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  • Chirac : Le JDD perd la boule

    jacques-lacan3.jpgMon ami Lacan expliquait : « On a du mal à dire la maladie ». Et mon ami avait raison.

     

    La liberté de la presse, c’est en principe pour monter les marches de la réflexion et du débat. La loi protège toutes les idées, car on a tant besoin des idées.

     

    Mais le JDD a surtout besoin de ventes,… pour ne pas se faire racheter. Alors, c’est tous azimuts. En comparaison, Closer va bientôt ressembler à un bulletin de sacristie.

     

    Donc hier, le JDD en a fait des tartines sur la maladie de Jacques Chirac et nous montre une belle photo du visage de l’homme fatigué. Un choix qui a du retenir l’attention des boss de la Merdical Lagardère Corporation pendant quelques heures.

     

    -          Non, pas celle là, il a l’air normal.

    -          Celle là non plus, on voit bien que c’est une grimace.

    -          Celle-là est bien, mais il fait trop décalé.

    -          Et celle-là, elle est pas mal, non ?

    -          Ni trop ni trop peu, et on voit bien quand même qu’il a l’air absent. Pour moi, c’est bon.

    -          Ok pour la Une.

    -          On la passe aux retouches, et ça roule.

     

    J’espère qu’ils ont bien vendu et que les recettes publicitaires à la hausse. Sinon, c’est à désespérer. L’image d’un président la République qui part aux châtaignes c’est bien mieux que Claire Chazal topless… Tout ceci ne mérite que le mépris.

     

    Le JDD n’a pas violé le secret médical, car le JDD n’est pas un médecin. Il ne manquerait que ça.

     

    Mais le JDD viole l’intimité de la vie privée. Jacques Chirac, pour qui j’ai voté une fois dans ma vie (Que Dieu me pardonne !), a droit à la protection de sa vie privée. C’est un papy célèbre mais il n’exerce aucune fonction justifiant qu’on publie sur son état de santé, réel ou supposé. Le JDD viole la loi avec l’air épanoui de l’abruti heureux.internet-anonymat-respect-vie-privee-L-1.jpg

     

    Selon l’article 9 du Code civil, le simple fait, objectif, d’atteindre la vie privée engage la responsabilité. Ceci dit, les avocats de Chirac s’abstiendront du procès, qui serait une pub inespérée pour la Merdical Lagardère Corporation.  

     

    Ce qui me gêne encore plus dans cet article, c’est la diabolisation de la maladie d’Alzheimer. Non, mais à lire ces buses, être malade c’est une relégation !

     

    L’Alzheimer est une maladie, une maladie comme une autre. On connaît des formes jeunes et sévères, oui. Mais il est scandaleux qu’une daube comme le JDD entretienne l’idée : Alzheimer = fin de la vie.

     

    Quoiqu’il en soit pour notre Chichi, ce dont personne ne sait rien, ce sont toutes les personnes atteintes par cette maladie qui en prennent un bon coup sur la tronche. L’Alzheimer comme la peste du Moyen-âge ou le Sida des années 1980. Comment calmer ces incultes…

     

    L’Alzheimer est une maladie du grand âge, très présente dans les sociétés riches, qui en quelques décennies ont explosé les références de l’espérance de vie. En France, à 80 ans, on est jeune, il faut s’y faire. Au Yémen du Sud, le problème est moins palpable. Le JDD devrait enquêter.

     

    L’Alzheimer est une maladie que l’on connaît de mieux en mieux et que l’on parvient à soigner de mieux en mieux. La réussite, c’est le diagnostic précoce, qui revient à dire « Alzheimer » pour des personnes autonomes, qui vont bien et qui ont devant elles des années de vie sociale, intime, affective, des années de vie faites d’espoirs et d’épreuves, comme pour vous et moi.

     

    Cette histoire me rappelle la tête d’un juge d’instruction à qui un médecin, un crack de la gériatrie, expliquait pourquoi il avait décidé du retour à domicile d’une personne âgée pour laquelle il avait posé le diagnostic d’Alzheimer. Que le JDD se mette ça dans le crâne : on vit, avec une maladie.

     

    Vivre avec une maladie, quelle qu’elle soit. Rester un être libre, toujours en relation, toujours dans le respect, et refuser la stigmatisation, cette idée d’une société en noir et blanc, une dictature où l’alternative est « tout bon, ou tout faux ».

     

    -          T’as vu le JDD d’hier ?

    -          Oui, je l’ai parcouru d’un derrière distrait.

     

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  • Mariage homo : Plus que deux ans à attendre

    387580766_small.jpgDans deux ans, François Hollande sera président de la République et le mariage homo sera légalisé. Enfin ! X aime Y et inversement, la loi entérine ; puis X et Y mènent leur vie comme bon leur semble, et tant que bon leur semble. Un truc tout simple comme l’amour.

    La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 a illuminé le monde alors que nos amis british se gavaient déjà des bienfaits du Bill of rights. Or, cette Déclaration, marquée du signe des trois points, était un truc de mecs intéressés, je veux dire intéressés à la sauvegarde de leurs affaires. Ce que la société a fait du texte vaut mieux que le texte.

    La France des Lumières, celle du « libres et égaux », a gentiment gardé le statut d’esclave jusqu’en 1848, celui de l’infériorité des femmes, privées d’existence civique par le refus du droit de vote jusqu’en 1945 et de la jouissance de leurs revenus jusqu’à 1965 (C’était le mode iranien sur les bords de la Seine), celui des indigènes car il fallut la guerre du peuple algérien pour mettre fin à ces lois d’apartheid, et celui pénalisant les relations homos : une loi signée par le traître Pétain, conservée par le général à titre provisoire De Gaulle, et abrogée par le charentais Mitterrand. Quelle équipe...

    Mais, de quarante ans d’endoctrinement législatif, notre bonne société a gardé ce truc dans la tête : la loi a le droit de qualifier les amours.

    Tu es une fille et tu aimes un garçon, c’est bon ; tu aimes une fille, va te faire voir. Les maires n’ont aucun problème pour célébrer l’union d’un alcoolo pourade qui va frapper sa femme dès le lendemain, et ils applaudissent la Cour de cassation qui annule le mariage des deux femmes qui s’adorent, ou de mecs itou. 2228392425_1.jpg

    Notre excellent Conseil constitutionnel (Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011) reste dans cette tradition : l’homme veille au grain. Une idéologie de bar,… et pourtant le Conseil constitutionnel ne pouvait juger autrement sauf à réécrire la loi, ce qui n’est pas son job.

    Le Conseil assoit son auguste raisonnement sur l’article 6 de la Déclaration de 1789, selon lequel « la loi doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ». Il poursuit : « Le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit ».

    Pour censurer la loi, le Conseil aurait dû inventer une théorie de l’égalité propre à laminer la diversité. Un rouleau compresseur, mettant sur le même niveau le respect des droits fondamentaux et les règles permettant à toute société d’organiser sa diversité.

    Ainsi, le Législateur est comme un oiseau sur la branche : aujourd’hui, il dit une chose – le mariage c’est pour une fille et un garçon – mais demain, il sera libre de dire l’inverse.

    Je déplore bien sûr que notre Parlement reste sur ce sujet bloqué dans la position du missionnaire. Il pourrait innover, et je suis prêt à parier que, dans sa pensée secrète, il en rêve. Seulement voilà, l’UMP n’est pas un parti politique, mais une fabrique de congélateur. Ce qui fait beaucoup de cons gelés.

    Pourtant, avons-nous mieux à faire que chercher à comprendre ?

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  • La vie ne peut être un mensonge

    Le-Voleur-d-enfants.jpgAcheter un enfant : il faut les salauds qui organisent la vente ; les destroys, assez crédules pour apporter l’argent et capables d’apporter de l’amour à ces enfants ; les enfants qui n’ont rien demandé à personne et qui un jour ont le sentiment que papa et maman ne sont pas papa et maman.

    200.000 et 300.000 personnes  pourraient être concernées par cette dramatique histoire espagnole qui a commencé en 1940 et n’a pris fin qu’au cours des années 1990.

    Cette crapulerie d’Etat trouve ses racines avec le franquisme. La politique visait à voler les enfants des prisonniers politiques et des femmes républicaines pour les donner aux familles qui adhéraient au fascisme. Un décret datant de 1940 permettait de placer les enfants si leur « éducation morale » était en danger : un texte banal, mais une application vérolée.

    Après, le système est devenu affairiste. Les voyous ont toujours apprécié la rigueur intellectuelle des fascistes. Tout un système s’est mis en place. Les identités des bébés étaient falsifiées avec le concours de la police, et l'enfant « acheté » figurait sur le livret de famille comme enfant biologique de la famille. voleurs_d_enfants.jpg

    Ces enfants volés à leurs parents ont grandi, ont connu des parents aimants, sont devenus des femmes et des hommes, et, à partir de mille petits signes, ils ont senti le doute naître en eux. Ils ont cherché, fouillé toutes les pistes, et se sont regroupés dans l’Association Nationale de Victimes d’Adoptions Illégales (ADANIR), fondée par deux enfants achetés, Antonio Barroso et Juan Luis Moreno.

    Hier, leur avocat, Henrique Vila, a déposé une plainte collective pour plus de deux cents de ces enfants appropriés devant le Procureur général de l'Etat espagnol, Candido Conde-Pumpido.

    Enrique Vila explique :

    « Des couples mariés qui ne pouvaient avoir des enfants, souvent bien agés, se mettaient en rapport au moyen de connaissances avec des personnes qui pouvaient leur en fournir. Dans une première rencontre on leur disait dans quelle ville ils auraient à aller et l'argent qu'ils devaient payer pour et le jour indiqué, ils se déplaçaient là où l'échange était fait, généralement dans des maisons ou des parcs. Après ils ordonnaient à une matrone ou à une infirmière de leur propre ville de falsifier, avec aussi un paiement préalable, le certificat de naissance, puis avec celui-là ils se présentaient à l'état civil où ils inscrivaient le bébé comme propre à eux. Tous emportaient de l'argent ».

    COUV_le_voleur_d-enfants.jpg«  Il y avait des femmes sans histoires avec des accouchements sans problèmes à qui on retirait le nouveau né en leur disant qu'il était mort. Plusieurs ne virent jamais voir le corps du bébé, ni le certificat de décès, ni rien de rien. L’enfant sortait de la clinique avec pour destination un autre foyer. On modifiait les historiques médicaux et les actes de naissance pour effacer toute trace de ce qu'on avait fait. Il y avait pratiquement toujours des personnes religieuses impliquées dans ces histoires. Elles se croyaient dotées d'un pouvoir moral leur permettant de retirer des bébés à des mères sans ressources pour les donner à des familles conventionnelles. Mais elles figurent là parce qu'en ces années elles travaillaient comme infirmières dans les hôpitaux, et non parce que c'était une affaire institutionnelle de l'Église", explique Vila.

    Francesco Tena, un sociologue qui travaille avec l’ANADIR ajoute :

    « Il y a eu de nombreuses familles à qui on a enlevé des enfants. Les mères étaient pauvres culturellement et économiquement. Il s'agissait de célibataires, de jeunes sans défense qui se résignaient quand on leur disait que l'enfant était mort. Certaines sont encore aujourd'hui en cours de traitement psychologique. La majorité des adoptants l'ont fait de bonne foi et on ne peut pas les accuser d'un délit parce que, bien qu'ils ont payé pour les enfants, persuadé que c’était le paiement de frais médicaux et administratifs. »

    La justice espagnole doit renoncer à invoquer les règles de la prescription, pour dire que cette prescription ne peut être opposée à ces enfants appropriés, contre lesquels on élevait des murs de silence.

    Il faut certainement un peu de mensonge, souvent par abstention, pour que la vie soit possible. Mais une vie ne peut être un mensonge. Aujourd’hui, la justice a rendez-vous avec la vérité.

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  • L’Egypte : Obama à la manœuvre

    Hosni-Moubarak-avec-Hussein-Obama-001.jpgOù va l’Egypte ? Les US ont tout misé sur un dictateur corrompu pour stabiliser le Proche-Orient, alors que les planches pourries ont un destin assuré. Aujourd’hui, la question est de savoir comment Obama va gérer la révolte du peuple égyptien, car il est bien clair que c’est lui qui tient les commandes.

    L’Egypte… La capitale du monde arabe, avec au centre du Caire, au bord du Nil, le siège de la Ligue Arabe. L’Egypte, source des civilisations. L’Egypte puissante, riche, organisée, écoutée. L’Egypte qui, malgré les efforts de ses dirigeants actuels, n’est pas parvenue à effacer son histoire récente, celle du renouveau arabe avec le grand Nasser.

    Il était impératif de stabiliser l’Egypte, oui, car c’est la place centrale du Proche Orient, mais c’était miner cet objectif que de tout fonder sur un pouvoir qui, au jour le jour, montre qu’il joue son intérêt contre celui de son peuple : mafia du pouvoir pour contrôler la richesse du pétrole, constitution bidouillée pour permettre le maintien au pouvoir du chef, élections bidons, contrôle de la presse, opposition interdite, syndicalisme persécuté, omniprésence policière… Lors d’une visite au Caire, il suffit de quelques centaines de mètres pour quitter les buildings, les musées et les grandes artères et se plonger dans le monde de la misère.

    L’Egypte, nourrie de son passé et de sa puissance économique, avait tout pour aller, pas à pas, vers une société moderne, inventant son modèle démocratique. Les US ont été trop heureux de récupérer ce joyau tombé des mains du communisme, et ils ont tout accepté d’un pouvoir qui assurait leurs intérêts.

    Alors que va-t-il se passer ?

    Les enjeux sont considérables. L’Egypte est une puissance politique et économique. Elle a des frontières avec la Libye, le Soudan, la Palestine par le territoire de Gaza, Israël et l’Arabie Saoudite est à quelques kilomètres.

    Seule la répression permet à Moubarak de rester dans ses palais, et l’élimination de toute forme d’opposition politique a projeté les forces de la révolte dans des réseaux que nul ne connait. Obama joue tout sur un pouvoir qui serait balayé par des élections libres. Les Frères Musulmans sont forts, oui, et la manière dont ils ont été éjectés du jeu politique les renforcent considérablement quand la seule préoccupation du pouvoir est de tenir contre son peuple. La pourriture d’un pouvoir donne des lettres de noblesses aux opposants, qui appellent au retour de la morale. Qu’ont fait en trente ans les US pour défendre les démocrates égyptiens ?

    C’est l’heure H : Obama n’acceptera pas le renversement de Moubarak, et il ne laissera pas le peuple égyptien décider. Ce sera donc la force, avec comme attrape-nigauds, des discours destinés à sauver les apparences.

    Tôt ou tard, les Egyptiens choisiront leur destin, comme l’ont fait tous les peuples. L’impitoyable répression pensée par Obama et mise en œuvre Moubarak peut retarder l’échéance, mais elle ne fait que préparer des réactions encore plus violentes.

    L’addition sera cognée, et qui la paiera ?

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    Ce 26 janvier, 500 manifestants ont été arrêtés
  • Inde : La Cour suprême rend hommage aux aborigènes

    adivasi_woman_with.JPGEn 1994, Nandabai, une jeune femme indienne de 25 ans, est violentée et humiliée par des membres de la caste de son mari, estimée supérieure. Seize ans plus tard, la Cour suprême confirme la condamnation de ses agresseurs, et rend un vibrant hommage à ces tribus qui sont en fait les descendants des premiers habitants de l’Inde. 

     

    Nandabai fait partie de la communauté Bhil, une population tribale, marginalisée et très appauvrie, et c’est pour cette raison que des membres de la caste de son époux avaient formé cette expédition punitive. Après bien des déboires de procédure, Nandanbai a obtenu un jugement condamnant les agresseurs. Une peine légère de un an de prison, après une accusation bien arrangeante pour les accusés,… mais ceux-ci, ne pouvant admettre l’idée d’une condamnation, forment un recours devant la Cour suprême. Dans son jugement du 5 janvier, la Cour suprême rejette le recours et déplore l’indulgence relative dont ont fait preuve les juges. Surtout, la Cour se lance dans un passionnant plaidoyer pour ces populations tribales. Elles méritent le plus grand respect et l’Inde leur doit une protection spécifique car elles ont été les populations originaires de l’Inde, un grand pays d’immigration, et malgré l’injustice et les difficultés, elles ont su garder une remarquable intégrité morale.

     

    Où est Nandabai aujourd’hui ? Que fait-elle ? J’aimerai tellement la remercier pour son courage, Nandabai. Lui dire bravo pour à sa confiance dans la justice qui permet à l’Inde de faire un pas immense.  

     

    Voici le texte de l’arrêt, en anglais, récupérer grâce à l’excellent site de l'ONG Survival International.

     

    Il aurait été trop long de traduire le texte en intégralité et cela nous conduirait vers des questions de procédure propres au droit applicable en Inde. Je vous propose une lecture plus libre des points essentiels de l’arrêt, et j’ai cherché à être fidèle à l’esprit et la démarche de la Cour suprême.  

     

    *   *   *

     

    La Cour affirme d’emblée que cette affaire fournit un exemple typique du traitement imposé aux populations tribales, alors que ce sont les descendants des premiers habitants de l'Inde. Aujourd'hui, elles ne représentent qu'environ 8% de la population indienne, et sont des communautés marginalisées et vulnérables, connaissant une grande pauvreté, l'analphabétisme, le chômage, la maladie et la rareté de terres à cultiver.

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    Les faits

     

    La victime dans cette affaire est une jeune femme, Nandabai, âgée de 25 ans au moment des faits, appartenant à la tribu Bhil. Les faits sont survenus il y a seize ans, dans un village du Mahabaharata.

     

    Nandabai résidait avec son père, son frère handicapé, et  sœur, souffrante de maladie mentale. Elle a eu des relations avec un homme nommé Vikram, et ils sont devenus les parents deux enfants. Ici, il faut préciser que Vikram appartient à une caste supérieure et son mariage avait été arrangé par sa famille avec une femme de sa caste.

     

    Le 13 mai 1994 vers 17 heures, un groupe de trois hommes et une femme, issus de la même caste que Vikram, sont entrés dans la maison familiale et s’en sont pris à Nandabai pour avoir cette union avec Vikram. Ils ont commencé à frapper Nandabai à coups de poing et à coups de pied. Puis, alors que deux des accusés lui tenaient les mains, deux autres lui ont retiré sa jupe. Ils lui ont déchiré son chemiser, arraché son soutien-gorge, et ils ont emmené Nandabai, l’obligeant à défiler sur la route du village. Pendant tout le trajet de cette expédition punitive, ils ont continué à battre et abuser d’elle.

     

    Dans la soirée, la police a été avisée, et les agresseurs ont été arrêtés. Ils ont ensuite été condamnés au terme d’une procédure longue, et ils ont bénéficié d’une grande clémence des juges, n’étant condamnés qu’à un an de prison, alors que le sort infligé à la victime est honteux, choquant et scandaleux. Pour leur défense, les accusés soutenaient notamment que les personnes appartenant à la communauté Bhil vivent dans des vêtements déchirés… Pour la Cour, ceci montre cette triste mentalité considérant que les populations tribales sont inférieures, ce qui est totalement inacceptable dans l'Inde moderne.

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    Connaître son histoire…

     

    En réalité, tout montre que les Bhils sont les descendants de certains des habitants originaires de l'Inde, connus sous le nom d’aborigènes, ou tribus Adivasis. Les Adivasis ont été persécutés sans pitié pendant le 17ème siècle. Lorsqu’une personne était arrêtée et se révélait être un Bhil, elle était souvent été tuée sur le coup. Les études historiques montrent que nombre de membres de la communauté Bhil ont ainsi massacrés. Aussi, les Bhils se sont retirés dans les bastions des collines et des forêts. Dans le période actuelle, ils ne représentent plus que 8% de la population de l’Inde, alors que les 92% se compose de descendants des immigrants, principalement originaires du Nord-Ouest, et dans une moindre mesure du Nord-Est.

     

    L'Inde est globalement un pays d'immigrants. Alors que l'Amérique du Nord (USA et Canada) est un pays de nouveaux immigrants, venus principalement d'Europe au cours des quatre ou cinq derniers siècles, l'Inde est un pays d'immigrants âgés, venus au cours des dix mille dernières années.

     

    Pour la Cour, il s'agit d'un point de grande importance pour la compréhension du pays, il est nécessaire d’entrer dans le détail.

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    L’histoire des populations de l’Inde

     

    Les gens migrent des régions défavorisées vers celles qui semblent plus fécondes. Ceci est naturel parce que tout le monde cherche à se rapprocher de la prospérité. Avant la venue de l'industrie moderne, il n’y avait que des sociétés agricoles, et l'Inde a été un paradis parce que l'agriculture exige un terrain plat, le sol fertile, beaucoup d'eau pour l'irrigation, ce       qui a toujours été le cas en Inde. De ce point de vue, l'Inde est un véritable paradis pour les sociétés pastorales et agricoles parce qu’elle a la bonne altitude, des terres fertiles, des centaines de rivières, des forêts et elle est riche en ressources naturelles. C'est pourquoi pendant des milliers d'années, les populations se sont rendues dans en Inde, y trouvant une vie confortable ici dans un pays favorisé par la nature.

     

    Pourquoi une personne qui vit en Inde voudrait-elle s’installer par exemple en Afghanistan, qui connait un terrain accidenté, rocailleux, montagneux et couvert de neige pendant plusieurs mois dans une année, de telle sorte que la culture y est très difficile ? C’est la cause essentielle de l’immigration et des invasions. Les seuls mouvements en sens inverse sont ceux des Indiens qui ont été envoyés durant la domination britannique comme des travailleurs sous contrat, et de l’émigration récente de quelques millions d'Indiens vers des pays développés, à la recherche de l'emploi. On ne connait pas un seul exemple d'une invasion par l'Inde, c’est-à-dire à l’extérieur de ses frontières.

     

    L’opinion communément admise est que les habitants d’origine de l'Inde ne sont pas les Dravidiens, mais les pré-Dravidiens Munda, des aborigènes dont les descendants vivent actuellement dans des parties de Chotanagpur (Jharkhand),  Chattisgarh, Orissa, du Bengale occidental, les Todas de l'Nilgiris au Tamil  Nadu, les tribus des îles Andaman, les Adivasis dans diverses parties de l’Inde, en particulier dans les forêts et les collines, par exemple Gonds, Santhals ou les Bhils.

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    L’Inde, un pays d’immigrants

     

    92% des personnes vivant en Inde sont des descendants d'immigrés, et c’est pour cette raison qu'il y a une telle diversité en Inde. C’est une caractéristique importante du pays, et la seule façon de l'expliquer, c'est accepter que l'Inde est en grande partie un pays d'immigrants.

     

    Ainsi, il y a un grand nombre de religions, de castes, de langues, de groupes ethniques, de cultures. Dans la population, les uns sont grands, les autres ont petits,  certains ont le teint foncé, d’autres la peau claire, et on relève toutes sortes de nuances : les uns ont les traits caucasiens, d’autres mongoloïdes, d’autres encore négroïdes… On voit aussi de grandes différences dans l'habillement, les habitudes alimentaires et tant d'autres questions.

     

    On peut comparer l'Inde avec la Chine qui est à la fois plus vaste et plus peuplée. La Chine a une population d'environ 1,3 milliards alors que notre population est d'environ 1,1 milliards. La Chine a plus que deux fois la superficie du territoire indien. Cependant, tous les Chinois ont les traits mongoloïdes. Ils ont une écriture commune écrite, le chinois mandarin, et 95% d'entre eux appartiennent à un groupe ethnique, a appelé les Chinois Han. Il y a donc une large homogénéité en Chine, même si elle n’est pas absolue.

     

    S’agissant de l'Inde, les migrations à grande échelle et les invasions, échelonnées  au cours de milliers d'années, ont apporté leurs différentes cultures, langues, religions, qui font l'extraordinaire diversité de l'Inde.

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    Une Constitution pour assurer l’égalité

     

    L'Inde étant le pays de cette grande diversité, il est absolument essentiel, pour garder le pays uni, de connaître la tolérance et mais aussi un respect égal pour les toutes les communautés et les sectes. Nous devons saluer la sagesse de nos pères fondateurs, écrivant une Constitution laïque, pour s’adresser à la très grande diversité dans notre pays.

     

    La Constitution nous demande de nous maintenir unis, dans notre très grande diversité, parce qu’elle garantit l'égalité l'égard de tous les groupes communautaires, les sectes, linguales et ethniques. Ainsi, la Constitution garantit à tout citoyen la liberté d'expression (Article 19), la liberté de religion (article 25), l'égalité (articles 14 à 17) et la liberté (article 21).

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    Egalité formelle et égalité réelle

     

    Toutefois, donner l'égalité formelle à tous les groupes ou les communautés en Inde n'aboutirait pas à une véritable égalité. Les groupes historiquement défavorisés doivent bénéficier d'une protection spéciale et d'une assistance afin de pouvoir d’extirper de la pauvreté et de leur faible statut social. C'est pour cette raison que des dispositions spéciales ont été incluses dans la Constitution aux articles 15 (4), 15 (5), 16 (4), 16 (4A), 46, pour le développement de ces groupes.

     

    Parmi ces groupes, les plus défavorisés et marginalisés en Inde sont les tribus Adivasis qui, comme déjà mentionné, sont les descendants des habitants de l'Inde. Ils sont devenus les plus marginalisés, vivant dans une pauvreté terrible avec des taux élevés d'analphabétisme, la maladie, la mortalité précoce,…

     

    Leur sort est connu et il a été décrit par cette Cour dans l’affaire Samatha c. État du Andhra Pradesh et d'Ors, en 1997. Par conséquent, il est du devoir de tous ceux qui aiment notre pays de s’assurer que les contraintes ont pris fin pour ces tribus et qu’elles reçoivent l’aide propre à restituer leur statut économique et social, car elles ont été victimes pendant des milliers d'années de l'oppression et d’atrocités terribles. La mentalité des nos compatriotes envers ces tribus doit changer, la règle devant être le respect qu’elles méritent en tant que premiers habitants de l'Inde.

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    La noblesse, malgré l’oppression

     

    L'injustice faite aux populations tribales de l'Inde est un chapitre honteux dans l'histoire de notre pays. Les tribus étaient appelés « Rakshas », soit les démons. Ils ont été abattus en grand nombre, et les survivants et leurs descendants ont été dégradés, humiliés, et toutes sortes de  atrocités infligées sur eux pendant des siècles. Ils ont été privés de leurs terres, et poussé dans les forêts et les collines où ils mener une existence misérable de la pauvreté, l'analphabétisme, la maladie… Mais maintenant, des groupes d’intérêts ont entrepris de les priver même de leurs forêts et des terres d’où tirent leur vie, et des produits de la forêt dans laquelle ils survivent.

     

    Malgré cette oppression horrible, ces tribus ont gardé le niveau moral le plus élevé dans notre pays. En règle générale, ils sont d’une  grande franchise, ne trichent pas, et ignorent les méfaits que les non-tribaux commettent régulièrement. D’une manière générale, on peut dire qu’ils ont caractère supérieur aux non-tribaux. Il est temps de réparer l'injustice historique dont ils sont victimes.

     

    Des affaires comme celle-ci, méritent une condamnation totale et des punitions sévères.

     

    Par ces motifs, le pourvoi est rejeté.

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