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Se sortir la prison de la tête

Le Point publie une excellente interview d’un des grands connaisseurs de la condition pénitentiaire, Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).prison, Loi, société, Liberté

Jean-Marie ne chôme pas : il a déjà visité les trois quarts des 190 établissements pénitentiaires. Il reçoit de plus nombre de requêtes individuelles, et  se démène pour multiplier les contacts. Bref, quand il l’ouvre sur la prison, on l’écoute.

D’abord, quelques chiffres :

- sont incarcérées des personnes âgées de 13 à 85 ans ;

- 18 % sont de nationalité étrangère, issus de 80 nationalités différentes ;

- les deux tiers de la population détenue sont âgés de 21 à 39 ans ;

- seules 3,5 % des personnes détenues sont des femmes ;

- la durée moyenne de détention est de 9,6 mois ;

- 13,3 % des détenus ont passé moins d'un mois en détention (Qu’on me dise à quoi ça sert, à part à détruire) ;

- seulement 27,7 % des détenus peuvent travailler.

Vous trouverez ci-dessous cette interview, et je ne cite ici que  cet extrait.prison, Loi, société, Liberté

Le Point. Christiane Taubira estime que les prisons sont "vides de sens" ? Quel est le "sens" assigné à cette peine privative de liberté ? Et où la prison a-t-elle échoué ?

Jean-Marie. La loi assigne à la prison trois missions : sanctionner, réinsérer et prévenir la récidive. Dire que "la prison est vide de sens", c'est constater que les deux dernières missions et notamment la réinsertion ne sont pas assurées aujourd'hui. Du coup, la prison rend à notre société des individus qui ressemblent trait pour trait à ceux qui sont entrés en prison, voire plus dangereux encore. En mettant dehors des gens qui "ont la haine", la prison ne rend pas service à notre société. Elle n'assure pas la sécurité des Français, ce qui va à l'encontre de sa raison d'être. Toutefois, et parce qu'elle est le réceptacle de toutes nos peurs, la prison a néanmoins un sens : c'est d'être dissuasive. Elle est l'expression de ce que le châtiment est là, derrière ses murs. En somme, la prison n'est pas vide de sens, elle n'a pas le sens qu'elle doit avoir.

Merci Le Point, merci Jean-Marie, tout est parfaitement résumé.

C’est la perversion sarkozienne, qui fait un large consensus, de la justice pour faire peur. Or, le vrai c’est pile l’inverse. Quand je vois un Palais de justice, je me dis : « Voilà le lieu du respect des droits et de liberté, une garantie de la lutte contre les injustices ». Quand je passe devant une prison, je pense à la Déclaration de 1789 selon laquelle la société ne doit admettre que les peines « strictement nécessaires ».  prison, Loi, société, Liberté

Tout le problème est que les deux groupuscules que sont l’UMP et le PS (A eux deux, 160 000 militants,… une goutte d’eau [tiède] qui prétend représenter 62 millions de personnes, quelle blague !) font consensus autour de ces données semi-sauvages.

Comme ils ne savent plus faire de la politique, c’est-à-dire exercer l’autorité publique dans le sens de l’intérêt général, ils cultivent le culte de l’obéissance : « Fais pas ceci, fais pas ça… Si tu n’obéis pas, tu seras puni ». On crée, pièce après pièce, le fantasme d’une société pure, nette, impeccable, avec, passé le trait, le hors-jeu et la relégation, car celui qui n’obéit pas veut en fait détruire le groupe. Avec ces chauffards de la pensée, la prison devient obligatoire, comme une sorte de préservatif social.

C’est cet anéantissement de la pensée qui conduit à adorer la prison, entendue comme le lieu qui rassure en isolant les méchants, avec un Etat occultant qui supprime tout ce qu’il y a de mauvais.

Mais, chère amie, cher ami, le monde en jolies cases bien alignées, les bonnes et les mauvaises, c’est tout faux.

Tôt ou tard, pour toi ou tes proches, ce sera un pied dans la faute, c’est le sort le plus commun. Et là, tu seras content de trouver la vraie loi, celle qui n’est pas là pour t’isoler, mais pour te permettre de revenir au plus vite dans la société. 

prison,loi,société,liberté

Commentaires

  • L'interview de Jean-Marie Delarue dans Le Point

    http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/la-prison-ne-rend-pas-service-a-notre-societe-28-10-2012-1521937_56.php

  • Un beau papier qui est un plaidoyer-malgré-lui pour le maintien des prisons à ceci près qu'elle doivent effectivement mieux préparer la réinsertion et de ce fait empêcher la récidive. Sans doute les séjours y sont-ils parfois trop courts. Non je charrie lol

    Je dénonce ce réflexe reptiliennement romantique qui consiste à placer en support de la dénonciation de la privation de liberté, des photos romantiques de cette pauvre Albertine Sarrazin ( ce n'est pas la première fois ), pourquoi pas Guy George ? Ou Patrice Alègre, ou encore Fofana ( du gang des barbares ), tous ces gens réinsérables que les chauffards de la pensée voudraient voir rester en prison...Oui, pourquoi pas eux ? J'aimerais savoir comment la poétique justice prépare le retour d'un sadique, ça me plairait de savoir.

  • J'ai du mal à croire que dans les temps à venir on puisse améliorer la prison.
    Cela s'est avéré impossible déjà sous Giscard/Veil/Ezratti et sous Mitterrand quand la France avait les moyens et une petite ouverture d'esprit. Mais il n'y a jamais eu de vraie volonté politique.
    Et il semble y avoir de nos jours une montée de l'intolérance comme tendance profonde.
    Les arguments rationnels ne gouvernent pas vraiment les gens et ce n'est pas spécifique aux français, ni même aux nations en déclin.

    Gatsby détourne la question en toute mauvaise foi, en parlant des méchants, des incurables qui existent et restent à l'écart, mais qui ne sont qu'une petite minorité.
    La question tourne plutôt autour des peines de substitution (je suis pour des travaux d’intérêt général encadrés strictement) et des solutions neuves genre bracelet électronique avec soutient familial et associatif à domicile.
    Le champ difficile est celui de ceux qui ont des profils psychiatriques lourds.

  • Cet énième rapport ne nous apprend rien de nouveau,sinon que le phénomène ne fait que s'accentuer,et se complique .....Il faut toutefois préciser que ce sont les maisons d’arrêt,qui sont en surpopulation,ce n'est pas le cas des centre de détention ou des maisons centrales ....
    En ce qui concerne,les dépenses de l'État pour les prisons elles sont passées de 1,2 milliard en 2000 à 2,7 milliards en 2010 Preuve que l'on peut même en période de crise investir dans nos prisons ......Enfin si je ne m'abuse les maisons d’arrêt sont sous contrôle des départements ?Alors il est facile de jouer aux scandalisés a l’assemblée ou au Gvt, alors qu'a l’échelon du pouvoir local on s'en contrefous....De même que les peines alternatives dites d’intérêts générales ..Combien de nos communautés locales,départementales ou régionales se sont dotés de possibilités d’accueillir ce type de délinquants ?...peu et c'est toujours le fait d'individus et non d'une politique des institutions...

  • @ antimythe : non non, les maison d'arrêt ne sont pas sous le contrôle des départements mais bien de l'Etat! Les collectivités locales n'ont absolument aucun pouvoir sur les prisons mais il est vrai que bien peu proposent des TIG.

  • Effectivement Mussipont Erratum! ...pour compléter mon agacement sur ce sujet des TIG ,s'il n'y avait pas les associations pour s'y coller il n'y aurait pas beaucoup de possibilités ...Enfin quand on pense que le premier grand effort de l'état pour lutter contre la surpopulation carcérale et la vétusté des prisons date de 1987 et que nous sommes 25 ans après au même point ou presque,c'est assez désespérant

  • @ antimythe : il faut savoir aussi que l'état a coupé les vivres à nombre d'associations de réinsertion, notamment celle qui assurait le "placement à l'extérieur", ce qui a provoqué leur disparition (avec parfois le licenciement des salariés).

  • Mussipont Les entreprises dites de réinsertion,n'ont pas vocation particulière vis a vis des personnes qui sortent de prison...je suis administrateur d'une association qui gère deux structures de ce type et les personnes qui sont dans ces structures sont de tout horizon,mais tous en grande difficulté sociale...Peut être y a t'il parmi eux des personnes ayant eu a faire avec la justice,mais ce n'est pas a ce titre qu'elles y sont employées...Enfin sur les moyens,nous n'avons pas a nous plaindre,nous sommes presque auto suffisant 84% en 2011 ,et nous venons d'obtenir des moyens d'investissements et de prêts, pour créer une nouvelles activité d'entretien du linge (Lavage et repassage)....Nous sommes une entreprise sans but lucratif certes,mais nous vendons comme toutes les entreprises,un savoir faire réalisé par des personnes dont le parcours travail nécessite un accompagnement,et une structure adéquate...

  • @ antimythe : quand je parlais d'associations de réinsertion dont les crédits baissent, je parlais bien d'associations qui s'occupent de la réinsertion des détenus par la procédure dite de placement en extérieur, associations qui passent une convention avec l'administration pénitentiaire. Ci joint un article sur les difficultés rencontrées par une de ces associations :

    http://www.emilietherouin.fr/le-placement-exterieur-des-detenus-en-danger-a-amiens/

  • La prison devrait être un lieu permettant d'isoler dans un premier temps la personne qui présente un danger, mais aussi et avant tout un lieu qui permette de la réhabiliter et de la réinsérer socialement avec efficacité au moment de sa libération ; laquelle libération ne devrait plus alors être appréciée par rapport au quantum de la peine et la gravité de la faute mais par la constatation de l'aboutissement du travail effectué par le condamné parvenu à garantir sa réinsertion, d'où le sens des remises de peine.

    Or non seulement la France a une justice de pauvre, sans moyen, mais également un système pénitentiaire misérable.

    Le rôle de la justice, dans de telles conditions misérables, est donner l'illusion de la rigueur implacable qui s'abat, pour faire courber l'échine et trembler les humbles pendant que ceux qui en ont les moyens continuent leurs trafics et prospèrent en toute immunité, puisque la répression est trop faiblement équipée pour s'attaquer efficacement aux sources véritables de la délinquance et de la corruption.

    Le droit pénal, en France, est ainsi un outil de discrimination légal.

    C'est une volonté et un calcul politiques entretenus par "l'alternance unique" (JC Michéa), le monopole du PS et de l'UMP.

  • Albertine devrait être tous les jours sur le blog. Lisez ses livres.

  • Un autre livre à lire, récent, sur la prison, ses clients et les errements de certains de ceux qui la gère. Il vient de sortir, c'est «Condamné à vivre», d'El Hadj Omar Top.

    L'article d'Hervé Bentegeat en rend compte ici :
    http://www.slate.fr/story/64079/lettre-ouverte-arnaud-moumaneix-directeur-maison-arret-villefranche-sur-saone

  • @yesroll

    Je suis en toute bonne foi, ça rétablit un peu l'équilibre général d'ailleurs, eu égard au peu de considération faite aux victimes, ces victimes dont il devient impossible de parler sans être étiqueté négativement justement par les petites gens de mauvaise foi.

    Albertine est un joli arbre derrière lequel on voudrait cacher une forêt plutôt moche.

  • - 18 % sont de nationalité étrangère, issus de 80 nationalités différentes

    Ce n'est pas de la statistique ethnique çà ?

  • @ inlibroveritas : vous confondez ethnie et nationalité?

Les commentaires sont fermés.

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