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Un must : Le scandale du Libor

Ce qui est bien avec les scandales, c’est quand ça porte sur gros, pas comme les bottines de Roland Dumas. Et là, avec le Libor, on tape sur du gros de chez gros, dans la finance de Londres. Le Libor, c’est un taux bancaire qui influe chaque année sur des opérations bancaires d'un montant de 600 000 milliards de dollars soit dix fois le PIB mondial.

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Qu’est ce que le Libor ?

On est au cœur de la City, place financière aussi importante que sérieuse (et morale). Le Libor (London interbank offered rate) est le taux d’intérêt de référence établi chaque jour. Le premier usage concerne les prêts sans garantie que se font les grandes banques entre elles. On gère la trésorerie à court voire très court terme, en moyenne entre un et trois mois, mais parfois pour quelques jours, et avec les principales devises (dollar US, livre sterling, yen, franc suisse,…) Pour l’euro et le marché interbancaire européen, on utilise un autre taux, l’Euribor.

Ces taux sortent ensuite du cercle des relations interbancaires, pour servir de références à toutes les autres opérations bancaires, comme les produits dérivés gérés par ces banques, et dont personne ne peut dire la valeur réelle, mais aussi le crédit destiné à financer votre sublime Peugeot 208.

Comment est fixé le Libor ?

Le mécanisme est très pragmatique. Tous les jours à 11 heures, seize grandes banques internationales – dont Barclays, HSBC, Royal Bank of Scotland, Deutsche Bank, UBS, JP Morgan, Citigroup, Bank of America, et La Société Générale – annonce indépendamment le taux auquel elles estiment devoir emprunter auprès des autres banques du panel. Ces infos sont traitées par une agence qui agit pour le compte de la British Banker’s Association. Cette agence écarte les huit taux extrêmes et fait une moyenne des huit autres, qui est rendue publique à midi, et ce tous les jours. Pour l’Euribor, même système avec 57 banques européennes. 

Le principe est bon car les déclarations spontanées de ces grandes banques concurrentes donnent une juste idée de leur santé et de la santé du marché.

La manip’

Oui, mais vient la manip', qui a duré de 2005 à 2009. Les banques s’organisaient entre elles dans la matinée, et leur déclaration de 11 heures n’avait rien de spontanée. C’était la grande entourloupe.

Jongler comme ceci, d’un jour à l’autre avec les taux et les durées d’emprunt, permettait de faire de bonnes affaires, les banques fixant par entente la règle du jeu, le fameux Libor. Le premier jeu est d’augmenter le taux déclaré, et ce qui pousse à la hausse le taux resservi aux entreprises et aux particuliers. De plus, si l’écart se creuse avec le taux des banques centrales, ça permet de s’y fournir pour pas cher et de revendre cher. Mais il peut aussi être intéressant de jouer à la baisse, pour suivre un marché spéculatif, ou faire croire que la banque va bien et que ses taux sont bas. C’est alors un moyen de cacher ses difficultés financières par un artifice, ce qui truande le marché et au final coûte cher.  

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La sanction

La première banque à s’être fait choper, c’est la Barclays, qui pendant cinq ans mentait à la hausse ou la baisse, en fonction de ses intérêts. Le boss, Bob Diamond, une figure de la City, a démissionné et la banque a versé une somme au Trésor pour tenter d’éviter les poursuites pénales en négociant. C’est pas gagné.

Tout le problème est que la Barclays ne pouvait rien faire seule, comme l'agence ne retient que les huit taux moyens. Aussi, d’autres grandes banques sont nécessairement concernées,... et peut-être toutes. La Deustche Bank a elle aussi choisi de payer et d’essayer de négocier. On verra pour les autres, mais selon la presse, la Banque Centrale d’Angleterre serait aussi concernée, ce qui n’aurait pu se faire sans des connexions entre les banques et les hommes politiques. Ca va être chaud.

La Commission de Bruxelles enquête de son côté. Hier, le New York Times a annoncé le prochain engagement de procédures pénales aux US.

Cette affaire du Libor, c’est vraiment la truanderie organisée par les banques. Qui sera sanctionné ? Qui payera l’addition ? Qui rétablira la confiance ?  On retrouve le problème : comment punir au juste niveau, sans dessouder ces banques sans lesquelles tout tomberait demain… C’est quasi de la prise d’otages.

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Commentaires

  • La page de la British Banker’s Association, qui gère le Libor

    http://www.bbalibor.com/

  • Ce n'est pas vraiment pour les prêts aux particuliers ou autres ou les bénéfices ont été engrangés mais surtout sur les produits dérivés dont plus personne ne sait maintenant la valeur notariale totale (60.000 trillions....probablement).

    "The traders involved were those placing bets on interest-rate derivatives. These contracts are large enough—the total market was worth $554 trillion in 2011—that small price changes can mean big profits. Indeed, other messages revealed that for each basis point (0.01%) that LIBOR was moved, those involved could net “about a couple of million dollars”. Given this sort of payoff, one bottle of Bollinger (pour remercier la contrepartie...) seems a bit mean."

    Les taux fixés par cette association de malfaiteurs étaient volontairement sous-estimés de 2007 à 2009 pour donner l'illusion qu'ils n'étaient pas au bord de la ruine (puisque le taux détermine a quel montant la banque A prête a la banque B).

    Après les injections massives de liquidité (BCE, Fed, etc.) les taux sont revenus à la hausse pour à ce moment, effectivement voler l'ensemble des emprunteurs.

    Il y aura peu ou pas de sanctions, des amendes qui paraissent gigantesques, mais qui représentent pour ces organisations un inconvénient passager tout au plus.

    Depuis le début de la crise, personne n'a été en prison (a part Madoff aux Etats-Unis).

  • Merci alain, et j'ai apporté la précision, importante et logique

    Si vous aviez qq liens pertinents sur ces "produits dérivés" , ce serait parfait !

  • Voici la liste des 18 banques dont les déclarations concourent à établir quotidiennement les taux du Libor :
    Bank of America – Tokyo-Mitsubishi – Barclays Bank – BNP Paribas – Citibank – Crédit Agricole – Crédit Suisse – Deutsche Bank – HSBC – JP Morgan Chase – Lloyds Banking Group – Rabobank – Banque royale du Canada – Société Générale – Sumitomo Mitsui – Norinchukin – Royal Bank of Scotland – UBS.

    Sur la question des produits dérivés (voir définition dans Wikipedia), prenons comme exemple le contrat à terme OAT Eurex sorti récemment; il permet « la couverture d’un risque réel », et ne devrait donc pas poser de problème si l’on s’en tient à la définition donnée par François Hollande (qui se trompe car ce n'est pas la nature d'un produit "dérivé" qui pose problème, mais son usage).

    Les instruments financiers dérivés permettent « la couverture d’un risque réel ». La spéculation, elle devrait être interdite. La différence est simple : en faisant appel à cet instrument financier, l’utilisateur légitime prend une assurance alors que le spéculateur fait un pari. En manipulant les taux de référence, non seulement Barclay's et les autres ont triché, mais de fait il est impossible d'estimer de combien.

    Et sur le fond n'oublions jamais le "shadow banking" et la part estimée des transactions commerciales mondiales qui transitent par des paradis fiscaux, on parle de la moitié des quantités monétaires en circulation sur la planète…
    Ni la bataille qui dure depuis plusieurs années entre la Suisse et les USA et la Suisse et l'Allemagne connait des aléas divers en particulier sur le bras de fer qui autorise ou non les Banques Suisses à donner le nom de leurs clients de leurs employés fraudeurs aux états demandeurs. Dans une certaine mesure le droit est ici du coté des banques.

  • Quelqu'un pourrait demander son avis à Christine Lagarde ?

    Les vrais tricheurs ne peut-être pas les grecs..

  • Je trouve la conclusion vraiment édulcorée: le terme "quasi de la prise d'otages" est un doux euphémisme, c'est une prise d'otages qui a commencé a minima en 1973 lorsque les banques via leurs connexions politiques (VGE) se sont accordé le droit de prêter aux états en lieu et place des banques centrales, qui a continué lors de la vague de libéralisme qui a déferlé sur l'Europe dans les années 80, et qui trouve son aboutissement dans les dernières crises financières (2008 et 2011-2012).

    J'élude volontairement la bulle internet de 2000 et le 11 septembre qui n'étaient que des opérations des voyous de la finance.

    Bref, qui va payer ? toujours les mêmes, les seuls à véritablement générer de l'argent productif, les populations mondiales.
    Au niveau du droit, j'ai lu l'autre jour une transcription d'un des premiers textes de lois "primitifs" et en très raccourci la sanction en cas de vol ou duperie était un multiple du tort causé (4 ou 5 fois, je ne me souviens plus). Mais nos amis banquiers vont s'en tirer une fois de plus grâce à une galipette. Tant qu'on n'extirpera pas le ver du fruit, le fruit est destiné à mourir.

  • Allez savoir pourquoi de beau monument de la City représente un suppositoire.

  • barclays declarait son taux plutôt vers la baisse car Déclarer un taux trop haut d'emprunt signifiait que la banque allait très mal et une curée pourrait s'ensuivre.
    Il faut se rappeler le contexte ou la toile le de fond ou s'est déroulé ses faits, c'était au lendemain de la crise.

    J'aime beacoup ses analyses économiques. Il dit qu'il va y avoir une bulle spéculative avec les bons du trésor. Et une très belle explication du pourquoi payer pour preter a certains états.

    http://www.paulcraigroberts.org/2012/07/14/the-real-libor-scandal/

  • Pourquoi se généraient ils ? Ils ont un magnifique terrain de jeu le monde,et des règles de jeux qui ne permettent ni de réguler, ni de juguler les triches et excès...L'hydre mondialisée de la finance et du commerce libre échangiste ont de beaux jours devant eux,puisqu'en dehors des incantations et autres moulinets de petits bras,rien ne viendra troubler leur monopoly ..Tant que l'on en sera a chercher une moralisation utopique de cet mosaïque mafieuse,nous continuerons a souffrir....Mais nos leaders, livrerons quelques "coupables" a la vindicte médiatique et populaire et dormez braves gens...Les jeux du cirque mondialiste

  • Au fond tout celà n'est pas vraiment nouveau :

    "Le système de Law est fut développé par l'Écossais John Law. Il recommande l'utilisation de papier-monnaie plutôt que de monnaie métal, le papier-monnaie ayant l'avantage de circuler facilement entre les individus et c'est cette circulation qui crée la richesse réelle d'une économie. Par la première grande émission de titres, c'est aussi une étape incontournable de l'Histoire des bourses de valeurs.

    Ce système sera tenté en France, de 1716 à 1720, d'abord avec succès, succès qui permet à la Banque générale — organisme strictement financier — de grossir jusqu'à absorber les compagnies et l'activité coloniale française de sa société sœur, la Compagnie perpétuelle des Indes. Mais la vassalité de ce système à l'État français, en lui demandant de prendre à sa charge les dettes des finances françaises, et la spéculation qui se joue sur les actions de la compagnie de Law vont finalement en ruiner le système. Lorsque les actionnaires, en 1720, demanderont subitement à récupérer leur or, celui-ci a déjà disparu pour renflouer les caisses de l'État, et les richesses coloniales ne sont pas encore arrivées : le système doit admettre sa banqueroute."

    Aujourd'hui, on en est aux échanges électroniques, à vitesse humaine pour vous et moi, à très haute fréquences pour les banques (et leurs clients choisis) entre elles. Et les états sont bien moins puissants, sans compter l'argent noir qui avait moins de poids à l'époque.

  • Michel Barnier se fâche ou fait semblant :
    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/07/libor-le-drapeau-rouge-flotte-sur-bruxelles.html#more

  • Ca vous étonnes?
    Ca fait un bail que la rumeur courait....
    Et si moi (non spécialiste) je l'avais "entendue" et supposé vraie cette rumeur...
    En attendant ça va être chaud pouyr certaine personnes.
    En France à priori, peu de risques!
    Comme d'hab en république bananière... Mais aux USA et en GB, maintenant que certains faits douloureux sont avérés et prouvés, en a plus d'un qui vont rendre leur passeport, devoir rester chez eux et.... Passer au "trapèze"! Pour atterrir tôt ou tard " à l'ombre"...
    Ahh... Si ça pouvait faire réfléchir sur l'argent et l'éthique...

  • J'entends encore certains individus de ce milieu en fin septembre 2008, qui osèrent avouer (en direct à la TV!) avoir acheté ou fait acheter en masse des "produits financiers sophistiqués" dans lesquels ils ne savaient pas (et comprenaient encore moins) ce qu'il y avait dedans, comment ceci est-il possible?
    Que dans certains cas cette pratique complexe de "titrisation", c.à.d. la "conversion" de milliers de dettes en titres financiers échangeables internationalement, ce soit admissible, je veux bien le croire. Pourquoi pas? On n'est pas obtu

  • J'entends encore certains individus de ce milieu en fin septembre 2008, qui osèrent avouer (en direct à la TV!) avoir acheté ou fait acheter en masse des "produits financiers sophistiqués" dans lesquels ils ne savaient pas (et comprenaient encore moins) ce qu'il y avait dedans, comment ceci est-il possible?

    Que dans certains cas cette pratique complexe de "titrisation", c.à.d. la "conversion" de milliers de dettes en titres financiers échangeables internationalement, ce soit admissible, je veux bien le croire. Pourquoi pas? On n'est pas obtu.

    D'ailleurs un de mes correspondants, spécialiste de la chose, m'en a expliqué le principe, en précisant que ceci suppose des limites de simple bon sens.

    Il ajoutait que quand cela se fait sans contrôle réel ni frein par qui que ce soit, "ça craint" et c'est de l'arnaque, pas de la finance!

    Quand par dessus le marché (C le cas de le dire... ;-))

    les banques ont le droit de prêter à taux variables en plus, sans qu'aucun spécialiste (sauf quelques supposés gauchistes qui ne le sont pas et crièrent longtemps dans le vide) ne hurle pour avertir au grand casse figure, ça me sidère!!!

    Y en a des trucs loufoques qui ont été faits... Aucune femme de ménage n'aurait osé faire ça!

  • Celui qui a pour ennemi les puissances de l'argent aurait pu le faire devant le TGI de Paris,... mais il achète des cartes postales au Lavandou

    Ce sont donc les US qui s'en chargent

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/08/15/affaire-du-libor-7-banques-assignees-a-comparaitre-aux-etats-unis_1746447_3234.html

    Question : la bouffonerie est-elle normale ?

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