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Le TGI de Paris en dessous de tout

sos-taudis-abbe-pierre-mal-logement_31.jpgLa misère de la justice a bon dos ! La manière dont le Tribunal de grande instance de Paris a traité le dossier de l’incendie criminel du boulevard Vincent-Auriol est proprement scandaleuse, car elle illustre l’existence de catégories de justiciables. C’est révoltant. Et je salue la classe des parties civiles, car je crois pour ma part que j’aurai pété les plombs devant cette incurie de l’Etat en général et de la Justice en particulier. 

Le procès, c’est celui de la mort, pour cause criminelle, de dix-sept personnes : trois femmes et quatorze enfants de moins de 10 ans, morts dans l’incendie qui a ravagé l’immeuble le 26 août 2005. Dix sept personnes mortes car elles ont été exposées à la mort. Dans cet immeuble déclaré insalubre depuis quatorze ans, vivaient 123 personnes originaires du Mali, du Sénégal, de Côte d'Ivoire et de Gambie. Une histoire édifiante.

En 1991, l’immeuble est déclaré inhabitable car ne répondant pas aux normes de sécurité. L’Etat, ça ne rigole pas. Il s’engage aussitôt à « un relogement définitif dans un délai de trois ans ».

En 2004, rien n’est fait. Rien, si ce n’est que tout s’est aggravé car on ne fait que de la bricole dans un immeuble condamné. Un nouveau rapport met en évidence un risque de saturnisme. Réaction immédiate de l’Etat : évacuation de l’immeuble… mais pour faire des travaux de fortune : l’installation plaques de contreplaqué pour lutter contre le saturnisme. Un emplâtre préfectoral sur une jambe de bois. incendie_rue_du_roi_dor_reuters.jpg

Le 26 août 2005, c’est le drame. Une crapule déclenche un incendie volontaire dans la cage d’escalier, et soudain tout s’embrasse, piégeant les dix-sept victimes. Les plaques de contreplaqué se sont enflammées comme des allumettes, favorisant un appel d’air.

Dans la soirée, défilent toutes les belles tronches de nos « responsables » politiques, administratifs et municipaux. Le relogement des familles, bloqué depuis quatorze ans, est résolu dans les 48 heures.

Après cinq ans d'instruction, l'incendiaire n'a pas été identifié et la Préfecture de police de Paris a été mise hors de cause. Restent l'association Freha, de la mouvance Emmaüs, qui gérait l'immeuble, et la société Paris Banlieue Construction, à laquelle on reproche des travaux non conformes aux normes.

Dix-sept morts, les causes principales non élucidées... et le procès avait été programmé sur deux demi-journées !  L’audience s’est ouverte dans une petite salle du Palais de justice et les victimes ne pouvaient pas toutes entrer. Une sono cassée, personne n’a rien entendu, ni compris. Peu importe que les victimes ne sachent rien, le tribunal sait tout ! En fin d’après-midi, le tribunal accepte une demi-journée d’audience complémentaire, vendredi. Le tribunal est bien bon.

7656093796_8-2-millions-de-francais-en-situation-de-mal-logement-les-derniers-chiffres-de-la-fondation-abbe-pierre.jpgLe lendemain, le jeudi, on a trouvé une salle un peu plus grande, vite bondée. Mais la présidente est toujours aussi inaudible, faute de sono. Est appelé à la barre l’un des prévenus, mais qui ne peut s’exprimer car le micro déclenche d’insupportables larsens.

Le réglage étant impossible, la présidente suspend l’audience. On cherche une autre salle pour ce grand moment de justice. Soudain, reprise d’audience pour convoquer tout le monde à l’autre bout du Palais de justice, dans la magnifique 1° chambre qui était réservée au procès Chirac, et qui s’est libérée. Et tout le monde déménage.

C’est le bazar le plus total, et les débats n’ont toujours pas commencé. Quand finalement tout le monde s’est installé, les avocats demandent le report du procès devenu du grand n’importe quoi. Pas du tout réplique le procureur, qui s’oppose au renvoi et propose « deux audiences supplémentaires la semaine prochaine ». Le tribunal se retire pour délibérer et revient pour annoncer que le procès continue ! Le public, outré, quitte la salle, et les avocats des parties civiles menacent eux aussi de partir.

Le tribunal se retire à nouveau pour délibérer, et la présidente revient pour dire : « Le tribunal baisse les bras ». L’affaire est renvoyée, et une audience technique est fixée début mai pour voir comment s’en sortir.

D’après la presse, la présidente de la chambre correctionnelle y aurait vue une « l'illustration de la misère de la justice ».

L’excuse est facile, fausse et scandaleuse. Je vous épargnerai la liste des procès qui ont mobilisé de moyens beaucoup plus importants, et parfois pour des faits de bien moindre ampleur.

Le problème est tout autre. C’est le mépris pour des victimes maliennes, sénégalaises, ivoiriennes et gambiennes. Honteux.

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La classe est du côté des victimes

Commentaires

  • tenir deux grand procès en même temps peut être difficile. Il aurait fallu en décaler un dès le départ.

  • Permettre à chacun de disposer d'un logement décent fait partie du service minimum que l'on peut attendre d'un état évolué.
    La France n'est pas dans ce cas de figure manifestement et nos chers zélus n'ont pas l'air d'en faire une priorité.
    Il est vrai qu'ils sont attachés au droit de propriété un peu outrageusement et ce ne me semble pas si démocratique que ça.

  • Yesroll, tout celà se résume en un mot: c'est la droite...
    Rien de ce qui s'est fait de grand dans ce pays n'est redevable à cette caste égoïste et veule dont un des représentants les plus éminents trône à l'Elysée.
    Je rejoins totalement Gilles dans son analyse: on peut constater que quand il s'agit de juger Villepin ou de Chirac, la justice met les moyens et soigne son decorum. Mais quand il s'agit de petits, de minables, ...vous savez... ceux qu'on devrait renvoyer en bateau (sous entendu: et les couler au milieu de la Méditeranée..), là le mépris est la règle.
    Cette caste abjecte n'a même pas la décence d'afficher, d'assumer ses codes de valeurs...
    On se réclame de Jaures, de Guy Moquet, ... et on fait du Laval.

  • Votre ami le socialiste Sarkozy fait entrer 450 000 étrangers tous les ans en France, qu'attendez vous pour lui dire de stopper l'invasion ?
    Au lieu de crier au scandale comme des vierges effarouchées quant un taudis brûle, prenez plutôt plusieurs de ces malheureux chez vous dans votre salon ou votre maison de campagne et soyez en accord avec vos convictions ou alors fermez là.

  • Vous êtes avocat, vous devez savoir qui décide du nombre de jours que durera un procès, des salles réservées etc. ? pouvez-vous nous l'indiquer.
    Par ex. pour le procès de De Villepin, un procès à rallonge a été prévu pour si j'ai bien compris une simple affaire de dénonciation calomnieuse.

  • @POUCEAU,
    je me permets de vous conseiller une visite chez Kiloutou : on y trouve peut être des cerveaux en location, et si c'est le cas, essayez, vous verrez que c'est agréable et intéressant

  • remarquons qu'aujourd'hui le problème du mal logement s'impose dans la campagne

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