29.04.2011
Retards à la SNCF : Procès pas évidents…
Le retard de la SNCF qui devient un jackpot, c’est pas pour demain. La Cour de cassation (1° chambre civile, 28 avril 2011, n° 10-15.056) vient de rendre un arrêt propre à calmer les ardeurs procédurières… à et redonner le sourire à la SNCF.
Les faits sont simples, et ont pour chacun un air de vécu : la galère quand le train est en retard.
Nos amis quittent Saint-Nazaire pour la gare Montparnasse, avec arrivée prévue à 11 heures 15, le temps de rejoindre pépère Orly, pour un embarquement 14 h 10 à destination Cuba. Mais c’est le bazar et le train doit s’arrêter à Massy-Palaiseau à 14 h 26. D’où un programme un peu bouleversé : taxi pour Montparnasse, et retour à Saint Nazaire.
Bilan financier de l’opération : 3 136,50 euros pour les frais de voyage et de séjour, le taxi, le repas à Paris, les billets de retour à Saint Nazaire et le dommage moral pour « les abeilles ».
Réponse de l’usager devenant usagé : une procédure devant la juridiction de proximité, qui condamne la SNCF pour ce voyage impossible. La morale du consommateur est sauve, mais pas le droit. Pour comprendre, il faut taper dans les meilleurs articles du bon vieux code civil, rédaction de 1804.
Première étape, l’article 1134 : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites ». Notre histoire, c’est un contrat, et donc des engagements réciproques : je paie le billet, et tu me conduis de Saint-Nazaire à Montparnasse.
Deuxième étape, l’article 1147 qui traite de l’inexécution du contrat : « Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, toutes les fois qu'il ne justifie pas que l'inexécution provient d'une cause étrangère qui ne peut lui être imputée, encore qu'il n'y ait aucune mauvaise foi de sa part ». Dans notre affaire, la SNCF doit payer des dommages et intérêts car elle n’a pas exécuté son obligation, et elle ne prouve pas que la cause de ce retard lui était étrangère, genre une météo sibérienne.
Alors, c’est bon, j’ai gagné mes 3 136,50 euros ? Rien du tout, car joue l’article 1150 du code civil : « Le débiteur n'est tenu que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou qu'on a pu prévoir lors du contrat, lorsque ce n'est point par son dol que l'obligation n'est point exécutée ». Or, la SNCF ne pouvait prévoir que le Saint Nazaire – Montparnasse était une piste d’envol pour Cuba. Elle paie juste pour le retard à Montparnasse.
Mais la SNCF est en faute et s’en tire bien ! Certes, mais il faudrait, pour dépasser l’indemnisation de base prouver le « dol », défini par la jurisprudence comme une faute lourde, d'une extrême gravité (Cour de cassation, chambre commerciale, 27 février 2007, n° 05-17265). Cette faute lourde se déduit de la gravité du comportement du débiteur et elle « ne peut résulter du seul manquement à une obligation contractuelle, fût-elle essentielle » (Cour de cassation, chambre commerciale, 29 juin 2010, n°09-11841). Le plaignant doit prouver, et la faute lourde de nature à ne saurait résulter du seul fait pour le transporteur de ne pouvoir fournir d’éclaircissements sur la cause du retard (Cour de cassation, chambre mixte, 22 avril 2005, n° 02-18326).
En réalité, il y avait un motif pour rejeter la demande. Montparnasse est un quartier merveilleux, et il faut bien mieux passer huit jours dans les théâtres, les endroits mythiques et les restos de ce Paris qui resplendit, que de zoner sur la plage d’un hôtel de Cuba.

00:35 Publié dans Droit | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : responsabilité, sncf











Commentaires
L'arret de la Cour de cassation
http://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/premiere_chambre_civile_568/385_28_19837.html
Écrit par : gilles devers | 29.04.2011
zoner sur une plage d'un hôtel de Cuba...
Effectivement, s'il s'agissait d'aller s'entasser, comme des millions d'européens qui "ont fait Cuba", sur les ignobles plages de Varadéro, mieux vaut en effet rester à Montparnasse.
Mais l'autre Cuba existe, celui des merveilleux coeurs historiques de la période coloniale hispanique, ou celui de la cordillière montagneuse de l'est.... ou des mogottes de la région de Vinalès.
Ce Cuba là, tant mieux s'il est boudé par les blaireaux de Varadéro. Il n'en reste que plus beau et authentique.
Écrit par : longlongjohn | 29.04.2011
Quelque part, c'est comment traduire en droit les conséquences possibles de l'effet papillon.
Par exemple un suicide sur la voie ferrée entraine (2 heures de retard et sauf si le défunt est cheminot et que... ce retard ne peut être imputé à la SNCF), entraine donc pour un voyageur précis qui devait participer avec des éléments cruciaux à une négociation de paix le déclenchement d'une guerre et son cortège d'horreurs. Autant dire qu'en cas de dommages (de guerre) et intérêts conséquents, la SNCF n'aurait plus qu'à arrêter ses trains (plus facile qu'une centrale atomique) et mettre tout son personnel au chômage ce qui ne serait pas sans dégâts non plus.
Un modèle "juste" pour les effets possibles des retards dus aux aléas ferroviaires ne me semble pas mathématiquement parlant impossible à construire, mais bonjour les longs débats abscons de mathématiciens et ensuite de juristes pour formaliser tout cela en droit sonnant et trébuchant.
Donc l'approximation raisonnable et pragmatique actuelle dont il est question ici ne me semble pas complètement injuste et farfelue et je continuerai à prendre le train pour me déplacer, en respectant les réserves émises par longlongjohn ci dessus quant au tourisme cubain que je ne pratique pas.
Écrit par : yesroll | 29.04.2011
S'il s'agissait d'une compagnie aérienne, elle se ferait tomber dessus à bras raccourcis par la commission européenne.
Ca fait deux fois que j'essaie de poster sur l'ouverture de la porte de Rafah, entre Gaza et Egypte, mais ça ne passe pas. Bizarre...
Écrit par : Mathaf Hacker | 29.04.2011
J'ai aussi deux messages en carafe
Je ne sais pas ce qui se passe
Écrit par : gilles devers | 29.04.2011
l'histoire ne dit pas pour quelle raison le train a eu du retard... A celui du suicide, imaginons que d'affreux malfrats aient piqué du cuivre sur les rails, ce qui rend un peu plus difficile le passage du train, est-ce que la sncf doit être tenu responsable d'être victime de vandalisme?
Écrit par : sevand | 29.04.2011
@ yesroll :
La règle sur laquelle la Cour de cassation s'est appuyée pour ne pas retenir les d-i des frais de voyages (indemnisation des seuls dommages prévisibles) ne s'applique pas en matière délictuelle (en dehors d'un contrat) où la règle est l'indemnisation intégrale des préjudices.
Donc votre raisonnement ne tient pas. Inutile cependant de revenir à la nuit des temps pour caractériser un lien de causalité, il suffit de retenir un évènement causal, mais de surcroît anormal.
Écrit par : Mirambeau | 04.05.2011
Et une fois de plus, ce sont les concernés et premières victime qui ne seront pas dans leurs droits :(
Écrit par : Mutuelle SNCF | 08.12.2011
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