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Psychiatrie : La peur gouverne

L'Assemblée a voté hier le projet de loi réformant la pratique des soins en psychiatrie. Encore une lubie sarkozyste, encore l’UMP au garde-à-vous, et encore la logique de l’exclusion.

De quoi parle cette loi ? 9782070765072.jpg

Ce projet de loi comporte deux volets. Il y avait d’abord les grands discours de folie de Sarko sur la société à protéger contre les monstres. La réponse est un volet sécuritaire, reléguant au second plan la réalité de la souffrance psychique et les compétences des soignants. C’est l'invention du « soin sans consentement ». Pétage de plombs total !

Là-dessus, est arrivée la décision du Conseil constitutionnel demandant l’intervention du juge pour les renouvellements des hospitalisations d’office, décidées par le préfet, et des hospitalisations sur demande d’un tiers, soit à l’initiative de la famille ou des proches. Ce volet est plus technique, et il en profite pour recadrer les psychiatres.

Fallait-il une loi ?

Sur le second volet, oui, car la décision du Conseil constitutionnel l’imposait.

Pour le premier volet, non car le droit fournit des outils suffisants. Il n’existe aucune problématique qui bloque parce que les outils juridiques manquent.

En quoi ce projet est-il mauvais ?

L’excès de lois fragilise le corps social, en validant l’idée d’une vulnérabilité sociale à un niveau tel que les acteurs de la psychiatrie et les professionnels du droit se trouvent en échec. Rien dans ce qui est vécu n’accrédite cette réalité et donc ces choix.

Quelles modalités sécuritaires ?

Le projet comporte maints aspects négatifs, qui s’organisent selon une philosophie simple : le renforcement des contraintes et le recul des thérapeutes. Les idées de compétences et de responsabilités passent au second plan derrière un mythique devoir social d’assurer la sécurité, comme si le trouble et l’angoisse étaient décrétés hors champ social par nature.

S’agissant spécifiquement de l’hospitalisation sous contrainte, le choix est clair : l’entrée rendue plus facile et la sortie plus difficile. Le psychiatre est encadré, et son avis se dissipe dans des commissions administratives, qui deviennent décisionnaires. Copie-2-de-ATTENTION-3724.jpg

Nourrie par les peurs sociales montées en épingle, la loi invite à raisonner de manière binaire : médecin ou malade, bon ou mauvais, légal ou illégal. C’est exactement affreux.

La loi va s’appliquer…

C’est la loi qui perdra, car les principes sont les plus forts. De ce point de vue, cette loi est peut-être un mauvais moment à passer pour pouvoir enfin purger une série d’idées tordues qui polluent le débat par les recours qui suivront.  

Qu’est ce que le soin sans consentement ?

Cette idée plait à ceux qui veulent voir leur pouvoir conforté, et qui ont plaisir à s’arrêter de penser de temps à autres. La loi décide pour vous, c’est un monde merveilleux. La loi dénie la complexité et installe, au cœur de pratiques, un terrain médical, naturellement bon et bienveillant. Cette loi abolit la réflexion : la décision médicale est bénie de la loi républicaine, et le refus du patient est une illégalité, qu’on ne supporte pas longtemps.

C’est donc la relation de soin qui est atteinte ?

 

La relation de soin, en psychiatrie sans doute plus qu’ailleurs, est asymétrique. Le projet de loi accroit cette asymétrie, et marginalise les interrogations. Il ne s’agit plus de construire une relation, qui laisse toujours une place pour le patient, mais de faire avaler la décision médicale, garantie légalement pure et bonne. politique_peur.jpg

 

L’idée qu’il puisse y avoir, par le fait de la loi, un soin sans consentement, accrédite la décision médicale comme ce qui doit être fait. Le consentement n’est plus une relation, mais le chemin à faire par le patient pour accepter la décision médicale. Et si le patient n’accepte pas, la loi lui impose.

 

Ainsi, le présupposé de la loi est que la décision médicale est ce qu’il faut faire. Vu qu’elle est juste, on la rend légale. C’est donc une destruction de la relation. Le consentement n’est plus une rencontre, mais une acceptation unilatérale qui dénie l’altérité. La loi heurte les principes les plus fondamentaux du droit, pour lesquels le consentement n’est qu’une conséquence directe du principe constitutionnel de dignité.

 

Mais pourtant on admet  l’hospitalisation sous contrainte ?

 

Cela n'a rien à voir.

 

D’abord, l’hospitalisation est une exception au principe, et donc tout le monde s’y retrouve. Avec le projet de loi, tout change, car l’exception ruine le principe, dès lors que le consentement peut être imposé !  

 

Par ailleurs, l’hospitalisation sous contrainte remet en cause la liberté d’aller et venir, et les équipes recréent les conditions d’une relation. Le cadre contraignant est limité à la liberté d’aller et venir, ce qui est beaucoup, mais ne remet pas en cause l’autonomie de la personne. Les soignants doivent créer une relation.

 

Enfin, l’hospitalisation est décidée par un tiers, sous le contrôle d’un juge, alors que le soin sans consentement est imposé par le médecin lui-même, et sans contrôle du juge, car aucun juge n’acceptera de discuter d’un traitement. 

 

Que faire devant un refus de soins avéré mais non raisonnable ?

 

Ce que les professionnels de la psy ont toujours fait : après analyse de tous les facteurs, et en équipe, le praticien prend les décisions qui lui semblent juste, en fonction de sa compétence et en assumant la responsabilité.

 

Qui décide dans le soin sans consentement ? Flichiatrie.jpg

 

C’est toute la question. Le patient ne participe plus à la décision que s’il l’accepte, donc il n’y a pas de participation réelle. Ce que réalise la loi, c’est un processus qui permet de décider à la place d’un autre. Le malade n’est plus sujet mais objet des soins. 

 

Le médecin gagne en confort et en pouvoir à court terme, mais il solde sa compétence et sa responsabilité.

 

Alors pourquoi cette loi ?

 

Il ne s’agit pas de répondre aux besoins de la psy, mais de créer du consensus social en présentant comme dangereux les plus vulnérables. Les patients psy et les Roms sont traités sur le même mode.

 

C’est le rouleau compresseur de l’ordre social. La résistance du patient, sa liberté d’être, est bousculée par la loi au nom de la peur. Le malade perd la reconnaissance de sa complexité, la seule option étant de fuir ou de se rendre sur le terrain, juste et bon, du médecin.

 

C’est le refus d’admettre la différence ?

 

Le gouvernement parle d’identité pour nous faire avaler la pilule du conformisme. Le conflit est naturel, et la question est moins la recherche valeurs communes, captées à travers des concepts si vastes qu’ils ne veulent plus rien dire, mais de reconnaitre les différences, d’accepter les conflits et de trouver les moyens de les réguler.

 

Le mot de la fin ?

   

La multiplication des lois tend à créer un canevas étroit de ce qu’il faut faire et ne pas faire, et parce que le respect du à la loi, s’instaure pas à pas une véritable école sociale de l’obéissance. La loi n’est plus le cadre qui trace des limites pour garantir l’exercice des libertés. Elle dit ce qu’il faut faire. C’est une loi contre l’intelligence.

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Commentaires

  • § 11" la décision médicale est bénie de la loi républicaine" je suppose que vous vouliez dire : bannie;
    Sur le fond, je suis tout à fait d'accord.

  • Une grande partie de ce qui est dit à propos de la SCH négative a les personnes déprimées ont été hospitalisés dans les départements où il ya des maladies mentales graves. Ce «mélange» de la maladie est traumatisante pour beaucoup.
    Je n'ai pas vu souvent chez les patients qui n'ont pas HO justifié, sauf pour les vieilles dames, les voisins craignent que cela mettrait le feu accidentellement.
    Bien sûr, psychotropes abrutissante. Mais il fut vite oublié quand les neuroleptiques n'existaient pas, et où certains patients hurlant de douleur, leurs cris et à travers les murs.
    Il faut faire attention à ne pas confondre les passagers et les états dépressifs d'autres névroses et des psychoses souvent peu peut être guérie.
    BR, Linda Coleman, Medical Assistant Phlebotomist Jobs from phlebotomy jobs

  • Si on avait su éviter les sorties hasardeuses basées sur des "paris sur l'humanité", on n'en serait pas là.

  • Il est quand même curieux que, dans une société si prompte à vilipender les juges quand leurs décisions ne plaisent pas aux multiples groupes de pression existants voire au plus haut titulaire du pouvoir politique, le législateur se retourne systématiquement vers ces derniers pour trancher les nœuds gordiens qu'il s'ingénie à créer. C'est faire preuve, à tout le moins, d'une perversité intellectuelle qui confine au masochisme. Car enfin, en quoi le pauvre JLD est-il plus compétent que quiconque pour trancher une telle situation surtout à l'heure ou certains voudraient voir sa responsabilité individuelle mise en cause en cas de faits divers fâcheux survenant par la suite et nécessairement imprévisbles ? De plus, si j'en crois les échos que j'entends çà et là, c'est un tsunami de dossiers qui va submerger les malheureux titulaires de la lourde charge de JLD. Comme d'habitude, on peut être sûr que notre ersatz de parlement, la chambre d'enregistrement, ne s'est pas préoccupé de l'intendance.
    Comme vous le dites si bien "La loi n’est plus le cadre qui trace des limites pour garantir l’exercice des libertés. ". Vous avez dit démocratie?

  • Si on suivait ce genre de raisonnement sécuritaire pour la bagnole ou l'énergie, on en serait réduit à se déplacer à pied et à s'éclairer à la bougie.
    Précisément, une des premières attitudes à adopter vis à vis de personnes en difficulté est d'éviter la peur et de s'ouvrir.
    Souvent d'ailleurs on aperçoit des êtres humains bien plus "riches" et sensibles que le crétin lambda. Pas toujours non plus.

  • La politique de la peur : c'est ce que notre gouvernement pratique ; il aurait tort de se gêner, ça fonctionne bien ; heureusement, le Conseil constitutionnel est sérieux et voit clair.
    Avec Sarko, il deviendrait possible de rendre perverse une idée aussi simple et honorable que le "Principe de précaution".
    Par exemple, nous pourrions fliquer les enfants, pour éventuellement protéger à l'avance la société de leurs exactions potentielles...
    Je passe sur d'autres façons de faire et dont l'intention est tout aussi généreuse.

  • La peur semble bien gouverner aussi les responsables du lycée Auguste BLANQUI, à Saint-Ouen dans le 93.

    Du coup on sonde les consciences des adolescentes en mesurant la longueur de leur robes: une robe longue devient un signe d'extrémisme religieux (mais on ne chasse pas l'extrémisme catholique ou les chrétiens évangélistes).

    Très violent, à mon avis, pour des adolescentes.

    Est-ce légal cette police des consciences, armée d'un mètre ruban ?

    http://blog.mondediplo.net/2011-03-20-Jupe-et-string-obligatoires

  • La psychiatrie française est malade:selon le ministère, près de 1 000 postes de praticiens hospitaliers en psychiatrie sont vacants.Or nous avons le nombre de Psychiatres le plus important d'Europe Encore une exception bien française,celle du soin psychiatrique sur la seule base de la psychanalyse..... Avec l’Argentine, la France est le seul pays où la psychanalyse reste le modèle dominant en psychiatrie.Force est de constater que dans les autres pays développés, les thérapies cognitives et comportementales et les neurosciences se sont imposées, leurs psys n’étant pas forcément plus débiles que les nôtres.Or une thérapie psychanalytique c'est des années de soins qui coutent un max a la secu....Et c'est pour un Psychiatre avec une soixantaine de clients l'assurance de faire fonctionner le tiroir caisse dans un confort de soignant,non négligeable. Cette loi ne changera rien,car le mal est ailleurs,mais pour le régler in faudrait affronter bien des obstacles et des professionnels de santé arcbouter sur leurs pré carré

  • Psychanalyse et psychiatrie : un sujet trop difficile pour moi...

    www.erudit.org/revue/fili/2008/v17/n1/018787ar.pdf

  • Personnellement, je suis victime d'abus de psychiatrie depuis des années parce que ce que je fais les intrigue. Je suis esthète, et je suis le père de Zohra Dati. Mais ces débiles me soumettent à leur traitement sinon je dois faire une hospitalisation pour comprendre. Je crois que c'est surtout que les psychiatres sont tous des incompétents mal léchés et qui ne veulent pas discuter. Au départ c'est ma mère qui m'avait conseillé de suivre une thérapie, mais je suis victime d'étranglement, entre d'un côté ma mère qui ne veut plus en entendre parler et moi qui doit composer avec des bouzeux qui prétendent mieux juger de mon état d'esprit (ici c'est la bouze qui domine désolé). Mais je suis atteint d'un cancer, et les psys croient avoir droit de nier ma parole en prétendant délirium ou hallucinations (j'ai bien sur fait diagnostiquer mon cancer par un médecin, mais je n'ai pas de preuve écrite). Laissez moi vous dire qu'avec tout ça, on sait déjà que sarkozy il passera pas en 2012. Qui plus est, j'ai construit un médium d'hallucination, cela fait reluquer les merdes et les pets des gens qui gravitent autour de votre égo, ben, les politiques devraient se faire soigner en somme, c'est tous des malades mentaux dans ce monde, il n'y a pas que sego qui devrait suivre une thérapie, le niveau intellectuel est pitoyable, et ce qui a été fait et ce dont ils parlent est ridicule et malsain. Au final, j'aurais fait des mois de séquestrations abusives, pour des parents qui comprennent rien et un brin de dépression provoqué par les abus des psychiatres. Le pire, c'est qu'on entend des mangeurs de crottes (véridique) qui nous traitent d'aliéné dès lors qu'on est séquestré. C'est minable, c'est une politique qui prone le vol de l'identité pour la reproduction de masse, et ils n'ont pas du trouver réponse à la vérité que 55% de la population est effectivement monstrueuse comme décrite, tandis que 50% des personnes suivies sont saines. Bien entendu, on va vers un monde où les psys suivront des idées nouvelles pour apporter des soins à des malades, mais pour l'instant la vérité, c'est qu'il n'a jamais exister ne serait ce qu'un soin véritable, et sarkozy veut violer tous les malades pour trouver une solution. C'est un choix politique, mais qu'on me fasse plus chier, sa campagne de 2012, il s'en fera un thérapie...Je suis déjà victime de leurs abus !

  • Pour ma part je ne crois pas en la psychiatrie.
    D'autre part, bien sûr, nous sommes gouvernés par la peur. Il n'y a qu'à voir ces dernières semaines : peur de l'étranger, peur du nucléaire, peur du chômage, peur de l'avenir, peur de...

  • Nous sommes de toute façon dans une volonté d'infantilisation des individus où les libertés se restreignent. La psychologie et la psychiatrie ne sont pas une science, c'est une chose qui est clairement reconnue et pourtant peu prise en compte. Le plus dangereux dans l'utilisation de la psychiatrie est celle faite en justice, où les choses sont tellement évidentes, que pour une même expertise, vous aurez autant d'avis que de psy... alors qu'attendre d'une telle loi, si ce n'est donner plus de pouvoir à un outil plus qu'imparfait, les lois existantes suffisait à protéger les malades (dont il est important que soit posé un véritable diagnostic... lorsque maladie il y a vraiment) et la population, dans la limite toutefois de savoir la maladie... et la personne malade.

    La psychologie et la psychiatrie est passée d'une notion d'aide à l'individu à celle de sanction et de restriction.

  • sympa le commentaire de ce projet de loi sauf qu'après lecture, je n'ai pas compris ce qu'il y avait dedans!!! Je ne comprends pas ces articles qui partent du principe que tout le monde est au courant du sujet! Ne serait-ce pas plus pédagogique de commencer par décrire le contenu avant de le critiquer?

  • Bien sur qu'il faut de nouvelles lois en psy, mais ce coup là ce ne sont pas les bonnes ...J'ai peur !

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