31.08.2011
Il faut abroger la règle du faux-départ
Usain Bolt empêché de courir ! L’homme le plus rapide du monde, sportif exemplaire, disqualifié devant les caméras du monde entier, laissant la place à une finale irréductiblement frappée d’injustice. Un cauchemar.
Dope, mauvais geste, propos déplacé, tenue non-conforme ? Non, rien. Alors qu’il attendait tant cette finale du 100 mètres au championnat du monde, à Daegu, cette finale préparée minute après minute depuis un an, le grand Usain Bolt a été fauché par le plus débile des règlements : dans le monde impitoyable de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) un faux départ vaut élimination. Sans aucune marge d’appréciation ou de discussion.

Monsieur Bolt, vous êtes l’homme le plus rapide du monde. Monsieur Bolt, vous êtes un sportif hors pair, inconnu des commissions de discipline. Monsieur Bolt, vous êtes respecté car vous êtes fairplay. Monsieur Bolt, vous représentez ce que veut dire se construire par l’effort. Monsieur Bolt, dans un monde qui se morcelle, vous réunissez des connaisseurs, des admirateurs et des curieux du monde entier. Monsieur Bolt, vous étiez l’un des grands moments de ce championnat du monde. Monsieur Bolt votre talent et votre personnalité font de vous un exemple pour les sportifs du monde. Eh bien, Monsieur Bold, vous ne courrez pas. Dégagez, dégagez avec toutes vos qualités. Vous ne serez plus champion du monde. Au vestiaire !
Encore les ravages de cette punaise fielleuse qu’est la tolérance zéro. La tolérance zéro, c’est l’arrêt de la pensée.
La règle précédente était parfaite : les coureurs avaient collectivement droit à un faux départ, et le second faux départ était disqualifiant. Sévère mais juste, avec une proportion entre la rigueur nécessaire et les réalités humaines les plus évidentes.

La raison est sportive ? Non ! Aucun motif sportif ! C’est tout simplement une bonne histoire de fric : la télé veut un spectacle qui ne s'éternise pas. Ce qui montre la bêtise absolue de la règle. Après le faux-départ, il a bien fallu donner un second départ. Si Usain Bolt avait pu courir, ça aurait changé quoi ?
S’il y a des abus, il est très facile de les sanctionner, humainement. Il suffit de mettre au point un système d’avertissements disciplinaires, pour graduer le comportement. Là, rien. A l’heure H moins une seconde, tu es exemplaire ; à l’heure H, tu es bon pour l’Ile du Bagne.
Cette réglementation cruelle est l’œuvre de psychorigides désincarnés. Il faut l’abroger d’urgence.

Tiens bon Usain, tu as la soutien du blog
00:38 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : sport, discipline, cruauté
30.08.2011
Le programme « Justice » de Hollande : De la pure gonflette
Dans une tribune publiée par Le Monde, François Hollande détaille son programme « Pour une institution judiciaire plus efficace ». Super François qui va protéger les faibles et attaquer les puissants…
« Trop lente, trop chère, trop compliquée, dure avec les faibles et faible devant les puissants, mal comprise, contestée et parfois rejetée, la marche de la justice inquiète au lieu de rassurer, elle irrite au lieu d’apaiser ».
Ca démarre niveau CE2 : tous les clichés en une phrase. Et ce constat qui montre une vision tragique de l’histoire : « elle irrite au lieu d’apaiser ». Quelle ambition ! Apaisons, chères sœurs, et chers frères… On voit la plume acérée et l’engagement visionnaire du courageux Vallini.
Hollande de Vallini commence par les litiges de la vie de tous les jours, divorce et licenciement en tête, « complexes et coûteux ». Le divorce a connu une réforme récente qui fait consensus, et qui notamment permet de divorcer en cas d’accord avec une seule audience et deux mois d’attente. Que propose de plus Hollande de Vallini ? De simplifier la complexité ? Vaste programme, mais alors il faudra faire une loi pour réglementer l’amour et jouer la garde des enfants à la courte paille.
La justice est coûteuse ? Non, elle est gratuite. Ce sont les honoraires d’avocats qui sont coûteux. Hollande de Vallini envisage donc une loi pour tarifer les honoraires ? Actuellement, ils sont arbitrés par les bâtonniers des ordres et les présidents de cours d’appel. Hollande de Vallini a-t-il une idée pour trouver des gens plus compétents ? Peut-être songe-t-il à rabaisser la TVA sur les honoraires, car la défense du quotidien n’est pas vraiment un produit de luxe... A moins qu’il envisage de doper le budget de l’aide juridictionnelle, pour permettre aux revenus modestes d’y accéder ? Et s’il y a augmentation des budgets, il finance comment, alors que le grand leitmotiv est la résorption des déficits ? Des paroles verbales. 
Je passe sur les grands progrès que seront les modes alternatifs de règlement des conflits – ça date de vingt ans – et la dématérialisation par un grand plan pluriannuel d'informatisation… Tout ceci est déjà fait, mon cher ami, et depuis longtemps. La signature à la plume d’oie, c’est aussi fini...
On arrive au pénal avec ce cri du cœur : « S'il est bien sûr hors de question de relâcher des gens considérés comme dangereux… ». Tiens, tiens, tiens… La dangerosité, notion chérie de Sarkozy, validée par Hollande de Vallini. Bravo pour cette perspicacité intellectuelle ! Avec un dangerositomètre socialiste pour mesurer avec précision cette dangerosité. Et si le dangerositomètre est au rouge le jour de la sortie, donc de la fin de la peine, donc de l’exécution du jugement, eh bien Hollande de Vallini vous garde en prison ! Comment ? Comme ça !
Statuant sur le cas allemand, la CEDH a dit que les détentions de sûreté étaient abusives, et la Cour constitutionnelle allemande a confirmé. Mais peu importe : hors de question de relâcher des gens considérés comme dangereux. Hollande de Vallini nous refile les salades du maraîcher Sarko…
Vient la réforme du Parquet. Hollande de Vallini prend position pour des magistrats qui ne doivent plus leur carrière et leur nomination du pouvoir exécutif, en soulignant que c’est ce que demande la CEDH. Dont acte. On comprend donc « parquet indépendant », même si ce n’est pas écrit, pour ne pas faire peur.
Mais comment on fait ? Le candidat se gargarise, mais il ne sait pas écrire la première ligne concrète. Faut-il un procureur général indépendant ? Qui le nomme ? Qui contrôle ses décisions ? Dirige-t-il les carrières ? Dirige-t-il l’action publique ? Quel rôle pour le garde des Sceaux ? Si le procureur devient indépendant, comment gère-t-on son autorité sur la police ? Si le Parquet est indépendant, c’est pour instruire, alors que fait-on du juge d’instruction ? Et quel équilibre du procès face cette montée en puissance du Parquet ? On renforce les droits de la défense, mais comment ? Allô ? Une réponse ? Non, juste de l’incantation. Il faut dire qu’après l’intoxication de Vallini dirigeant la Commission parlementaire sur Outreau, je ne suis pas surpris : il n’y a pas de solution à attendre quand les bases ne sont pas maîtrisées.
Le reste de la grande politique pénale sera… de maîtriser la communication politique pour ne pas stigmatiser. Très bien, sauf que dix lignes plus haut, Hollande de Vallini fait l’inverse, en stigmatisant « les dangereux » qui ne doivent pas sortir de prison même quand leur peine est purgée.
Pour conclure : « Nous devrons prendre le temps nécessaire d'une remise à plat de notre système pénal »… Plus de dix ans qu’ils sont dans l’opposition, et leur programme est de prendre du temps pour une remise à plat ! Les écrits sur la Justice se multiplient, les pratiques nationales et internationales bougent de tout côté, les praticiens inventent tous les jours, des problématiques décisives sont mises en discussion… Aucun écho. Rien.
Continue comme ça, mon cher Hollande de Vallini, et tu auras bien le temps de réfléchir à une remise à plat.

François Hollande rencontrant la Justice
Image pieuse, Musée de la rue de Solferino, 2011
00:40 Publié dans justice | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note | Tags : hollande, 2012, justice
29.08.2011
Libye : Que peut faire la Cour Pénale internationale ?
Le procureur Ocampo s’est magnifiquement gaufré il y a une semaine de cela. Tout enthousiasmé par les fausses nouvelles qui proliféraient, il avait expliqué à l’AFP s’être mis en contact avec le CNT après l’arrestation de Seif Al-Islam Kadhafi : « J'ai reçu des informations confidentielles selon lesquelles il a été arrêté. Nous espérons qu'il pourra être très bientôt à La Haye ». Pas de chance pour le beau procureur, c’était un fake.
De quoi tout de même poser de sérieuses questions sur ses méthodes de travail, et disant cela je fais bien attention de distinguer le Procureur et la Cour, c’est-à-dire les juges.
Qu'est-ce que la CPI ?
La Cour Pénale Internationale est une juridiction indépendante des Nations Unies. Elle doit tout aux Etats qui ont ratifié le statut, à ce jour 116. Un Etat qui ratifie s’engage à coopérer avec la Cour et faire tout son possible pour, au niveau national, lutter contre les crimes relevant du statut : crime d’agression, génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
La Cour a compétence pour les crimes commis sur les territoires ou par les nationaux des Etats-Parties.
La Libye n’est pas membre de la CPI, mais la procédure a été engagée par décision du Conseil de Sécurité, comme le permet le statut. Bien sûr, il est cocasse de voir les Etats qui refusent de ratifier le statut de la CPI – comme les Etats-Unis, la Chine ou la Russie – trouver la CPI excellente quand c’est pour juger les autres. Mais bon, la vie internationale n’est pas simple… 
Le procureur a été saisi par la résolution 1970 du 26 février 2011 du Conseil de sécurité qui « considérant que les attaques systématiques et généralisées actuellement commises en Jamahiriya arabe libyenne contre la population civile pourraient constituer des crimes contre l’humanité » avait décidé de saisir le Procureur de la Cour Pénale internationale de la situation en Jamahiriya arabe libyenne depuis le 15 février 2011.
Le 3 mars 2011, le procureur a conclu qu’il existait d’une base raisonnable pour « croire » que des crimes relevant de la compétence de la Cour ont été commis en Libye, ce qui est un résultat intéressant quand on voit d’autres dossiers très documentés attendre depuis plus de deux ans sans réponse. Passons.
Le 16 mai 2011, le Procureur a saisi une formation de la cour d'une requête visant à la délivrance de mandats d’arrêt à l’encontre de Kadhafi, son fils Seif Al-Islam et du chef des services secrets Abdullah Al Sanousi pour des crimes contre l’humanité (meurtre et persécution), et le 27 juin, la Cour a fait délivrer les mandats d’arrêt.
Que peut-il se passer maintenant ?
D’abord, la Libye devrait en toute logique ratifier le Statut de la CPI, et ce avec effet depuis l’entrée en service de la Cour, en juillet 2002. Le CNT n’a jamais protesté contre la décision du Conseil de Sécurité, et cette régularisation devrait aller de soi. Elle voudra dire que la Libye ne subit pas cette procédure, mais entend apporter sa participation d'Etat responsable. Au lieu de limiter l’examen des faits au 15 février 2011, date arbitraire, la ratification permettra de juger les faits dans leur contexte, et notamment en appréciant le rôle des dignitaires du régime.
Viendra ensuite l’exécution des mandats d’arrêt. Les autorités libyennes ont assuré leur coopération, mais tous les Etats ayant ratifié le traité aussi. On avait évoqué une fuite de Kadhafi au Venezuela, ce cela serait de nature à créer une jolie crise, car le Venezuela a ratifié le statut. Le président du Soudan, Béchir, est également visé par un mandat d’arrêt, et il fait très attention dans ses déplacements. Ce sera un peu plus compliqué pour Kadhafi...
Le procureur, enfin, n’a pas été saisi du cas Kadhafi. Il est saisi de la « situation en Libye », et il a le devoir d’enquêter, et de sa propre initiative, sur tous les faits commis sur le sol libyen et suffisamment grave pour relever de la compétence de la Cour. Le procureur s’informe. De plus, il reçoit les rapports des organismes spécialisés de l’ONU, les informations que veulent lui donner les Etats, et d’une manière générale, toute personne peut lui adresser directement des informations et des preuves. La compétence de la Cour étant lié au territoire, tous les faits doivent être examinés, même s’ils ont été commis par des troupes étrangères.
L’une des grandes difficultés du bureau du Procureur est qu’il ne dispose pas de service d’enquête, sur le modèle de la police judiciaire de nos procureurs nationaux. Aussi, et vu la masse des informations et fausses informations qui circulent actuellement, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pourrait prendre le relais et désigner une mission composée de personnalités reconnues pour se rendre sur place, et chercher, de manière systématique, si des crimes paraissent avoir été commis.
Le dossier Libyen est un défi pour la CPI. Pour le moment, on assiste à une affirmation parfaite du double standard imposé par le Conseil de Sécurité: dépendance, partialité et application du droit en fonction de la tête du client. Il revient à la Cour d’imposer sa méthode et ses critères, ceux de l’indépendance et de l’impartialité.

Tous les crimes commis sur le territoire
00:11 Publié dans droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (394) | Envoyer cette note | Tags : libye, cpi
28.08.2011
Au nom de quoi sanctionner l’évasion ?
Saïd Bahmed, un jeune p’tit gars du pays bisontin, s’était évadé alors qu’il arrivait tribunal de Besançon le 27 juin. Il avait vu une porte, et quoique menotté, il s’était carapaté et avait faussé compagnie à l’escorte. Une fois à la maison, il a publié une vidéo cocasse, intitulée avec à propos : « La liberté n’a pas de prix ». Un buzz de 500 000 passages sur Internet. Les flics ont retrouvé sa trace – il était dans son quartier – et il s’est retrouvé devant le tribunal correctionnel de Besançon pour délit d’évasion. Résultat des courses : un an dont trois mois avec sursis.
Rien de sévère dans ce jugement. La loi est la loi, la condamnation n’est légalement pas contestable, et les juges n’ont pas eu la main lourde. Alors, respectons la loi, mais discutons. La loi doit-elle sanctionner pénalement de tels faits ?
« La liberté n’a pas de prix » : notre ami Saïd a intellectuellement raison et juridiquement tort, ce qui n’est pas un sort enviable. Si l’évasion est accompagnée de violences, par exemple en bousculant un gardien, ou d’atteinte au bien, genre scier un barreau de la prison, alors l’infraction pénale est incontestable. Aucune violence n’est tolérable. Mais quid pour celui qui s’évade simplement et joyeusement…
Examinons la scène, telle que la presse la rapporte. Le fourgon entre dans l’enceinte du palais de justice. Les flics font sortir les détenus. L’un d’eux voit que la porte du garage est entrain de se rabattre, mais qu’il reste jute une place pour lui. Il fonce sur quelques mètres, se glisse sous la porte, et celle-ci se referme juste derrière lui : la loi peut-elle lui reprocher d’avoir fait, sans cause de tort à quiconque, usage du plus fondamental des droits, la liberté ? 
Pendant très longtemps, la réponse était non. Le législateur refusait de condamner une personne au motif qu’elle aimait la liberté. Jeanne d’Arc, l’avait plaidé lors de son procès : « Il est vrai que j’ai voulu m’évader et le voudrais encore, ainsi qu’il est licite à tout détenu ou prisonnier de s’évader ».
Le législateur n’avait pas résisté à Jeanne d’Arc et l’article 434-27 du Code pénal n’incriminait l’évasion que si elle était accompagnée de violence, effraction ou corruption. Le 5 mai 1998 encore, la Cour de cassation (N° 97-85271) refusait de condamner un détenu qui s’était évadé par ruse : « Il résulte de la combinaison des art. 132-73 et 434-27 du Code pénal que le délit d’évasion par effraction n’est constitué que lorsque le détenu, gardé dans un endroit clos, brise le dispositif de fermeture qui fait obstacle à sa fuite… une simple ruse est exclusive du délit poursuivi ».
Hélas, la loi du 9 mars 2004 est passée par là et désormais le seul fait de se soustraire à la garde constitue un délit pénal. C’est dire qu’on demande au détenu de renoncer au premier mot de la devise nationale. Si la porte de la prison est ouverte, et que les gardiens sont en grève, le détenu doit rester sagement dans sa prison.
Je suis prêt à croire que cette loi répressive rencontre un très grand consensus. Je vais demander à François Hollande d’ajouter dans son programme l’abrogation de ce texte qui combat l’idée même de liberté, mais, franchement, je ne suis pas sûr de le convaincre. Que nous reste-t-il… Jeanne d’Arc, si tu m’entends, reviens !

00:02 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : prison, liberté
27.08.2011
Lady Gaga menace la Chine
La Chine n’a peur ni d’Obama, ni de Merkel, ni de Sarkozy, ni de Poutine, ni du CNT, ni de Harlem Désir. Inattaquable ! Qu’on se le dise ! C’est Number One.
La grande puissance chinoise file les jetons aux US comme un commis de banque réveille ses clients le matin pour leur demander de combler le découvert. L’industrie chinoise gagne les grands marchés, la banque chinoise est devenue le FMI de l’Afrique, la diplomatie chinoise fait valser les sommets économiques du G8 au G 20 et autres blagues du même genre, les sportifs chinois raflent les médailles aux JO, et demain ils gagneront la coupe de monde de foot. Ils sont les meilleurs et rien ne fait peur aux lumineux dirigeants du grandiose Parti Communiste Chinois.
Rien ? Rien ?
Si, il reste une puissance au monde qui fait trembler la Chine, et cette puissance c’est Lady Gaga.
Le ministre de la Culture vient d’ordonner la censure de Lady Gaga, pour le tire «Judas» et les chansons de l'album « Born This Way », en expliquant que cette mesure est destinée à préserver la « sécurité culturelle nationale ». Rien de moins. Les sites internet ont été avisés ce 19 août. Ils ont jusqu'au 15 septembre pour s'« autocorriger » en supprimant les chansons, et à défaut ce sera un camp de vacances dans les steppes pour apprendre des chants révolutionnaires, et travailler gratis pour l’Etat.
Vilaine Lady Gaga qui menace la sécurité culturelle nationale…
Ce qui est le plus drôle là dedans, c’est bien sûr qu'ils sont sincères. S’ils censurent Lady Gaga, c’est qu’ils sont pétrifiés de trouille. Il faut donc imaginer…
- Alors Chéri, en forme ce matin ?
- Oh la la, ma douce, ça sera une journée très dure. Je préfère ne pas prendre de café. Il faut que je garde un calme absolu alors que m’attend la pire des épreuves…
- Je te prépare de la camomille… Mais que va-t-il t’arriver ? Ils t'ont muté au service de la gestion de la dette US ?
- Non,… Mais j’aurais préféré !
- Tu me fais peur. Dis-moi ce qu’il en est ? J’ai connu la guerre et la Révolution, et je suis prête à tout entendre.
- C’est très dur de dire tout ça… Voilà : le 59° bureau de la 9° sous-commission du vice-secrétariat central m’a nommé pour présider le jury qui doit écouter les chansons de Lady Gaga.
- Oh mon Dieu, c’est affreux !
- Ca fait trois jours que je le sais, et trois nuits que je n’en dors plus.
- Pourquoi… Mais pourquoi t’ont-ils désigné ? C’est trop dur. Tu avais du retard dans le paiement de la cotisation au Parti ?
- Non, rien. Ils me disent que c’est bon pour ma carrière. C’est quand même la sécurité culturelle nationale qui en jeu ! C’est signe qu’ils me font confiance. Mais c’est horrible. Nous avons 8 clips à voir dans la journée… Le titre « Judas » et l'album « Born This Way ».
- Ecoute, je ne veux pas me mêler de ces affaires, mais je ne veux pas de voir malheureux. Comme elle chante en anglais, tu fais abstraction et tu regardes au plafond pendant les projections.
- Impossible. Il y aura un traducteur !
- C’est idiot, nous sommes en Chine…
- Oui, mais tu sais hélas que le Parti a dû accepter qu’une part de notre jeunesse apprenne l’anglais. C’est nécessaire pour défendre notre argent.
- L’anglais, c’est le cheval de Troie...
- Nous devons être très vigilants. Imagine notre jeunesse qui devienne insouciante comme Lady Gaga, et se mette à chanter et à danser en se tortillant les fesses.
- Tu as raison. Sois courageux, et fais ton devoir en pensant à l’avenir. La Chine se lève devant les nippons, et elle le fera devant les zazous…
- J’espère qu’ils ne vont pas nous brouiller l’écoute.
- Nous devons être prudents. Tu sais qu’ils parient sur la Chine. Oui, mais pourquoi aujourd’hui ? Ils auraient du te laisser un peu de temps pour te préparer.
- Ils m’ont laissé le choix dans la date. Tôt ou tard, il faut assumer. Je ne peux pas annuler cette petite enquête, même si j’ai du tracas jusqu’au cou. Ma grande peur, c’est que ça me donne moi aussi envie de danser… de rigoler… de déconner un bon coup sans gêner personne… de prendre une cuite… de ne pas me prendre au sérieux… Tous ces trucs insensés…
- Mais non, ne t’en fais pas. Tu as eu une bonne éducation. Ce soir pour te réconforter, on regardera ensemble la compil’ des chants de l’Armée Rouge.

Enfin, de l'art !
01:18 Publié dans presse | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : chine, censure
26.08.2011
Viol à l'hôpital
Encore de service au commissariat. Eh, oui, flic c’est tous les jours, mais c’est the last avant les vacances. Une des nuits les plus calmes de l’année. On a l’impression que toute la ville dort... et c’est là que viennent les histoires les plus invraisemblables.
Vers minuit, le téléphone sonne.
- C’est le directeur de l’hôpital qui veut vous parler
- Merci, dites lui que je pars en vacances demain, et que je n’ai pas besoin de me soigner.
- Non, c’est pas une blague, ils ont un problème aux urgences.
- Ok.
J’ai surtout l’impression que c’est quand il n’y a pas de problème aux urgences qu’ils devraient nous appeler. Dans une grande ville, les urgences, c’est la cour des miracles
- Alors, Monsieur le Directeur, du bazar aux urgences… Il vous faut une équipe en renfort ?
- Non, Monsieur le Commissaire. C’est l’article 40 du Code de procédure pénale qui m’amène.
- Des stups ? Pas de problème, on sait faire.
- Non, c’est un viol. Un truc de dingue. La femme accuse un de nos internes, un type de 26 ans, compétent et attentif, que tout le monde apprécie dans le service. Elle dit que c’était à l’occasion d’un examen. Actuellement, la femme est aux urgences et l’interne dort tranquillement. On fait quoi ?
- Il y a des violences ?
- Non, rien. Elle dit qu’elle a été surprise, mais qu’il n’y a eu ni violence, ni menace.
- Vos toubibs ont fait les prélèvements de sperme ? Là, ils sont sur place...
- Non. Enfin, je crois qu’ils vont le faire. Mais la femme dit que quand elle s’est aperçue que l’interne la violait, elle s’est relevée de la table d’examen, et ça en est resté là.
- Bon, bon… Vous ne me laissez pas le choix, mais bon… Vous avez rencontré la femme ?
- Non, mais je suis allé dans le service, et j’ai discuté avec le toubib des urgences à qui la femme a raconté histoire. Lui aussi n’y comprend rien, mais il me dit que cette femme est bouleversée. Elle arrive à peine à s’exprimer et n’arrête pas de pleurer.
- J’arrive. Dites à la plaignante que j’arrive.
- On fait quoi de l’interne ?
- Il est où ?
- Il est dans sa piaule à l’internat, et il dort.
- On mettra un type pour le surveiller discrètement en attendant demain matin. A de suite, Monsieur le Directeur, mais avec vos urgences, vous nous surprenez tous les jours.
L’hôpital est à cinq minutes. Me voici devant le service des urgences. Il est minuit pass’, et c’est encore une ruche. Deux ambulances privées, une des pompiers, et les familles qui attendent devant les portes. C’est éclairé de partout. A l’intérieur, les blouses blanches s’activent. Un viol, ici, avec une femme qui a fait enregistrer son dossier et un mec que tout le monde connait. Et le mec qui reste sur place…
Je vais saluer le toubib qui a appelé le directeur, mais c’est juste pour jauger. Je veux entendre la plaignante en direct, pour me faire une première idée. Les autres témoins ne peuvent que m’embrouiller. On verra ensuite.
La plaignante a été installée dans une chambre du service des urgences, et son mari l'a rejointe. Je demande à la rencontrer seule.
- Bonjour. Je suis le commissaire Blog. Le directeur m’a dit que vous vouliez déposer plainte pour viol. Dites-moi ce qu’il en est.
- C’est une affaire horrible, mais ici personne ne me croit.
- Mais, si. Le directeur reçoit plein d’infos. Or, cette fois-ci il m’appelé. Pour moi, c’est sérieux, et je suis là.
- Je vous remercie.
- Ne me remerciez pas, ça n’a rien à voir. Je fais mon travail qui est d'appliquer la loi. Donc, vous me dites ce qu’il en est, j’enquêterai et je transmettrai au procureur de la République. C’est lui qui décide. Je suis là pour vous entendre, et je me fiche de ce que pensent les autres.
- J’espère que je vais vous convaincre. Pour moi, c’est tellement invraisemblable. Je n’arrive pas à croire que ça m’est arrivé.
Cette jeune femme est là devant moi, prostrée. Elle pleure, inconsolable. Le toubib a juste eu le temps de me dire qu’elle est enceinte de 15 semaines.
- Ce matin, je n’étais pas bien. Rien n’allait. Dans l’après-midi, j’ai été prise de vomissements, et je me suis rendue à l’hôpital.
- Vous n’avez pas appelé un médecin ?
- Oui, j’ai appelé le 15. Mais il y avait de l’attente, et je voyais la nuit arriver. J’ai préféré venir directement aux urgences. Ce n’est pas interdit…
- Non, non, ce n’est pas le problème. Mais je cherche à comprendre.
- J’ai été reçu par une infirmière. Je lui ai dit ce qui arrivait, on a fait un dossier, et elle m’a dit que je serai examinée par l'interne en gynécologie. J’ai attendu un peu, et ce médecin est venu. Il m’a examiné et m’a posé des questions. Là, c’était une consultation normale. Il m’a dit que ces vomissements n’étaient pas un bon signe, et qu’il fallait faire des examens complémentaires. Il a décidé de l'hospitalisation, et nous avons fait les démarches.
- Rien d’anormal jusque là ?
- Rien. C’était normal. Il est revenu un peu plus tard, et m’a demandé de le suivre pour des examens complémentaires. Il était vers 22 heures, et nous nous sommes rendus dans une autre partie du pavillon. Il n’y avait personne, mais vu l’heure, c’était logique. C’était pour un entretien, et il m’a posé beaucoup de questions sur ma santé, cherchant aussi à savoir si je me sentais bien ces temps-ci.
- Les questions étaient cohérentes de la part d’un médecin ?
- Oui, un peu insistantes, mais rien à dire. Pour lui, ca pouvait être une cause physique ou psychologique. Il a alors dit qu’il allait me donner un médicament homéopathique, pour me détendre. Tout à l’heure, le médecin des urgences m’a dit que c’était sûrement un anxiolytique. Il a attendu un peu.
- Combien de temps ?
- Je ne sais pas, mais je dirais une dizaine de minutes. Je cherchais à me détendre. La journée avait été épuisante.
- Après nous avons reparlé, et il m’a dit qu'il allait faire un examen dans le noir au calme... Déjà je n'ai pas très bien compris. On est passé dans la pièce d’à côté. Il m'a dit de fermer les yeux. Dans la salle où j'étais, il y avait du carrelage noir au mur et en fait j'ai vu en haut comme dans un miroir ce qu'il était en train de me faire. J'ai vu que c'était lui, qui était à l'intérieur de moi. Je me suis dit : « Non, c'est pas possible ». Brusquement, je me suis alors relevée. Il n'est pas parti. Il a remonté son pantalon. J'ai eu très peur, parce que j'étais toute seule avec lui. Derrière il y avait du matériel chirurgical. J'ai d'abord cru qu'il allait me tuer. Je lui ai dit que je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça, et il m'a parlé. Il m'a dit qu'il s'était fait violer quand il était petit, et que le fait d'avoir parlé avec moi, il s'était attaché à moi. Il n'était pas dans un comportement de violence. Il m’a dit que ça devait rester une affaire entre nous.
Elle est bouleversée, et son récit est haché par sanglots qui semblent chaque fois l’arracher. Mais quel récit…
- Comment avez-vous pu vous libérer ?
- Je me suis levée, et il est resté sans rien dire. Je suis partie, je suis passée par ma chambre, et je me suis décidée à aller en parler au médecin. J’avais honte et peur de ne pas être crue, mais j’avais trop peur qu’il revienne et me tue.
- Il a été violent ?
- Non.
- Il vous a menacée, avant ou après ?
- Non. Je dois même vous dire qu’il avait un comportement… Je ne sais pas quel mot utiliser… Il avait un comportement très doux.
- C’est tout, Madame ?
- Oui, c’est tout... Je sens que vous ne me croyez pas. Personne ne croira jamais cette histoire. Pourtant, c’est vrai, je ne mens pas, je n’ai jamais menti. C’est horrible, Monsieur le Commissaire. Il savait que j’étais enceinte, c’était pour moi une protection totale. Et à l’hôpital… Qu’allez-vous faire ? Vous allez l’arrêter ? S’il n’est pas arrêté, qui me protégera ?
- Madame, vous avez surtout besoin de repos. Les médecins vont venir. Moi, je vais continuer l’enquête. On vous tiendra informée quand il y aura du neuf. Dans l’immédiat, des policiers vont garder discrètement votre chambre. Vous êtes maintenant en sécurité.
Pas facile. J’en ai vu d’autres, mais le visage de cette jeune femme est marquant. Elle vient à l’hosto tranquille, et se retrouve dans cet état… En face, on va trouver quoi ? Un jeune toubib sympa et apprécié, et qui finit tranquillement sa nuit de garde à l’hôpital. Pas vraiment l’attitude du violeur… Violence, zéro. Sperme, zéro. ADN, peut-être, mais quelle conclusion?
Pourtant, pourtant…Ca serait quoi l’alternative. Il ne s’est rien passé ? Impossible, la femme ne serait pas dans cet état. Et puis dans un service hospitalier, on repère vite ce que fait un interne de garde. Or, elle décrit une histoire qui a duré plus d’une heure. Ca se retrouvera.
Non, je sens que le type va nous dire que tout est vrai, mais que c’était consenti. Il a craqué, et elle aussi. Il dira que dès qu’elle a dit non, le rapport a pris fin, qu’ils ont ensuite parlé, qu’elle est allée tranquillement rejoindre sa chambre et lui la sienne. Craquer à deux, ça existe, mais ce n’est pas un viol.
Le mec a fauté, c’est sûr. C’est presque un classique pour les toubibs. Ils draguent comme ils veulent, et peuvent devenir amoureux fou de leur patiente. Mais, pas pendant l’examen ! S’il y a consentement, même d’un instant, c’est du disciplinaire.
On verra. Notre job, c’est chercher les preuves. Quand un type viole une femme, il appelle rarement un huissier pour constater... On est toujours dans cette recherche, mais là, franchement, c’est un cas limite de chez limite. Les indices matériels sont ultra faibles, et l’essentiel va se jouer sur les personnalités et la fiabilité des récits.
Bon courage, mais pas pour moi, chères amies et chers amis. Je finis ma nuit, et c’est tchao congé ! Le Lac Léon dans les Landes, si ça vous dit quelque chose. Je récupère mes deux petits gones chez Madame Ex, et je me casse. L’enquête n’y perdra rien : le collègue qui prend la suite est un as des enquêtes psychos. Alors, ça tombe très bien. Il va être comblé, et demain, sous les pins, je lui donnerai un coup de fil pour savoir.
* * *
En fait, je n’ai pas eu besoin du coup de fil. La page Internet du Figaro m’a appris le résultat des courses, et ça a été rapidos :
« Après avoir été placé en garde à vue, tôt dimanche matin, il a avoué les faits, expliquant avoir cédé à une pulsion. Il a assuré que son geste n'était pas prémédité. Mis en examen mardi pour "viol" avec "circonstances aggravantes du fait que l'acte a été commis sur une personne vulnérable et dans le cadre de ses fonctions de médecin", il a été placé en détention à la maison d'arrêt de Chaumont. Il encourt une peine de 20 ans de prison »
Incroyable. Le mec s’est déballonné en cinq minutes, comme un gus qui lâche sa conscience, et qui avec ce qu’il raconte, libère des années qui étaient bloquées entre son cerveau et son gosier. Les vrais psys, c’est nous les flics.
Ici, je suis trop bien, et dès demain on commence quinze jours de miel. Mais un petit truc me tracasse en me disant que j’aurais bien aimé conduire l’enquête. Une enquête qui se finit bien, j'apprécie en tant que bon poulet.
Même avec quelques années de métier, on n’est pas trop malin quand on débarque à six heures du matin dans la piaule d’un interne. On sait que si on se plante, c’est une explosion nucléaire de ravages. Maintenant, impossible de faire autrement que de débarquer chez l’interne sympa. Parce que c’est sûr qu’il est sympa. Une fois que tu as passé une heure avec le mec, tu verras vite que si tu enlèves le crime, le type est sympa. Interne à 26 ans, apprécié dans le service, et son boss qui lui laisse les urgences, ce type a plein de qualités en lui, c’est certain. S’il était père de petits gamins, et qu’il venait aussi au Lac Léon, on aurait pu passer de bons moments. Mais s’ajoute le crime, et c’est ça, c’est carbonisé.
Un type de 26 ans, intelligent et attentif, ne devient pas violeur s’il n’a pas des trucs en vrac dans la tête. Et ces trucs, il ne se les est pas mis tout seul dans sa tête, histoire de se pourrir joyeusement la vie. Il paraît franc et d’équerre, et s’il accepte de péter l’armure chez un psy, il s’en sortira. S’il s’était enfermé dans un truc, genre « elle m’a allumé, et j’ai craqué, mais c’est moi la victime », il serait peut être libre, mais condamné à trimbaler la misère toute sa vie.
Cette femme que je ne verrai plus… Mon pote est un bon, et il saura faire. Mais c’est à moi qu’elle s’est confiée... Un flic fait des rencontres incroyables. Le matin, c’est une jeune femme insouciante ; à 21 heures, elle est victime d’un viol ; et à minuit, elle se retrouve devant mézigue, flic en chef, visage fermé, pour passer la plus dure épreuve de sa vie, comme ça, assise en pleurs à côté de son lit d’hôpital. Autant vous dire qu'on est content quand l'enquête se finit bien. La femme a dû avoir l’info bien avant moi, et malgré le viol, j’espère qu’elle a repris place dans la courbe de la vie. Elle sait qu’on va la croire, elle sait qu’elle n’est plus menacée. Il lui reste à assumer, çà c'est pour elle, mais, à notre niveau, on a avancé.
A l’heure qu’il est, mon pote doit être dans le bureau du Proc’ entrain de lui raconter l’histoire. Comme je le connais, il doit être le premier avocat de cet interne. Mais pour le Procureur, il n’y pas trop de choix. La taule, c’est le chemin désigné par l’intention coupable.
01:05 Publié dans justice | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : viol
24.08.2011
Qu'est-ce que juger ?
« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Pascal avait parfaitement posé les rapports entre la vérité et la réalité. Nous y sommes : « La vérité est une notion relative qui varie suivant les époques, les lieux, les mentalités ». Lacan, lui, avait théorisé la vérité variable, et la pratique connait cette notion de varité. Pascal ou Lacan, chacun sait qu’une démarche sincère, objectivée, conduit à des affirmations subjectives. Cela ne conduit à renoncer à rien ; il suffit de le savoir. C'est le quotidien de la Justice.
Dismissal
La justice pénale s’est prononcée à New-York, en fonction des lois et coutumes US. Le procès civil prend le relais. La vérité judiciaire US est dite selon les lois que se sont choisis les US, et c’est ainsi pour tous les pays, avec le tableau d’une immense diversité, dont le respect s’impose.
Le procureur a abandonné les charges. Le débat judiciaire pénal n'a pas été ouvert. La défense n’a pas eu à communiquer ses pièces à l’accusation. Elle a plaidé « non coupable », et au début de l’affaire, a dit que les conditions de la relation sexuelle sous contrainte n’étaient pas établies. Pour l’accusé, la solution est la plus nette, mais il n’y a pas eu de jugement au sens précis du terme. L’affaire s’est en effet arrêtée avant le procès, par abandon des charges. Dismissal.
Le constat de cette diversité des systèmes judiciaires n’interdit pas l’approche critique. Cette critique est l’exercice de base de la recherche juridique, et elle doit simplement se garder du discrédit. Je critique la méthode d’un procureur, et je pose clairement la question de l’équité du procès.
Les Etats-Unis, enrobés dans le sirupeux discours sur les valeurs, ont des rapports difficiles avec le droit. C’est un fait objectif : ils refusent de ratifier l’élément essentiel de la prééminence du droit, le protocole de 1966 qui permet à tout être humain de saisir le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU en cas de la violation de ses droits fondamentaux. Les Etats civilisés ont appris qu’ils peuvent se tromper, et ils se placent sous un contrôle international. Les Etats-Unis sont un petit Etat judiciaire, peureux, arquebouté sur ses coutumes, et il refuse la confrontation avec les normes du procès équitable.
Le juge et les faits
J’ai toute liberté pour dire l’aberration de la méthode du procureur Cyrus Vance Junior. Que dit notre procureur élu ? « Parce que la victime a menti, le fait pénal n’existe pas ; il reste une affaire privée ». La faiblesse ou l’incohérence de la victime interdit de chercher si le fait existe. Cette démarche est à l’opposé de ce que doit être la recherche de la vérité dans le procès équitable. Mesurez la gravité de ce simplisme : si la victime meurt d’une agression, le procès est plus facile car la victime ne peut plus parler, donc plus mentir !
La justice ne mérite le respect que parce qu’elle recherche la preuve des faits. La fonction du juge est, dans le respect du contradictoire, de mettre en balance tous les éléments d’une affaire pour forger, publiquement, une conviction. La jurisprudence, universelle, connait ça parfaitement : les insuffisances ou les contradictions d’un témoin ne suffirent pas à le rendre irrecevable, et le juge soit apprécier la valeur des informations qui en résultent dans une approche globale.
La victime est partie au procès, et donc partiale. La violence des faits a pu altérer sa perception de la réalité, la plaçant dans l’excès, dans un sens ou dans l’autre. Dans les affaires d’inceste, il est fréquent que la victime dénonce sa propre plainte quand le procès s’approche. Le juge doit être prudent, ce qui est une vertu, et la prudence n’est pas le renoncement. Renoncer au débat judiciaire parce que la victime a menti sur certains points, c’est une désertion. La fonction judiciaire disparait quand elle se lie irrévocablement à la victime. C’est inéquitable, donc ce n’est plus un procès.
Question au Parquet, en France
Selon l’article 113-6 du Code de procédure pénale « La loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République ». C’est un classique, et chacun se rappelle de l’affaire dite de l’Arche de Zoe : des faits reprochées à des Français, mais commis à l’étranger et avec des victimes étrangères. Le procès avait eu lieu en France. S’il y avait eu à Manhattan un procès et un acquittement, le juge français ne pourrait plus rien faire. Mais le dismissal est abandon de l’accusation, et ne vaut pas autorité de chose jugée. Le procès civil se poursuit là bas, à partir d’une page blanche. Donc, le Parquet, en France, peut ouvrir une enquête.
Le Parquet l’a fait suite à la plainte de Tristane Banon, avec des éléments accusatoires anciens, et objectivement ténus. Le récit a une cohérence, mais existe-t-il des éléments matériels sur la commission de l’acte criminel invoqué ? Tout laisse à penser qu’après cette enquête de police, l’affaire sera classée sans suite. Un dismissal à la française. L’avocat de la défense pourra accéder au dossier, et selon son analyse, se constituer partie civile devant un juge d’instruction. C’est une pratique courante dans l’exercice des droits de la défense.
Les avocats agissent comme ils l’entendent, dans l’intérêt de leurs clients. Mais le procureur de la République n’est pas tenu par ce particularisme, et au terme des articles 40 et 40-1 du Code de procédure pénale, il est maître de l’opportunité des poursuites. En l’occurrence, il est bien informé, et un refus de poser une seule question en poserait beaucoup d’autres. Ou alors, c’est une nouvelle politique générale du Parquet, mais personne ne peut y croire. Peur de se tromper, peur de l’erreur ? La seule réponse est d’instruire.
Que les victimes se rassurent
Je veux conclure par quelques mots pour les victimes. Nos règles judicaires et notre droit de la preuve ne répondent pas au simplisme brutal du procureur Cyrus Vance Junior. Comme me l’évoquait hier un ami avocat, « nous ne sommes pas dans cette sacralisation de la parole de la victime conduisant au fait qu’un affaiblissement de la victime empêche de considérer les faits ».
L’accusation est la charge du Ministère public. J’ai bien dit « public » Des inconscients – le petit monde politique – ont tenté d’inventer cette nullité de la pensée judiciaire, à savoir que la victime devait être le centre du procès. Vous vous rappelez ? Ce sont les mêmes qui aujourd’hui s’agitent à front renversé… mais c’est le fruit de la même absence de raisonnement. Ils ne connaissent que l’émotion, et le concept leur est hors de portée.
Le centre du procès, ce sont les faits, appréciés par les juges, en application des lois et dans le respect des droits de la défense. Le sort de l’accusé est aggravé ou facilité par les déclarations plus ou moins justes de la victime. Parce qu’il s’agit de justice, la décision ne doit relever que du juge. La procédure cherche à créer la distance suffisante avec les faits pour que la décision rendue s’approche de ce que doit être l’idée de Justice. Mais le juge qui s’en remet à la parole d’un autre, la victime en l’occurrence, abdique. Il sort de la sphère judiciaire.
Les phraseurs habituels de la chronique judiciaire se taisent, mais tout avocat, tout procureur, tout juge sait que, selon le droit français, avec des faits de cette nature, une instruction judiciaire est ouverte. Un acte sexuel « hâtif », un certificat médical retenant les mots d’agression et de viol, des témoins et des horaires par les cartes magnétiques qui au minium donnent une cohérence à la plainte. Les données constantes de notre pratique judiciaire conduisent à la désignation d’un juge d’instruction, avec la police scientifique, une enquête approfondie auprès de tous les témoins, la reconstitution de la scène accusatrice en fonction de tous les éléments, des enquêtes de personnalité, des expertises. Quand – c’est exceptionnel et ce n’est ici pas le cas – les données matérielles ne disent rien, il ne reste alors que les témoignages. Mais le juge, jamais, ne les écarterait d’emblée.
Il est très dur d’être victime, et c’est un enfer si en plus la victime devient le juge. Cette méthode tourne le dos à l’idée de justice, car le sort de l’accusé dépend de la capacité de la victime à maîtriser son langage et ses affects. Dans un monde civilisé, la victime n’est pas le cœur du procès ; ce cœur, c’est le juge, agissant en application de la loi, dans le respect des droits.

Allégorie du Triomphe de la Justice
Jean-Baptiste Jouvenet (1644-1717), Musée du Petit Palais, Paris
14:46 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (56) | Envoyer cette note | Tags : justice
23.08.2011
Abdeljalil, président du CNT, était le bourreau des infirmières bulgares
Mustapha Abdeljalil, président CNT était, en 2006, le président de la Cour d’appel de Tripoli qui avait condamné à la peine de mort les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien. L’un des plus graves attentats judiciaires commis par le régime de Kadhafi, dont il était un pilier.
Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien étaient arrivés en Libye en 1998, pour exercer dans la pédiatrie, à l’hôpital de Benghazi. Au début de 1999, les enquêteurs ont découvert le ravage de l’infection par le virus du VIH auprès de patients, et l’enquête s’est focalisée sur l’hôpital de Benghazi, pour mettre en lumière... un complot. Ces contaminations n’étaient pas dues aux déficiences du service de santé de ce pays si riche, mais à une équipe de terroristes qui s’étaient cachés sous une blouse blanche pour tuer des enfants et discréditer le noble et grand régime libyen. Heureusement, le juge Mustapha Abdeljalil était là.
S’est ainsi ouvert l’un des plus pourris des procès, avec des incohérences scientifiques évidentes – mises en lumière par Montagnier et l’OMS – et des interrogatoires sous une torture tout aussi évidente. Avec à la clé une kyrielle d’infractions faisant encourir la peine de mort à ces innocents :
- Complot international contre la sécurité de l’Etat ;
- Empoisonnement de 393 enfants ;
- Atteintes aux mœurs par consommation d’alcool, adultère et luxure.
Huit années de calvaire. Lors du procès, tous ont dénoncé la torture – viols, électrochocs, et morsures de chiens – mais la réponse de la justice a été de les condamner pour diffamation. Puis, le 19 décembre 2006, la Cour d’appel de Tripoli, dans son immense sagesse, les a tous condamnés à la peine de mort. Mission accmplie : le président de cette cour s’appelait Mustapha Abdeljalil.
Pour récompenser ce serveur de soupe sans scrupule, Kadhafi l’a nommé en 2007, ministre dela justice, poste qu’il a occupé jusqu’à sa défection en février 2011,… pour devenir le Président du CNT.
Pas de doute, les tireurs de ficelle de l’OTAN ont installé pour surveiller leurs intérêts des hommes indépendants et d’une honnêteté intellectuelle rare.

Moustapha Abdeljalil dans ses œuvres
« Avec l’OTAN, tout est possible »
00:34 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (321) | Envoyer cette note | Tags : libye
22.08.2011
Tripoli terre de conquête ?
Soudain, c’est l’enchantement à Tripoli : les rebelles débarquent par la mer, des commandos terrestres super-organisés attaquent des points névralgiques, et les imans appellent le peuple à se soulever pour la liberté. Sous nos yeux ébahis, une grande victoire populaire, spontanée.
Un porte-parole des rebelles annonce l’installation d’un régime démocratique et, bien sûr, laïc. Les gentilles télés nous ont même montré des uniformes en vrac sur une route, signe que les vilains soldats de Kadhafi ont pris la fuite.
Quel changement !
Quatre jours plus tôt, le ton était bien différent. On avait appris que les villes de Brega et Zaouïa, soit-disant acquises à la rébellion depuis des mois, étaient toujours sous contrôle gouvernemental. De tous côtés, c’étaient des témoignages sur des rebelles aussi courageux qu’inorganisés.
Le 28 juillet – pas même un mois – Abdel Fattah Younès, l’ancien ministre de l'Intérieur de Kadhafi, rallié à la rébellion et commandant des troupes rebelles, avait été assassiné. Les divisions profondes du CNT s’étalaient au grand jour, de même que son incapacité à décider quoique ce soit, et son gouvernement avait été dissous. Dans le même temps, Paris, Londres et Washington montraient leurs réticences à poursuivre le financement de cette opération militaire figée.
Et ce soir, badaboum ! Il nous faut saluer une réussite exemplaire. En trois semaines, ce gouvernement a restructuré les troupes, et organisé l’attaque coordonnée de Tripoli, sans base arrière, et avec un débarquement maritime.
Bien gentil celui qui peut croire à cette légende.
La seule réalité est que l’OTAN a dit ça suffit, et a organisé la bataille de Tripoli, sous le joli nom d’opération « sirène ». Il faudra du temps, bien du temps, pour savoir exactement ce qui s’est passé, mais le scénario est trop gros pour que ça passe.
L’action de l’OTAN est parfaitement illégitime. La résolution du Conseil de Sécurité s’inscrivait dans le régime général dit du « devoir de protéger », et n’autorisait ni la présence des troupes au sol, ni le renversement du pouvoir. Le seul but était d’empêcher la commission de crimes de guerre.
Kadhafi était et est un authentique dictateur, acteur revendiqué du terrorisme international, et qui n’a tenu que parce qu’il était assis sur le trésor du pétrole. Le cirque de la libération des infirmières bulgares et l’emballement de la France pour le recevoir, il y a deux ans, restent dans les mémoires.
Aussi, il faudrait beaucoup de bonne volonté pour le défendre, mais ça ne justifie pas tout, et surtout pas cette ingérence militaire, guidée par l’appât du gain.
Bon courage au peuple libyen. Ces terres de grande civilisation ont résisté à bien des épreuves...











00:58 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (52) | Envoyer cette note | Tags : libye
19.08.2011
Les Verts se liquéfient
Comme si ça ne suffisait pas avec les Soc’ qui préparent la grande bataille (interne) des primaires, voici les Verts qui se liquéfient le jour du lancement de leur campagne. Ras le bol de ces losers prétentieux…
Revue des troupes vertes, vertes commes des algues.
Nicolas Hulot n’a pas voulu prendre le risque d’un nouveau seau d’épluchures sur la tête, et il est remonté dans son arbre, arrosé par TF1 et EDF, des valeurs sûres de l’écologie.
Mathieu Orphelin, qui était le Henri Guaino de l’ex-futur président de la République Nicolas Hulot, est tout fâché et il publie sur Internet le récit de cette campagne vicieuse. A lire la fenêtre ouverte, et un jour de grand vent.
Daniel Cohn-Bendit explique qu’il a voté pour Eva Joly car il était persuadé qu’elle perdrait et il ne voulait pas qu’elle ait un score trop faible. Il ajoute qu’il faut renoncer à cette candidature présidentielle vouée à l’échec et négocier avec le PS des places pour un groupe de députés Verts.
Laurence Vichnievski, ancienne collègue d’Eva, et ci-devant porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts, publie dans Libé une tribune pour dire que la retraite à soixante ans, grand engagement d’Eva, est une lubie, car il faut savoir compter, et que 2 et 2 font 4, pas 5.
Corinne Lepage confie à la presse qu’elle n’a plus rien à faire dans Europe Ecologie-Les Verts, car « Les Verts ont repris le pouvoir et c’est l’esprit de fermeture qui domine ».
Comme Hulot, elle fait les yeux doux au grand leader écologiste de la Droite molle, le père Borloo. Et Hulot ne manque pas une occasion de rappeler : « Ma camarade Eva Joly, avant de venir à Europe Ecologie, avait demandé à François Bayrou d’être tête de liste aux européennes ».
Mais rien n’est perdu car nous apprenons que suite à un discours d’enfer, Eva Joly a reçu les applaudissements de 200 aficionados des Verts, dont la moitié faite des permanents du Parti.
J’espère que sur leur budget de campagne, ces enfoirés ont financé une caisse de champ’ à destination de Sarko. C’est bien la moindre des choses.
La Gauche ira mieux quand elle se sera débarrassée de sa nomenklatura, ces abruties et ces abrutis qui gèrent l’opposition politique à 50% comme un livret A, et à 50% comme une planche de surf. Le salut de la Gauche passe par leur disparition politique. Ni fleurs, ni couronnes.

Vous aussi, faites un geste pour sauver la Gauche
23:46 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note | Tags : 2012










