09.10.2011
Vie publique, vie privée : Un peu d’ordre…
La vie privée, c’est une manière d’être. C’est le « chez soi ». Dans ce « chez soi », on peut parler d’affaires privées, de busines, ou de politique : cela ne change pas la nature du « chez soi », que la loi protège vigoureusement. C’est le rappel qu’a fait la Cour de cassation, ce 6 octobre 2011 (10-21.822) dans l’affaire des enregistrements de l’affaire Bettencourt.
On se rappelle Le Point publiant, le 17 juin 2010, « Les enregistrements secrets du Maître d’hôtel », sous titre « Affaire Bettencourt : Les conversations de la milliardaire avec ses proches, captées à leur insu, révèlent une femme sous influence ». Le maître d’hôtel avait, une année durant, à partir du mois de mai 2009, capté les conversations tenues dans la salle de l’hôtel particulier de Neuilly sur Seine où Mme Bettencourt tenait « ses réunions d’affaires » avec certains de ses proches, dont les gestionnaires de ses maigres biens.
Miss Bettencourt avait saisi le juge des référés pour faire retirer ces articles du site Internet et pour faire interdire toute nouvelle publication.
Le juge du tribunal de grande instance, puis la cour d’appel avait rejeté cette demande en se fondant sur les dispositions du Code pénal. L’article 226-2 ne prohibe pas tout enregistrement de propos effectués sans le consentement de l’auteur qui les a tenus, mais uniquement ceux qui portent « atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui ». Or, expliquait la cour d’appel, les entretiens litigieux portaient sur des affaires de gros sous, « professionnelle et patrimoniale » et rendaient compte des relations celui qui gérait sa fortune. Pour la cour, les informations ainsi révélées, mettant en cause la principale actionnaire de l’un des premiers groupes industriels français, dont l’activité et les libéralités font l’objet de très nombreux commentaires publics, relevaient de la légitime information du public.
Pas d’accord répond la Cour de cassation.
« La captation, l’enregistrement ou la transmission sans le consentement de leur auteur des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel » constitue une atteinte à l’intimité de la vie privée. Pour la Cour, ce qui est en cause, c’est la nature de l’entretien, pas son contenu. La captation et la transmission, sans le consentement de Madame, de paroles prononcées à titre privé ou confidentiel était une atteinte à l’intimité de la vie privée, et cette atteinte ne peut être légitimée par l’information du public.
L’enregistrement illicite, qui peut être poursuivi pénalement, reste un élément de preuve pour le juge pénal, qui en apprécie souverainement la portée. En revanche, il est hors de question de publier dans la presse le contenu eu d’un tel entretien, qui viole l’intimité de la vie privée, et la loi pénale. Il n’est pas interdit aux journalistes d’enquêter, de trouver les meilleures sources, et de dire ce qu’ils estiment être des « informations ». Mais ils n’ont pas le droit de publier le fruit de cette violation de la vie privée.

01:29 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : vie privée, référé, cour de cassation











Commentaires
L'arrêt de la Cour de cassation
http://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/premiere_chambre_civile_568/898_6_21184.html
Écrit par : gilles | 09.10.2011
C'est étonnant qu'il faille aller jusqu'en cassation pour en arriver à un conclusion aussi évidente.
Écrit par : Mathaf Hacker | 09.10.2011
On va avoir droit à deux demi-finales grandioses : France-Pays de Galles, All Blacks-Wallabies. Je crois que les Blacks seront champions, mais..
Écrit par : Mathaf Hacker | 09.10.2011
c'est classique et rien d'original.
Écrit par : sevand | 09.10.2011
Sympathique article. Merci à Gilles pour le lien !
Écrit par : Wii U | 09.10.2011
Je trouve ça bizarre que Mathaf et Gilles cautionnent cet arrêt... C'est bizarre quand même. J'ai du mal à voir où il y a une atteinte disproportionnée à la vie privée par rapport à tout ce qu'on a pu voir par ailleurs dans d'autres cas très médiatisés eux-aussi (qui mettaient en cause des individus un peu moins fortunés il est vrai).
Renvoi devant la Cour d'appel de Versailles... humm... ça va, mamy et ses sbires sont tranquilles
Écrit par : Denis75 | 10.10.2011
Sincèrement on peut dire que vie privée est plutôt devenu trop public! dans notre société où l'information personnelle est trop exposé au compte des grands entreprises de la communication, ce sont eux qu'on doit contrôler.
Écrit par : mutuelle complementaire de sante | 10.10.2011
J'aime beaucoup les images de votre article ! je peux les partager sur facebook ?
Écrit par : bonne assurance habitation | 24.02.2012
Vous parlez d'une vie privée lol! aujourd'hui les entreprises et le gouvernement veulent étudier notre vie pour en tirer profit
Écrit par : affacturage | 21.05.2012
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