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Tunisie : A qui profite le crime ?

A Tunis hier, Mohamed Brahmi, député de gauche, a été assassiné. Onze balles tirées à bout portant… Il était un opposant déclaré d’Ennahda, et les accusations se tournent vers Ennahda… Pourtant… Celui qui voudrait déclencher le soulèvement contre Ennahda et le processus révolutionnaire ne ferait pas autrement.

Cet assassinat est calculé pour frapper toute la Tunisie.

D’abord, c'est l'horreur devant la mort d’un démocrate, un vrai politique. Agé de 58 ans, il avait été élu député à Sidi Bouzid, le berceau de la révolution qui a renversé le régime de Ben Ali en 2011. Membre actif de l’Assemblée Constituante, c’était un homme en vue. Fondateur du Mouvement Populaire, Echaâb, il venait d’en démissionner ce 7 juillet, déclarant que sa formation avait été infiltrée par les islamistes, et il avait créé un nouveau parti.

Ajoutons que cet assassinat survient le jour du 56e anniversaire de la République, et en plein ramadan. Enfin, si le processus de transition a été bien long – nous sommes toujours sous la Constituante – cette phase est en train de prendre fin, avec la prochaine annonce de la Constitution et de la date des législatives.

Non, c’est assassinat ne doit rien au hasard.

Ennahda ? Ennahda reste fort, mais les critiques s’accumulent, et les raisons ne manquent pas face à la suffisance de ce parti qui veut tout contrôler, et dont l’islamisme militant passe d'autant plus mal qu’il s’accompagne d’une incapacité à dessiner un projet économique et social. Le parti reste englué dans des méthodes d’un autre temps, et il se fait un tort considérable en laissant en bonne place des gens comme un Sahbi Atig, patron du groupe l'Assemblée Constituante, qui déclarait le 13 juillet dernière, en écho aux évènements d’Egypte : « À ceux qui piétinent la légitimité, si vous envisagez de la piétiner, elle vous piétinera, quiconque tente de tuer la volonté du peuple sera tué dans les rues de Tunisie ». Ali Larayedh, le chef du Gouvernement a dénoncé ces propos, et il est passé à autre chose…

Hier soir, les manifestants se sont regroupés sur la grande artère de Tunis, l’avenue Bourguiba où siège le ministère de l’Intérieur, avec des slogans bien clairs : «La Tunisie est libre, dégagez les Frères», «Ghannouchi assassin», «Ennahda doit tomber aujourd’hui», «l’Assemblée Constituante doit être dissoute». Les manifestants voulaient s’installer devant le ministre de l’Intérieur, et la police a dû les déloger. Ce n’est pas bon…  

L’UGTT, la principale centrale syndicale, a annoncé une grève générale pour ce vendredi. Ce sera un test sérieux, car l’UGTT, par son ancrage et ses réseaux, a une grande force en Tunisie.

Alors, après l’Egypte, la Tunisie prête à s’embraser ?

Le président Moncef Marzouki n’a pas tort de dire que si trop de temps a été passé, c’était aussi le prix pour la recherche du dialogue et du consensus politique. Mais ce temps a aussi été perdu, et rien n’a été fait pour se ressaisir du pouvoir économique. Des pans entiers de l’ancien régime sont restés en place, et le processus révolutionnaire parait velléitaire. Il suffit de passer un peu de temps en Tunisie pour voir que le mécontentement est réel, mais attention, les liens sociaux tiennent.

Et puis accuser Ennahda fait plus parler le cœur que la raison. Ennahda est en mauvaise posture, affaibli par les évènements d’Egypte, ceux de Syrie avec le retrait des Occidentaux, et par la disparition de ce fumeux leader qu’était le Qatar. Les élections s’approchent, et Ennahda a tout à perdre dans un pays fragilisé.

 A qui profite le crime ? D’abord à ceux qui n’ont jamais admis la révolution.  

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Commentaires

  • Quand t'es en mauvaise posture, que des opposants représentant une alternative disparaissent ce n'est pas non profitable, et chez Ennahda m'est avis que certains comme ce Atig doivent avoir une petite idée de qui a probablement tué cet homme.

    Que ce soit en Egypte ou en Tunisie, les frères se révèlent incompétents à matérialiser politiquement la révolution populaire du fameux printemps. Le verbe dégager les rattrape.

  • Tout est dit (ou résumé avec simplicité) par ces deux phrases:
    -"A qui profite le crime ? D’abord à ceux qui n’ont jamais admis la révolution."
    (qui croyait que ceci passerait "comme une lettre à la poste"?)
    -"Des pans entiers de l’ancien régime sont restés en place."
    (nous sommes obligés de le constater)
    D'une autre façon que Morsi car chaque pays a ses façons de vivre, la géographie et l'économie ne sont pas les mêmes, Moncef Marzouki "rame" dans la vase depuis le début et ne s'en est peut-être pas toujours rendu compte. La question pour moi c'est donc aussi, qui tire les ficelles?
    Moncef Marzouki ne me donne pas une mauvaise impression, au contraire. Il sait être convainquant au moins avec moi lorsque j'ai eu à l'écouter s'exprimer. Mais quiconque observe le voit, il y a du monde derrière lui, des personnes aux intentions "troubles", qui essaient de se déguiser en "gentils", ce qu'il ne sont pas vraiment. ;-)) La preuve!
    - Je ne crois pas au "grand complot", par contre, "ya du monde" que ce désordre arrange et (naturellement) ils essaient de le maintenir, car tout simplement la pagaille maintient leur position...
    Maintenant, ils se servent des islamistes, des gars qui n'ont aucune conviction réelle en matière économique et sociale, mais qui savent aimer l'argent quand on leur en propose... Qui ne l'a pas déjà compris?
    Sur place, il ne faut pas me raconter des histoires, on sait certainement Qui sont ces gnous et ces trolls de la politique et de l'économie. Moi, j'en sais trop peu pour citer des noms, naturellement.
    La solution n'est à l'évidence pas dans "le politiquement calme" ou dans le juridisme. Avec les gens qui colportent ces mentalités rétrogrades et qui se disent "islamiques", on n'est pas en face de civilisés mais de la nouvelle barbarie:
    Ce n'est tout de même pas un hasard, si partout les intégristes au pouvoir, finissent toujours par "nous faire" du néo-libéralisme!
    Qu'est il arrivé en réalité depuis la fuite de Zine Ben Ali? les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches qui n'ont pas dû s'enfuir, sont toujours plus riches,
    Pour moi, comme en Egypte ces gens sont des punaises et des ploucs, pas des êtres humains comme nous, celles et ceux qui veulent vivre dignement et normalement de leur Travail, dans le cadre de relations sociales cordiales et dans le respect mutuel. Marzouki et le Général Amar* doivent d'urgence se mettre d'accord ensemble et mettre en état d'arrestation immédiate, TOUS les "gnous" identifiés! sans faire cela, personne ne pourra dormir tranquille et la Tunisie ne retrouvera pas le calme. Et attention à la police! Le peu d'info que j'ai, me laisse croire que:
    Ils ne sont pas nombreux à qui on peut acheter une voiture d'occasion sans avoir à craindre un gag...
    (*le général qui ne voulait pas envoyer ses gars tirer sur la foule et qui appuya sur la touche "stop":
    -"Zine! C'est fini pour toi! Arrête tes c...! Tu as de la chance, je les tiens encore et je te laisse du temps pour monter dans l'avion. Tire toi vite..." Ce récit ma bien fait rigoler. C'était ça le terrible dictateur? Rien dans la culotte...)

  • Brahmi aurait été tué avec la même arme que Belaïd

  • C en effet ce que raconte un ministre. La famille cependant, naturellement affligée et furieuse, accuse Ennahda. Hélas, C peut-être un peu simple.
    De son côté le pouvoir officiel semble avoir sa petite idée sur qui a "monté ça". Sans trop de doute, on a affaire à la même équipe. (clic mon nom)
    Pour ma part, suis relativement convaincu de la bonne foi de Marzouki et Ennahda, mais...
    S'ils continuent à "laisser faire" sans rien expliquer, ils sont "mal barrés" les gars...
    Ils doivent au moins expliquer le pourquoi ces évènements leur échappent, si c'est effectivement le cas!
    Moi, dans le cadre de mes professions, il m'arriva aussi parfois (je suppose, ça arrive à tout le monde!) de ne pas réussir à "arriver au bout", ou de prévoir que je n'arriverai pas "au bout" du projet correctement:
    Je ne restais pas les bras ballants à subir les critiques, justifiées ou non! J'expliquais le pouerquoi et le comment et proposais pour obtenir ce qu'il manquait etc...
    Et autant que possible, avant que ça commernce à mal se passer, je prévenais:
    -"Je ne m'en sors pas!"
    Là, comme avec Morsi, la population n'a aucune explication sauf...
    Ben oui, (j'ai oublié qui, c'est triste) un homme politique Egyptien plein d'humour caustique disait: "Le Coran ne se mange pas..."
    Ceux qui il y a déjà plus d'un an nous rabattaient les oreilles avec le danger musulman et d'autres fariboles islamophobes, risquent la déception. D'ici un ou deux ans, toutes les forces politiques se disant "islamistes dures" d'une façon ou d'une autre, seront durablement discréditées....Pour longtemps! Alors, les pays musulmans seront réellement musulmans et libérés de la tutelle dangereuse des faux religieux. J'ai la sensation que ça se passe plus vite que prévu. Mais bon, C un peu + complexe que ça, affaire à suivre...

  • Il me semble qu'il existe en Tunisie et probablement en Egypte une classe moyenne montante ,des jeunes ayant fait des études supérieures ,des gens qui veulent une société laique et démocratique ,population essentiellement urbaine.Ailleurs dans les petite villes et les campagnes il régne plutot un systéme féodal d'interdépendance necessaire à la survie ou l'islam àl'ancienne trouve sa place comme le catholisime au moyen age chez nous La religion justifie à la fois l'entraide et la hierarchie.Ceux qui' surtout parmi les jeunes, n'ont pas trouvé leur place et sont restés en marge de la montée des classes moyennes se réfugient dans l'islam radical moyen de passer de victime à bourreau .Difficile choix pour les politiques qui doivent forcément mécontenter une partie de leur public ,la possibilité de la laicité ou d'un islam moins omniprésent risque d'entrainer des agressions sanglantes ,le retour à une socété feodale une contestation urbaine organisée

  • En Tunisie, l'assemblée constituante devait écrire une constitution. A la place, elle s'est arrogée tous les pouvoirs (dont celui de nommer le gouvernement), et n'a toujours pas écrit de constitution (et c'est pas demain qu'elle sera écrite).
    Aucune date n'a été donné pour les futures élections qui sont repoussées aux calendes grecques.

  • Ben oui Monique, ces deux points de vue sont absolument Inconciliables:
    "... Il existe en effet en Tunisie comme en Egypte et ailleurs, (des "classes moyennes", avec de nombreux jeunes gens ayant fait des études moyennes ou supérieures, qui ne trouvent pas de job s'ils ne sont pas "bien nés", des personnes qui veulent une société laique et démocratique, puis vivre leur liberté individuelle. Les Arabes, ceux qui voyagent le savent, ne sont pas des extra-terrestres... Parfois vu de là-bas d'ailleurs, les extra-terrestres ce sont nous! Et ces gens qui veulent vivre libres, ce sont des population essentiellement urbaine."
    Et dans "les campagnes", nous avons "les ploucs" dit mon correspondant Egyptien qui travaille au Canal, on trouve encore un systéme féodal d'interdépendance qui est supposé à tort nécessaire à la survie.
    Et ça se passe effectivement comme en Europe autrefois, où l'Eglise Catholique essayait et réussissait de TOUT régenter, jusqu'à la vie intime des gens.
    (maintenant, elle ne le fait plus et ne souhait plus le faire, ce qui constitue un énorme progrès! Qui passe trop inaperçu)
    L'Islam à l'ancienne tient aujourd'hui ce rôle qui à terme sans trop de doute, fera comme en Europe. D'ailleurs, n'est-ce pas un peu le discours modéré affiché par Moncef Marzouki?
    La religion justifie à la fois l'entraide et la hiérarchie et prétend trop souvent soulager et soutenir, ce qui n'est pas toujours vrai. En réalité, elle sert aussi, dans le pire des cas, à maintenir les dominations qui doivent disparaître, si...
    On ne veut pas "remonter dans les arbres"...
    L'opposition entre ces deux conceptions du monde et de la vie, n'est pas conciliable. D'où la crise qui éclate en Egypte et en Tunisie. Naturellement, ceci arrivera aussi ailleurs, d'une autre façon car la géographie et l'économie ne sont pas les mêmes. Ce sera "en couleur locale" et peut-être de façon totalement imprévisible, mais ce sera!

  • "...En Tunisie, l'assemblée constituante..." Ben oui, il attend toujours un travail sérieux, le peuple de Tunisie...
    Mais c'est aussi, un peu comme en Egypte, une bonne leçon de démocratie qui peut se résumer par:
    - Les élections en soi, ce n'est pas de la démocratie. S'il suffisait d'avoir le droit de vote pour que la situation soit démocratique, ça se saurait depuis longtemps!
    Et... Ya pas besoin d'aller en Tunisie ou en Egypte pour trouver des élections se transformant en grosse farce! Ca ne vous fait pas penser à un pays, situé pas très loin d'ici?
    Encore une fois, la vrai démocratie, c'est tenir ses promesses ou au moins essayer, puis expliquer et justifier ce qu'on fait ou ne fait pas, et le Pourquoi! Sinon, on dégage...
    Ils nous font donc là, en ce moment, une bonne leçon de démocratie...
    Et C pas facile, pas plus pour nous que pour eux d'ailleurs! Car nous on est actuellement coincés, avec des Sarko, des Coppé, des Fillon filoux, des Hollande, des Moscovci ou pire, même des DSK... En Tunisie ils ne sont pas coincés, ils sont attaqués! Et visiblement ils se défendent, ce que nous ne faisons pas... Un tort!
    Quand les tous "les ploucs" seront remis à leur place et l'Instruction sera installée et rendue efficace, dans 15 ou 20 ans ça ira mieux! En attendant, nous voyons le rapport de force.
    Là-bas comme ici, il faut arrêter tous ces délires religieux (au Brésil par exemple, ce sont les "évangélistes") et écraser ces punaises, sans prendre de gants ni hésitation. Sans le faire, l'avenir de nos enfants ne sera pas enviable.

  • Je regrette mais la Constitution est presque achevée, et les élections suivront.

    La Tunisie ne va pas bien, c'est sur, mais sortir un pays de la domination totale dans laquelle l'avait placé Ben Ali ne se fait pas en 5 mn.

    C'est un pays de très grande civilisation, et sa position l'a toujours placé dans la rencontre et le dialogue. Mais on ne fait pas en deux mois une classe politique hyper-pointue

    Le parcours personnel d'Ali Larayedh, le chef du gvt, force le respect, et il faut tout faire pour donner une chance à la Tunisie. Elle pourrait faire mieux, et il ne faut pas hésiter à critiquer. Mais je pense que la Tunisie va réussir.

  • Attentat à la bombe en Tunisie devant un poste de police.

    Pour l'existence de la constitution, je suis comme Saint Thomas, j'ai besoin de croire pour voir. La constituante n'a en effet aucun intérêt à se dépêcher, puisque finir d'écrire la constitution signifie perdre son poste.

  • Errata : voir pour croire

  • En tout cas, si jamais le parti Ennahda et le gouvernement qui lui est lié ne prend pas ouvertement ses distances avec les fadas de l'intégrisme, en les poursuivant immédiatement, à moyen ou long terme il sera perdu!
    Donner l'impression d'un immobilisme économique lamentable et du laxisme envers l'obscurantisme religieux, ce fut une très lourde erreur, qui retarde "les soins" et la remise en marche du pays.
    Et C sûr que faire disparaître ce qu'il reste du régime de Ben Ali, ça ne pouvait pas se faire en deux ans:
    Nous en France, on n'a jamais su se débarrasser de quelques "restes" plus qu'encombrants du régime de Vichy, qui ne dura que 4 ans, De Gaulle en 1944, s'il avait viré tout ceux qui le méritaient, je ne sais pas comment il aurait fait pour remettee en marche le pays. Alors les copains de Ben Ali qui sont encore "un peu partout"...

  • C'est bizarre, la tension monte aussi en Tunisie, mais Amina semble pouvoir s'en sortir à bon compte...
    En fait si j'ai bien compris, on ne lui reproche plus que ce qui est effectivement un très mauvaise action, un tag "FEMEN" dans un cimetière, pas réellement une idée géniale. Même les insultes à un "maton", ça pourrait se tasser.
    Rappel:
    Dans la nuit du samedi au dimanche le week-end du 21 juillet à Paris, on a essayé de "brûler les sorcières", chose de longue date promise par téléphone et par SMS, en mettant le feu au local où se trouve le siège central des Femen de France.
    La pauvre Pauline qui couchait là et fut interrogée par BFM-TV, elle avait l'air terrorisée! Après ses émotions fortes en Tunisie, C sûr, ça fait beaucoup. En Tunisie c'était de sa faute et elles ont eu de la chance de revenir cette années les tourterelles! Là...
    Bon. Les Femen au foyer, ça dépend par quoi on l'entend et "par là, j'entends pas grand-chose"...
    Disait Pierre Dac, qui les aurait sans doute adorées...
    Peut-être le gouvernement veut-il montrer avec un exemple "frappant", qu'il va prendre ses distances avec les fanatiques religieux et rejoindre une attitude politico-religieuse, "plus cool"... A suivre, là aussi!

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