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Alstom franco-français, c’est fini

Après les épisodes glorieux des pompes d’Aquilino et le réchauffement des relations entre François et Valérie, une nouvelle aventure attend notre équipe de choc : l’avenir d’Alstom. Après Arcelor-Mittal et SFR, voici à nouveau la pérennité de l’industrie en France sur la table.

Je n’ai jamais compris pourquoi l’aller-retour vers Istanbul (272 €) était au même niveau que celui vers Lyon (260 €), mais la fierté de passer sur le quai de la gare devant la locomotive Alstom du TGV, enviée dans le monde entier, calmait ma curiosité. Bon, le problème est que j’ai appris hier qu’Alstom était à la ramasse, et que la direction cherchait à vendre la firme, fleuron de l’industrie française, pour ne pas boire le bouillon.

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Wahou ? Vous étiez au courant vous ? Alstom est en discussion avec General Electric (GE), pour que le mastodonte US rachète l’activité énergétique d’Alstom, soit 70% du CA. Pour situer, GE est, avec 140 milliards d'euros de CA et 300 000 salariés, cinq fois plus gros qu’Alstom. GE a une déjà une forte implantation en France, avec un siège à Belfort et 11.000 salariés, contre 18.000 pour Alstom. Les pourparlers GE/Alstom ont été rendus publics samedi, et depuis hier, Siemens se démène pour faire une contre-offre.

Pour ma part, en écoutant la semaine dernière Ségo nous expliquer que la transition énergétique allait créer 100 000 emplois, j’étais trop content pour mon beauf’, qui est cadre chez Alstom. Je l’ai appelé ce soir, et pour lui c’est net :

(1) Alstom est effectivement dans la panade, avec le poids lourd qu’est la stagnation du marché du nucléaire, et Bouygues l’actionnaire principal qui a besoin d’argent et qui veut vendre.

(2) Tant qu’à faire, il faut mieux que l'affaire se fasse avec GE, peu présent sur les équipements énergétiques, ce qui peut booster l’excellent savoir-faire d’Alstom, alors que Siemens, le concurrent de toujours, est sur les mêmes marchés et les mêmes produits, avec un gros risque de casse. D’ailleurs, c’est pour cela que Siemens avait été écarté du plan de sauvetage d’Alstom en 2004… De plus, les affaires de Siemens ne sont pas au top, et le groupe en est plus à vendre qu’à acheter… ce qui lui impose un looping de haute voltige.

(3) Alstom-GE, ça peut devenir une force de frappe, et Siemens a alors du souci à se faire.

(4) Alstom replié sur le transport, son second métier (70% pour l’énergie, et 30% pour le transport), ça peut le faire, mais ça va être serré, alors que Siemens pourrait apporter des marchés.  

Le conseil d'administration d’Alstom a annoncé une décision pour mercredi.  

De ce qu’on lit, GE aurait proposé 9,4 milliards € pour acheter branche énergie d'Alstom, qui fait un CA de 14 milliards d'euros, et les choses sont assez avancées. Siemens a fait une offre d’un montant proche, mais c’est moins précis car Alstom et Siemens ne sont pas des amis mais de rudes concurrents. Côté équipe de France, c’est plus que mou : Areva, Schneider Electric ou GDF-Suez n’ont rien à proposer. Depuis dimanche, Siemens se démène et multiplie les arguments pour se présenter comme la base pour un plan européen, parle de réinvestissements en France, et écarte tout plan social.  

Que peut faire l’Etat ? Alstom est une entreprise 100 % privée, et l’Etat n’a pas beaucoup de marge. Pas facile, alors que la concurrence est vive, d’apporter de l’argent – qu’il faudrait emprunter… – ou de se porter caution pour un refinancement par Alstom, alors que la grande question est la rétraction du marché. Impliquer un fonds qatari ? Rien à voir avec GE qui a l’argent,… et le métier ! La seule vraie prise pour le gouvernement est ce qui touche au nucléaire, qui est la cause sacrée.

Nous allons dans les jours qui viennent vivre le feuilleton en direct pour l’avenir d’Alstom, mais un fait bien brutal est déjà acquis : Alstom franco-français, c’est fini. 

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Commentaires

  • Il faudrait que les politiques de droite et de gauche cessent de s'ingérer dans les affaires de sociétés privées. Quand on voit les résultat de l'état français depuis trente ans, ça enlève toute crédibilité aux politiques et aux fonctionnaires.

  • Sic transit gloria mundi...

  • On ne va pas nous faire croire que le gouvernement français n'était pas au courant (et depuis longtemps) des soucis financiers d' Alstom. Et je vois encore venir une agitation fiévreuse (mais une fois de plus vaine) du coté de chez Montebourg. Tout d'un coup on se réveille, mais trop tard. Mais qui donc s'occupe de la prospective dans cette société et au gouvernement ? Je voudrais bien savoir quelles sont les performances de Montebourg en matière de sauvetage d'entreprises.
    http://crefrance.ning.com/profiles/blogs/schiste-le-bon-sens-de-montebourg
    Je me demande à quoi sert ce type si ce n'est à nous agacer avec sa collection de casquettes.

  • Extrait d'un article pertinent paru ce matin dans le blog "20 minutes"

    "Notre fiscalité n’encourage pas les grandes entreprises à s’implanter sur le territoire, pas plus que notre droit du travail et notre réglementation, trop compliqués. Le cas d’Alstom est inquiétant, car quand on perd les centres de décisions, on les perd aussi en termes d’emplois. Une entreprise a tendance à investir là où son siège social est implanté…


    À l’inverse d’Arnaud Montebourg, Patrick Kron, le PDG d’Alstom, ne défend pas une stratégie d’alliance européenne et penche plutôt pour l’option GE. Est-ce une erreur?

    Pas forcément. Siemens et GE sont deux candidats sérieux, qui réussissent très bien. Le choix de Siemens semble plus garant de nos intérêts en Europe, mais General Electric est déjà bien implanté en France. Le problème, ce n’est pas que qu’Alstom soit racheté par l’un ou l’autre, mais plutôt que la France soit ne soit pas capable de conserver ses industries. Je ne suis d’ailleurs pas sûr que la stratégie adoptée par Arnaud Montebourg soit efficace. Dans le dossier SFR, elle a même été contre-productive. Ses pressions sur Vivendi en faveur de Bouygues ont accéléré le rachat par Numéricable. Je m’inquiète du fait qu’il réitère avec Alstom, et que personne à Matignon ne réagisse.

    Quelle est la marge de manœuvre réelle du gouvernement?

    Elle est simplement verbale. L’Etat n’est plus actionnaire d’Alstom depuis 2006 et n’a aucun pouvoir décisionnaire. En revanche, en tant que gros client, sa parole est légitime et intéresse les actionnaires. C’est la manière dont il s'implique, au regard des événements récents, qui pose problème. Si le pôle énergie est racheté par GE, Arnaud Montebourg n’aura plus de crédibilité. Le jour où une nouvelle entreprise française sera rachetée, plus personne ne le croira. Ces questions devraient se traiter de manière souterraine, il ne faut pas prendre l’opinion publique à témoin."

  • L'agonie de notre industrie est a son terme ou presque,les fleurons tombent les uns après les autres....Même l'industrie alimentaire se débine 3 firmes dont cochonou racheté par la Chine...

  • Parait-il, il y aurait moins de suppressions d'emplois avec GE...

  • Il faut quand même comprendre que quand vous etes un dirigeant d'entreprise normalement constitué (donc qui bosse comme un dingue 7/7) et que vous repérerez un mec devenu ministre car il a écrit un livre de 40 p sur la "démondialisation", vous vous méfiez un peu...

  • Des nouvelles de Bambi

    "Vallaud-Belkacem veut « mettre le paquet sur l'emploi » dans les quartiers populaires"

    Elle ne doit pas etre au courant que le gvt va faire 50 milliards d'économie.

  • La com autour de cette affaire par l’Élysée et le Gvt est pitoyable...Le gvt peut et à la possibilité de refuser les investissements étrangers dans ce qui est un secteur stratégique,et il lui suffit de le dire haut et fort pour imposer un choix..Sauf que dans cette affaire comme dans mital,ou le tel mobile,le choix c'est entre la peste et le choléra,car au final ce sera des emplois en moins a plus ou moins long terme et des secteurs de recherche et de décisions qui quitteront le sol national ...Alors surtout faire comme si,mais ne pas trop s'engager car il faudra assumer les conséquences ....Donc,on fait semblant,on reçoit et on morigène,car n'ayant rien anticipé,n'ayant pas l'appui de Merkel ,ont subit comme d'habitude,sous l’œil narquois de nos partenaires Européens ...Quand aux USA ,en dehors de Hollande (lui,il à le nez dans le cul d'Obama) nous savons tous ce que pensent de notre industrie,de notre culture ouvrière et syndicale,les grands magnats de l'industrie nos cousins d'outre Atlantique,pas de cadeau à attendre,.....Si ils peuvent mettre à genoux ces cousins Français de la vieille Europe,ils vont le faire avec gourmandise

  • Dans deux ans c'est les chinois qui seront aux commandes ...comme chez Peugeot...

  • Le gouvernement vient de prendre un coup de pied dans la gueule, ces connards devraient se contenter de jouer au 421.

  • Un autre exemple du processus de désindustrialisation de la France...On est vraiment gouverné par des cons
    « La France dispose de la 3ème forêt d’Europe, derrière la Suède et la Finlande : 16 millions d’hectares boisés, soit environ 28% du territoire métropolitain... Chênes et hêtres s’exportent aussi massivement vers la Chine, très gourmande en bois. Les ventes à destination de Pékin ont doublé en 2011. Problème : la matière première s’en va par conteneurs entiers, et revient sous forme de produits manufacturés, bien plus chers » [13]. La Fédération nationale du bois (FNB) s’insurge contre cette situation en dénonçant l’absence de taxe européenne à l’importation. « Sciages, parquets et meubles nous reviennent d’Asie à des prix défiant toute concurrence ! Alors même que la Chine taxe chez elle les parquets importés à hauteur de 20% et les meubles à hauteur de 100% ! ». Laurent Denormandie, président de la FNB, dénonce la prédation de la rente forestière : « Ils se servent d’autant plus volontiers chez nous que les taxes à l’export y sont... nulles ! » [14] .

    Cet exemple illustre le déséquilibre structurel des échanges de la France qui brade ses rentes (ses richesses naturelles) à l’étranger pour les réimporter sous forme de produits transformés à plus forte valeur ajoutée et dont la production dans les pays originaires crée de l’emploi et de la richesse. Il s’agit bien d’une structure des échanges extérieurs de type pays du Tiers Monde. Cette situation résulte, dans une large mesure, de la désindustrialisation de notre pays.

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