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Vaccin Gardasil : Un peu de calme, please !

Et c’est reparti… Une plainte aventureuse, aucune certitude médicale, un plan com’… Voilà le kit du scandale sanitaire pour bricoleurs du dimanche. Je ne connais rien du Gardasil, mais j’ai toutefois entendu des toubibs parler de ce vaccin largement utilisé à l’international. Cette affaire est peut-être grave, mais il est sûr que ce soir, on n’en sait strictement rien, et ce serait bien de se calmer. La méthode scientifique au lieu de l’émotion, ça serait bien.responsabilité médicale

Tout médicament comporte des risques

On va déjà partir de la base : tout médicament comporte des risques. Tous ? Oui, tous, absolument tous, et les vaccins en particuliers. C’est d’ailleurs toute la question de la prise en charge médicale : le traitement d’une maladie suppose la réalisation d’actes ou l’administration de substances nocives. Il faut donc fragiliser la personne comme moyen pour aller vers un but salutaire.  Dire cela est terriblement banal, mais vu tout ce qui tombe depuis hier sur le vaccin, il faut rappeler cette évidence : soigner, c’est gérer les risques.

Le vaccin Gardasil est-il dangereux ?

Oui, bien sûr, comme tout vaccin, et comme tout médicament. Si le vaccin n’était pas dangereux, on pourrait le faire à tout le monde et trois fois par jour… Tout vaccin comporte des effets secondaires, et la question est donc la connaissance précise du risque, et le bilan des inconvénients et des avantages.

Foncer avec une ambulance du SAMU peut sauver une vie, mais crée un risque pour les tiers. Faut-il interdire les ambulances pour protéger les tiers ?  

Que sait-on du danger ?

Voyant mes excellents confrères tous sur le pont un dimanche après-midi pour recevoir la presse, je me suis dit qu’on devait avoir du croustillant. Et bien, ballepeau : la preuve fatale… est une grande plongée dans le vide, à savoir une expertise obtenue par une décision de CRCI, et aussitôt contestée.

Kézaco la CRCI ?responsabilité médicale

C’est la Commission Régionale de Conciliation et d’Indemnisation, un machin créé par la loi du 4 mars 2002, de la simili-justice. Si vous avez un problème sérieux avec le chauffage de la maison, vous allez devant le juge des référés du tribunal de grande instance, qui va désigner un expert, avec toutes les garanties du Code de procédure civile. Eh bien pour la santé, un peu plus grave que l’installation du chauffage, la loi encourage à se détourner de la justice pour se tourner vers un expédient...

La CRCI n’est pas une juridiction. Elle se prononce par des avis, sans code, et ses avis n’ont pas d’autorité juridictionnelle. Alors pourquoi choisir la CRCI dans les affaires graves ? Mystère… Après tout, chacun mène sa vie comme il le souhaite. Mais pour lancer des imprécations, il serait préférable de se fonder sur une vraie décision de justice.

Qu’ont dit les experts médicaux ?

La CRCI d'Aquitaine a désigné des experts. Le plan com’ ne nous a livré que des conclusions partielles. L’expertise aurait conclu à un « lien de causalité » entre l'injection de Gardasil et une « réaction inflammatoire aiguë du système nerveux central », ce qui appelle trois remarques.

Les experts parlent de lien de causalité, mais pas de faute. Or, la responsabilité n’est engagée qu’en cas de faute (Circulez, il n’y a rien à voir).

L’effet secondaire subi par la jeune femme n’est pas défini avec précision, et l’avocat de la jeune femme évoque deux diagnostics possibles… Autant dire qu’il faut être fortiche pour se prononcer sur la certitude de la causalité quand on n’a pas identifié avec précision le diagnostic.responsabilité médicale

Je n’ai rien à dire de l’expertise, mais objectivement, il y a un monde entre une expertise CRCI et une expertise de santé publique, capable d’analyser globalement le bilan des effets secondaires d’un vaccin. Ce n’est pas du tout le même travail.

 Ce qu’en a dit la CRCI ? 

La commission, dit la presse, a « limité l'indemnisation de Marie-Océane à 50% du préjudice, estimant qu'une éventuelle vulnérabilité génétique avait aussi pu jouer », ce qui appelle trois remarques.

La CRCI ne rend que des avis, et elle n’a donc pas pu statuer sur l’indemnisation car elle n’en n’a pas la compétence.  

Pour des affaires graves faisant suite à des vaccinations, et alors qu’on n’a pas de certitudes scientifiques, les juridictions (les vraies : Conseil d’Etat et Cour de cassation) accordent, dans des conditions très restrictives, une indemnisation sans faute, sur le fondement du risque créé. Ainsi, les juges tendent la main au malade… sans accuser le labo, et cette bienveillance ne joue pas au pénal.

L’éventuelle vulnérabilité génétique n’a pas été trouvée par la CRCI, mais par les experts, et tant qu’à faire état de l’expertise, il aurait été correct de donner les conclusions complètes.

Qu’en dit le labo ?

Des choses objectivement très sensées.

Sanofi Pasteur MSD conteste la conclusion, en relevant qu’elle n’est pas démontrée mais qu’elle s'appuie « uniquement sur la constatation d'une coïncidence temporelle entre la survenue et les symptômes de la maladie et de la vaccination ». De plus, pour mettre en cause un médicament ou un vaccin, il faut faire des démonstrations par séries : « Il faut regarder si la maladie est plus fréquente chez un groupe de jeunes filles vaccinées que sur un groupe de jeunes filles non vaccinées ». Or, d’après le DocteurAndré Dahlab, directeur adjoint des affaires médicales chez Sanofi, aucune étude n'a jamais établi « d'incidence supérieure ».responsabilité médicale

Ce qui signifie en pratique queSanofi Pasteur MSD a contesté l’avis de la CRCI, qu’il n’y a donc rien qui ressemble à du droit dans cette affaire, que l’on ne sait pas qualifier médicalement les effets secondaires, qu’il reste une expertise faite pour une personne atteinte d’une vulnérabilité génétique, et cette expertise est scientifiquement critiquée. Un peu just pour parler d’un scandale de santé publique…

Le grand mediatic circus

Mais bien sûr, le grand mediatic circus va se poursuivre.

Hier, les plaintes sortaient comme les champignons des bois en automne. Pas rédigées, pas déposées, mais déjà dans la lumière…

J’anticipe en rappelant que le parquet est tenu de recevoir les plaintes, et comme la santé est en cause, l’usage est d’ouvrir une enquête préliminaire, pour se renseigner de manière sérieuse. L’ouverture d’une enquête préliminaire, qui est inéluctable, ne représentera pas un centimètre dans la démonstration de culpabilité, et ne veut pas dire que le parquet accréditera le contenu de la plainte. Mais ça permettra toujours de faire des Unes  à sensation…

On verra bien de ce donnera cette affaire, mais incriminer un labo et un vaccin après un avis contesté de CRCI, c’est plus que léger.

responsabilité médicale

Commentaires

  • Un vaccin contre le cancer ?
    Il y aura toujours des gogos pour gober les fadaises des laboratoires pharmaceutiques, les élixirs de jouvence et crèmes à faire repousser les cheveux... (:
    De même des gens feront toujours confiance aux médecins qui ne sont devenus que des détaillants des labos pharma...
    Après, qu'ils fassent des procès c'est sans doute que de manipulés par les médecins ils tombent à manipulés par les avocats...

  • Sans être médecin, un vaccin qui déclencherait une sclérose en plaques de fait pas sens pour moi. Dans le cas du Mediator, ce médecin pneumologue de Rennes avait étudié ses effets secondaires pendant des années avant de tirer le signal d'alarme dans un contexte d'obstruction de la part de nos agences de santé stipendiées par les labos. Rien à voir avec la démarche présente qui consiste à faire de grands moulinets.

  • L'ARC ( assistant de recherche clinique ) travaille en amont de l'AMM du médoc ( autorisation de mise sur le marché ). L'ARC en gros recrute des médecins chargés eux-mêmes de recruter des patients-volontaires, il visite ensuite ses médecins pour surveiller le déroulement des protocoles. La société employant l'ARC est prestataire de service auprès des grands labos.
    Ils sont à mes yeux des témoins-experts qu'on serait bien inspirés d'interviewer parfois dans ce type de dossier.

  • Le business des labos n'attrape que les gogos.
    Pas seulement les patients, mais aussi les toubibs et les "autorités" diverses et variées.
    Comment est elle estimée, la frontière admissible du rapport avantages/risques ?
    Comment s'applique le principe de précaution ?
    Avec internet sans être toubib, chacun peut avoir une idée de l'intérêt et des risques de telle ou telle préparation.
    Dans ces cas de figure, un peu de bruit médiatique ne nuit pas à la santé.

  • Comme vous le notez en début de votre billet tout médicament a des effets néfastes. D'ailleurs un des éléments principaux d'agrément d'une molécule est l'évaluation de la "balance bénéfice/risque".
    Il est donc certain que certains patients seront plus malades après le traînement qu'avant. Mais il est évident qu'il n'y a pas de faute, sauf a démontrer que, statistiquement, la prise de ce médicament entraine plus de risques que de bénéfices.
    La question qui se pose est donc de déterminer qui va prendre en charge le dédommagement ces patients qui ont vu leur état s’aggraver : la collectivité , l’entreprise ou personne ?

  • 4000 à 4500 personnes décèdent chaque année des suites de maladies nosocomiales en milieu hospitalier .....Sans compter tout ceux qui trimbaleront une saloperie dans leurs corps que les plus puissants medocs ne feront que mettre en "sourdine" et ceux que la maladie,grignote petit a petit avec son cortège de souffrances et de handicaps...De cela on parle peu ou pas ...tout ceci ,pourrait être évité...Mais ,la pas de labos responsable,mais ceux qui sont chargés de vous soigner et qui vous inocule la mort ,par négligence ,incompétence ou je-m’en-foutisme...Se soigner ,n'est pas sans danger,alors relativisons le danger médoc et vaccin et attaquons véritablement ce problème qui fait tant de dégâts,plus que le nombre de morts et de handicapés sur la route...Cette chasse aux labos est excessive de mon point de vue

  • "...La méthode scientifique au lieu de l’émotion, ça serait bien...." On ne le dira jamais assez.
    Ca sent effectivement le "plan com" cette histoire, dans un but qui peut-être, n'est pas très sympa. Sanofi, ce n'est pas Servier, ya un peu moins de sales histoires. mais bon. ça, C pour le ressenti.
    Hier, on avait un toubib parmi nous et on a un peu aborder le sujet. Il disait:
    -"Les bras m'en tombe... Tout médicament peut avoir des "effets-surprises" pénibles avec unetelle ou untel, mais celui-là on a tous confiance. faudrait savoir le pourquoi de la coïncidence dans le temps. Hasard ou cause et effet?..." Il ajouta la même chose que Mtre Gilles en haut de cette page.
    La CRCI? Je soupçonne que ce toubib ne sait pas ce que c'est. Il sera donc invité à lire cette page d'ici peu. En effet C bizarre et pas très rationnel, une fois de plus, un peu comme avec les ondes électromagnétiques!:
    "...pour la santé, un peu plus grave que l’installation du chauffage, la loi encourage à se détourner de la justice pour se tourner vers un expédient... La CRCI n’est pas une juridiction. Elle se prononce par des avis sans code et ses avis n’ont pas d’autorité juridictionnelle. Alors pourquoi choisir la CRCI dans les affaires graves ? Mystère…"
    Ca sent fort le pognon ça! E dans les affaires de Santé il yen a toujours beaucoup en jeu....

  • Ca sent fort le pognon ça! E dans les affaires de Santé il yen a toujours beaucoup en jeu....
    On doit donc toujours se souvenir que certains lobby du secteur sont capables de TOUT pour saboter ce qui menace ou ce qui pourrait menacer leurs énormes bénéf! A commencer par exemple par assassiner le Pdt des Etats-Unis.
    parmi les gars qui ont occupé ce poste, TOUS ceux qui essayèrent d'établir une véritable assurance de santé "à la mode Service Public" aux USA pour l'ensemble de la population, ils ont été "stoppés net" par TOUS* les moyens! C d'ailleurs en train d'arriver à Obama aussi...
    * En effet, pour Kennedy qui voulait aussi le faire, ça fait partie des hypothèses sur les initiateurs du complot...
    Cela dit aux USA existe une Administration rigoureuse, pour ce sujet, la FDA si je ne m'abuse.
    Entre autres choses intéressantes qui devraient être plus souvent lues ici en Europe, sur son site web figure la liste des médicaments, par le nom de leur "substance agissante de base", qui sont interdites aux USA ou font encore l'objet d'études.
    RAPPEL: Dans l'affaire Médiator, il était dans les interdits aux USA de très longue date et en Belgique aussi! Mais ce n'était pas le cas en république bananière de France, comme par hasard....
    Et ce "Gardasil", j'avais posé la question à mon pote qui sait ou regarder en moins d'un quart d'heure de recherche. Et bien le Gardasil n'a pas de mauvaise note. Ceci nous renvoie donc à ce que disait Mtre Gilles en haut de cette page:
    -"Que disent les vrais experts?" ;-))
    Pour ma part, je pense que tout médecin sérieux devrait ne jamais prescrire un médicament "proscrit" aux USA.
    Et comme l'Etat Français doit faire des économies, je me demande pourquoi il conserve son organisme de contrôle, qui sent le bidon percé à plein nez et tous les soupçonnés de corruption qui sont dedans... Là aussi, un audit s'impose, un vrai!

  • Il me semble juste que puisque le bénef financier lié à un médoc est d'abord pour le labo, le risque financier soit aussi pour sa pomme.
    Le bénef santé l'est bien pour le patient, et le risque aussi.

  • Je ne suis pas médecin mais juriste, et l'affirmation selon laquelle "la responsabilité n’est engagée qu’en cas de faute" est fausse. Il y a des responsabilités sans faute, ( en l'occurrence celle qui est concernée ici :la responsabilité civile du fait des produits défectueux ), où il suffit d'établir le défaut de sécurité du produit, le préjudice et le lien de causalité entre les deux. Un peu lapidaire votre analyse, si l'aspect médical est abordé de la même façon, on peut se poser des questions....

  • @Tulipe oublie la question essentielle, les Faits et la nécessité d'une analyse Scientifique! Ne saurait être considérée comme une situation normale, le fait que certains médicaments sont considérés comme très dangereux et interdits "là-bas", aux USA par exemple, mais sont pourtant autorisés ici. Un médicament ou un vaccin est réellement dangereux après des études solides et il mérite donc à ce titre l'interdiction.
    Ou bien! Il est constaté qu'il n'est pas dangereux, en étant prescrit et utilisé dans les conditions et limites définies par le LABO qui l'a créé. A priori ya pas de milieu, ou il ne devrait pas y en avoir! Et quand une "dissonance" est constatée entre deux organismes de contrôles à propos d'un médicament, ça devrait interpeler les "pro" et les inciter à faire poser la question du "Pourquoi", tout de même.

  • Ya depuis hier apm un petit souci ici sur cette page, pour laisser un petit comment de 3 lignes. Bizarre....
    Ceci est un essai, pour voir s'il n'existe pas (encore) un pb de mot clef.
    Note: L'examen de passage est de plus en plus difficile, "à lire"....

  • Aahhhh... Alors, quel est le mot clef qui pose un problème?

  • Gardasil : "On m'a prise pour une folle, mais..."
    Le Nouvel Observateur - Il y a 10 minutes

    Ca devient n'importe quoi ! Quand même, un peu de respect pour la folie...

  • De mon point de vue de parent, la réaction de cette mère est tout à fait compréhensible. Quand votre enfant souffre, on peut vouloir bouger des montagnes, même si ce sont de grands groupes pharmaceutiques.

  • La réalité, C visiblement que des boîtes pharmaceutiques, sont en train d'exploiter la malchance, la maladie inexpliquée et la douleur d'une jeune fille, pour essayer de torpiller le produit considéré comme correct, d'un de leur "chers confrères"...
    Ca sent le "coup de com" et l'affaire de gros sous à plein nez...

  • Une revue spécialisée française bien connue pour son indépendance et son sérieux, qui lança en étant souvent dans les premiers quelques "alertes", vient de faire connaître son point de vue très nuancé. Prescrire écarte l'hypothèse d'une anormale dangerosité de ce produit.
    Et de rappeler aussi les quelques vérités élémentaires (citées ici aussi par le blog-captain) concernant TOUS les médicaments, à savoir que mal utilisés ou sans tenir compte des contre-indications et des incompatibilités connues, tous les produits pharmaceutiques peuvent devenir dangereux.
    D'autre part il est toujours possible qu'une incompatibilité individuelle imprévisible, soit à l'origine d'un grave accident médical. La pharmacologie n'est pas toujours une science exacte.

  • En bref, vous avez une question de médicament(s)? Consultez "Prescrire", ya probablement une réponse "qui tient la route".

  • Au vu des arguments échevelés utilisés par ce frénétique défenseur des laboratoires pharmaceutiques il est aisé d'admettre pourquoi on se refuserait absolument d'utiliser une telle arme de défense à si courte portée comme avocat !

  • En plus vous censurez la parole de qui n'est pas de votre avis ?! Chapeau ! Et des photos où vous posez avantageusement vous effacez aussi ceux qui ne trouvent pas grâce à vos yeux de de petit stalinien ?!!!

  • ya pas de censure, mais le système anti-spam des serveurs de "20 minutes" qui fonctionnent mal et qui "en font trop".
    Etre très Patient, récidiver en changeant les mots. Car parfois C un mot clef qui....

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