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Chevaline : De vraies questions sur les huit heures d’attente

Chevaline. Le crime, qui a eu lieu vers 15h 45, a été découvert à 15h50, et les gendarmes ont été aussitôt avisés. Mais c’est uniquement à minuit que les enquêteurs ont découvert dans la voiture, une fillette de 4 ans, indemne ! Le protocole de « sanctuarisation » a été respecté, ce qui conduit à se poser de sérieuses questions sur la pertinence de ce protocole. 

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Dès l'alerte, le commandement départemental de la gendarmerie avise le procureur de la République, et diligente les gendarmes de la brigade la plus proche pour se rendre sur place pour les premières mesures de sauvegarde. Très vite, arrivent soixante enquêteurs de la cellule d'investigation criminelle, dépendant de la section de recherches de la gendarmerie  de Chambéry, ccompagnés d'un médecin légiste. Ils bouclent le secteur et procèdent à une visite extérieure de la voiture, confirment la présence des trois cadavres et engagent les secours pour la jeune fille grièvement blessée, qui a été trouvée hors de la voiture.

Mais il reste dans la voiture, blottie derrière les jambes des cadavres de sa mère et sa grand-mère, une petite fillette de 4 ans. Indemne. Les gendarmes ne voient rien... et pourquoi?  L’équipe de la cellule d'investigation criminelle de Haute-Savoie - de très grands pros - n’a pas le droit d’ouvrir le véhicule !

On fait décoller un hélicoptère pour vérifier, par caméras thermiques et infrarouges, le nombre de corps, et Raymond-la-Science confirme : trois cadavres. La sur-puissante science n'a pas repéré le corps de la fillette, seule vivante au milieu des morts, ne distinguant pas un corps chaud et des corps froids. J'émets des réserves majeures sur la qualité de ce matériel, si coûteux (plus coûteux que d'ouvrir une portière).

A minuit, huit heures plus tard, les gendarmes de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), venus de Rosny-sous-Bois (93) (Huit heures pour ralier Paris et Chambéry...), arrivent sur place : 26 spécialistes parmi lesquels des experts en balistique, des micro-analystes en résidu de poudre, un entomologiste chargé de dater les décès, des gendarmes au top pour les véhicules et le recoupement entre affaires criminelles.

Ils ouvrent alors la voiture et découvre la fillette. Bravo la spécialisation.

Le lieutenant-colonel Benoît Vinnemann, qui commande la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry a expliqué : « On avait pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule pour ne pas modifier le positionnement des corps, sur une scène de crime "gelée". Les pompiers, les techniciens, les médecins ont regardé dans la voiture par des trous à travers les vitres mais ils n'ont pas vu la petite. La gamine, terrorisée, n'a jamais bougé ».

Le procureur de la République d'Annecy, Éric Maillaud, tente de justifier cette aberration : « Quand on est sur une scène de crime extrêmement importante, l'essentiel est que l'enquête ne soit polluée par rien. Les choses doivent se faire de manière méthodique. Au moment de l'intervention des services d'enquête, rien ne permettait de savoir qu'il y avait d'autres personnes ». Justement, il fallait vérifier.

Le ministre de l’Intérieur s’est dépêché d’affirmer qu’aucune faute n’avait été commise. En fait, il n’y pas eu de faute car le protocole a été respecté, et tout le problème est le protocole.

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Il est certain que :

-          dans toute affaire criminelle grave, les constatations matérielles de police scientifique, surtout dans une affaire avec usage d'armes, apportent des informations essentielles et irremplaçables ;

-          la brigade locale de gendarmerie, dans un tel cas, ne peut avoir pour rôle que de se rendre sur place pour sauvegarder les lieux en attendant les équipes de l’enquête criminelle ;

-          des affaires aussi graves sont rares et les techniques de constatations scientifiques à mettre en œuvre justifient des regroupements de compétences et de moyens, par quelques équipes nationales.

Tout ceci est bien net, et j'ajoute : les ordres sont les ordres, et s’imposent tant qu’ils ne sont pas manifestement illégaux. Alors, ce protocole ?

Cette question est cruciale. La petite fille n’a pas été blessée, par un miracle dans le contexte de cette fusillade, mais si elle avait été atteinte, sa vie aurait été mise en péril par « le protocole ». Huit heures d’attente...  avec 60 enquêteurs très compétents qui se tournent les pouces en attendant l'arrivée des cracks de l'équipe nationale.

De plus, quel sort horrible pour l'enfant ! A quatre ans, un enfant a une grande perception des évènements. La fillette a été retrouvée en état de choc, comme prostrée. Le suivi du protocole a conduit cet enfant à rester seule pendant huit heures, plongée dans l’univers du crime, blottie contre les cadavres de sa mère et de sa grand-mère. C’est grave.

Il parait invraisemblable qu'ait été intimé à ces très expérimentés gendarmes l'ordre ne pas vérifier de visu, en ouvrant une portière, s’il ne restait pas un survirant blessé,  alors que personne ne connaissait – par hypothèse – le nombre d'occupants du véhicule ! 

Il faut bien imaginer la scène. Les super gendarmes, qui gèrent les enquêtes criminelles sur tout le département de la Haute-Savoie, plantés devant la voiture, regardant à travers les trous faits par les tirs, pendant que la fillette attend dans la voiture. Huit heures…

Quel était le grand risque ? On parle du déplacement de corps ! Stop ! Conserver la position des corps est essentiel pour déterminer le trajet de balles et identifier le nombre de tireurs et leur position. Jamais ces gendarmes ne se seraient permis de bouger les corps des cadavres, avant l'arrivée des balisticiens.

Autre raison invoquée, le risque que la vitre, trouée par les tirs, se brise. Ce serait certes regrettable, mais des précautions peuvent être prises, et surtout, il reste bien des moyens pour définir le trajet de tirs, et la distance à laquelle était le ou les tireurs, à partir de constations corporelles ou des autres impacts dans le véhicule. Alors, qu’en contrepartie, ouvrir une portière pour un controle de visu, c’est le moyen de peut-être sauver une vie…

Enfin, l’affaire a été confiée à la gendarmerie, ce qui conduit à faire appel à l’IRCGN du 9-3. Mais il existe à Lyon, à une heure de route, un service de compétence similaire, l’Institut national de police scientifique (INPS). Alors, pourquoi ne pas avoir saisi l’INPS ?

La jeune fille est sauve, et tout le monde souhaite passer à la suite, à savoir l’avancée de l’enquête.  Certes. Mais cette affaire met à jour de vraies carences sur les méthodes d’enquête pour les affaires les plus graves et sur la coordination des services de l’Etat.

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Commentaires

  • tout à fait d'accord.
    A votre question "pourquoi ne pas avoir saisi 'l'INPS". C'est le même que le protocole. Chacun son ressort ...

  • On remarquera le silence (médiatique) au sujet du cycliste, qui avait probablement le seul tort de se trouver au mauvais endroit...

  • Donc si je comprends bien ils n'ont même pas pu vérifier à cause du protocole que les personnes étaient bien décédées. Par exemple une personne aurait pu recevoir une balle dans l'épaule et s'évanouir, et cela ne peut pas se voir à travers les trous dans les vitres !
    Et dingue cette histoire de la INPS ! Car ils ont de la chance les gendarmes que la petite n'ait pas été blessée et qu'elle ne soit pas morte entre temps...

    Le respect des règles sans réflexion, sans bon sens, est un des chemins vers l'obéissance aveugle, vers la soumission et la servitude volontaire, prémisses des régimes totalitaires.

  • Pour moi, bien sur, le protocole gagnerait à être améliorée, mais ce qui m'intrigue n'est pas là.

    Je n'ai peut être pas tout compris, mais qu'en a t il été pour l'ainée des deux fillettes ?
    Grièvement blessée à la tête, elle était dans la voiture et les gendarmes l'on sortie, non ?
    Ou alors a t elle attendu huit heures ?

  • Elle était sortie de la voiture, je ne sais pas comment.

  • Merci , Gilles , pour faire la lumière sur cette affaire ......On arrive a avoir de sérieux doutes sur la capacité et la formation des forces dites de l'ordre ! En peu de temps , cela fait quelques affaires qui ont du mal a ètre menées sérieusement . Salutations .

  • Merci Mathaf, ce point de l'affaire m'avait intrigué, rien de plus.

  • "je n'ai peut être pas tout compris, mais qu'en a t il été pour l'ainée des deux fillettes ?
    Grièvement blessée à la tête, elle était dans la voiture et les gendarmes l'on sortie, non ?"

    Faut lire avant d'écrire...

    "la jeune fille grièvement blessée, qui a été trouvée hors de la voiture."

  • Désolé j'avais zappé.

  • Ils ont à l'évidence "suivi à la lettre" une procédure très stricte, peut-être (je n'en sais pas assez pour en dire plus) sans en avoir compris toutes les limites et en oubliant le plus simple bon sens...
    (en aviation ou à bord des sous-marins, les gars appliquent avec rigueur des procédures techniques précises, pour en pas avoir d'accident. Mais tout le monde se doit de les avoir parfaitement comprises! Ne serait-ce que pour dans certain cas peu fréquents mais imprévisibles où elles deviennent inadaptées, savoir les contourner!)
    (qui pouvait prévoir qu'une petite jeune fille vivante était "là-dessous"? les quolibets de la presse en GB sont déplacés, mais la question se pose du "comment c'est arrivé")
    Etrange, complexe et sale histoire, dont on a certainement pas fini d'entendre parler...

  • Cette histoire est déroutante, qui était la cible, pourquoi, les enquêteurs doivent marner.

  • Bon, il faut que je purge cette vanne : c'est une vraie boucherie, Chevaline. C'est fait et je =>

  • Alors, des news? L’enquête progresse ?

    Ou alors, c'est le plantage total ? Et alors, on se pose quoi comme question sur notre police qui sait faire les contrôles d'identité mais n'avance pas dans une telle affaire ??

Les commentaires sont fermés.

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