30/05/2012
Le voleur demande qu’on l’emprisonne
Huit mois de prison ferme pour le vol de deux bouteilles… et le condamné dit merci en expliquant que pour lui, le meilleur moyen de ne pas voler c’est d’être en prison. Tout va de mieux en mieux...
C’est La Voix du Nord qui nous raconte cette audience pas banale, tenue devant le tribunal correctionnel de Lille, la semaine dernière.
L’histoire commence dans un supermarché, le Carrefour City de Croix. Un client prend deux bouteilles d’alcool en rayon, jette un coup d’œil alentour, et les glisse sous son pull. Pas de chance pour le voleur : un agent de sécurité a vu la scène, et lui demande ce qu’il en est. Gentillement, notre ami rend les bouteilles.
Vous avez donc compris que notre collègue a passé la caisse, car le vol n’est établi que par le passage en caisse sans payer les emplettes. Avant, c’est le genre d’exercice pas recommandé, mais non pénal, car le transfert de propriété n’a pas eu lieu.
A ce stade, c’est cuit de chez cuit. Si c’est vous ou moi, on peut refuser d’ouvrir le sac ou de soulever son pull. Le service de sécurité ne peut rien imposer, à part vous demander d’attendre que la police arrive.
Dans notre affaire, tout a été simple. Notre ami a aussitôt rendu les bouteilles en expliquant qu’elles étaient volées. Voici une affaire élucidée.
La police est arrivée, et a eu l’avantage de trouver un client connu : multirécidiviste du vol simple avec, à 37 ans, un casier noir comme un corbeau. Direction le tribunal, pour un jugement selon la procédure de comparution immédiate. 
Les faits sont aussi simples que la personnalité est complexe… Le directeur du magasin était présent à l’audience. On comprend qu’il ne s’est pas déplacé pour le montant du préjudice, mais parce qu’il craque, expliquant que notre ami commet vol sur vol dans son établissement. Alors, le tribunal qui a déjà jugé maintes fois notre ami pour ce genre de vol, cherche à comprendre la motivation.
« C'était pour les vendre à la sauvette, Monsieur le président. Ça vaut 10 € l'unité ». Et d’expliquer que l’argent était destiné à acheter les doses d’héroïne. Mais le tribunal n’est pas saisi des faits d’usage de stupéfiant. Restons-en au vol, d’autant plus que la défense de notre ami est assez stupéfiante : « Si je sors, je vais encore commettre des délits. Des fois, je vole ma mère, mes frères, mes sœurs. Je n’ai pas de conscience. »
Son avocat confirme : « Mon client veut arrêter. Tous ses délits sont liés à sa consommation de stupéfiants. Pour lui, la seule solution, c’est la prison ».
Le tribunal a exhaussé ce vœu et a condamné notre ami à huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt. S’il estime que c’est n’est pas assez, il peut toujours faire appel, en demandant à son profit l’application des peines planchers de la loi sur la récidive.
Mais qu’il fasse attention : en prison, il y a encore plein de choses à voler et souvent, on y trouve de la drogue. Pour la prochaine fois, je lui conseille de demander la relégation sur une île déserte. C’est plus sûr.

00:33 Publié dans droit pénal | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : vol, récidive











Commentaires
L'article de La Voix du Nord
http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Metropole_Lilloise/actualite/Secteur_Metropole_Lilloise/2012/05/29/article_le-voleur-lui-meme-reclamait-de-la-priso.shtml
Écrit par : gilles | 30/05/2012
Vous remarquerez en lisant la dernière phrase de l'article que le CPP du département du Nord a une particularité locale assez surprenante... ;o)
A part ça je trouve l'attitude de l'avocat du prévenu assez surprenante, pouvez vous nous donner votre avis sur cette étonnante défense? L'avocat doit il toujours aller dans le sens du client?
Écrit par : mussipont | 30/05/2012
EH OUI, on voit aussi des gens qui veulent aller en prison et font tout pour y arriver! (le dernier en date chez nous, déjà condamné pour agressions sexuelles, n'a rien trouvé mieux que de "mettre la main au panier" d'une femme qui marchait tranquillement dans la rue, et lui a eu sa peine plancher!!!)
Mais que voulez-vous qu'on fasse dans ses situations: un délit a bien été commis, il y a une victime... ce n'est que le mobile qui est étonnant! mais ce genre de comportement permet aussi souvent de mettre en place un suivi psy à la sortie de prison....
Écrit par : sevand | 30/05/2012
@sevand, sachant que, selon l'article, la peine n'est assortie d'aucune injonction de soins il m'étonnerait fort qu'un suivi psy soit mis en place à la sortie de prison. Selon toute vraisemblance cet homme sera jeté de prison du jour au lendemain sans que son état se soit le moins du monde amélioré en prison.
Écrit par : mussipont | 30/05/2012
@mussipont,
prenons du recul avec les journalistes.... Ce n'est pas parce que l'article affirme quelque chose qu'il est complet.... Un examepl, il y a peu sur France Info "M. X a été condamné à une peine d'amende avec sursis, ce sursis lui permet de ne pas payer les dommages et intérêts demandés par la victime!" ou encore "M. Y a été condamné à une peine d'1euros symbolique à verser à la victime"...
Je ne sais pas ce qui a été décidé par cette juridiction, mais je souhaitais juste vous dire que, dans certaines situations, ce genre de comportement permet d'envisager une obligation de soins...
Écrit par : sevand | 30/05/2012
@ sevand : tout à fait d'accord avec vous sur la possible inexactitude de l'article qui comporte déjà une grosse boulette...
Écrit par : mussipont | 30/05/2012
Faut aller chez les "chti" pour assister à ça! Je croyais avoir tout vu en bossant quelques mois à Calais... Ca se soigne?
Écrit par : Thierry Bressol R/O | 30/05/2012
Pour lutter contre la kleptomanie financière ce serait bien la prison.
Écrit par : Sicotine | 31/05/2012
Il y aurait de quoi faire un blog uniquement sur cette correctionnelle de tous les jours, mais ce serait un vrai travail de journaliste. Car il faut aller aux audiences pour tout noter, les mots, les attitudes, les silences...
Faites le test pour ceux qui ne connaissent pas : les audiences c’est public. Dans les grands tribunaux c’est tous les jours, pour les autres renseignez vous
Il est difficile de les rependre ici, car avec l’œil de l’habitué, on voit que les compte-rendus sont souvent pleins de trous
Ici, je peux reprendre l’affaire car La voix du Nord est un bon journal, qu’on a des guillemets sur les paroles du prévenu et de son avocat (même si à l’évidence ça ne résume pas tout)… et que l’histoire est assez crédible.
Comme on a trop peu d’éléments, les noms de sont pas cités.
Cette « petite correctionnelle » est en réalité un grand moment car on voit à chaque affaire le rapport entre la personne et la justice. Avec tous les cas de figure. Parfois c’est bouleversant, voire dramatique. Le plus souvent, c’est très encourageant sur les deux temps de la fonction de la juste : d’abord juger, et punir dans la mesure où c’est nécessaire.
Et régulièrement, des prévenus en mauvaise position qui bluffent par leur sens de la répartie.
L’une de mes préférées est celle d’un prévenu, déjà condamné pour des faits de vol qui repasse pour une affaire de vol. Les preuves sont accablantes de sa présence sur les lieux et pourtant, alors qu’il se défend seul, sans avocat, il nie les plus flagrantes évidences. Genre « la personne sur la photo me ressemble, alors ça doit être un cousin »
Le président commence à chauffer, et lui dit qu’on ne peut croire à ses mensonges
Réponse : « Mais Monsieur le président, je vous dis la vérité. Regardez je me défends seul car ma défense c’est du dire la vérité. Si c’était pour mentir, j’aurai pris un avocat ».
Une autre, avec une réplique d’avocat
Il est tard, l’après midi a été lourd et nous sommes à la fin d’une dernière affaire où le parquet a demandé de la prison ferme pour un dossier limite. les faits ne sont pas contestés mais la prison ferme se discute.
L’avocat de la défense est connu pour sa tendance à plaider un peu long, et le président lui fait comprendre qu’il a bien compris l’affaire, et que ce n’est pas la peine d’enfaire des tonnes. Chacun comprend que faire bref sera apprécié.
L’affaire se lève :
« J’ai bien compris, Monsieur le président ». il observe un silence, puis enchaine « Sursis, merci ! » Et il se rassoit.
Le tribunal a prononcé la prison avec suris
Écrit par : gilles | 31/05/2012
J'ai vu une fois un prévenu qui passait au Tribunal de St Affrique pour une dizaine de plants de cannabis et qui a aussi réclamé la prison plutôt que d'avoir à payer une amende.
Résultat : 15 jours avec sursis et une amende modérée.
Écrit par : yesroll | 31/05/2012
C le moment de se projeter le bon vieux film "le roman d'un tricheur" Sacha Gutry... ;-)
Écrit par : Thierry Bressol R/O | 31/05/2012
exaucé*
Écrit par : Ano | 01/06/2012
Pas très méchant , le monsieur...Voire sympathique et pathétique , même.
Écrit par : kattryn | 04/06/2012
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