25.11.2011
La répression de la polygamie est-elle constitutionnelle ?
Des nouvelles de la petite communauté mormone de Bountiful, en Colombie-Britannique, et de ses crédos polygames. Ce groupe, qui vit en marge de l’Eglise des Mormons, estime que la polygamie est nécessaire pour accéder au paradis. Tout le problème est qu’une loi pénale canadienne, ancienne de plus de 120 ans, interdit la polygamie, et prévoit des poursuites pénales. Alors, peut-on opposer la liberté de religion aux poursuites pénales ?
Les représentants de la communauté soutiennent que la vie de leur groupe est protégée par deux libertés fondamentales, celles d’association et de religion, et ni une loi, ni un tribunal ne peut être juge de la pertinence des croyances. Jusque là, la pratique judiciaire leur donnait raison, alors que la communauté connait des situations de polygamie assez extrême. Pour l’un, 19 épouses et 130 enfants…
Le gouvernement de la province avait en 2009 nommé un procureur spécial pour engager des poursuites contre les deux leaders de la communauté, Winston Blackmore et James Oler, mais à l’étude du dossier, le procureur avait estimé que la constitutionnalité de la loi interdisant la polygamie était discutable, et devait être validée par les tribunaux.
Un deuxième procureur spécial avait été nommé, et avait engagé les poursuites, mais le juge avait conclu que ce changement de procureur était une intrusion des responsables politiques dans le système judiciaire, et il avait annulé les poursuites.
La procureure générale de la province, Shirley Bond, a du se résoudre à poser la question de la constitutionnalité, et la Cour suprême de Colombie-Britannique a statué ce mercredi, déclarant que la pénalisation de la polygamie par le Code criminel respecte la charte des droits et libertés inscrite dans la Constitution canadienne.
Un jugement long et très argumenté : plus de 350 pages ! Pour dire que d’un côté il y a les libertés d’association et de religion, mais de l’autre les préjudices causés aux femmes et aux enfants d'une famille polygame.
La suite logique devrait être un recours contestant cette décision devant la Cour suprême du Canada. 
Mary Ellen Turpel-Lafond, la haute fonctionnaire en charge de l'enfance et de la jeunesse, a appelé ses collègues du ministère de la Justice à agir : « Il est clair que le tribunal a conclu que la polygamie était un acte criminel. Pour moi, ce qui est au cœur du débat, c'est le sort de l'enfant. Le tribunal a pu voir des preuves selon lesquelles des enfants d'à peine 12 ans marient des hommes de 58 ans. J'espère donc qu'on amorcera des enquêtes criminelles. » Mais si un recours est formé, il faudra attendre l’arrêt de la Cour suprême. L’instruction de l’affaire a tout de même mis en avant des situations assez inquiétantes pour envisager, dès maintenant, des procédures d’assistance sur le bien-être des enfants de Bountiful.
Le débat est plus difficile qu’il ne paraît, et la problématique n’est pas très éloignée de notre droit français. La loi française sanctionne pénalement la polygamie. Une question prioritaire de constitutionalité pourrait être soulevée par un mari polygame, qui invoquerait ses convictions religieuses. Pour cette communauté de Momons, en rupture avec l’Eglise officielle, c’est une question essentielle car la polygamie est une condition de l’accès au paradis. Alors, est-il possible de sanctionner pénalement cette pratique ?
La loi peut s’imposer sur le plan civil ou social, en ne reconnaissant d’effets qu’au premier mariage. pour le pénal, c'est une autre paire de manches ! Mais, la question est l’intérêt des enfants me dit-on... Je ne suis pas convaincu, car ce qui est protégé, c’est le mariage, pas les enfants. Un homme qui vivrait en concubinage notoire avec plusieurs femmes, mais en respectant le caractère unique du mariage, échapperait à la loi pénale alors que les enfants seraient tout aussi exposés. C'est donc le sacrement du mariage qui est protégé pénalement, alors que l'adultère n'est plus une infraction pénale, et qu'on peut mettre fin au mariage par un simple accord de volonté devant un juge. Dès lors, cette pénalisation est-elle vraiment légitime ?

Oui... Je sais, je sais... Je finis de poster, et j'arrive !
00:09 Publié dans droit des personnes et de la famille | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : polygamie, liberté, religion











Commentaires
La bière polygame
http://www.f-lechartier.com/article-annee-2011-et-nouvelles-expos-65329643.html
Écrit par : gilles | 25.11.2011
Billet nul et non avenu.
Écrit par : Mathaf Hacker | 25.11.2011
Il faudrait aussi faire une enquête sur un échantillon significatif (et ce n'est sans doute pas si simple à trouver) pour savoir si les femmes et les enfants sont moins maltraités dans un contexte polygame que dans un contexte plus traditionnel.
Parce que les résultats du mariage traditionnel sont loin d'être brillants en ces jours de dénonciation des violences faites aux femmes.
Peut être que la polygamie est un moyen assez pratique au fond de modifier le rapport de force entre un mâle dominant vis à vis de sa femelle. Peut être, si l'homme a 4 ou 5 femmes à la maison est il moins insatisfait et surtout dans un tout autre rapport de force sur le front de la lutte des genres.
Au fait comment font ils en cas de divorce ?
Hors de tout point de vue religieux qui n’apporte pas grand chose à ces arrangements sociaux.
Écrit par : yesroll | 25.11.2011
D'accord mais à condition que l'on pratique un eugénisme sévère en avortant 4 garçons sur cinq pour préserver un équilibre appelé par les vœux de yesroll.
Je ne vois pas comment faire autrement pour que chaque homme puisse disposer de ses "quatre ou cinq femmes"...
Je dis çà hors de tout point de vue moral ou religieux car se soucier de ces avortons n'apporte pas grand chose à nos arrangements sociaux...
Écrit par : phidias | 25.11.2011
Le bricolage génétique saura bientôt faire des merveilles pour celles et ceux qui croient au Progrès.
L'institution du mariage et ses attributs secondaires tels que la monogamie datent tout de même d'une époque où l'espérance de vie moyenne et la durée du mariage itou, étaient limitées sérieusement.
Rien n'indique que l'humain(e) soit câblé(e) pour rester marié en monogamie 50 ans.
Des CDD reconductibles me semblent déjà mieux adaptés.
Et la notion libérale et "moderniste" du mariage-ménage va aussi dans le sens de tendre à multiplier les interactions :
je cite PA Plaquevent :
"Ménage (Détournement de sens)
Groupe solidaire de consommateurs, particulièrement apprécié des autorités, des banquiers et de la grande distribution. Généralement doté de revenus supérieurs à ceux des consommateurs isolés grâce notamment à la mutualisation des frais courants, le ménage dispose d’une capacité supérieure d’endettement, ce qui en fait un acheteur potentiel d’assurances de toutes sorte, de véhicules, voire de biens immobiliers ; régulièrement amené à fréquenter d’autres ménages, le ménage tend naturellement à participer à une compétition de consommation avec ses semblables, ce qui génère d’autant plus de consommation (et donc, de gains pour les actionnaires) qu’il y a de braves ménages en interaction."
Écrit par : yesroll | 25.11.2011
La polygamie, oui, si on accepte dans le même temps la polyandrie.
Des êtres s’aiment, et veulent s’épouser. En quoi l’intervention de la loi pénale est elle est nécessaire ? En rien. Si pour la filiation… Mais le mariage et la filiation, ce sont deux choses bien différentes.
J’attends qu’on me démontre en quoi la sanction PENALE du double mariage est légitime, alors qu’un président de la République vivait heureusement avec ses deux épouses et ses deux familles, et qu’on l’idolâtre encore.
Envisagez vous aussi de jeter Paul Bocuse en prison, car il vit avec trois femmes ? Le mettriez vous en prison pour le simple fait qu’au terme d’années de vie partagée, il souhaite passer devant le maire ???
L’attitude des juges canadiens qui hésitent tant à appliquer une loi existante est très sage.
Écrit par : gilles | 26.11.2011
Le droit social français, avec béret et tout et tout, prévoit la répartition de la pension de réversion en cas de polygamie
Circulaire Cnav 76/88 du 29/06/1988
La retraite de réversion est partagée entre les épouses selon des dispositions propres à chaque pays.
Si la répartition n'est pas définitive, la retraite de réversion est répartie à nouveau à chaque fois qu'une épouse remplit les conditions pour y prétendre.
Sinon, la retraite de réversion est répartie définitivement entre toutes les épouses, au point de départ de la 1ère demande, même si elles ne remplissent pas les conditions d'attribution. Cette répartition est remise en cause seulement lors de la connaissance de l'existence d'une nouvelle épouse. La nouvelle répartition est effectuée au point de départ de la 1ère demande.
Le décès, la disparition ou le remariage de l'une des épouses n'entraîne pas une nouvelle répartition, sauf si des dispositions particulières sont prévues par la convention.
Si une ou plusieurs épouses ouvrent droit à la majoration pour enfants, une seule majoration est attribuée. Le montant global (retraite de réversion + majoration pour enfants) est réparti en parts égales entre les épouses.
Par contre, la majoration forfaitaire pour charge d'enfant est attribuée autant de fois qu'il existe d'enfants à la charge de chaque épouse. Cette majoration s'ajoute à la part de l'épouse ou des épouses qui ouvrent droit à cette majoration.
Écrit par : gilles | 26.11.2011
La Cour de cassation, qui rejette au cas d'espèce, mais a contrario admet le principe
http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriJudi.do?oldAction=rechJuriJudi&idTexte=JURITEXT000007498625&fastReqId=1775286622&fastPos=2
Écrit par : gilles | 26.11.2011
Débat au Canada
http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/lysiane-gagnon/201111/25/01-4471613-les-amis-de-la-polygamie.php
Écrit par : gilles | 26.11.2011
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