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Le service public menacé par la crèche

On sait que le service public est en crise, va mal alors qu’il doit s’adapter pour répondre aux évolutions rapides de la société, et il très heureux de voir que la juridiction administrative veille à le protéger de ses ennemis. Le tribunal administratif de Nantes vient de juger que le conseil général de Vendée ne pourrait pas installer sa crèche de Noël cette année. Atteinte grave à la loi, car la crèche, un « symbole religieux » contrevient au « principe de neutralité du service public ». La fédération vendéenne de l’association Libre pensée veille au grain laïcard…

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Le service public se met en effet en péril avec une crèche, qui est un authentique attentat contre la déesse laïcité. En cause l’application de l’article 28 de la loi de 1905 : «Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Genre de règle ridicule, qu’il faut appliquer en la tempérant avec quelques données objectives liées au fonctionnement du service, et non avec une psychorigidité de malade. La crèche fait partie de la culture religieuse, oui, mais la tradition aussi de notre pays, et les fêtes de Noel réunissent toutes les familles. Alors, où est le péril ? Le Conseil général prévoit-il des avantages pour les chrétiens ?

La Vendée a une histoire religieuse forte, et cette gentille crèche parle juste un peu du passé. Un peu de calme… La Croix se retrouve jusque dans le logo du département… déclaré admissible par un arrêt de la Cour administrative de Nantes de 1999 car cette croix-là est historique et non pas religieuse. Faut le faire…

Il y a trois jours, j’ai admiré la grande crèche du marché de Noel de Mulhouse, implanté sur le domaine public et mise en lumière par l’éclairage public… Quelle souffrance terrible pour nos valeureux principes.

Pire encore, avec la magnifique crèche de l’hôtel de ville d’Avignon, qui est à elle seule un plan de guerre contre la laïcité : 54 m2, occupant tout le péristyle,  reproduisant un village provençal tout orienté vers la céleste crèche… Allez vite visiter, et emmenez vos enfants avant que ne s’abatte un obus laïc du tribunal administratif…

Je tremble d’autant plus que tout la Ville de Lyon s’apprête, avec un  fort investissement de la Mairie, à accueillir des centaines de milliers de visiteurs pour la fête du 8 décembre, qui n’est pas celle du père Noel mais de la Sainte Vierge. La ville est dominée par des lettres illuminées la nuit, de deux mètres de haut : « Merci Marie ». Et tout le petit marigot politique se retrouve ensuite à la messe des Echevins…

C’est aussi le problème des sapins de Noel, admis dans les halls des bâtiments publics, à  condition qu’il n’y ait que des guirlandes, des boules et des pères Noël, mais surtout pas d’angelots…

Depuis le début des années 2000, nous glissons vers un intégrisme laïc, idiot, abêtissant, que le droit n’impose nullement. Cette volonté de reléguer le religieux, sans invoquer le moindre risque objectif de partialité, est condamnée à perdre. Pour le moment, elle nous fait rire, ce n’est déjà pas si mal.

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Commentaires

  • D'accord avec vous sur le fond. Cependant, est-il normal de laisser aux juges le pouvoir de "juger" de la pertinence des lois (sauf quand celles-ci, par une rédaction peu précise, leur laissent la possibilité d'en faire une interprétation) ? On a quand même plus de 500 députés pour ça, non ? L'autre "solution" consistant à dire, "cette loi est vieillotte ou mal fichue, il n'y a plus de sens à l'appliquer, oublions-là", ne me convient pas davantage.

    Dans le même genre on a les lois votées mais dont le décret ne parait pas (même des années après) sans que ça choque personne parce que "la loi est difficilement applicable / n'est pas bonne" (exemple de la loi sur le CV anonyme) : une fois encore, à quoi servent nos 500 députés ?

  • Voilà ce qui arrive quand on crée une loi dans le but d'ôter de l'espace public l'insupportable vue du musulman et de ses accoutrements religieux (surtout le voile) et qu'on se retrouve à devoir faire de même pour toutes les confessions (pour éviter la discrimination qui ferait perdre sa substance à la loi).

    C'est donc l'arroseur arrosé.

    Mais l'arroseur refuse encore systématiquement d'admettre que ces actions avaient pour but de s'en prendre aux musulmans (aspect négatif) mais soutient mordicus que c'était pour préserver le caractère neutre et laïc de l'état, blablabla, blablabla (aspect plus justifiable).

    Perso, je ne serais pas contre à ce qu'on revienne à la situation passée: qu'on foute la paix aux musulmans pour qu'ils puissent porter ce qu'ils veulent, et qu'on foute également la paix aux chrétiens pour qu'ils puissent mettre des crèches, des sapins de Noël et toute autre chose qui leur plaît là où ils le veulent.

    C'est ça la liberté et c'est la meilleure garantie de paix et de fraternité (devise française, non ?) entre les communautés et les confessions différentes.

    C'est là aussi que les esprits non embrumés ont clairement compris que le véritable ennemi du croyant chrétien n'est pas le musulman, comme on voudrait nous le faire croire, mais le bon Français bien de chez nous, athéiste intégriste jusqu'au bout des ongles, que ce soit par pure conviction ou alors, par conformisme idiot.

    Alors, aux Français chrétiens, je dirais ceci: qu'est-ce qui est le plus important pour vous, votre lien avec Dieu et donc, par extension, votre obligation d'obéissance à Ses commandements, ou celui avec votre communauté humaine d'origine, et donc toujours par extension, votre obligation d'obéissance aux règles humaines qui vont à l'encontre de celles de Dieu ?

    C'est LA question à se poser pour déterminer quel devrait être votre positionnement face à l'injustice qui est faite aux croyants un peu partout et aussi à vos frères musulmans.

    Mais aussi pour déterminer ce que vous devez faire et ne pas faire dans ce monde.

  • Le président du conseil général de la Vendée a écrit:

    « Je tiendrai bon, parce que cette décision n'est pas seulement inéquitable. Manifestement il y a deux poids deux mesures à la justice de notre pays. Quelques mois après qu'Anne Hidalgo a revendiqué l'organisation, par la mairie de Paris, du repas officiel d'ouverture du Ramadan, un tribunal interdit la seule évocation de la période de Noël dans une autre collectivité. Cette laïcité à géométrie variable est une source de tensions que je redoute. Qui ne voit l'exaspération grandissante de nos compatriotes devant la progression constante des communautarismes? Pas un jour sans que les médias ne relatent une revendication pour des horaires aménagés dans les piscines municipales, pour des repas hallals dans les cantines scolaires ou pour une version réorientée des cours d'histoire dans les écoles publiques. Le ciment de notre maison commune, la France, s'effrite sous la poussée communautaire. Attention, par des décisions incompréhensibles, à ne pas rendre son effondrement irréversible ».

    Je pense qu’on peut être contre ou on peut être pour le fait d'installer une crèche dans un espace de la puissance publique : c'est une question de principe et un principe se respecte en totalité, pas au quart, à moitié ou au trois-quarts, c'est ce qui fait la difficulté.

    Le président du conseil général se contredit : il n’est pas d'accord pour qu'on l’ oblige à enlever cette crèche mais dans le même temps il dénonce les communautarismes en désignant une religion en particulier : l'islam (revendication des horaires de piscine, repas hallal...)En réalité il ne dénonce pas le communautarisme mais celui d’une religion.
    J'emploie le mot communautarisme au singulier car pour moi cela désigne une attitude qu'on peut trouver dans toutes les religions. Lui il emploie ce mot au pluriel, donc il entend dénoncer tous les communautarismes alors qu'en réalité il exclue le christianisme de la liste des communautarismes parce qu’en effet il considère que ce sont les autres religions qui font du communautarisme.

    Il considère que mettre une crèche à l’hôtel du Département ce n'est pas du communautarisme quand on est chrétien, mais organiser un repas d'ouverture du Ramadan c'est du communautarisme (parce que cela concerne une autre religion que la sienne : l'islam)

    Selon cette logique, organiser un repas d'ouverture du Ramadan ce n’est pas du communautarisme quand on est musulman, mais mettre une crèche à l’hôtel du Département c’est du communautarisme (parce que cela concerne une autre religion que la sienne : le christianisme)

    Pour moi les deux sont du communautarisme car la laïcité connait toutes les religions, mais elle n'en reconnait aucune.

    Par contre, il a raison de dénoncer le « deux poids deux mesures ».

    Cependant, sa dénonciation n'est pas une dénonciation de principe, c'est une dénonciation intéressée : il voudrait qu'on accorde au chrétien la possibilité d’installer sa crèche comme on accorde au musulman son repas d'ouverture du Ramadan.
    Cette position est hypocrite car si sa dénonciation du communautarisme était logique il devrait refuser au christianisme ce qu’il refuse à l'islam car le contraire, en l’espèce revendiquer pour le chrétien ce qui est accordé au musulman, c'est précisément du communautarisme.

    Il a dit :" oui à la laïcité, non à l’absurdité" mais sa laïcité n’est pas la laïcité car la laïcité permet d’échapper à ce dilemme en lui permettant de mettre à égalité le chrétien et le musulman et d’être à égale distance de ces 2 religions, ce qu’il ne fait pas

  • A force nos traditions seront plus nombreuses à être menacées, l'épiphanie en ce début d'année 2014 faisait déjà polémique.

    http://www.blogactualite.org/2014/01/des-enfants-prives-de-couronne.html

  • La France est un pays laïc de tradition chrétienne, la transition se fait en douceur, n'importe quel demeuré, de bonne volonté, pourrait comprendre ça.

  • Gats , ne sois pas hypocrite , tu sais trés bien qu ces crèches sont de la provoc à l'égard des non cathos quand on voit qui les a faites .Ensuite la loi ça doit concerner tout la monde , mormons ou shintoïstes compris ou personne .Et le seul moyen pour qu'il y ait liberté est que le service public soit neutre , on voit ce que ça donne dans les pays ou il ne l'est pas .Enfin l'an prochain nous aurons proliférations de provocs de ce genre si on ne le stoppe pas maintenant

  • Ca me donne envie de baptiser mes gosses et de les élever comme d'autres font dans l'adoration de jésus tout puissant. Rien que pour faire chier les sentinelles qui sont là à scruter le moindre charpentier qui ressemblerait à joseph...

  • On scrute rien du tout , quand c'est Ménard qui s'y met on sait pourquoi
    On a suffisamment de pb dans ce pays sans que des abrutis comme Ménard ou Ciotti viennent foutre la merde

  • Dans l'école publique de mon dernier, y a un menu hallal à côté du menu standard quand celui-ci contient du porc, et ça ne froisse aucun catho ou athée ou que sais-je, c'est juste que les parents y font preuve d'intelligence.
    La laïcité il faut le rappeler n'est pas la neutralité mais la garantie de l'expression équitable de tous les cultes. Certains n'ont pas bien pigé...

  • Au secours, ils sont devenus fous !

    Un Maire qui invite à une messe du souvenir après la commémoration du 11 novembre en citant l’exemple d’un préfet qui fait la même chose, quand un autre préfet ordonne l’enlèvement d’une crèche.

    Un président de conseil général qui dénonce une laïcité à géométrie variable parce qu’un maire a revendiqué l'organisation, par la mairie, du repas officiel d'ouverture du Ramadan, alors qu’il revendique lui-même l’installation d’une crèche dans le hall de l’hôtel du Département en implorant : « la laïcité oui, l’absurdité non ».

    Des élus qui commettent la faute politique de confondre leurs convictions personnelles avec ce qui leur est permis de dire publiquement dans l’exercice de leurs fonctions : Nicolas Sarkozy, président de la République déclarant à Latran en 2007 : « Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la république, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ». Le président du parlement européen qui invite le pape dans un discours où ses paroles ne garantissent pas, à l’instant où il les prononce, qu’il représente tous les européens à égalité, sans préjuger de leur liberté de conscience.

    Un ancien ministre qui fait la même faute : Manuel Valls en faisant cette désastreuse déclaration lors d’un rassemblement organisé par le CRIF en mémoire des victimes de Mohamed Merah : « les juifs de France sont plus que jamais à l’avant-garde de la République et de nos valeurs », car en désignant ainsi des français à l’avant-garde, il en désigne d’autres à l’arrière-garde.

    Une actuelle ministre qui pense pouvoir donner à sa position sur l’accompagnement par les mamans voilées des sorties scolaires une autorité objective en appelant à la rescousse l’avis du conseil d’Etat quand le même avis lui permettait de prendre une position contraire, et qui ainsi participe à la démission du débat politique par un de ces « petits reculs ou compromis successifs » qu’elle dénonce elle-même au début de son discours.

    La laïcité est confrontée à son propre principe de neutralité : ne reconnaître aucune religion, les connaître toutes.

    C’est à la puissance publique d’y veiller. Où est-elle ?

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