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Hadopi s’attaque au gaz

570631825.jpgHadopi, c’est très important et très sérieux. C’est un truc génial pour défendre les droits d’auteur, donc la culture, donc la France. Enfin, ça c’est pour le discours, parce que la réalité est franchement plus drôle.

Lundi dernier, Hadopi, du haut de ses ergots et de sa haute autorité, a rendu publics les premiers résultats chiffrés, après une année d’action éreintante. Jugez en vous-même : plus de 18 millions d’infractions ont été constatées. Pratiquement 1,5 millions par mois, soit 50 000 par jour. 18 millions d’infractions, … les tribunaux ne manqueront pas de taf ! Eh ben, c’est pas évident si on examine la suite. Vous allez voir que c’est vraiment du n’importe quoi.

Premier déchet pour les identifications des adresses IP : seules 1 million ont pu être recherchées, car Hadopi n’a pas assez de moyens. Géniale Haute Autorité qui abandonne d’emblée 90% des infractions.

Après viennent les premiers avertissements par e-mail. Nouveau déchet de 50% : seulement 470 000 avertissements ont été adressés. Pour les autres, ce sera quand Hadopi aura le temps.

Nouvelle étape, la lettre recommandée, et là le déchet s’accroit encore : seuls 20 000 internautes sont concernés. Ce qui, sur les 18 millions d’infractions constatées, est une vraie institution de l’impunité, me direz-vous.

Le jeu de massacre continue. Hadopi explique sur cette short list, seule une dizaine ont été désignés passibles de poursuites. Risible. Shadok14.jpg

Mais pourquoi ces dix ? Qu’ont-ils fait de si terrible ? Là, nous entrons dans le Royaume d’Ubu, car il se trouve que Le Parisien a retrouvé la trace d’un de ces bandits de l’Internet, détrousseur de droits d’auteur.

Notre ami s’appelle Robert Tollot. Agé de 54 ans, il est professeur de sciences économiques et sociales au lycée François-Mauriac de Forez (Loire), et il fait partie de ceux qui ont reçu une convocation devant pour récidive de téléchargement illégal. Hi, mon pote, ça sent la taule… Sauf que tout est bidon dans son affaire.

On lui a d’abord reproché d’avoir téléchargé David Guetta, puis Rihanna, ce dans l’envoi des 470 000 mails. « Quand j’ai reçu la première lettre, en novembre 2010, j’ai cru qu’ils faisaient du zèle, et j’ai répondu par écrit en expliquant qu’il y avait erreur », expliquant que cette musique n’était « pas sa tasse de thé ».

Second avertissement, parmi les 20 000 courriers recommandés. Il contacte alors l’Hadopi, qui lui conseille de vérifier que sa connexion est bien sécurisée. Il fait la vérification, et tout est OK, ce dont il informe Hadopi, qui n’en a rien à faire. Hadopi arrive à peine à envoyer 20 000 courriers sur les 470 000 nécessaires, alors ce n’est pas pour perdre du temps à répondre à ceux qui ont des remarques à faire.

Mais suit un troisième courrier. « On m’accuse d’avoir téléchargé le film Iron Man 2, alors que je ne sais même pas comment on fait! » et qu’il était en cours à l’heure du méfait. Là, il est obligé de se rendre à Paris, où il est convoqué car il risque 1 500 d’amende et la suspension de l’abonnement ! Il a la possibilité de repousser la date, mais ne peut éviter le déplacement. « J’habite à plus de 500 km de Paris, c’est énorme, surtout pour une telle erreur ! »

C’était dans notre série : « Nous sommes bien gouvernés ».

shadok04.jpg

Commentaires

  • L'internaute a l'obligation légale de sécuriser sa connexion.

    Il faut attendre qu'hadopi indique le logiciel de référence à faire installer par un organisme certificateur.L'accusé pourra prouver sa bonne foi. On peut encore attendre longtemps!
    Ce qui ne signifie pas qu'il n'y aura plus de téléchargement pirate ,car le logiciel référence sera vite "craké". Il faudra donc en installer un autre,etc...le tonneau des danaides.

    le wifi en mode wep est très facilement piratable, c'est d'ailleurs arrivé à mon voisin.
    Les FAI se gardent bien de le dire,ils n'en vendraient plus.

  • Le seul intérêt prétendument pédagogique d'hadopi sera de montrer que le wifi n'est pas fiable.Les FAI non plus.

    Comment cet homme a-t-il pu vérifier matériellement que sa connexion est sécurisée alors qu'il reconnaît lui-même être incapable de télécharger un film?

  • Grâce à notre ami Robert, on comprend qu'Hadopi est une mécanique subtile en deux temps :

    1) on recherche des piratages en cours de transfert quelque part sur la toile en identifiant, si possible, l'adresse du présumé pirate

    2) le présumé pirate devient automatiquement coupable (a) de piratage *ou* (b) de défaut de sécurisation de sa connexion internet

    Question aux spécialistes : Et si notre ami Robert trouvait une brochette d'avocats illustres et un collège d'experts ad hoc, par quelle procédure pourrait-il s'en sortir ?

  • Pour vérifier la sécurisation, je pense que notre ami Robert a fait comme j'aurai fait ; je tel à mon installateur, qui me dit toujours des choses douces

  • Pour communiquer, le protocole TCP/IP utilise des numéros de séquence, afin de gérer le suivi des connexions.
    Si ces numéros sont prévisibles, une machine étrangère peut prendre la place de la vôtre à l'intérieur du réseau.
    hadopi est nul en ce domaine,mais les pirates ne le sont pas.

    voilà ce sur quoi repose hadopi.
    Une nouvelle spécialisation en vue pour les avocats:"les techniques et méthodes liées à la pénétration des réseaux informatiques".

  • J'espère que ce pauvre homme trouvera un avocat passionné d'informatique qui démontrera au juge la prétendue fiabilité des réseaux .

    Et tout cela aux frais des contribuables.Mais hadopi a sûrement permis de caser des petits copains.

  • Des dommages et intérêts en perspective pour les poursuivis de l'Hadopi qui va finir par coûter tellement cher pour un résultat aussi nul qu'il ne va pas surrvivre bien longtemps.
    La question : où recaser les emplois grassement payés de cet organisme ?

  • Bonjour,
    Comme je ne suis pas expert en droit, je me permets de vous soumettre ces deux petites questions :
    - de quel droit HADOPI (ou qui que ce soit) a-t-il le droit d'écouter nos communications ?
    - qui atteste qu'un fichier numérique (ou la concaténation de fichiers piochés à droite à gauche) est la reproduction de telle ou telle oeuvre ?

    Merci pour vos papiers.
    Cordialement
    Pascal

  • @pascal Bonjour, je ne suis pas davantage expert en droit mais je rebondis sur ta deuxième question.
    En effet, j'ai cru comprendre que des opérateurs privés, sans doute dûment habilités par l'Hadopi et les ayant-droits, étaient chargés de détecter les transferts "suspects".

    Comment ces opérateurs privés font-ils ? Et leur processus de reconnaissance des oeuvres protégées a-t-il été soumis à des experts indépendants ? Le "détecté" pourra-t-il contester leur *rapport* automatisé ?....

  • Juriste n'est pas non plus mon métier:-)

    - les écoutes téléphoniques s'exercent dans un cadre règlementé.
    -Le juge fera probablement appel à des experts ,mais quels experts? des ingénieurs du son,des informaticiens ?
    -ce n'est pas l'idée qui est protégée,mais la mise en forme.
    en utilisant des fragments aboutés sans les modifier on utilise la mise en forme réalisée par un tiers.La solution est de subvertir le tout ,on fait ainsi une création originale,même si la différence est minime.

  • Voila un graphisme qui aurait bien illustré le propos

    http://malloxcast.com/post/325642289/hadopi-a-qui-le-tour

    http://fr.rsf.org/france-hadopi-l-heure-des-mauvais-bilans-12-07-2011,40631.html

    Hadopi un parfait exemple de privation de liberté ! Accès à la société de l'information est un droit !

Les commentaires sont fermés.

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