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  • Des élections italiennes qui nous parlent

    Les Français pensent avec obstination que ce qui arrive aux US sera chez eux dans quelques années…alors que les deux sociétés sont si différentes. L’histoire montre plutôt que c’est ce que vivent les Italiens qui devient vite notre quotidien. Au menu du jour : la déliquescence de la politique.arton4458.gif

    Tout le monde est d’accord : Les Italiens n’ont pas voté comme il faut… Déjà, on parle d’organiser un nouveau vote. C’est comme après la dégelée de Jospin, doublé par Le Pen. Les scrutins qui ne correspondent pas aux prévisions n’existent pas. Pourtant, les Italiens ont  voté en masse et disent des choses très claires :

    - Un camouflet pour Monti (ancien de la Goldmann Sachs), tellement vanté dans la presse qu’il a cru être devenu populaire ;

    - Un score de miraculé pour Berlusconi, du haut de ses 74 ans, avec un feu d’artifices de promesses et des attaques débiles contre « l’Europe allemande », la source de tous les maux ;

    - Un triomphe (Plus de 25% des voix) pour Beppe Grillo, qui assume d’être illusionniste et incohérent, car il veut dénoncer la pourriture du système et surtout ne pas exercer le pouvoir ;

    - Une raclée pour la gauche normale, qui attendait gentiment que le bon peuple lui donne les bonnes places…parce qu’elle est gentille.

    Les Italiens n’ont pas cherché à dégager la voie pour un gouvernement raisonnable. Les responsables politiques n’étant pas sérieux, les électeurs le leur disent avec sincérité. L’un ou l’autre… la solution ne passe pas par là. Le pouvoir politique d’Etat est passé au second plan.

    La situation est-elle si différente en France ?

    La gérante de la SARL Le Pen affirme qu’elle veut redonner sa grandeur à la France… mais elle refuse toute alliance électorale pour être sûre de ne jamais gagner. Bouffonnerie parfaite.

    L’UMP est un champ de bataille, avec son hilarant vote démocratique interne, la demi-portion Fillon annonçant qu’il s’apprête à sauver la France, la danse du ventre de Sarko-le-loser sur son éventuel retour,… et les SMS de rendez-vous coquins publiés comme arguments politiques…

    Le PS normal sombre, inexorablement… Pathétique. Ce gouvernement d’amateurs est dans l’incapacité de faire passer la moindre réforme sérieuse. Après bientôt deux ans, le bilan est la poursuite de la politique économique et sociale de Sarko. Hollande avait annoncé l’inversion de la courbe du chômage en 2013. Or, il n’en sera rien et 2014 sera très mauvais. Réponse ? Rien, à part un discours sur la solidarité… Il nous gave.

    Les Verts ? Divisés, inaudibles et souvent archaïques.  la-democratie-dune-crise-a-lautre1.jpg

    D’autres voix ? Le seul opposant crédible est… la Cour des comptes !

    Alors,… et bien la population se fiche du jeu politique, qui n’est plus qu’un spectacle. Chacun mène sa vie dans son coin, se débrouille, crée ses réseaux, tente sa chance. Le pays tient par la qualité de ses services, à commencer par ceux des impôts, de l’éducation  nationale et de la santé. Le rôle moteur est celui des grandes firmes, toutes très internationalisées, et qui face à un pouvoir évanescent sont devenues des pôles de stabilité. Après c’est tout l’entrelacs des relations sociales, des PME, des assos, et dans ce jeu complexe, chacun cherche à tirer sa chance. Courageux, tenace, imaginatif, astucieux… avec des échecs, mais aussi de vraies réussites.

    D’un côté un groupe incestuel, qui squatte les allées du pouvoir, et se gère avec son petit code relationnel ; de l’autre, la vraie société, qui se débrouille seule.

    L’axe moteur de cette destruction est le discours anti-européen tenu par les leaders politiques. Ca va de Berlusconi qui vomit « l’Europe allemande », à Fabius, mentor du non, et héros de la politique du oui. Tout le monde se défoule, avec toujours la même sauce : Bruxelles et ses technocrates, qui ne connaissent que la règle des 3%, et qui sont la source de tous nos malheurs…

    Mais, qui a instauré les 3% ? Les technocrates de Bruxelles... ou les politiques, avec la Mitte et Kohl à la manœuvre ? Bruxelles trop rigide ? Mais n’est-ce pas le gouvernement de Gochmole qui veut imposer la règle du 0% dans la Constitution ? Et l’endettement des Etats, il est le fait de la Commission de Bruxelles ? Quel Etat est en mesure de tenir son crédit sans les garanties de la Banque Centrale Européenne ? Hollande avait deux impératifs : renégocier le traité et conclure un pacte de croissance ; le résultat est un traité inchangé et un budget européen en recul.

    On ne vote pas contre la rigueur, mais contre les incapables qui disent gouverner. Face à une situation économique mauvaise, chacun comprend qu’il faut se serrer la ceinture. Mais, ce qui est insupportable, c’est le mensonge perpétuel des gouvernements, qui nous prennent pour des demeurés, et leur incapacité à assumer des choix politiques. Alors, s’ils n’assument rien,… et bien, on se passe d’eux. 

    italie,gochmole,ump,démocratie

  • Ouattara et la démocratie ? Non, le crime institutionnalisé !

    Amnesty International casse l’ambiance en Côte d’Ivoire…. Qu’ils étaient beaux les discours sur la démocratie avec les mirlitons français attaquant sans mandat de l’ONU le palais de Gbagbo. La Côte d’Ivoire allait renouer avec son histoire, fondée sur le respect du droit. Sauf qu’installer la démocratie au pouvoir par la force armée n’a jamais marché… et qu’on recommence avec obstination… il suffit  de trouver une agence de com’ correcte pour faire de belles images…

    Amnesty vient de publier un rapport accablant sur les méthodes de Ouattara. Incapacité à gouverner violations graves du droit, insécurité massive dans le pays,… mais ce Ouattara est tellement docile, souriant et reconnaissant…ouattara-sarkozy1.jpg

    Sur le plan de l’ordre public et des libertés, c’est assez simple. Ouattara a vite renoncé à gérer la police et la gendarmerie, considérées comme des places fortes du Gbagbo, et tout passe par ses services propres : les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), donc l’armée, une géniale police militaire, et le soutien de milices, les trois se rendant « responsables de nombreuses violations des droits humains en arrêtant et  détenant des individus en dehors de tout cadre légal sur des bases souvent ethniques et  politiques » écrit Amnesty

    « Ces exactions ont été rendues possibles par la prolifération de lieux de détention  non reconnus comme tels où des individus soupçonnés de tentative d’atteinte à la sûreté de  l’État ont été détenus au secret, parfois pendant de longues périodes et dans des conditions  inhumaines et dégradantes. Beaucoup ont été torturés et certains ont été remis en liberté  contre le paiement de rançons ».

    Tous ces faits sont connus, mais aucun des auteurs « n’a été traduit en justice ni même  relevé de ses fonctions ». Amnesty poursuit : « Cela illustre l’échec des autorités ivoiriennes à instaurer un état de droit près de deux ans après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités.

    Quant à la justice, « les autorités ont exclusivement ciblé  les partisans avérés ou présumés de l’ancien président Laurent Gbagbo », avec procédures qui bafouent les règles élémentaires du droit. Aucune démarche sérieuse en deux ans d’instruction : « ni confrontation avec des  Victimes, ni aucun élément de preuve matériel communiqué à la défense ».

    Je vous laisse ci-dessous le lien pour lire ce rapport accablant, mais voici quelques témoignages qui devraient faire bondir les ministres de la Défense et des Affaires étrangères… s’ils n’étaient pas les premières cautions ! Et puis, il est vrai qu’ils sont très occupés à installer la démocratie au Mali par la force armée…

    Arrestations arbitraires, tortures et disparitions

    Témoignage d’un jeune homme  sans emploi, âgé de vingt-huit ans, qui a été arrêté le 11 août 2012 par les FRCI.

    « Je me rendais sur un chantier vers 14 h pour trouver du travail. Des membres des FRCI  m’ont arrêté, m’ont fouillé et m’ont mis dans le coffre de leur voiture. Je me suis retrouvé au  camp IIAO de Bassam [Institut industriel d’Afrique de l’ouest]. Ils m’ont demandé où étaient  cachées les armes, et m’ont frappé. Ensuite, ils m’ont remis dans le coffre de la voiture et  m’ont emmené en bord de mer. Ils ont menacé de m’exécuter si je ne disais pas la vérité. Ils  m’ont frappé à nouveau, m’ont remis dans le coffre et on est retourné au camp. Ils m’ont  demandé de dénoncer des gens qui auraient fait venir des armes par bateau. »

    Mi-août 2012, un détenu, ingénieur de profession, a été violemment frappé par deux  codétenus militaires. Plusieurs témoins ont raconté la scène à Amnesty International. L’un  d’eux a précisé :

    « J’ai été arrêté le 17 août [2012] à 6h30 aux Deux Plateaux [quartier d’Abidjan]. Quand je  suis arrivé au Génie militaire, il faisait chaud. Il y avait dans la cellule d’autres prisonniers  dont des militaires qui avaient été punis pour mauvaise conduite. Ces militaires jouissaient  de petits avantages. Ils pouvaient sortir la nuit et c’est eux qui gardaient le peu d’eau qui  nous était destinée. Un jour, un détenu, un ingénieur, avait très soif. Il a réclamé de l’eau à  un militaire détenu avec nous. Celui-ci a refusé. L’ingénieur a insisté en disant qu’il avait  très soif. Le militaire s’est jeté sur lui et l’a frappé. Il lui a donné des coups de pied et des  coups de poing et l’a frappé avec sa ceinture. Un autre militaire a prêté main forte à son  collègue. L’ingénieur est tombé, il s’est évanoui. Les détenus ont frappé à la porte pour  appeler les gardes. Il a été emmené à l’hôpital, il n’est plus revenu. On raconte qu’il est mort  des suites de ces coups. »

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    Arrêtant et détenant des individus selon leur bon vouloir et sans rendre compte de leurs actes  à qui que ce soit, les éléments de la police militaire et les FRCI ont également instauré une  « procédure de libération » fondée sur le paiement de rançons. Un grand nombre de détenus  et d’anciens détenus ont indiqué à Amnesty International qu’au Génie militaire, « les gens  sont libérés contre le paiement d’une somme fixée entre le responsable de la police militaire  et les parents des détenus ».  

    Témoignage du chef du  personnel d’une société d’Abidjan, arrêté le 27 août 2012 et détenu quelques jours.

    « Ils m’ont détenu deux jours et m’ont dit que si je voulais sortir, mes parents devaient payer.

    Ils demandaient la somme de 70 000 francs CFA [environ 110 euros]. Ma famille a payé un  premier versement de 50 000 avant ma libération. Le deuxième versement a été effectué  chez moi. Mes geôliers m’ont accompagné à mon domicile pour réclamer la somme restante  mais, une fois sur place, ils ont demandé une somme plus élevée. Ma famille a expliqué  qu’elle n’avait pas d’argent. Finalement, ils se sont fatigués et ils sont partis. »

    Arrestation pour motif racial

    « Le 10 mars après le service, je suis rentré chez moi. Vers 15 heures, des éléments des  FRCI sont arrivés et m’ont demandé de les accompagner à la Place de la Liberté [un lieu de  détention non reconnu comme tel] car j’étais accusé d’avoir fait un coup d’État. Quand je  suis arrivé, j’ai remarqué qu’il y avait d’autres corps habillés [hommes en uniforme]. Il n’y  avait que des gens comme moi, des Athiés, des Guérés, des Bétés ou des Didas [groupes  ethniques du sud du pays] arrêtés uniquement parce que soupçonnés de soutenir Laurent  Gbagbo. Ils nous reprochaient de nous être battus contre eux après l’élection présidentielle et  nous ont dit : “ Si vous pensez que Laurent Gbagbo va revenir vous vous trompez, il n’a  aucun pouvoir ici ”. Ils nous ont torturés pour nous faire parler et nous avons dû rester  couchés à même le sol, avec des chaînes aux pieds. Nous avons été arrêtés au hasard. La  preuve c’est que, au bout de 55 jours, ils nous ont tous libérés ».

    Lieux de détention non officiels

    « Le plus terrifiant, ça a été quand ils nous ont emmenés en brousse. C’était la nuit, ils ont  tiré en l’air pour nous effrayer. Ils ont menacé de nous tuer si nous ne disions pas la vérité.  Ils disaient que les Guérés et les Bétés avaient soutenu Laurent Gbagbo et c’est pour cela  qu’ils nous frappaient. Jamais avant ou après, nous n’avons eu une telle impression d’être  des jouets dans la main de nos bourreaux. Puis, on a été emmenés dans la résidence privée  d’un officier des FRCI et ensuite au Génie militaire. On a aussi été torturés là-bas mais la  brousse c’est pire que tout car tout peut vous arriver. »

    Un autre témoignage

    « Je me suis retrouvé dans un véhicule avec quatre autres personnes. On m’a mis des  menottes attachées derrière le dos. Une cagoule m’a été enfoncée sur le visage, j’ai senti le  bout d’un pistolet automatique contre ma tête. À un moment, j’ai compris qu’on avait quitté  le goudron pour emprunter une piste. Le véhicule s’est arrêté. Quand on a enlevé la cagoule,  j’ai compris qu’on était dans la forêt. On nous a fait descendre et on nous a demandé où  étaient les armes. J’ai répondu que je n’en savais rien. Ils ont tiré des coups de feu d’abord  en l’air puis sur un des détenus. Il est tombé et ils ont abandonné son corps là-bas. »

    Interrogatoires sous la tortureAfficheSurvie2008BATptit-7b7b4.jpg

    « Après m’avoir donné des coups de câbles électriques et des coups de pied avec leurs  rangers [bottes], trois membres des FRCI m’ont tenu par les pieds et m’ont plongé la tête  dans une barrique d’eau. Je ne pouvais pas me débattre parce que j’avais les mains  menottées derrière le dos ».

    Plusieurs autres détenus ont affirmé avoir subi des brûlures au plastique fondu et ont montré  aux délégués d’Amnesty International des traces de brûlures sur le dos et le cou. Un détenu a expliqué :

    « Arrivé au camp Place de la Liberté, ils m’ont demandé d’enlever mes vêtements, je suis  resté avec mon caleçon et ils ont commencé à m’interroger en me torturant. Ils m’ont attaché  les mains avec des menottes reliées à une barre de fer verticale, ils me donnaient des coups  de matraques et de barres de fer. Ils ont brûlé un sac en plastique et ont fait en sorte que le  plastique fondu tombe sur mon dos pendant que trois personnes me tenaient les pieds. »

    Plusieurs détenus ont également affirmé avoir été torturés dans des villas privées :

    « J’ai été conduit dans un camp militaire des FRCI non loin de l’arrêt du terminus du bus  N° 17. J’étais au milieu d’un cercle de dix militaires, les coups pleuvaient sur moi. Ils me  donnaient des coups de pied et des coups de poing au visage et à la tête. Quand l’un d’eux  me parlait, un autre me frappait dans le dos. Ils m’empêchaient de parler pour contester  leurs assertions. Ils m’ont ensuite attaché les mains dans le dos, ils m’ont également attaché  les pieds. Ils ont percé deux trous dans un sac en plastique qu’ils ont enfoncé sur ma tête.  Ils m’ont mis dans un coffre de véhicule et m’ont conduit dans une villa privée à Cocody. Ils  m’ont accusé de recevoir de l’argent pour recruter des mercenaires. Ils m’ont fait asseoir sur  une chaise. Régulièrement je recevais des décharges électriques. J’ai uriné et déféqué dans  mon caleçon. »

    Mort de détenus des suites de tortures

    Amnesty dispose de témoignages concordant sur le mort de Serge  Hervé Kribié, un sergent-chef de police, d’ethnie bétée, arrêté pour motif racial à San  Pedro le 20 août 2012.

    « Serge Hervé Kribié a été remis aux FRCI. Il a été déshabillé, attaché  à un poteau et de l’eau a été versée sur lui. Puis il a reçu des  décharges électriques. Moi, j’étais allongé sur la dalle et je me suis  penché pour voir. Il criait, il a évoqué ses enfants…..Il poussait des  cris atroces. Après cela, un de ceux qui donnaient des ordres a  demandé en dioula : “ Est-ce qu’il est mort ? S’il est mort, on va  attacher ses pieds pour le jeter dans la lagune ”. J’ai vu qu’on lui  faisait des massages cardiaques. On ne l’a plus entendu. Quelques  jours après, un militaire que je connais m’a informé que notre collègue  était décédé le jour même de son arrestation ».

    *   *   * 

    Atterrés par ce rapport d’Amnesty, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, vont annoncer ce matin qu’ils suspendent l’accord de coopération militaire, et exiger de Ouatarra l’ouverture d’enquêtes  judiciaires sur ces faits. Les grandes entreprises françaises, venues avec Sarko installer Ouattara au pouvoir, vont se voir ordonné de suspendre leurs activités, pour ne pas être le poumon économique de cette violation institutionnalisée du droit. 

    C’est que la France ne rigole pas avec la démocratie, surtout en Afrique… 

     

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  • Les libertés menacées dans les EHPAD ?

    berthe-bernage--liberte-cherie.jpgJean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPJ) vient de jeter un joli pavé dans la mare en proposant que sa mission soit étendue aux EHPAD, au motif des « risques d’atteinte aux droits fondamentaux ». Résultat garanti ! Réaction indignée de Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, premier syndicat des maisons de retraite privées, qui dénonce la «violence de l'amalgame», et de la sous-ministre Machine Chose… Et pourtant…

    En l’état actuel, le contrôleur ne pas peux pointer le nez de ses équipes dans les EPHPAD, car la loi ne l’y autorise pas. L’obstacle juridique est qu’il n’y a pas de décision d’autorité emportant privation de l’exercice des libertés. Certes. De plus, les EHPAD sont des lieux de soins qui visent à protéger l’autonomie des personnes. Beaucoup est fait pour sortir des vieux clichés des maisons de retraite, et aller le plus loin possible dans la respect des libertés, de toutes les libertés. Certes encore. Enfin, vu le nombre de structures concernées, il faudrait doubler les effectifs du CGLPL. On comprend donc que ce ne sera pas demain la veille…

    Certes tout ceci, mais ça n’empêche pas de se poser quelques questions avec l’ami Delarue.

    Chères amies et chers amis qui travaillez dans les EPHAD, ne vous fâchez pas en lisant cela : dans les EPHAD, toutes les libertés fondamentales sont remises en cause. Toutes ! Mais pour autant, cela ne veut pas dire que le droit est violé. Les contraintes de la vie collective et de la compensation de la dépendance imposent de fixer des limites à l’exercice des libertés. C’est la problématique du conflit de droit, qui est un classico autrement plus intéressant que PSG/OM. Toutes les libertés peuvent être limitées, et ces limitations ne sont abusives que si elles excèdent ce qui est nécessaire au vu des contraintes collectives.  684540_5086836.jpg

    Placer une personne dans un service fermé, c’est une atteinte à sa liberté d’aller et venir ; si cette personne, atteinte de démence, est désorientée au point de ne pouvoir se repérer dans un espace aussi habituel que celui de l’EHPAD, l’interdiction de sortie sera peut-être justifiée. Mais il faudra aussi voir si cette mesure est régulièrement évaluée ou si elle est générale, et vérifier si les modes alternatifs, notamment de sorties accompagnées, sont utilisés chaque fois qu’il serait souhaitable. Et il en va ainsi pour toutes les libertés fondamentales : pensée, expression, convictions, intimité, gestion des biens, relations…

    La question se pose aussi de manière crue pour les contentions. Quand elle est nécessaire et limitée à ce qu’impose réellement la vie quotidienne, la contention est une atteinte à la liberté… qui est légitime. Mais est-on sûr que tout est toujours calé sur le minimum indispensable ?

    Ce qui est intéressant avec la proposition de Delarue, c’est de contrôler la liberté comme donnée de fait, alors même qu’il n’existe pas de cadre juridique de contrainte.

    Le 7 janvier 2013 le Gouvernement a créé le « Comité national pour la bientraitance et les droits des personnes âgées et des personnes handicapées », formule rafraichie du « Comité national de vigilance contre la maltraitance des personnes âgées »… Pourquoi pas,… mais ces organismes croupions n’ont jamais fait avancer le schmilblick d’un centimètre.  Par contre, le regard tiers par la visite d’équipes rodées serait décapant, et permettrait, hors contentieux, de régler des situations déviantes.

    Alors, pourquoi refuser un progrès du droit ? 

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  • Arafat Jaradat : Un crime d’Etat

    La mort du jeune Palestinien Arafat Jaradat est un crime d’Etat. La première main est celle des bourreaux, qui ont tué sous la torture ; la seconde, qui est la principale responsable, est celle des dirigeants politiques qui organisent cette gestion du sereine du crime.

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    1/ Regardons les faits

    La vie

    Arafat Jaradat  était un Palestinien âgé de 30 ans, père de deux enfants : Yara,  4 ans, et Mohammed, 2 ans. Il vivait à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, territoire de Palestine occupée. Il était en bonne santé. C’était un militant du Fatah.

    L’arrestation

    Il a été arrêté par les services israéliens le 18 février, à la suite d’incidents du 18 novembre 2012, où des heurts avaient eu lieu près de la colonie de Kiryat Arba, à proximité d'Hébron. Un Israélien avait été blessé par des jets de pierre.

    L’épouse d’Arafat, Dalal, a déclaré à l'agence Ma’an que l’officier du renseignement israélien avait ramené son mari un moment à son domicile, juste après son arrestation, et qu’il lui avait dit de dire adieu à ses enfants : « Pour cette raison, j’étais très inquiète. Mon mari a été arrêté plusieurs fois auparavant, mais cette fois, l’agent israélien du renseignement a parlé d’une façon étrange ».

    Le transfert en Israël

    Il a été emmené à la prison d’al-Jalama, dans le Nord de la Cisjordanie, avant d’être transféré à la prison Megido en Israël. Il était sous le contrôle du Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien.

    La mort

    Il est décédé dans cette prison samedi 23.

    La preuve de la torture

    Le corps d’Arafat Jaradat a été autopsié dimanche au Centre national médico-légal d'Israël. Selon le Shin Bet, le jeune homme a été « victime d'un malaise » samedi après le déjeuner. Le ministère israélien de la Santé a estimé que les premières constatations n'étaient « pas suffisantes » pour déterminer la cause de la mort.

    Une autopsie a été pratiquée au retour du corps en Palestine. Issa Qaraqaë, le ministre palestinien des prisonniers, a divulgué des détails de l'expertise, mentionnant des blessures et des contusions sur le dos et à la poitrine, des traces de torture sur le haut de l'épaule gauche ainsi que deux côtes cassées. « Les résultats de l'autopsie prouvent qu'Israël l'a assassiné », a déclaré le ministre.

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    2/ Que dit le droit ?

    L’occupation et la résistance

    La Cisjordanie est un territoire palestinien sous occupation militaire israélienne depuis 1967. La Palestine est un pays souverain, et l’occupation militaire légitime la résistance. C’était valable pour la France de Jean Moulin, c’est valable pour la Palestine et c’est valable pour toutes les occupations militaires.

    La violation de la IV° Convention de Genève

    Le droit est bien connu, car c’est celui défini par la 4° Convention de Genève de 1949. Sur tous les points en cause dans cette affaire, le texte reprend des règles existantes depuis le Règlement de la Haye de 1907, précisées par le Protocole additionnel de 1979, reposant sur maintes décisions de justice, et reprises dans le Statut de la CPI. Ces règles sont tellement sûres qu’elles sont considérées comme faisant partie de la coutume internationale, laquelle est opposable aux Etats n’ayant pas ratifié les traités.

    Israël n’avait pas le droit de transférer Arafat Jaradat sur son territoire

    La puissance militaire occupante ne peut arrêter, juger et emprisonner les ressortissants de la puissance occupée qu’à condition de rester sur le territoire occupé. C’est l’article 49 de la 4° Convention de Genève : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif ». Tout transfert de prisonnier est illicite  et constitue un crime de guerre (CPI, art. 8, 2, b, viii). Or, c’était le cas pour Arafat Jaradat, mais c’est le cas pour les 5000 prisonniers, ce qui rend toutes ces détentions irrévocablement illégales et désigne les dirigeants politiques comme principaux responsables.

    Israël n’avait pas le droit de confier les interrogatoires  au Shin Bet

    C’est le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien, qui interrogeait Arafat Jaradat, et qui a annoncé son décès. Cela signifie que l’arrestation, la détention et l’accusation se joue sans le contrôle d’un juge. Or, même en temps d’occupation, la privation des règles du procès équitable est un crime de guerre. (CPI, art. 8, 1, a, vi). C’est une règle de jus cogens, indérogeable (CEDH Golder ; CIADH, Goiburú ; TPIY, Tadic).

    Le Shin Bet n’a aucun droit de recourir à la torture

    La torture comme cause de la mort est établie par l’autopsie pratiquée en Palestine, et elle est la seule cause possible. Il faut un cynisme infini pour évoquer un malaise après le déjeuner… La torture des prisonniers est interdite, comme tous les traitements inhumains, et aucun fait ne peut justifier le recours à la torture. C’est en toutes circonstances un crime (Art. 3 commun aux quatre conventions de Genève; CPI, art. 8, 1, a, ii ; TPIY, Furundzija, 1998 ; CEDH, Selmouni, 1999). La France peut juger les faits grâce à un régime de compétence universelle (CEDH, Ould Dah, 2009). En Israël, c’est une méthode d’enquête reconnue, ce qui engage la responsabilité des responsables politiques, dont le ministre de la défense, compétent pour les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens.  

    Les dirigeants israéliens n’avaient aucun droit de procéder à une autopsie

    Les services israéliens n’ayant aucun droit pour transférer Arafat Jaradat chez eux, tout ce qu’ils ont pu faire, dont l’autopsie, est illicite. De même, ils ne pouvaient procéder d’autorité à l’autopsie sans demander l’avis de la famille, et sans processus judiciaire respectant les principes du droit. C’est une violation du cadavre (CPI, art. 8, 2, b, xxi).  

    *   *   *

    Arafat Jaradat sera inhumé ce lundi matin dans son village natal de Sa'ir, à côté d'Hébron.  

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  • Dave Brubeck Quartet, 2004

    Voici une authentique perle, un concert de Dave Brubeck en quartet, enregistré à Baden Baden en 2004. Le p’tit jeune homme a 84 ans, et il s’est entouré de vieux amis. C’est donc du jazz aux cheveux blancs, mais attention… pas encore l’automne ensoleillé ! Si vous avez un doute, vous pouvez vous caler à 16 : 30 et vous verrez ce que Randy Jones, avec sa tête de délégué FO ou de curé du village, sait faire avec une batterie. Waouh…

    Dave Brubeck a été l’une des figures du jazz de la West Coast, une sorte de produit d’importation pour la ruche new-yorkaise. Mobilisé sur le front européen pour le 2° Guerre mondiale, le grand Dave a connu ses premières heures de gloire dans les Ardennes (eh oui…) pour des concerts pour la troupe. De retour au pays, il a retrouvé la West Coast, et là-bas il a été moteur d’un nouveau style de jazz, à partir du cool jazz,… mais pour aller si loin. Aujourd’hui, la famille est réunie.

    Ce concert est bluffant. A 84 ans, Dave Brubeck est au top : le son, l’attaque des notes, le rythme, l’improvisation, la liberté pour les autres musiciens… impressionnant et émouvant. Alors qu’on l’a tant connu avec le discret saxo Paul Desmond, il joue ici avec un Bobby Militello qui déménage les montagnes. Et quand le géant Bobby se saisit de la flûte traversière pour jouer Elegy, on se dit que vraiment, la vie vaut la peine d’être vécue. Admirez aussi la musicalité du bassiste Michael Moore. Le duo avec Dave Brubeck dans Theme For June est un pur bonheur. Randy Jones, le batteur, a du faire la tournée des clubs de la West Coast, mais il est peu venu chez nous et c’est bien dommage, car son jeu est splendide.

    Le concert commence par Pennies From Heaven et se finit par le célébrissime Take Five. Puis, Dave Brubeck joue en solo quelques mesures de Lullaby, avant que le public reprenne le thème en chantant…

    http://www.youtube.com/watch?v=peOIbxaB9GE

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