Avertir le modérateur

Collobrières : Quelle force contre le crime ?

A Collobrières, dans la nuit de dimanche à lundi, le crime s’est exprimé avec une force rare. Deux gendarmes sont appelées pour un différend somme toute banal : quelques minutes plus tard, les deux gendarmes ont été tuées. Aucune situation n’est simple pour ces métiers, mais ici, l’irruption si soudaine de cette violence absolue est bouleversante.

Aujourd’hui, peut-être demain, sera ouverte une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction, qui va entreprendre un long travail pour connaître et expliquer ces quelques minutes de feu. Hier le procureur de la République de Toulon, Xavier Tarabeux, s’est suffisamment expliqué pour qu’on puisse parler de l’affaire.

crime,gendarmerie,assassinat

Il est difficile de parler ainsi de Collobrières aujourd’hui, mais c’est pour moi l’un des plus beaux endroits de France. Le Haut Var, cette Provence maritime, avec ses forêts de chênes-lièges, de pins et de châtaigniers qui couvrent le cœur du massif des Maures, et un paysage qui change tout au long de la seule route, celle qui relie Pierrefeu et Grimaud. Enchantement à chaque virage. Et perdu dans cette nature voluptueuse, voici Collobrières, la capitale des Maures, câlée au frais contre une petite rivière, la Verne. Un petit village de 2000 âmes, et une invitation à se promener entre les ruelles et les places.

L’une des deux gendarmes était d’ailleurs installée à Collobrières. Cette adjudant de 29 ans était dimanche soir en patrouille avec une autre femme, maréchal des logis chef, 35 ans, mère de deux enfants.

Elles ont été appelées pour un différend. Une habitante du village a été victime d’un cambriolage, à l’occasion duquel lui a été volé son sac, et une personne l’informe dans la soirée avoir vu ce sac au bras d’une autre femme. Le mari décide alors d’en parler en direct et se rend au domicile de ce couple. C’est la compagne qui ouvre la porte, et le ton monte très vite. S’en suit un pugilat, et la gendarmerie est appelée.

Vers 22h 15, un appel vient à la gendarmerie, et deux femmes gendarmes de la brigade de Pierrefeu-du-Var, qui sont sur le secteur, arrivent très vite. Cet appel, c'est déjà la fin.

C’est alors un déferlement de violence. On bascule dans une autre monde.

Tout commence dans la maison, et très vite ce sont les violences assénées à la gendarme mère de famille. Le procureur parle de griffures au visage de l'agresseur attestant que la gendarme s'est défendue, mais celle-ci ne peut rien.  L’agresseur est décrit comme un costaud de 30 ans, faisant 1,80 m et 90 kg. Il frappe violement la jeune femme à la tête, la roue de coups de pied, lui prend son arme de service, alimentée par une dizaine de munitions, et tire plusieurs balles, trois au quatre, à quelques mètres de distance, en pleine tête.   

La deuxième gendarme, la plus jeune, quitte la maison précipitamment pour se protéger, mais l’agresseur la poursuit dans la rue, et la tue de plusieurs balles tirées dans le dos.

Il prend la fuite à pied avec sa concubine, et sera arrêté vers 3 heures du matin, à proximité du village.

crime,gendarmerie,assassinat

Dans les annales de la gendarmerie, c’est la première fois que deux femmes sont tuées dans une même opération. On imagine l’émotion, vécue en silence, car les gendarmes, militaires, ne peuvent se regrouper en syndicat.    

L'homme de 30 ans a déjà été condamné par le passé pour des affaires de stupéfiants et de vols avec violences. Il était sorti de prison en septembre 2011, après six ans d'incarcération, a précisé le procureur. La semaine dernière, il avait été condamné à une peine de sursis avec mise à l'épreuve pour violences commises sur sa mère. Selon le procureur, « il n'explique pas les raisons précises pour lesquelles il a agi ». L’alcoolémie établie lors de l’arrestation laisse apparaitre un taux, mais assez faible.

A la sortie de ses six ans de prison, ce jeune maçon avait choisi de refaire sa vie à Collobrières, où semble-t-il, vivait déjà une de ses tantes. Les habitants de la commune racontent aux radios comment ils avaient été surpris de voir une personne raconter aussi tranquillement qu’il sortait de La Farlède. Il est dit aussi qu’il était un peu accro aux jeux. Mais, pour le moment, pas grand-chose de plus.

Pour les premiers faits, la qualification est celle du meurtre, l’intention coupable se caractérisant au moment de l’acte, alors que pour les seconds, il s’agit d’assassinat, car il y a eu préméditation : la gendarme fuyait pour se protéger, et l’agresseur l’a poursuivie pour l’abattue. A l'encontre de la compagne, sont établis des faits de complicité et de dissimulation de preuves.

La question de la légitime défense ne se pose pas, car aucune des deux gendarmes n’a été en mesure de l’exercer : la première assommée et jetée au sol ne pouvait répliquer, et la seconde a été abattue alors qu’elle cherchait un abri pour se protéger.

Voilà comment deux vies prennent fin, sans aucune raison, seulement par la force du crime. Seule la qualité de la justice peut répondre.

Et pour les deux petites filles qui pleurent leur mère, comment trouver les mots... Seulement pour  leur dire ma confiance qu'elles trouveront autour d'elles, bien des personnes pour les aider à affronter et dépasser l'irréparable perte.

crime,gendarmerie,assassinat

Commentaires

  • Bonjour,

    Ça fait du bien de lire un papier mesuré sur un fait divers aussi tragique. Le seul bémol que j'y apporte est la ridicule féminisation des grades portés par les deux malheureuses. Connaissant de nombreuses femmes militaires, elles ne placent pas leur honneur de servir dans cette mode ridicule. Ça n'apporte rien au respect qui est dû à leur personne et à leur fonction. Je me vois mal m'adresser à une de vos consœurs en l’interpellant par le mot "maîtresse".

    « Jamais les mots ne manquent aux idées ; ce sont les idées qui manquent aux mots. »
    Joseph Joubert

    Bonne journée

  • Ce n’est pas une affaire de censure, mais de décence, et il est désolant d’avoir à le dire.

    Un minimum, quand même !

  • Merci d'avoir écrit sobrement mais avec vérité les mots correspondant à ce que chacun de nous éprouve devant cette tragédie.

  • Merci H. c’est rectifié. Il n’y a aucun doute et n’y voyez qu’une faille de la relecture.

    Après, j’ai vu qu’on dit « la » ou « le » gendarme. La féminisation de l’article me parait plus correct. Au Barreau, des femmes se veulent « avocat » ou « avocate », c’est libre. Idem pour « bâtonnier », mais les femmes élus à cette fonction préfèrent souvent « bâtonnière ».

  • Bonjour,

    Je lis tous les jours vos articles, et j'aimerais profiter de cette histoire tragique pour vous poser une question toute simple, mais pourtant si compliquée... Je souhaiterais être avocat pénaliste dans les années qui arrivent, tout comme vous Me Devers, et une question que tout le monde se pose, à laquelle j'arrive à répondre dans certains cas, mais où la réponse m'échappe aussi parfois. Cette question doit souvent vous être posée, puisque c'est la suivante : Comment peut-on défendre en tant qu'avocat, une personne telle que ce criminel ?!

    Alors oui c'est vrai, on ne joue pas la relaxe mais bien la réduction de la peine au minimum, mais sans parler de stratégie, comment défendre un Homme qui ne semble pas avoir (ou très peu) de conscience ? J'aimerais beaucoup trouver la réponse à cette question, puisqu'il s'agit tout de même de "mon avenir" et ça m'interpelle tel un citoyen lambda qui ne comprend pas de quelle manière un avocat peut faire face à cette situation, cet "avocat pourri" si vous voyez ce que je veux dire...

    Bien sûr je suis conscient que ce genre de cas n'arrive pas tous les jours pour un avocat, et bien heureusement, mais ça arrive tout de même...

    Merci d'avance Me Devers.

    Ps : Je n'ai jamais pris le temps de vous le dire, mais votre blog est admirable !

  • Dans ma famille, la tradition est de se savoir servir d'un arme. Mon grand pere m'a enseigné a l'age de 12 ans. En France, ma maison se situe dans un hameau tres isolé. Je me souviens qu'a une epoque, mon mari voyageait souvent, je restait plusieurs jours d'affilée toute seule et notre maison a ete cambriolée. Je lui ai demandé un fusil de chasse ( c'etait possible la vente) , a defaut d'avoir un 38. C'etait vraiment epouvantable rester dans un endroit isole, dans une maison avec les portes en vitre, sans lumiere a partir de 10 h du soir , dans un pays inconnu. Mon rifle me rassurait enormement.
    Bref, tout ça pour dire que aujourd'hui, je ne veux pas d'armes chez moi  meme si je sais l'utiliser. L'affrontement peut degenerer et finir comme ses deux policiers qui n'ont pas su a l'evidence reagir et s'en servir.
    Il me parait,  je peux me tromper, que ces policiers n'etaient  assez entrainés. Avoir une arme dans ces conditions n'est pas un atout mais un danger pour soit meme.

  • Collobrieres par le col du Babaou et une immense châtaigneraie Encore un coin préservé...Pauvre gendarmettes et surtout pauvres orphelins pour rien...

  • @Corentin
    Merci de votre fidélité
    Oki, je vous prépare une réponse, mais dans quelques jours

  • Et qu'on ne vienne pas me saouler avec la censure.

    On reparlera cinquante fois de la récidive, et de cette légisaltion débile dont l'esprit malin a connnu 6 défaites électorales en 5 ans. On en reparlera d'autant plus que je crains bcp que la Gauche maintienne cette législation.

    Mais il y a un temps pour tout.

    Je voudrais aussi appeler à la réflexion pour bien comprendre ce qui ce passe. Ce qui se passe d'abord c'est l'arrivée brutale du crime, qui détruit des vies, avec des motifs dérisoires. Le plus dur dans un procès pénal, c'est l'analyse du geste cirminel.

    Aussi, de suite focaliser sur la faute des juges, c'est une manière flagrante d'éviter la confrontation de la pensée avec la scène du crime.

  • Il se passe dans les forces de polices et de la justice ce qui se passe partout dans la société,la perte de "l'autorité" (respect de la loi ) (au sens de la psychanalyse la représentation du père)...

  • Ça fait du bien de lire un papier mesuré sur un fait divers aussi tragique. Elles n'ont pas eu de chance et peut-être, ignoraient-elles qui était "en face" et ne se méfièrent pas. Il y a probablement une enquête pour voir ce qui ne s'est pas bien passé...
    C'est extrêmement triste, surtout aussi jeunes. Je suis consterné, comme tout le monde.
    D'autre part, Adriana m'inquiète un peu. La moindre des choses, C d'avoir le droit de se défendre et de ne pas être emmerdé(e) en cas de "fausse note".
    Il existe un vrai problème à ce sujet en France, l'excès exactement inverse de ce qui se passe dans certains Etats des Etats-Unis, où le Western est parfois "encouragé" par la Loi locale. C pas mieux, pour ne pas dire que C pire!
    Tout est possible en France, en des lieux isolés comme ce con là, que j'ai beaucoup fréquenté autrefois. En certains endroits aux USA, il ne viendrait pas à l'idée de voyous isolés, d'oser attaquer une maison isolée. Il est absolument certain que la riposte serait immédiate, avant même la certitude du danger!
    Là-bas, les gens se montrent toujours très clairs dans ce qu'ils font, justement pour éviter les accidents.
    Ici en France, même la police est emmerdée quand un enfoiré récolte ce qu'il a semé.

  • Quelqu'un qui est "bien connu des services de police" pour violences diverses et récidives, qui sort une arme devant les condés, et qui se retourne pour fuir après avoir tiré, ne mérite pas de précaution particulière à mon sens.
    Qu'il y ait enquête après coup, normal! Ya eu décès ou blessures.
    Mais de là à inculper (dit-on en Belgique) et ou mettre en examen... C trop d'honneurs...
    Adriana ne devrait pas avoir d'état d'âme avec les armes. Les armes sont faites pour ne surtout pas devoir s'en servir!
    A une autre échelle, le Cdt de la FOST (les SNLE de l'Ile Longue à Brest) dans son discours d'accueil sur place quand j'y suis allé, ne disait pas autre chose de ses sous-marins.
    Et les 5 "Grand Anciens" qui attendent en toute modestie à Cherbourg, dans le coin le plus isolé du port, leur tour pour se faire "déconstruire", ils ont gagné la guerre! Ils n'ont rien cassé... Il faut aussi se souvenir de qui était le plus grand général de tous les Temps.

  • C'est bien le problème : quand on a une arme il faut être sûr de s'en servir, sous peine de la voir se retourner contre soi. Cela dit, je n'adhère pas à ce concept de présomption de légitime défense qui sort du vide. Je suis attérré devant cette sauvagerie, comme la famille de l'assassin; il faut prier pour que les familles retrouvent une certaine paix de l'âme.

  • Thierry, peut-être , je ne suis pas allé au fond de ma pensée.
    En général, je trouve l'entraînement et la connaissance du maniement des armes défaillant chez la police française.
    Il faut penser a mieux les entrainer. Cette épisode est la preuve de ma constatation.

    Un policier qui se fait prendre son arme est un débutant. dans ces cas la il vaut mieux ne pas porter une arme.

    il existe basiquement deux entrainements, le tir au blanc et l'entrainement dans des situations simulées. Le deuxième est défaillant a mon avis chez les flics.

    Je crois que peut-être le niveau de violence en général est bas par rapport a d'autres pays, et donc, les flics font plus de la police de proximité pour aider plus que tout autre chose. Ils ne sont pas du tout prépares a ce déferlement de violence.
    au Brésil , la police s'entraine avec des scénarios montés. On est au point de donner des cours aux Israéliens qui viennent pour l'entraînement de guerilha urbaine.
    Si était ici , c'est le type qui serait flingué au tout départ sans poser des questions par la police qui est trop violente.
    notre niveau de violence est dans une échelle infiniment supérieure au votre.
    pour te dire, j'habite dans une maison avec alarme lié a une centrale de sécurité privée.
    Et c'est un quartier tranquille par rapport a d'autres.

  • Ici il s'agit de gendarmes, à priori mieux formés que la police.
    Le profil du délinquant à première vue me fait penser à quelqu'un qui relevait autant de soins psychiatriques que de la prison.
    Maintenant que le mal est fait, il faut surtout aider les familles.

  • Pour ne pas risquer devoir s'en servir, avec échec ou désastre au bout du compte, il faut effectivement savoir s'en servir!
    Et s'équiper correctement, c.à.d. ni trop ni trop peu ou trop mal. Du simple, du fiable, et surtout du Dissuasif!
    Le plus grand général de tous les temps a gagné la seconde guerre mondiale, il a réussi à ne pas la faire! C'est Henri Guisant, propriétaire agricole (un peu comme Jean Gabin dans le film "la horse") officier de réserve (bien sûr là-bas) mais surtout, celui qui fut le Chef d'Etat-Major de le petite armée de la Confédération Hélvètique durant la période 1939-1945.
    Il est le créateur de ce qui se fait aujourd'hui encore en Suisse, en organisant tout le pays pour la défense car il savait ce que les nazis voulaient faire...
    (la France fut le plus luxueux plat de résistance et la Suisse devait être le dessert final, pour conclure. On le sait, ils furent privés de dessert....)
    La Suisse s'en est ainsi sortie, sans gloire mais sans trop de casse, 345 morts (par bombardements par erreurs de navigation aérienne et par des combats divers, pour l'expulsion des intrusions) et des dizaines de milliers de réfugiés à accueillir.
    D'autre part, Guisant a aussi réussi à faire fusiller 17 traîtres nazis suisses, pour l'exemple, après des enquêtes et leur procès.
    C'est cela, la fermeté, individuelle et collective. Pas d'Etat d'âme trop "philosophique" et affichage clair de la volonté de ne pas se laisser faire!
    (ce qui n'écarte pas toujours quelques négociations avec souplesse, mais en étant en position de force, on peut négocier sans devoir céder!
    De Gaulle disait qu'il ne faut jamais négocier en position de faiblesse, et que ce fut ce que le régime de Vichy nous a appris de plus important.
    Pour ce triste fait divers, on a envoyé ces deux filles au casse-pipe, j'ai la conviction avec ce qu'on sait, qu'on aurait dû s'attendre à ce que ça se passe mal sur place, donc envoyer ce qu'il fallait!

Les commentaires sont fermés.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu