14/07/2012
Courroye, premier de cordée
Une première, c’est une manière d’entrer dans l’histoire, alors je salue notre procureur alpiniste, Philippe Courroye, qui inaugure la procédure disciplinaire devant le CSM sur plainte des justiciables.
S’agissant des affaires judiciaires, je reste stupéfait du décalage entre les excitations de l’opinion, qui doivent tout aux angoisses existentielles d’une presse dépressive, et la vraie vie.
L’excitation angoissée, c’est cette chanson : « les magistrats sont irresponsables ». Ce qui est parfaitement idiot, car ils connaissent le même régime de responsabilité que les autres agents publics : responsabilité pénale en cas de commission d’infractions, responsabilité pour faute civile engageant le service, et responsabilité disciplinaire.
Depuis la nuit des temps, cette procédure disciplinaire était gérée par les chefs à plumes, soit le Garde des sceaux et la hiérarchie de la magistrature.
La réforme constitutionnelle de 2008, réformant l’article 65 de la Constitution, complétée par la loi organique n° 2001-830 du 22 juillet 2010, a ouvert la procédure aux plaintes des particuliers. Un bon point pour mon ami Sarko.
C’est l’article 63 de la loi : « Tout justiciable qui estime qu’à l'occasion d'une procédure judiciaire le concernant le comportement adopté par un magistrat du parquet dans l'exercice de ses fonctions est susceptible de recevoir une qualification disciplinaire peut saisir le Conseil supérieur de la magistrature ».
Pour que ça ne devienne pas du tir au pigeon, la loi a institué un filtre et la plainte est examinée par une « commission d'admission des requêtes ».
Si la plainte est nullarde, la commission la déclare irrecevable. Dans le cas contraire, elle en informe le magistrat, qui est invité à comparaître devant la commission. Si la commission estime que les faits sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire, elle renvoie l'examen de la plainte au Conseil Supérieur de la Magistrature. Là, c'est chaud.
Je lis que 421 plaintes ont été fracassées, car elles mettaient en cause les appréciations des magistrats et non leur comportement professionnel. Ce qui rend d’autant plus intéressante la première procédure transmise au CSM. A ce stade, le débat reste très ouvert.
Il s’agit d’une plainte déposé par Le Monde et deux de ses journalistes, Gérard Davet et Jacques Follorou. Ils soutiennent que Philippe Courroye a commis « une intrusion illégale dans leur vie personnelle et professionnelle ». Motif : en septembre 2010, le proc aurait demandé que des investigations soient menées sur les conversations téléphoniques de Gérard Davet et Jacques Follorou, qui enquêtaient alors sur l’affaire Bettencourt.
Selon la plainte, le proc « a espionné la vie personnelle et professionnelle des deux journalistes », portant atteinte « à leur vie privée et au secret des sources ». Pour les plaignants, ces faits sont « contraires aux devoirs de loyauté, de légalité et de délicatesse qui s'imposent aux magistrats ».
C’est l’affaire des fadettes, ces listings d’appel depuis les téléphones portables, au total 700 feuillets pour petit curieux. François Saint-Pierre, l'avocat non fatigué du fatigué Le Monde estime « le procès indispensable » car « il faut que le CSM se prononce sur des pratiques qui relèvent d'un abus de pouvoir caractérisé et, au-delà du cas de Monsieur Courroye, examine le fonctionnement d'un système ».
Pour ces faits, Philippe Courroye avait été mis en examen en janvier 2012 pour « collecte illicite de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal et illicite », mais la chambre de l’instruction de Paris a annulé cette mise en examen en mars. La Cour de cassation a été saisie d’un pourvoi.
On verra, mais en toute hypothèse, il y a un monde entre le pénal, calé sur le Code, et le disciplinaire, qui ignore le principe de légalité des délits et des peines et doit analyser, à partir de faits prouvés, le comportement du professionnel concerné.
Selon la procédure disciplinaire, le CSM après une audience tenue dans le cadre du débat contradictoire, rendra un avis, et la décision reviendra au garde des sceaux. Donc, tout dépend des consignes données à Taubira par le conseiller spécial de l’Elysée.
Le bonheur est dans la fadette… Mais qui peut soutenir qu'une procédure sérieuse puisse dépendre des fadettes ? Quelle blague... Les fadettes, ce sont les cailloux du Petit Poucet. Or un procureur doit chercher les crimes, pas les cailloux.

00:56 Publié dans affaires judiciaires | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : bettencourt, procureur de la république, discipline











Commentaires
Je lui souhaite une dégradation avec retour à son salaire de base pour un poste en quatrième sous-sol aux archives.
Puisque la coutume du goudron et des plumes a hélas disparu pour ce genre de zozo.
Écrit par : yesroll | 14/07/2012
Et le conseiller spécial de l’Elysée il a dit quoi à Taubira à propos de ces dizaines de magistrats agissant en bande organisée, qui ont garanti 15 ans d'impunité au directeur de campagne de F. Mitterrand passé avec 30 Mf à travers le parquet de Paris, la Cour de justice ???
Écrit par : Choubidou | 14/07/2012
Les magistrats exercent une responsabilité particulière par rapport aux autres fonctionnnaires. "Analyser le comportement du professionnel concerné", c'est effectivement ouvrir la boîte de Pandore, mais du côté du justiciable, c'est compréhensible compte tenu du comportement, effectivement, de certains juges. Pendant l'affaire d'Outreau, les magistrats ont enquêté il me semble uniquement à charge, avec les conséquences que l'on connaît. Je connais personnellement quelqu'un qui est poursuivi pour harcèlement depuis plus de quatre ans, qui n'a aucune nouvelle de l'instruction depuis plus de deux ans - le juge ne répond même pas à son avocat - , et qui attend patiemment le délai suffisant pour porter l'affaire devant la Cour européenne. Est-ce acceptable ?
Écrit par : Grabinoulor | 14/07/2012
Si y'avait qu'à Outreau que les affaires étaient examinées à charge ou "au feeling et selon certains stéréotypes", ça se saurait.
Comment voulez vous que le Parquet fasse du bon boulot alors qu'il est juste, en réalté, une usine de travail à la chaine où le justiciable devient un numéro parmi des milliers d'autres du jour ?
Cette justice, c'est juste une usine qui produit des résultats.
Pour la qualité, c'est une autre histoire...
Écrit par : Sophie P | 15/07/2012
La chancellerie lui cherche un placard doré... Ses avocats protestent...
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/courroye-bientot-avocat-general-a-la-cour-d-appel-de-paris_1140472.html
Écrit par : gilles | 20/07/2012
Pourquoi doré le placard ? C'est quoi cet usage du temps d'avant La crise ?
Écrit par : yesroll | 20/07/2012
Il a refusé sa mutation sanction le corniaud. C'est qu'il a de l'aplomb.
Écrit par : Gatsby | 24/07/2012
Interview de Courroye au Figaro
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/07/24/01016-20120724ARTFIG00557-courroye-je-suis-victime-d-une-procedure-d-exception.php
Écrit par : gilles | 24/07/2012
Il est victime de son zèle lié à son adoration pour les acteurs du pouvoir, Sarko en particulier.
Écrit par : Gatsby | 25/07/2012
Le pauvre s'estime "lynché" et prétend qu'il est victime de ses "qualités".
"On me reproche en réalité mon indépendance d'esprit, ma force de caractère et ma ténacité." Lol !
Peut être n'est il victime comme tant de malfaiteurs que de sa bêtise et de son aveuglement, bref de n'avoir pas compris que Sarko c'était fini.
Écrit par : yesroll | 25/07/2012
Le CSM approuve sa mutation.
Dura lex sed lex....
Écrit par : Gatsby | 01/08/2012
c'est fait
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000026252215&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id
Écrit par : gilles | 03/08/2012
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