérique du Nord (USA et Canada) est un pays de nouveaux immigrants, venus principalement d'Europe au cours des quatre ou cinq derniers siècles, l'Inde est un pays d'immigrants âgés, venus au cours des dix mille dernières années.
Pour la Cour, il s'agit d'un point de grande importance pour la compréhension du pays, il est nécessaire d’entrer dans le détail.

L’histoire des populations de l’Inde
Les gens migrent des régions défavorisées vers celles qui semblent plus fécondes. Ceci est naturel parce que tout le monde cherche à se rapprocher de la prospérité. Avant la venue de l'industrie moderne, il n’y avait que des sociétés agricoles, et l'Inde a été un paradis parce que l'agriculture exige un terrain plat, le sol fertile, beaucoup d'eau pour l'irrigation, ce qui a toujours été le cas en Inde. De ce point de vue, l'Inde est un véritable paradis pour les sociétés pastorales et agricoles parce qu’elle a la bonne altitude, des terres fertiles, des centaines de rivières, des forêts et elle est riche en ressources naturelles. C'est pourquoi pendant des milliers d'années, les populations se sont rendues dans en Inde, y trouvant une vie confortable ici dans un pays favorisé par la nature.
Pourquoi une personne qui vit en Inde voudrait-elle s’installer par exemple en Afghanistan, qui connait un terrain accidenté, rocailleux, montagneux et couvert de neige pendant plusieurs mois dans une année, de telle sorte que la culture y est très difficile ? C’est la cause essentielle de l’immigration et des invasions. Les seuls mouvements en sens inverse sont ceux des Indiens qui ont été envoyés durant la domination britannique comme des travailleurs sous contrat, et de l’émigration récente de quelques millions d'Indiens vers des pays développés, à la recherche de l'emploi. On ne connait pas un seul exemple d'une invasion par l'Inde, c’est-à-dire à l’extérieur de ses frontières.
L’opinion communément admise est que les habitants d’origine de l'Inde ne sont pas les Dravidiens, mais les pré-Dravidiens Munda, des aborigènes dont les descendants vivent actuellement dans des parties de Chotanagpur (Jharkhand), Chattisgarh, Orissa, du Bengale occidental, les Todas de l'Nilgiris au Tamil Nadu, les tribus des îles Andaman, les Adivasis dans diverses parties de l’Inde, en particulier dans les forêts et les collines, par exemple Gonds, Santhals ou les Bhils.

L’Inde, un pays d’immigrants
92% des personnes vivant en Inde sont des descendants d'immigrés, et c’est pour cette raison qu'il y a une telle diversité en Inde. C’est une caractéristique importante du pays, et la seule façon de l'expliquer, c'est accepter que l'Inde est en grande partie un pays d'immigrants.
Ainsi, il y a un grand nombre de religions, de castes, de langues, de groupes ethniques, de cultures. Dans la population, les uns sont grands, les autres ont petits, certains ont le teint foncé, d’autres la peau claire, et on relève toutes sortes de nuances : les uns ont les traits caucasiens, d’autres mongoloïdes, d’autres encore négroïdes… On voit aussi de grandes différences dans l'habillement, les habitudes alimentaires et tant d'autres questions.
On peut comparer l'Inde avec la Chine qui est à la fois plus vaste et plus peuplée. La Chine a une population d'environ 1,3 milliards alors que notre population est d'environ 1,1 milliards. La Chine a plus que deux fois la superficie du territoire indien. Cependant, tous les Chinois ont les traits mongoloïdes. Ils ont une écriture commune écrite, le chinois mandarin, et 95% d'entre eux appartiennent à un groupe ethnique, a appelé les Chinois Han. Il y a donc une large homogénéité en Chine, même si elle n’est pas absolue.
S’agissant de l'Inde, les migrations à grande échelle et les invasions, échelonnées au cours de milliers d'années, ont apporté leurs différentes cultures, langues, religions, qui font l'extraordinaire diversité de l'Inde.

Une Constitution pour assurer l’égalité
L'Inde étant le pays de cette grande diversité, il est absolument essentiel, pour garder le pays uni, de connaître la tolérance et mais aussi un respect égal pour les toutes les communautés et les sectes. Nous devons saluer la sagesse de nos pères fondateurs, écrivant une Constitution laïque, pour s’adresser à la très grande diversité dans notre pays.
La Constitution nous demande de nous maintenir unis, dans notre très grande diversité, parce qu’elle garantit l'égalité l'égard de tous les groupes communautaires, les sectes, linguales et ethniques. Ainsi, la Constitution garantit à tout citoyen la liberté d'expression (Article 19), la liberté de religion (article 25), l'égalité (articles 14 à 17) et la liberté (article 21).

Egalité formelle et égalité réelle
Toutefois, donner l'égalité formelle à tous les groupes ou les communautés en Inde n'aboutirait pas à une véritable égalité. Les groupes historiquement défavorisés doivent bénéficier d'une protection spéciale et d'une assistance afin de pouvoir d’extirper de la pauvreté et de leur faible statut social. C'est pour cette raison que des dispositions spéciales ont été incluses dans la Constitution aux articles 15 (4), 15 (5), 16 (4), 16 (4A), 46, pour le développement de ces groupes.
Parmi ces groupes, les plus défavorisés et marginalisés en Inde sont les tribus Adivasis qui, comme déjà mentionné, sont les descendants des habitants de l'Inde. Ils sont devenus les plus marginalisés, vivant dans une pauvreté terrible avec des taux élevés d'analphabétisme, la maladie, la mortalité précoce,…
Leur sort est connu et il a été décrit par cette Cour dans l’affaire Samatha c. État du Andhra Pradesh et d'Ors, en 1997. Par conséquent, il est du devoir de tous ceux qui aiment notre pays de s’assurer que les contraintes ont pris fin pour ces tribus et qu’elles reçoivent l’aide propre à restituer leur statut économique et social, car elles ont été victimes pendant des milliers d'années de l'oppression et d’atrocités terribles. La mentalité des nos compatriotes envers ces tribus doit changer, la règle devant être le respect qu’elles méritent en tant que premiers habitants de l'Inde.

La noblesse, malgré l’oppression
L'injustice faite aux populations tribales de l'Inde est un chapitre honteux dans l'histoire de notre pays. Les tribus étaient appelés « Rakshas », soit les démons. Ils ont été abattus en grand nombre, et les survivants et leurs descendants ont été dégradés, humiliés, et toutes sortes de atrocités infligées sur eux pendant des siècles. Ils ont été privés de leurs terres, et poussé dans les forêts et les collines où ils mener une existence misérable de la pauvreté, l'analphabétisme, la maladie… Mais maintenant, des groupes d’intérêts ont entrepris de les priver même de leurs forêts et des terres d’où tirent leur vie, et des produits de la forêt dans laquelle ils survivent.
Malgré cette oppression horrible, ces tribus ont gardé le niveau moral le plus élevé dans notre pays. En règle générale, ils sont d’une grande franchise, ne trichent pas, et ignorent les méfaits que les non-tribaux commettent régulièrement. D’une manière générale, on peut dire qu’ils ont caractère supérieur aux non-tribaux. Il est temps de réparer l'injustice historique dont ils sont victimes.
Des affaires comme celle-ci, méritent une condamnation totale et des punitions sévères.
Par ces motifs, le pourvoi est rejeté.

23:38 Publié dans droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note | Tags : inde, femmes, justice, égalité
24.01.2011
Faut-il supprimer les allocs des députés absentéistes ?
Comme pour les vilains garnements, pourquoi ne pas couper les allocs aux députés qui sèchent les séances de l’Assemblée sans motif valable ? On va se les cadrer, les sauvageons…
Le Journal officiel vient de publier le décret n° 2011-89 du 21 janvier 2011 relatif aux modalités de calcul de la part des allocations familiales suspendues ou supprimées en cas d'absentéisme scolaire. C’est le texte d’application de la géniale loi n° 2010-1127 du 28 septembre 2010, que l’on trouve dans le Code de la sécurité sociale à l’article L. 552-3-1 : « En cas de manquement à l'obligation d'assiduité scolaire, le directeur de l'organisme débiteur des prestations familiales suspend, sur demande de l'inspecteur d'académie, le versement de la part des allocations familiales due au titre de l'enfant en cause, selon les modalités prévues à l'article L. 131-8 du code de l'éducation ».
L’article 131-8, avant de se perdre dans des ramifications byzantines, pose ce principe sain, propre à restaurer le cœur républicain :
« Lorsqu'un enfant manque momentanément la classe, les personnes responsables doivent, sans délai, faire connaître au directeur ou à la directrice de l'établissement d'enseignement les motifs de cette absence.
« Les seuls motifs réputés légitimes sont les suivants : maladie de l'enfant, maladie transmissible ou contagieuse d'un membre de la famille, réunion solennelle de famille, empêchement résultant de la difficulté accidentelle des communications, absence temporaire des personnes responsables lorsque les enfants les suivent. Les autres motifs sont appréciés par l'inspecteur d'académie. Celui-ci peut consulter les assistantes sociales agréées par lui, et les charger de conduire une enquête, en ce qui concerne les enfants en cause ».
Voici une bien mâle loi, et bien sûr, je dois encourager le législateur à ne pas s’arrêter en si bon chemin. Dans la République, le vote est sacré, et le rejeton né des amours contrariés de la Droite et de la Gauche, encore appelé « député », doit être au niveau de sa mission, et au minimum, être tenu de participer à temps plein aux travaux de l’assemblée, nationale et républicaine, ce pourquoi il a été élu.
Je propose aussi le vote, selon la procédure d’urgence, de la loi suivante.
« Lorsqu'un député manque momentanément les travaux de l’Assemblée Nationale, les électeurs responsables doivent, sans délai, faire connaître à la présidence de l’Assemblée les motifs de cette absence.
« Les seuls motifs réputés légitimes sont les suivants : maladie du député, maladie transmissible ou contagieuse d'un membre du parti politique, réunion solennelle du parti politique, empêchement résultant de la difficulté accidentelle des communications. Les autres motifs sont appréciés par le tribunal populaire du coin. Celui-ci peut consulter les assistantes sociales agréées par lui, et les charger de conduire une enquête, en ce qui concerne les députés en cause »
« En cas de manquement à l'obligation d'assiduité parlementaire, le directeur de l'organisme débiteur des prestations familiales suspend le versement de la part des allocations familiales due au titre du député en cause ».
Alors, les p’tits amis, on la vote cette belle loi ? L’absentéisme parlementaire est scandaleux, et ne nous faites pas le coup « on ne les voit pas, car ils travaillent en commission ». Pierre-Alain Muet, un député qui fait très bien son travail, raconte le vote d’un amendement lors du collectif budgétaire, malgré l'opposition du gouvernement. Il était en effet le seul député présent à Gauche, et les 4 de Droite s’étaient abstenus. Une voix...
Y’aurait pas un p’tit problème, des fois ?
01:46 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : député, démocratie, république
23.01.2011
Les médicaments et la responsabilité
En pleine affaire Médiator, voici le Laboratoire Servier condamné par la Cour d’appel de Versailles, ce 20 janvier, pour le dommage subi du fait d’un médicament. Aussitôt, apparaissent les titres proclamant la fin de l’impunité… L’effet de calendrier peut faire illusion, mais la question jugée est bien différente. Essayons une analyse, à partir des règles posées par la Première chambre de la Cour de cassation le 9 juillet 2009 (N° 08-12777), dans la décision qui a défini le cadre de l’arrêt de la Cour d’appel de Versailles.
Les faits
Une patiente a été traitée avec de l’Isoméride entre 1986 et 1988, puis de nouveau en 1993. Son décès est survenu le 31 octobre 1995 des suites d'une hypertension artérielle pulmonaire, alors qu’elle était âgée de 47 ans.
La famille, informée de dangers potentiels de ce médicament, a engagé une procédure en responsabilité civile contre le laboratoire. C’est un litige classique entre un patient et l’assureur de l’entreprise mise en cause. Avant de s’engager dans le procès proprement dit, il faut réunir des éléments de preuve. Pour la part scientifique, la solution pratique est d’obtenir la désignation d’un expert, par la procédure de référé.
C’est ce qu’a fait la famille de la défunte, et les experts ont dit que l'affection ayant entrainé le décès était en relation directe et certaine avec l'administration de l'Isoméride : « L'association entre la prise de ces anorexigènes (Ponderal retard et Isoméride) et l'hypertension artérielle primitive était considérée comme établie par plusieurs études et en particulier estimée par une étude internationale (Abenhaim, 1996). Le risque relatif était de 6,3, c'est-à-dire que le risque de développer cette maladie était de 6,3 fois plus forte que dans la population normale non exposée à ces médicaments. Des cas d'hypertension artérielle pulmonaire en relation avec la prise de fenfluramine avaient été rapportés dès 1981. Il apparaissait donc que les dangers éventuels de la prise d'Isoméride étaient connus bien antérieurement aux modifications apportées dans le Vidal 1993 ».
Homologuant le rapport d’expertise, les juges ont estimé que la preuve d'un lien de causalité direct et certain entre la prise d'Isoméride et l'HTAP était suffisamment établie, de telle sorte qu’une imputabilité devait être reconnue à l'Isoméride dans la survenance du dommage, à savoir le décès de la patiente.
La causalité, mais pas de faute…
Juridiquement, on trouve alors un dommage certain, le décès, et un double lien de causalité : avec la maladie traitée et avec le médicament. Une sérieuse avancée, mais pour obtenir la reconnaissance de la responsabilité, il manque l’élément clé : la faute.
Le lien de causalité est une relation de type scientifique entre deux faits : le décès et la prise du médicament. Mais pour engager la responsabilité, il faut prouver la faute. Or, où est la faute quand le produit a été conçu après des protocoles de recherche et d’essai reconnus, bénéficie de l’autorisation de mise sur le marché (AMM), et est prescrit par des médecins, et sous leur surveillance ? Chacun sait que le médicament est un produit dangereux, d’où toutes les règles relatives à sa préparation et à son usage. Mais la survenance du risque, risque connu et évalué, ne peut être confondue avec l’existence d’une faute.
A ce stade, la procédure se trouve mal engagée et c’est seulement parce que le droit a supprimé l’exigence de la faute dans ce type d’affaires que le procès a pu être gagné. Pour comprendre, il faut partir des fondamentaux.
Toute la théorie du droit repose sur le principe selon lequel la responsabilité est engagée pour les fautes commises. Les médecins connaissent bien cette règle, sous l’angle de l’obligation de moyens. Le médecin ne s’engage pas à un résultat, qui serait la guérison, mais à mettre en œuvre tous les moyens pour tendre au meilleur résultat possible, et sa responsabilité est engagée s’il a commis une négligence, une abstention ou une maladresse. La jurisprudence considère qu’il a alors manqué à son obligation de moyens, ce qui constitue sa faute et engage sa responsabilité.
De la faute au risque… et à l’assurance
Ce grand classique qu’est la théorie de la faute a été complété au fil du temps par une théorie du risque, partant du constat simple qu’un certain nombre d’activités, bien nécessaires à la vie sociale, présentent un risque réel et connu. Là, s’ouvre une option : si ce risque est trop important, on renoncera à cette activité ; mais si le risque parait acceptable au regard des bienfaits attendus, il faut alors autoriser l’exploitation sous respect de conditions propres à limiter ce risque et en aménageant le régime de responsabilité.
C’est ainsi que nombre de réglementations interviennent en amont, après une évaluation de ce risque. Tiens, parlons de votre belle auto… L’usage d’une voiture est très dangereux, et la réglementation autorise son usage sous réserve du respect de conditions strictes par le fabriquant et le conducteur. Le même type de régime est retenu pour les médicaments, avec l’AMM, la prescription médicale, la délivrance par le pharmacien et l’administration par l’infirmier. Ces mesures ne font pas disparaitre le risque, mais le rendent acceptable.
La responsabilité pour risque
Si l’utilisateur du produit ou de l’activité dangereuse a commis une faute, sa responsabilité est engagée selon le schéma classique. C’est le cas de l’automobiliste qui cause par inattention un accident : il engage sa responsabilité pour faute. Mais il peut arriver qu’un accident survienne sans qu’aucune faute ne puisse lui être reprochée, par exemple si un enfant courant après son ballon vient heurter une voiture qui roulait avec la plus grande prudence. Entre ici en jeu le régime dérogatoire : on supprime la nécessité de la faute. Suffisent la preuve d’un lien de causalité entre le dommage et le fait d’origine, et dans le même temps on crée une obligation d’assurance. Le paiement de la prime d’assurance est en quelque sorte la contrepartie du risque que l’on crée pour les tiers.
Cette idée d’une responsabilité pour risque s’est installée dans le paysage juridique au cas par cas, parfois par la loi, souvent par la jurisprudence. En droit de la santé, on dispose d’un cas d’école avec les infections nosocomiales. Tant que l’on était sous le régime classique de la faute, le patient prouvait sans trop difficulté que son préjudice était causé par une infection nosocomiale, mais il perdait le procès car il ne parvenait pas à prouver quelle était la faute ayant causé l’infection. Les patients se heurtaient à ce mur opposé par les établissements de santé : « Oui, il s’agit d’une infection nosocomiale, et nous en sommes bien désolés, mais notre assureur ne pourra vous indemniser que si prouvez, et avec certitude, quelle faute dans le fonctionnement de l’hôpital est la cause de l’infection ».
Les juges, confrontés à ces situations iniques, ont fait le premier pas, par de célèbres arrêts du début des années 2000, reconnaissant une présomption de responsabilité à la charge des établissements de santé. Ceux-ci ne pouvaient se libérer qu’en apportant la preuve de leur « innocence », c’est-à-dire d’une cause étrangère. Depuis le législateur est intervenu, créant un régime légal de responsabilité sans faute et instituant une prise en charge par la collectivité, à savoir l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux), pour les cas les plus graves.
La généralisation de la responsabilité pour risque
La dernière étape du processus a été, en complément de ces régimes spécifiques, l’adoption d’un régime général de responsabilité pour risque. L’initiative est venue de l’Europe, avec la directive CEE n° 85/374 du 25 juillet 1985. La France a tardé à transposer cette directive, mais cela a été finalement fait, et se lit dans le Code civil
"Article 1386-1. – Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu'il soit ou non lié par un contrat avec la victime.
"Article 1386-4. – Un produit est défectueux au sens du présent titre lorsqu'il n'offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre.
"Dans l'appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre, il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l'usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation.
"Un produit ne peut être considéré comme défectueux par le seul fait qu'un autre, plus perfectionné, a été mis postérieurement en circulation".
C’est ce dispositif qui joue pour les médicaments
Dans le système antérieur, le patient devait démonter qu’en l'état des connaissances scientifiques et techniques au moment de la mise en circulation du produit litigieux, il était possible de déceler la défectuosité du produit. La faute était de ne pas avoir décelé ce défaut. Cela revenait à dire que le fait général de la mise en vente était une faute… Bref, l’assurance de perdre le procès.
Avec le régime nouveau, tout se simplifie. Lisons l’attendu décisif de la Cour de cassation :
« Ayant constaté que l'affection dont avait souffert Nicole X... était en relation directe et certaine avec l'administration de l'Isoméride, ce dont il résultait que la société Les Laboratoires Servier avait manqué à son obligation de fournir un produit exempt de tout défaut de nature à créer un danger pour les personnes et les biens, c'est-à-dire un produit offrant la sécurité à laquelle on pouvait légitimement s'attendre, sans faculté d'exonération pour risque de développement », la cour ne peut que dire la responsabilité du laboratoire engagée.
Ne cherchez pas la faute,… il n’y en a pas !
« Ayant constaté que l'affection dont avait souffert Nicole X... était en relation directe et certaine avec l'administration de l'Isoméride » : c’est là un fait, sans autre connotation, et il va se soit que sur ce point l’analyse des experts est décisive.
« … ce dont il résultait que la société Les Laboratoires Servier avait manqué à son obligation de fournir un produit exempt de tout défaut de nature à créer un danger pour les personnes et les biens… » : adieu à l’obligation de moyens et bienvenue à l’obligation de résultat : la survenance du préjudice suffit à engager la responsabilité.
« … c'est-à-dire un produit offrant la sécurité à laquelle on pouvait légitimement s'attendre, sans faculté d'exonération pour risque de développement » : la loi n’est toute fois pas dans l’absolu du risque zéro, car la référence est la sécurité à laquelle on peut légitimement d’attendre.
Cette affaire a connu de nombreux développements procéduraux car elle est intervenue dans la période où la France était en retard dans la transposition de la directive. Fallait-il appliquer le droit interne, resté bloqué au régime de la faute, ou la directive non rendue applicable. La Cour de cassation a expliqué que le gouvernement n’avait pas le choix, et que le droit applicable était la directive, même non transposée.
Bien loin du pénal…
Après ces explications, on voit qu’il ne reste rien pour accréditer qu’il aurait été mis fin à une « impunité ».
C’est uniquement parce qu’est applicable le régime de responsabilité civile sans faute que l’indemnisation a été obtenue. Sur le terrain de la faute prouvée, le procès aurait été irrémédiablement perdu. Et il est hors de propos d’évoquer la responsabilité pénale qui ne repose que sur la preuve de la faute.
Une plainte pénale aurait rencontré un autre obstacle. Au civil, le seul interlocuteur est le laboratoire, en tant que personne morale, assisté de son assureur. La loi permet donc d’imputer le risque au laboratoire, qui répond des fautes commise par ses salariés. Mais au pénal, on serait entré dans une série de démonstrations pour rapporter le dommage non à la structure mais aux personnes qui y travaillent. Il s’agirait donc de prouver que c’est la faute de X ou de Y qui a causé le dommage, et ce sans le moindre doute.
Pas de doute… Dans un tel cas, la voie pénale est une illusion.
23:57 Publié dans Droit | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : responsabilité médicale, santé publique, code civil
21.01.2011
Plantu bien planté
Mais quel crétin de Plantu ! Vous avez vu son dessin, dans L’Express ?
Le titre de la bouse est « L’ascension des néopopulistes ». Côte à côte, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon lisent le même discours, intitulé « Tous pourris ». Comme un frère et une sœur, la sœur avec l’index de la main droite tendu et le frère le poing droit levé.
Pauvre Plantu…
Marine Le Pen fonctionne sur le culte du bouc émissaire, avec une culture anti-islam proclamée, et c’est en tapant à fond sur les immigrés, maghrébins par préférence, qu’elle cherche à se différencier. Elle est la fille d’un d’homme qui doit sa fortune à un héritage, un père qui lui a légué le parti. Sage précaution : il fallait sauvegarder la marque « Le Pen » pour garder quelques voix, et les finances qui vont avec. Le père a démissionné du parti mais il a gardé le contrôle des finances.
Le Pen n’a rien à dire et ses propositions économiques sont un gag. Elle ne veut surtout pas gagner une élection, mais seulement attiser le mécontentement pour faire profiter ses petites affaires. Devant une caméra, elle a la gouaille d’un bonimenteur, mais sur une estrade, c'est une rhétorique de buse. Son seul projet, c’est de détourner des électeurs de l’UMP pour faire chuter Sarko. Son papa n’y était pas arrivé alors elle veut faire mieux que papa, qui sera très fier de sa fille. Mais donnez-lui une victoire électorale, une vraie, et elle se mettra à pleurer. On en fait des tonnes sur le renouveau du FN : le cortex de Marine Le Pen produisant une idée nouvelle ? Vous rigolez…
Quel rapport avec Jean-Luc Mélenchon ? Un mec de Gauche, saoulant pour ceux qui ne l’apprécient pas, comme moi, qui a toujours défendu la solidarité face à l’injustice et l’exclusion. Un élu de longue date qui voit le PS se perdre en larguant les électeurs. Le têtard à cravate du PS n'écoute pas l’électeur et se sent en communion de pensée avec les chargés de com’... Ras-le-bol ! Mélenchon est sorti du rang, et se fait entendre. Il exagère sans doute, comme les autres, mais la base de ses arguments est propre.
Plantu et son infinie prétention fait partie des microbes qui ont tué Le Monde, à tel point que lire ce truc est devenu une punition que nous infligeons aux étudiants les plus insupportables. Un châtiment dont ils se remettent mal.

00:43 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (88) | Envoyer cette note | Tags : le pen, parti socialiste, gauche, racisme
20.01.2011
La laïcité coûte cher aux budgets publics
L’argent public pour financer les Eglises : c’est légal, et les sommes sont importantes. La loi de séparation de 1905 ? Une illusion d’optique.
Notre laïcité chérie a un grand mérite : elle épargne les budgets publics. Les finances de la sphère publique pour entretenir les murs de la sphère privée ? A d’autres… Nous sommes dans un régime de séparation, qui est un pilier de notre République. Vous n’imaginez tout de même pas que l’argent public, collecté et géré par le fisc, soit affecté à la pratique des cultes !
Et pourtant, c’est bien ce qui se passe. Un très documenté article de La Croix fait le point sur les dépenses publiques consacrées à la religion. Et rien que pour la Ville de Paris, ça ce chiffre en dizaine de millions d’euros : 80 millions d’euros pour l’entretien des édifices cultuels de 2001 à 2007, et 53 millions d’euros pour le mandat en cours. Danielle Pourtaud, l’adjointe en charge du patrimoine, est toute fière de cet engagement public : « C’est plus du double des crédits accordés sous le mandat de Jean Tiberi, de 1995 à 2001, qui s’élevaient à 25 millions d’euros ».
La liste des chantiers publics de rénovation des bâtiments religieux est impressionnante : Saint-Sulpice, Saint-Augustin, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Saint-Eustache, Saint-Paul-Saint-Louis, l’Oratoire protestant du Louvre, et suivront la Grande Pagode bouddhiste du bois de Vincennes et Saint-Germain de Charonne et Saint-Philippe-du-Roule. Et ça se reproduit dans toutes les villes et villages de France : l’entretien des bâtiments religieux par l’argent public.
Mais alors notre loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat prend l’eau ?
En décembre 1905, lorsque la loi a été votée, tous les bâtiments cultuels étaient publics. La loi a instauré une séparation stricte : pas un sou public pour le religieux. Il suffisait de constituer avant le 31 décembre 1906 une association répondant aux critères de la loi de 1905, c’est-à-dire une association limitée au ressort réel d’un bâtiment, et on se voyait attribuer le bien gratuitement : bon débarras républicain. C’est ce qu’ont fait les Juifs et les Protestants, car ce fonctionnement décentralisé leur convenait bien.
Mais ça a coincé pour l’Eglise catholique, hiérarchique. Hors de question d’accepter ce démembrement, qui niait la liberté de religion. Le Pape s’est fâché, et sauf quelques exceptions, les cathos n’ont pas constitué ces associations. Gros problème quand arrive l’échéance du 31 décembre 1906… Selon le texte de la loi de 1905, le bâtiment reste public et la collectivité en fait ce qu’elle en veut. Impossible à mettre en œuvre, sauf à rouvrir la guerre de religion !
D’où une loi d’urgence votée le 2 janvier 1907, qui autorise la tenue des cérémonies religieuses dans ces bâtiments restés publics… La loi du 9 décembre 1905 n’a pas tenu un an ! Les collectivités sont restées propriétaires, avec l’obligation d’entretenir le bâtiment. La commune qui ne respecte pas cette obligation engage sa responsabilité (Conseil d’Etat, 10 juin 1921, Commune de Monségur, Rec. p. 573, et 20 avril 1966, Ville de Marseille, Rec. p. 266). D’où les millions d’euros à la charge du budget de la Ville de Paris.
Un épisode pas triste, mais le suivant est encore plus gratiné.
C’est la question des subventions versées par les collectivités aux associations de 1905 propriétaires de bâtiments cultuels. A priori, la loi de 1905 est claire : si le bâtiment est attribué, à l’œil, à une association 1905, elle en devient propriétaire, et la collectivité n’a plus rien à voir. Sauf que la loi de 1905 a là aussi été amendée. Les collectivités publiques peuvent librement décider de verser des subventions à des associations 1905 pour l’entretien des édifices cultuels ! Une grosse torpille contre la loi de séparation… et cette réforme est signée Pétain ! C’est la loi du 25 décembre 1942, modifiant l’article 19 de la loi de 1905.
Mais je croyais que notre général à titre provisoire de Gaulle avait abrogé toute la législation de Pétain comme « nulle et non avenue » ? Eh bien disons qu’il en a oublié quelques lois...
C’est ainsi, par la vertu de cette loi du 25 décembre 1942, que la Mairie de Paris pu verser de substantielles subventions à l’association 1905 gérant la Grande Mosquée de Paris pour les travaux de rénovation.
Dernière possibilité : classer l’église comme monument historique. Là, c’est l’Etat qui est obligé de casquer. Exemple avec la restauration de l'église Saint-Sulpice. Un chantier de 28 millions d'euros, pris en charge à 50 % par la Ville, propriétaire, et à 50 % par l’État pour ce monument historique.

00:35 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (132) | Envoyer cette note | Tags : loi 1905, laïcté, budget
19.01.2011
Egalité
Demander la démission de MAM est idiot, car le mal est bien plus profond : c’est la culture de l’inégalité, qui doit tout à la volonté de domination, selon le modèle du grand singe dominant.
Les déclarations de MAM à l’Assemblée Nationale le 11 janvier sont lamentables. Déplorant les violences, elle proposait que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Donc, soutien à Ben Ali pour réprimer son peuple. Alors bien sûr, quand trois jours plus tard, le peuple a gagné et que MAM refuse l’arrivée de Ben Ali en France, il y a de quoi se bidonner.
La démission de MAM, c’est non
Ce serait une manière trop simple de masquer l’essentiel.
L’UMP a applaudi les déclarations de MAM. Le PS a attendu tant qu’il pouvait pour se résoudre à publier un communiqué mou comme une chique, et dans l’après midi du vendredi, Delanoë Bertrand saluait encore les mesures annoncées la veille par Ben Ali. Faut-il aussi ressortir les photos de DSK décoré par ce régime de crapules ? Hier, l’Elysée a annoncé refuser toute forme d’autocritique, ce qui a le mérite de la clarté. Le meilleur a été Juppé, cassant le débat en relevant qu’aucun gouvernement n’a jamais pris ses distances avec le régime de Ben Ali.
Très important ce que dit Juppé : les dirigeants politiques, français et européens, n’ont rien pigé à ce qui est arrivé.
J’ajoute : ils ne comprendront rien non plus à ce qui arrivera demain, car ils sont dépassés. La révolution tunisienne est le révélateur d’une évidence : ça devient trop compliqué pour eux. Ils sont perdus pour une raison simple : ils ont dans la tête le virus du colonialisme, intact. Ils veulent le bonheur des autres, tel qu’ils le pensent. Ils restent incapables de considérer un Arabe comme un alter ego. Eh oui, tout est là : l’égalité.
Egalité?
« L’égalité ? Oui, bien sûr, et j’en suis ardent partisan. Mais vous comprenez, nous avons en nous tant de bienfaits de civilisation, façonnés par notre histoire et nos plus grands penseurs, que nous souhaitons juste en faire profiter ceux qui n’ont pas eu cette chance. Je dirais même que c’est notre devoir. Nous ne pouvons pas les priver de ce qu’offre notre bonheur ».
Tu parles.
Pour parvenir à ses fins, s’imposer par la force est dépassé. Il est plus efficace de s’embellir du drapeau de la vertu, et le clan droit-de-l’hommiste est disponible pour assurer la sous-traitance. Ce qui compte pour eux, c’est le monde tel qu’ils le pensent, c’est-à-dire le monde tel qu’il assure les intérêts de leur boss.
Dernier avatar, après tant d’autres exemples, l’offre de service des « 10 000 » avocats européens pour défendre les Tunisiens, qui ne leur ont rien demandé.
L’Arabe est égal, tout simplement
Devant les évènements de Tunisie, toute notre classe dirigeante – politique, économique, intellectuelle et juridique – est à la ramasse, et elle fait semblant de pleurnicher, comme des parents dépassés : « Nous n’avons pas compris les aspirations de la jeunesse ».
Le mal est plus grave. Blindés dans leurs certitudes de perdants peureux, ils n’ont rien compris du tout. Rien compris à la jeunesse arabe, certes. Mais idem pour les femmes, qui obstinément, refusent les beaux habits que leur dessine Badinter Elisabeth, et sa maison de couture NPNS. Rien compris aux diplômés des universités, dont le CV est écarté dès la lecture du nom patronymique. Rien compris aux travailleurs, délocalisés de leur pays vers la France, ou de ceux qui connaissent la survie économique par les entreprises françaises délocalisées au bled. Rien compris non plus aux chibanis. Rien compris à l’attachement à la religion. Rien.
Notre classe dirigeante s’est tellement excitée à l’idée de chasser les 1000 femmes en burqa ou les 300 fidèles qui prient dans la rue qu’elle n’a rien vu de la société tunisienne, alors qu’elle est omniprésente en Tunisie. Ils sont nuls.
L’Arabe est une femme ou un homme comme toi et moi
Gamine ou gamin, l’Arabe crée son identité et ses attachements, inventant son avenir.
Et c'est universel. A quinze ans, un Palestinien, un Brésilien, un Iranien, un Malaisien, un Tunisien, un Chilien, un Afghan, un Coréen, un Algérien … tous cherchent à construire une vie de liberté. Et ils vont plus vite que nos bien-pensants, anesthésiés par le confort.
Construire sa vie, dans le rapport à autrui, respecter les vertus profondes de l’égalité… C’est de Paul Eluard : « Il n'y a pas de grandeur pour qui veut grandir. Il n'y a pas de modèle pour qui cherche ce qu'il n'a jamais vu ».
Nous y sommes.

02:50 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : égalité, tunisie, liberté










