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28/05/2012

Accouchement sous X : Le silence n’est plus tenable

Enfant né sous X, tu vis un refus d’accéder à ton identité : tu veux savoir qui est ta mère, mais la loi te l’interdit et c’est à vie. Tu passeras donc ta vie sans pouvoir réponde à cette question, et tu sauras simplement que tu es né dans un contexte parental si difficile que l’on reporte les conséquences sur toi, à vie, et tant pis pour ta peine. Le matin dans le bus, tu es assis en face d’une femme plus âgée que toi : c’est peut-être ta mère. La jeune fille assise à côté de toi, et de ta génération, est peut être ta sœur : tu es là aussi privé de savoir. Le type là-bas, c’est peut-être ton père. Impossible aussi de la savoir... Et c’est comme çà tous les jours.  

La loi du 22 janvier 2002198842_2693607.jpg

Le Conseil constitutionnel  (16 mai 2012, n° 2012-248) vient de rejeter une question prioritaire de constitutionnalité (QPC)  formée contre les articles L. 147-6 et L. 222-6 du Code de l'action sociale et des familles, issus de la loi n° 2002-93 du 22 janvier 2002 relative à l'accès aux origines des personnes adoptées et pupilles de l'État, qui maintient le système en faisant semblant de l’aménager.

Cette loi reconnait à toute femme le droit de demander, lors de l'accouchement, la préservation du secret de son identité et de son admission. Toutes les dépenses sont assumées par la collectivité publique pour ne laisser aucune trace.

Le but de la loi ?

Le Conseil doit d’abord rechercher si le but de la loi respecte les objectifs de la Constitution, et sa réponse ne fait pas un pli : « en garantissant ainsi un droit à l'anonymat et la gratuité de la prise en charge lors de l'accouchement dans un établissement sanitaire, le législateur a entendu éviter le déroulement de grossesses et d'accouchements dans des conditions susceptibles de mettre en danger la santé tant de la mère que de l'enfant et prévenir les infanticides ou des abandons d'enfants » Conclusion sur ce point : « la loi a poursuivi l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé ». C’est le grand argument : sans cela, des femmes préféreraient perdre l’enfant. La grande majorité des pays ne connaissent pas ce système, et ne connaissent pas de drame pour autant. Mais le présupposé est tenace. L’Académie de médecine est contre l’évolution de la loi, et c’est en soi un argument pour militer pour l’évolution.

Les modalités de la mise au secret

Ensuite, on examine le processus de la mise au secret de la filiation (Art. L. 147-6 et L. 222-6).

- Les femmes qui accouchent en demandant le secret de leur identité doivent être informées des conséquences juridiques qui en résultent pour l'enfant ainsi que de l'importance, pour ce dernier, de connaître ses origines.9782246773115.jpg

- Elles sont incitées à laisser des renseignements sur leur santé, celle du père, les origines de l'enfant et les circonstances de sa naissance.

- Le secret de cette identité peut être levé qu’avec l'accord de la mère de naissance.

- L’enfant qui a grandi peut demander au Conseil national pour l'accès aux origines personnelles de rechercher la mère de naissance, mais si la mère peut toujours s’opposer.  

Bref, l’esprit de la loi est clair : la mère peut s'opposer à la révélation de son identité, et sa volonté peut jouer même après son décès.

Que nous répondent les papys ?

Réponse du Conseil... Je vous lire tel que cette puissante analyse :

« Considérant qu'il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, de substituer son appréciation à celle du législateur sur l'équilibre ainsi défini entre les intérêts de la mère de naissance et ceux de l'enfant ; que les dispositions contestées n'ont pas privé de garanties légales les exigences constitutionnelles de protection de la santé ; qu'elles n'ont pas davantage porté atteinte au respect dû à la vie privée et au droit de mener une vie familiale normale ».

Donc, circulez, il n’y a rien à voir.  

« Il n’appartient pas au Conseil constitutionnel, de substituer son appréciation à celle du législateur sur l'équilibre ainsi défini entre les intérêts de la mère de naissance et ceux de l'enfant ».

Je suis bien d’accord pour dire qu’il ne faut pas tout constitutionnaliser, et que c’est au Parlement de faire la loi, pas aux juges du Conseil constitutionnel. Toutes les lois injustes, imbéciles ou bien pensantes ne violent par pour autant la Constitution. Le Conseil ne peut censurer que si la Constitution a été violée. Certes.

L'identité, ça vous parle ? 9782070270422.jpg

Mais là quand même, le génial Conseil nous amuse, car les deux plateaux de sa balance ne se valent pas : d’un côté, une mère en détresse qui a besoin d’une aide car elle redoute cette maternité, et de l’autre l’enfant qui n’aura pas droit à son identité. Son i-den-ti-té : toi comprendre ? Ils sont bien gentils, les papys…

Des enfants sans filiation possible, c’est connu : enfant abandonné, circonstances de guerre, précarité des réfugiés… Alors, l’enfant construit sa vie et se débrouille. Mais ici, le cas est différent, car on cache cette info. Volontairement !

J’attends qu’on me prouve réellement que le système est pertinent s’agissant de sauver des naissances qui sinon seraient en péril, et j’attends qu’on m’explique que la situation est bien meilleure que dans les pays qui ignorent la naissance sous X. En réalité, cette loi ne s’impose pas.

Le chiffre est de l’ordre de 500 accouchements par an : aucune autre solution n’est possible ? Le travail social est en échec absolu ?

Pour l’exercice, admettons : la mère redoute une naissance qui la dépasse, et comme la loi a peur qu’elle fasse n’importe quoi, on passe au sous X. Il suffirait de prévoir que :

- l’anonymat est levé à la majorité de l’enfant, s’il en fait la demande,

 - si la commission bidule estime qu’il y a un maxi problème, elle ne peut pas refuser d’elle-même, mais elle doit porter l’affaire devant un tribunal, devant lequel l’enfant né sous X peut se défendre.

Le plus simple serait l’abandon put et simple de la loi. Ce ne sera pas facile si la future présidente de l’Assemblée  nationale est Madame-Ex,… si fière d’être à l’origine de la loi en cause qu’elle considère comme un chef d’œuvre.

Ne pas admettre comme fondamental le droit à l’identité… Ca me dépasse !

accouchement sous x, conseil constitutionnel

Commentaires

Le Conseil National po ur l’Accès aux Origines Personnelles

http://www.cnaop.gouv.fr/

Écrit par : gilles | 28/05/2012

Un rapport parlementaire récent (2011)

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/114000057/index.shtml

Écrit par : gilles | 28/05/2012

Avant de se prononcer, il faudrait l'avis des médecins et psychologues qui fréquentent quotidiennement ces femmes là et ces enfants là.

Il y a aussi des femmes qui tuent le nouveau né à la naissance, pour des sentiments et des raisons que ni vous ni moi ne peuvent se représenter.

De l'autre coté, je ne sais pas combien il y a vraiment d'enfants qui n'arrivent pas à se construire à cause de la non connaissance de leurs ascendants biologiques. Et si c'est vraiment cette non connaissance qui est le problème.
Je me méfie un peu parce que ce genre d'histoire c'est tout bon pour les médias pour faire pleurer dans les chaumières. Est-ce que cela n'amène pas à monter en épingle quelques cas particuliers ? Les gens heureux (sans connaître leur mère) n'ont pas d'histoire. Combien sont ils ?

Je pense que notre socitété est beaucoup beaucoup trop axée sur la parentalité biologique au détriment de la parentalité vécue et affective.

Écrit par : Le boycott d’Israël est la seule solution | 28/05/2012

Gilles, j'aurais tendance à me ranger à votre avis, en particulier sur l'argument que à l'étranger ils ne s'embêtent pas avec d'aussi subtiles considérations.

Pourtant ça se discute et rien n'empêche une mère de faire œuvre d'intelligence et de cœur en demandant la levée du secret.
Si protégée par la loi elle choisi de ne pas le faire, peut être son rejeton ne gagnerai pas grand chose à connaître une aussi piètre ascendance ...

Écrit par : yesroll | 28/05/2012

Je trouve le commentaire de "Le boycott d’Israël est la seule solution" intéressant. J'ajoute que l'identité du père n'est pas protégée de la même façon, et que l'égalité des droits n'est pas respectée ici.

Écrit par : Grabinoulor | 28/05/2012

Faire reposer l'identité sur la connaissance des parents biologiques ne me semble pas très sain.

Le problème ne vient pas du secret, mais de l'importance irrationnelle que certains attachent à la connaissances des parents biologiques.

Écrit par : Tortuga | 28/05/2012

Imaginez la perte de chance - vitale - que représenterait la nécessité d'une greffe de moelle osseuse qui - compte tenu de la rareté du groupe du malade né sous X - ne pourrait être reçue que d'un membre de la famille....
L'intéressé - ou ses ayants droits - pourrait mettre en jeu la responsabilité de l'Etat dans cette perte de chance...

Écrit par : Patrick Handicap expatrié | 28/05/2012

Oui... sauf que, on peut avoir l'envie et le droit à ses risques et périls de connaître ses géniteurs.

Enfin au moins la mère parce qu'il y divers cas "techniques" "de père inconnu".
Et je suis opposée à l'idée de ficher systématiquement toute identité par l'ADN.
Et déjà ce point de vue là, il y a problème parce que discrimination de genre,
Pourquoi une mère ne pourrait elle accéder au statut équivalent "de mère inconnue" ? Sans être féministe, mais simplement attaché à la notion d'égalité des droits et des chances, la demande maternelle à l'anonymat est à mon sens recevable.
Simple question de symétrie entre les deux géniteurs par ailleurs nécessaires à la réalisation d'un embryon.

Autre question de symétrie, celle entre l'aspiration légitime de la mère et celle tout aussi légitime de l'enfant, pourquoi privilégier l'une vis à vis de l'autre ? La loi a choisi de trancher arbitrairement, c'est de toute façon arbitraire, non ?

Au fond même si cette loi ne me satisfait pas vraiment, je ne suis pas non plus d'avis la changer, le monde n'est pas binaire.

Écrit par : yesroll | 28/05/2012

Les modèles étrangers… c’est assez vite vu, car je crois que seuls trois pays européens pratiquent ce système de naissance sous X (Voir la note de l’INED)

Mais quand on réforme, il faut tenir compte du droit tel qu’il existait. Et en France nous avons ce système bien ancré. Il faut en tenir compte.

Je ne résume certes pas l’identité à la filiation, et à titre perso, je ne préconise aucun autonomisme. Je dis simplement qu’il faut mieux prendre en compte les droits de celui veut faire tomber cet anonymat, car çà le hante.

Aussi, je crois qu’on peut maintenir la naissance sous X, mais avec de grosses grosses réformes.

D’abord, si l’anonymat maintenu va à tout le monde, la loi n’a pas à s’en mêler. Chacun mène sa vie, no pb.

Mais on doit mieux entendre l’enfant qui veut ardemment savoir. C’est un vrai droit !

Alors je vois comme piste
- Un anonymat qui tombe assez facilement quand l’enfant devient majeur
- Un contrôle par le juge, avec droits de la défense et recours, et non pas par une commission machin chouette

Depuis les maternités des hôpitaux, on décrit des situations de détresse et de panique : grossesses non assumées, et catastrophiques ; précarité +++

S’il y a la garantie que rien n’est demandé à la mère jusqu’à la majorité, on fait déjà bcp

Mais ce silence absolu, géré par une commission administrative, ca me parait dépassé

Écrit par : gilles | 29/05/2012

Que le voile soit levé automatiquement au décès de la mère, ça oui.
Autrement je reste sceptique sur l'addition, la confrontation, fut elle désirée par l'enfant de deux précarités. Le risque de déstabilisation n'est pas nul, loin s'en faut.

Écrit par : yesroll | 29/05/2012

Je trouve que l'article est un peu trop "tranché"! Certes, je comprends les difficultés que peuvent avoir les personnes nées sous X et leur quête d'identité, mais il ne faut pas passer sous silence, la situation de ses mères qui choisissent cette solution (le délai pour avorter étant en général dépassé) et, lorsqu'on voit à quoi peut aboutir une grossesse non désirée (avortement "maison", congélateur et autre infanticide), on ne peut ignorer ce risque. De plus, l'enfant né sous X pourra être adopté très rapidement...

Ces questions sont particulièrement complexes et nécessitent l'avis de spécialistes (notamment sur les conséquences psy des enfants nés sous X)

Écrit par : sevand | 29/05/2012

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