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11 septembre : Le Chili fait partie de notre histoire

Salvator Allende, candidat de l’Unité Populaire, une union de la gauche chilienne, a réussi l’exploit de gagner l’élection présidentielle en 1970. Il est investi le 4 novembre 1970. C’est alors la grande époque de la guerre froide, bloc contre bloc, et Nixon est furieux de cette victoire qu’il n’a pas vu venir.

Le lendemain, le 5 novembre, Kissinger lui transmet un plan pour déstabiliser Allende et le renverser, en posant le problème clairement : « L’élection d’Allende comme président du Chili nous pose le plus sérieux problème que nous ayons rencontré dans cette hémisphère ».

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http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB110/chile02.pdf

Le risque est d’abord le Chili, où les US tiennent les mines de cuivre, promises à la nationalisation. Mais c'est surtout la contagion démocratique que redoute Kissinger.

En pleine surchauffe, il écrit : « Tout le monde est d’accord pour dire qu’Allende va chercher à atteindre trois buts :

« Instaurer un Etat socialiste, marxiste, au Chili ;

« Eliminer l’influence US au Chili et dans l’hémisphère ;

« Etablir des relations étroites avec l’URSS, Cuba et les autres pays socialistes ».

Or, si Allende entretenait de bonnes relations avec Castro, il n’était pas sur une ligne communiste et il avait bien assez à gérer au Chili avant de vouloir implanter le communisme en Amérique du Sud. Mais la réussite d’un pouvoir socialiste, issu d’élections démocratiques, remettait en cause l’épouvantail du communisme. Un défi.

Le principe est vite posé : « Le maintien d’Allende au pouvoir, dès lors, créerait de sérieuses menaces sur nos intérêts et notre position dans l’hémisphère ». Pas d'autre solution que de le virer, mais Kissinger reconnait la difficulté, car « Allende a été élu dans la légalité, c’est le premier gouvernement marxiste à arriver au pouvoir par des élections libres ». Il pose alors le « problème fondamental » : on ne peut envisager de trouver un modus operandi avec lui, car cela renforcerait sa légitimité, et il faut donc le combattre : « nous engageons un programme pour lui empêcher de consolider son pouvoir ». Il écarte « l’affrontement direct, qui serait trop visible » et renforcerait l’image d’Allende, pour retenir l’approche « froide mais correcte », reposant sur l’étranglement économique pour préparer le terrain à un coup d’Etat. Nixon acquiesce, et débloque un budget de 10 millions de dollars pour la CIA, et pendant trois ans, Kissinger va se démener.

On retrouve Nixon et Kissinger trois ans plus tard, quelques jours après le coup d’Etat. Voici le texte d’un enregistrement déclassifié du 16 septembre 1973 :

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http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB123/Box%2022,%20File%203,%20Telcon,%209-16-73%2011,50%20Mr.%20Kissinger-The%20Pres%202.pdf

 

Kissinger : – Les choses sont en train de rentrer dans l’ordre au Chili et évidemment les journaux hurlent parce qu’un gouvernement pro-communiste a été renversé.

Nixon : - C’est pas de ça qu’il s’agit ?

Kissinger : - Je veux dire qu’au lieu de s’en féliciter…  A l’époque de Eisenhower, nous aurions été des héros.

Nixon : - Eh bien nous, non…. Comme tu le sais, notre main n’apparait même pas ici...

Kissinger : - Nous ne l’avons pas fait. Je veux dire que nous les avons aidés à créer les meilleures conditions possibles…

L’armée au petit matin a attaqué tout le pays. Salvator Allende s'est retranché dans le palais présidentiel de La Moneda. Il fait évacuer sa famille, puis vers midi, encerclé par l’armée, il prononce une dernière allocation à la radio, avant de se suicider. A 14 heures, Pinochet a pris le pouvoir. La répression sera terrible : après des années, le bilan n’est pas sûr du fait d’un grand nombre de disparitions, mais on compte 3 200 morts et disparus, autour de 38 000 personnes torturées. Le régime tiendra jusqu’en 1990.

Gardons intacte la mémoire du 11 septembre. C’est une base dans le combat de la démocratie contre la dictature.

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Commentaires

  • #Neverforget

    Sinon y avait aussi les excuses en septembre 1992 de Boris Eltsine au nom de la Russie pour la répression du printemps de Prague, à commémorer.

  • J'ai apprécié le film "missing" sur ce sujet.
    La BO est encore dans toute les mémoires

  • N'oublions pas non plus cette salope de Thatcher qui a permis à Pinochet de filer aprés la requéte du juge Garzon

  • Il m'a semblé utile de rappeler ici hier soir (sur "la page Russe") ce qui arriva au Chili il y a 40 ans déjà, quand j'étais lycéen, en évoquant un point de vue très rarement diffusé en France (trop rarement):
    - Celui de ceux qui "ont fait le coup". C'est intéressant n'est-ce pas?
    D'autre part, comme Poutine a su ranimer un climat nouveau qui fait un peu penser à la fameuse guerre froide, il m'a aussi semblé utile de revenir sur cette épisode terrible qui tomba sur le Chili, dans le cadre de la guerre froide, dont on a oublié que souvent, ce fut chaud, voir même très chaud! Ca nous a profondément marqué à l'époque.
    Le coté extrêmement violent et spectaculaire de ce putsch, ça nous a en effet serré le coeur.
    Pourtant, quand "on fait les comptes", c'est en Amérique du Sud, un de ceux qui firent le moins de victimes.
    Mais on l'aura sans doute compris en me lisant hier soir, ce que voulaient les putschistes sous leur nouvelle et stupéfiante direction, c'était faire très peur! Le plus peur possible, car en fait, ce sont eux qui avaient peur.
    Là aussi, ce fut une réussite totale.
    D'autre part, si vous cliquez ici sur mon nom, vous aurez le récit d'un matelot Chilien "qui y était". Il ne trouva pas cela drôle, pas du tout... Dès années plus tard, en 11987, j'étais à bord d'un navire belge et nous avions un matelot chilien, personnage haut en couleur qui, lorsqu'il fut "charrié" par un cornichon d'entre nous à propos de Pinochet s'est soudain "mis en boule", avec son accent à couper au couteau:
    -"Né mé parlé plou dé Pinochié!! Yé vé vous montrer, moué, cé qué cé, que Pinchié!!"
    Putain... Ca craint...
    En Argentine, la dictature ne montrait jamais ce qu'elle faisait de pire ou de terrifiant. Elle suggérait "seulement".
    Au Chili, on ne saurait lui enlever ça, Pinochet avait au moins le mérite de la franchise...

  • Il y a beaucoup à dire sur le sujet, qui est beaucoup plus complexe que ça. Mais C sûr, "Gardons intacte la mémoire du 11 septembre. C’est une base dans le combat de la démocratie contre la dictature."
    Car ce fut un tragédie individuelle et collective, mais aussi quelques bonnes leçons de politique que le Chili nous a aussi offertes:
    - La politique façon bisounours, ça se termine le plus souvent fort mal...
    - En France, nous avons une rue Salvador Allende dans presque toutes les villes. En tant que personnage gentil et humaniste, ce grand notable chilien très "façon France IIIème république", il ne les a pas volées ses rues. En tant que Héros qui ne cède pas, même quand "les carottes sont cuites" non plus.
    Mais en tant que Chef de l'Etat, la Grande Croix du Mérite du Grand Cornichon National, me semble bien méritée aussi...
    Cet évènement terrible nous rappelle aussi plusieurs réalités humaines et sociales incontournables et qui dérangent:
    - On ne peut jamais mieux ni plus sûrement être trahi que par les siens!
    Dans la journée du 11 septembre, lorsque les chiliens ont "découvert" Pinochet dans la junte, en étant leur chef de surcroît, ce fut la stupeur. Lui qui avait été nommé "CEMA" par son pote Allende pour maintenir l'ordre dans l'armée...
    Ce fut probablement une surprise pour lui aussi d'ailleurs... ;-))
    Le matin du "coup", quand Allende a compris ce qui arrivait, un témoin l'a entendu dire:
    -"Pauvre Pinochet, il est certainement en prison, ils ont dû le chopper en premier..."
    Ben non, "il s'était évadé" d 'une façon très originale. Il fut surnommé "le chat" dans l'armée, on sait pourquoi!
    - En Politique, c'est l'Economie qui tient tout! Quand tout se dégrade, ce que font ou ce que feront celles et ceux qui ont presque tout, puis celles et ceux qui n'ont presque rien, ensemble ou chacun dans son coin, sans écouter ni parler à personne, c'est cela qui compte le plus!
    - Les émotions fortes ont toujours une importance trop négligée, surtout quand elles sont collectives. Si vous avez bien lu le récit "simplifié par mes soins" du putschiste amiral Torero Merino du comment ils ont fait, vous aurez sans doute compris que cette opération était extrêmement risquée et que la mise en scène compta énormément pour sa réussite:
    - La peur est un très efficace moyen d'action.
    Le bombardement du Palais de la Moneda par les Mirages, (en plein centre ville!) a su étonner le Monde entier. Le soir même au journal TV de 20h00, je me souviens que ça m'a sidéré. C'est du jamais vu ailleurs! L'amiral Merino précisa doctement que "militairement", ça ne servait à rien. De toutes façons, en cas de réussite ils allaient chopper tout le monde tôt ou tard, quoi qu'il arrive.
    Par contre, comme moyen pour foutre les jetons à quiconque aurait dans l'idée de résister, depuis 40 ans personne n'a su trouver "mieux"! (pire,) Il qualifia ça: "une idée géniale". Moi je dis que c'était diabolique, tout simplement. C'est cela qui a fait basculer une armée entière dans le sens qu'on connait, une armée dans laquelle les premiers rebelles avaient été mis au violon! Et qui fit ce que lui demandait son chef en toute confiance et sans comprendre, sur 5000 km du Sud au Nord, qu'on soit d'un bord ou de l'autre! C'était en effet présenté tôt le matin à tout le monde comme des grandes manoeuvres d'exercices, qui furent d'ailleurs annoncées la veille au matin...

  • Ca oui! Le fameux film "Missing" montra fort bien ce que vivaient les témoins et les futures victimes. La peur! Une peur bien partagée d'ailleurs...
    - Ca nous "met en perspective" la frousse des généraux, qui suintait durant leur fameuse com radio qui fut révélée au public en septembre 2003 et diffusé sur France Inter. Je ne pensais pas qu'ils étaient aussi froussards, ces généraux... ;-))
    - Mtre Gilles a eu raison de montrer toute la crapulerie assumée du côté US avec cette célèbre conversation et ces infos sur le ressenti US, vis à vis du gouvernement de Allende, c'est sûr qu'un gouvernement de gauche qui risquait de réussir en "faisant cool", de leur point de vue, c'était affreux... Dès le début, tout fut essayé pour savonner la planche et tirer le tapis! En plus, quand le Chili commença à nationaliser le cuivre et quelques autres sources de profits de quelques grandes entreprises US, ça a commencé à vraiment les "mettre en boule". Mais ils ne pouvaient rien faire, au début.
    Mais cela nous ferait oublier que ce putsch, il est plus venu du Chili que de l'étranger! Ceci étant même si les soutiens furent vite les bienvenus, naturellement, surtout pour mettre en ouvre la politique ultra-libérale préconisée par les "Chicago-Boys" de Milton Friedman et ses jeunes élèves Chiliens, qui furent vite appelés par les militaires qui se moquaient de l'économie et n'y comprenaient rien, pourvu qu'on arrêtât ce que faisait le régime de Allende...
    - Ce qui compta beaucoup aussi, c'est la géographie!!
    Si vous allez au Chili, vous verrez à la TV un truc unique au monde, présenter la météo ne se fait pas comme ailleurs:
    - Et oui, partout on voit une femme ou un homme debout devant une carte du pays, commenter la température et les petits nuages, la pluie ou le soleil... Au Chili, ça ne peut se faire qu'avec 3 cartes!!
    Nord-Sud c'est plus de 5000 km, Ouest-Est, c'est entre 50 et 170 km... Donc, en gros, on a:
    . La carte du Nord, le désert Atacama pour simplifié, où il ne pleut presque jamais, parfois pendant 43 ans... ya pas grand monde!
    . La carte du Sud, pas très habité aussi car le climat y est très dur, mais il y a plus de monde qu'à Antofagasta!
    . Et le Centre, ni Nord ni Sud, verdoyant et très agricole où vit la majorité du Chili.
    Au Chli, il y a peu de chemins de fer et on circule surtout par la route, les patrons transporteurs routiers sont les vrais rois de l'économie, et ils furent les vrais père fouettards de la période Allende:
    - Comme beaucoup de patrons, la gauche au pouvoir... Ah non alors! Pour foutre le boxon, saboter l'économie et faire chuter Allende, ils hésitèrent pas à...
    Payer leurs chauffeurs pour faire grève et ne plus rouler, ceci étant durant plus d'un d'un et demi et...
    Gare à ceux qui essayèrent de bosser! Car on paya aussi des voyous pour s'en occuper et faire quelques accidents du travail... Peu à peu, tout le pays fut cul par dessus tête et... Comme le régime couillon d'Allende lassait faire, il fut peu à peu désigné comme coupable par presque tout le monde. C'est la démocratie, la grève!
    - Ahh! C pas en France que les patrons paierait les gars pour faire la grève!! ;-)) Imaginez un peu...
    Vous l'avez deviné, il y avait fatalement quelques aides financières ("venues d'ailleurs") pour ces patrons peu conformistes qui payèrent leur staff pour ne pas travailler, ce qui était très original... ;-)) Encore plus étonnant que ce chef des armée qui constatant qu'il ne pouvait pas empêcher le putsch exigé par de plus en plus de monde dans un pays exaspéré, décida d'en devenir le chef en coinçant tout le monde! Echec et mat? Lui, jamais!
    (doit-on rappeler que Pinochet était aussi un excellent joueur d'échec? Gagner avec lui, ça ne devait pas être facile...)
    - La leçon? Mettre en oeuvre une réelle politique de gauche, ça ne se conçoit absolument pas sans opérer une contrainte préalable, absolue et puissante, sur TOUTES les personnes "possédantes" et sur les grandes entreprises. Sans cela, l'expérience prouve qu'on a soi du bison, du Flambi par exemple, soit la violence, comme c'est arrivé au Chili.
    - Thatcher elle-même le disait, une bonne copine de qui on sait, il n'existe pas d'alternative!

  • Bien lire:
    Sans cela, l'expérience prouve qu'on a toujours, soit du bidon, soit du Flambi par exemple, soit la violence! Comme c'est arrivé au Chili.
    - Thatcher elle-même le disait, (une bonne copine de qui on sait) il n'existe pas d'alternative!

  • La note du 5 novembre est impressionnante. Allende est investi le 4, et le 5 ces salopards de dirigeants US signent un plan pour le dézinguer, car il est hors de question que les élections amènent au pouvoir des "marxistes"

  • On a coutume de dire que l'histoire éclaire l'avenir...Que les plats de l'histoire ne repassent pas deux fois...Qu"est ce qu'on peut dire comme connerie...Aujourd'hui ,c'est l'anniversaire de quelques événements sombres de notre histoire ,d'un certains nombres de salopards,et d'une légion de victimes,and, the show must go on,dans le big brother mondialisme..Supprimons la cause au lieu de gémir sur les conséquences

  • Nous avons tous entendu parler des Coups d'Etat militaires. Mais presque personne ne sait réellement ce que c'est, concrètement. Pour le savoir, "il faut" presque en avoir organisé un soi-même... ;-)) En cela, les récits des putschistes du moment et leurs aveux sont très intéressants et révélateurs d'un autre fait trop oublié:
    Dans ce genre de situation, le Hasard et la Personnalité profonde des protagonistes comptent énormément. Si Pinochet avait décidé de faire son Devoir au lieu de trahir, son nom serait sur nos rues aujourd'hui, pas celui d'Allende!
    - D'autre part le véritable rapport de force n'est souvent, pas celui qu'on croit!
    L'amiral Merino expliqua aussi que ce matin là, on avait (surtout dans les régions Sud) donné des consignes et des ordres à de nombreuses unités de prendre possession des "sites stratégiques", en restant très ambigu sur les motifs réels de l'opération, le plus souvent en leur laissant croire que tout était parfaitement dans la légalité et la normalité.
    . Certains pensèrent même que ce qu'on leur faisait faire avait pour but d'empêcher une nouvelle tentative de putsch... ;-))
    Je suppose que le premier soir quand la situation est devenue claire, nombreux furent ceux qui se sont pris la tête entre les mains, en pensant au "mot de Cambronne". Il ne leur restait sans doute plus qu'une seule solution, le profil bas! Et à "filer 15 noeuds" dans la bonne direction!
    Ca, l'amiral Torero Merino reste très fier d'en avoir été le Maître d'Oeuvre, il savait "mener les gens en bateau"!

  • La leçon à tirer? ya un petit truc à ajouter...
    Mettre en oeuvre une réelle politique de gauche, ça ne se conçoit absolument pas sans opérer une contrainte préalable, absolue et puissante, sur TOUTES les personnes "possédantes" et sur les grandes entreprises. Sans le faire, l'Expérience Historique prouve qu'on a toujours, soit du bidon, "du Flambi" par exemple, soit la violence comme seule soupe à manger et le Peuple sera ainsi toujours privé de dessert! Comme c'est arrivé au malheureux Chili.
    - Mrs Thatcher elle-même le disait, (une bonne copine de qui on sait) il n'existe pas d'alternative!
    - S'obstiner à rester dans le stricte cadre de la Loi, vous savez où ceci mena la gauche du Chili.
    - Tout cela n'est pas "politiquement correct", je vous l'accorde!
    C'est aussi à comparer avec la seule leçon que la gauche molle qui est présentement au pouvoir en France semble avoir su en tirer:
    -"Surtout il ne faut pas en faire trop, c'est dangereux"! On est loin du volontarisme de Charles De Gaulle...
    Souvenez-vous un peu! C'était il y a quelques jours quand fut présentée le pourtant très timide projet Loi de Cécile Duflot pour encadrer les loyers et mettre un peu d'éthique dans les pratiques du petit monde de l'immobilier. Partout dans les médias, on a tout de suite donné la parole aux porte-paroles des gnous représentant les propriétaires de logements, tous venus chanter en choeur le grand air du droit de propriété... Quoi en face pour répondre? Un peu de langue de bois et des paroles rassurantes. Tout est dit, le progrès social et le Droit concret au Logement pour tous, ce n'est pas maintenant. La faute à qui ou quoi? Il manque "un peu de détermination". Non?
    Il faut peut-être mieux le comprendre, le vrai visage caché de nos sociétés en fait, c'est peut-être la sinistre collection de faces de carême que montre la célèbre photo de Pinochet qui croise les bras, avec ses principaux subordonnés autour de lui...
    Ben oui, le Chili c'est loin et c'est très beau, mais il fait effectivement partie de notre histoire.

  • Ce qui attira mon attention sur cette page, c'est aussi Henry Kissinger, l'âme noire des Etats-Unis.
    Il y était! (même si les témoins que j'ai ici cités précisent qu'on lui fait porter un trop grand chapeau)
    Mais... Mtre Gilles semble avoir oublié que avec cet étonnante et inquiétant personnage, on peut aussi se demander s'il n'assistera pas à nos obsèques... ;-)) En effet il court toujours!! Il a toute la santé du Diable ce gars là.
    - Pour information il sera sur France Culture ce samedi 14 septembre, invité par une copine (Chris Okrent) à 12h45!!
    - Pour les plus jeunes d'entre nous, il sera intéressant de le découvrir. Pour les autres, "profitons-en", il ne se montre pas si souvent....
    Bien sûr, le "top" visible de sa très longue carrière, se fut jusqu'à la chute de Nixon et la fin du mandat de Gerald Ford. (le Pdt qui tombait parfois de haut en descendant de son Air Force One et qui décanilla un de ses collaborateurs en jouant au golfe avec sa cane, ce furent quelques grands moments de télévision... ;-))
    Depuis, il est possible (je vous conseille "un petit coup" de Wikipedia, qui hélas ne saurait tout raconter!) de le suivre, il resta pour la politique étrangère US au non pas au premier plan visible, mais en arrière plan, peut-être en "tache de fond" comme on dirait en informatique.
    - Tous les Pdt des Etats-Unis l'ont consulté et le consultent encore... Il faut le savoir, pour mieux comprendre ce qui se fait, car il "milite" au sein de quelques organisations néolibérales. Il avait la passion des complots et l'a sans doute toujours... Même avec son grand âge, au contraire, je crains même que cette maladie n'ait pas été réellement soignée...

  • Hier à Namur, nous avons discuté de "ça" avec deux chiliens-belges. C'était un incontournable sujet de conversation.
    Pour info, la page Pinochet de Wikipédia a été remise à jour, là... C pas si mal. (clic mon nom)
    Le personnage y a été décrit avec plus de précision et qlq bonnes photos de plus.
    Toutes ces vérités qui dérangent, sa longue collaboration avec Allende par exemple, ou la façon dont il retourna soudain sa veste après avoir menacé de réprimer avec l'armée la contestation de droite. Ces faits auront mis du temps à arriver "en France"!
    C'est ce genre de trucs qui fait que je n'aime pas Allende et pense qu'il ne mérite pas son nom sur nos rues. D'ailleurs, sur place, il y a plus de rues et de places Pinochet que portant le nom de Allende et les gens ne discutent pas. C dire...
    Moi, je m'en souviens, quand j'étais lycéen, les difficultés économiques du Chili entre 1970 et 73, on en parlait souvent en Europe. Après ça... "Miracle", plus rien... ;-)) En tous cas, questionnez vous-mêmes les intéressés, c'était vrai. Chaque moi la situation se dégradait, pour les raisons citées plus haut. Au bout de deux ans, tout le monde grognait partout et le gouvernement de Allende n'avait plus de réel soutien, sauf les militants de gauches!
    Dès le début de 1973, ça a commencé à devenir de plus en plus violent et de l'étranger aussi, il y a toujours eu du monde pour mettre un peu d'huile sur le feu....

  • Un jour, le général Carlos Prats, le dernier chef d'Etat-Major avant la nomination de Pinochet à ce poste, fut reconnu en ville par la foule, alors qu'il était seul dans sa voiture avec son chauffeur, à cause de son uniforme. Sa voiture fut cernée, puis tout le monde exigea de lui qu'il... prenne le pouvoir en chassant "Allende et sa clique", je cite... Là, il a compris que ça devenait "chaud", car quand il déclara devoir s'en tenir à la loi, il a failli se faire lyncher. Ambiance...
    S'en étant sorti de fort peu, il raconta ça au Pdt Allende, étant obligé de s'expliquer. C'était passé au journal TV tout de même!
    En parfait légaliste, c'état un type calme et gentil (nommé par "la droite" avant 1970) Prats conseilla à Allende de démissionner au plus vite, en lui expliquant que la situation n'était plus tenable, quitte à se représenter plus tard aux élections. Allende décida de n'en rien faire, puis d'employer la force, donc...
    Il fit démissionner Prats nomma Pinochet à la place, en confiance... Moi, j'appelle ça cornichon!
    De fait Pinochet fit échouer les 1ers complots avec sa police spéciale, qui sut si bien s'adapter et suivre son maître par la suite. En septembre 2003, pour les 30 ans de l'évènement, un certains nombres d'informations sont "sorties" à propos du putsch et Henry Kissinger avoua, à la RTBF que:
    Le matin du 11 septembre il applaudissait! Mais à midi, horreur! Il pensa que Pinochet leur faisait un putsch militaire communistes, quand il a soudain vu apparaître le très discret Pinochet au premier plan! La CIA "l'avait dans l'oeil", ce copain d'Allende, qui faisait tout louper!... ;-)) "Heureusement" que les choses sont devenues plus claires ensuite...
    Il ne faut sans doute pas être cardiaque ni trop nerveux, quand on adore monter ou encourager des complots... Non?
    On l'a vu ensuite, ils furent obligés de devenir bon copains, mais au Chili on est très chauvin, ils n'obéirent pas souvent aux appels au calme de Washington... Ils firent même sauter la voiture d'un ancien ministre d'Allende en exil, en plein centre de Washington!
    A propos de Kissinger, en fait, sa réelle réussite et la plus maléfique, ce fut l'Opération Condor. En Amérique du sud comme en Europe, existent des "traditions d'adversité entre pays voisins", très dangereuses. Et ces juntes militaires, leurs chefs se détestaient cordialement, surtout entre le Chili et l'Argentine, "détail" dont Mrs Thatcher sut profiter en 1982... ;-)) Kissinger a pourtant su les obliger à s'entendre, pour "mutualiser" la chasse aux contestataires. ce ne fut sûrement pas si facile. Qui a su faire plus diaboliquement mauvais?
    D'autre part, sur cette page Mtre Gilles dit que ça dura jusqu'en 1990. Ce n'est pas tout à fait vrai... Il céda la présidence, pour "lâcher du lest" mais... Il resta Chef d'Etat-Major des armées jusqu'en 1998! Et il conserva un bureau à côté de celui de son successeur, un pote nommé par ses soins, jusqu'à sa mort! En fait, il gardait un oeil vigilant sur tout...
    En tout ca, l'héritage économique pas sympa du régime Pinochet, il est toujours en place et n'est démantelé que très lentement. En cela, il ne fut pas loupé le putsch... Il faut bien le dire. Ceci dit, Miss Bachelet va revenir et elle a promis que cette fois, elle serait moins timide. Affaire à suivre...

  • Discussion de repas du samedi soir:
    D'autres leçons peuvent être tirées de ce tragique évènement qui gâcha une expérience politique intéressante et la fit se terminer fort mal, en plongeant ce magnifique pays dans une période "noire" pour longtemps.
    - Depuis les nombreuses âneries "à la sauce Thierry Meyssan" qui nous furent "offertes" après le 11 septembre 2001, il est devenu de plus en plus fréquent de tenter de discréditer ou ridiculiser (et parfois d'y réussir) toute contestation ou toute dénonciation de pratiques "souterraines" malsaines en disant:
    -"Mais vos propos, c'est de "la théorie du complot!"
    Ou tout simplement d'affirmer et appeler ça du "complotisme".
    Et pourtant, les complots, ça existe!! Parfois ça marche, parfois ça échoue. Pour le meilleurs ou pour le pire!
    - Souvenons nous aussi de la grosse gamelle du complot Soviétique de Genady Yanaïef et son équipe à Moscou en Août 1991, quand ils tentèrent de virer Gorbatchev. Finalement ça avait fort peu de chances de réussite, même si cela fit peur à presque tout le monde sur le moment.
    Ils manquaient pour le moins de détermination les gars!
    Ils n'avaient plus d'assise sociale, le communisme ne faisait plus rêver personne. Sans faire rêver ou espérer les gens, il n'y a pas de réussite possible.
    Pire encore, quand on les a vus tous ronds comme des queues de pelle en direct à la télévision durant la phase principale d'exécution "des opérations", on était arrivé fort loin des glaciales "réalisations" de Staline ou Kroutchev!
    - A comparer avec un autre Coup d'Etat, réussi celui ci, il y aura 40 ans le 25 Avril 2014:
    Détermination absolue + assise sociale + régime politique dans l'impasse = réussite!
    La prise du paquebot Santa Maria, "l'OPERAÇÃO DULCINEIA" des pirates du Capitaine Galvao par contre (clic mon nom) c'était trop tôt et un peu audacieux pour réussir à faire chavirer le Dr Salazar...
    - Le Coup d'Etat de Pinochet, on ne devrait pas l'appeler comme ça car il en fut surtout le plus redoutable "suiveur", si cela manquait de détermination, il fut exécuté avec un étrange mélange d'amateurisme, de ruse, de violence et surtout de peur. Il existait hélas un assise sociale solide, l'échec d'Allende et le boxon semé par le patronat pour obtenir ce résultat. Le général Prats ne fut pas seul "en haut" de la hiérarchie militaire à subir des pressions de son entourage, pour l'inciter à "renverser la table". Tous les auteurs du complots l'ont avoué, même leur familles ou leur voisins leur demandaient ça!
    Seul Pinochet qui a "pris le train en marche" le 9 septembre, ne l'avoua pas. Sans doute personne n'osa penser que lui, il le ferait! Merino raconta aussi leurs tentatives pour se débarrasser de lui. Ca... ;-)) ça ne manque pas de sel!

  • Plus proche de nous fut récent le Coup d'Etat en Egypte, conséquence aussi d'une forte et dure demande locale.
    Doit aussi être rappelé et dénoncé le plus sournois des complots en Europe, j'ai déjà évoqué ça ici:
    . La longue démarche de séparation Poste et Télécommunications des "PTT" en France, qui fut "étalée" sur 20 ans par étapes. Ceci aurait sans doute déclenché la révolution si les projets de privatisation totale avaient été expliqués et si Mitterrand, Chirac et autres Jospin, avaient osé essayer de tout réaliser en "un coup".
    L'Union Européenne et sa "commission" éditaient en effet des brochures confidentielles, pour guider démarches, à l'attention des élus et des ministres des pays membres. Presque personne ne "moufta" et les journalistes qui le firent, ont TOUS perdu leur job. C'est la démocratie moderne...
    En Bref, savoir ce que faisait Pinochet et pourquoi, même si c'est loin en 2013, même si à lui seul il n'est pas le premier coupable, (c'est du passé) nous devons avoir conscience que nos dirigeants actuels en Europe, même en étant incompétents, ils sont probablement beaucoup plus beaucoup plus dangereux pour la Démocratie que les militaires...

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