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Sivens… Un bazar inextricable

Le dossier du barrage de Sivens va rester encore pendant longtemps un feuilleton, sans solution. On attend pour cet après-midi le choix du Conseil général sur le projet alternatif, et pour le début de semaine l’expulsion des zadistes. Mais on n’aura pas avancé : les projets alternatifs ne conviennent à personne, et l’opposition au projet va beaucoup plus loin que les zadistes qui s’apprêtent à se faire virer comme des lapins. Depuis dix ans, un enchaînement de mauvaises décisions a créé ce bazar inextricable. Assez accablant sur le fonctionnement des pouvoirs publics.

Après des années de palabres sur l’idée d’un barrage demandé par une part des agriculteurs – à noter que le syndicat La Confédération Paysanne y est opposé – le projet a vu le jour en 2008 avec une convention publique d'aménagement, puis l’enclenchement à l’initiative du Conseil Général du Tarn d’une enquête d'utilité publique quatre ans plus tard, qui aboutit en mai 2013. Gauche et Droite, tout le monde a voté cet excellent projet, seuls trois élus s'abstenant, pour une retenue d’eau de 1,5 million de m3, 34 hectares et 8,5 millions d'euros.

En novembre 2013, le collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet dépose des recours devant le tribunal administratif. L’affaire n’étant pas jugée à ce jour. On aurait pu attendre la décision de justice, ce qui aurait mis tout le monde d’équerre, mais non.

Aussi, sur le terrain, a commencé début 204 une occupation de la ZAD, avec une évacuation manu militari en mai 2014. En septembre, le Conseil Général a engagé les travaux de déboisement. Nouvelle occupation, qui a le temps de s’installer car les forces de l’ordre se préoccupent de protéger les bucherons qui abattent les arbres. L’affaire prend de l’ampleur et les politiques s’en mêlent. Au gouvernement, Stéphane Le Foll soutient le projet alors que Ségolène Royal est critique et lance une mission d'expertise.

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Le 25 octobre, c’est sur place une manifestation, d’impact national. La nuit, les heurts deviennent violents entre les manifestants et les gendarmes qui gardent le terrain. C’est dans ce cadre que survient la mort de Rémi Fraisse, un jeune manifestant de 21 ans.

Dans les jours suivent, est publiée l’expertise demandée par Ségolène Royal et les conclusions contredisent l’enquête d’utilité publique : le projet est surdimensionné, mal conçu et mal financé.

Le conseil général vire à 180°, suspend les travaux et annonce qu’il s’en remet à la décision de l’Etat. Le 16 janvier, le gouvernement décide qu’il faut abandonner le projet, mais laisse au Conseil Général de choisir entre deux options : le maintien du projet mais à la moitié de ses capacités, ou le remplacement par une série de plus petits barrages. Bon courage, car ces deux projets sont  rejetés aussi bien par les agriculteurs, que par les opposants.

Sur place, les zadistes occupent toujours le terrain, et des agriculteurs ne peuvent accéder à leur terre. La justice est saisie, et à la mi-février, ordonne l’expulsion. Le gouvernement temporise, car on attend la décision du Conseil Général pour aujourd’hui, le 6 mars. Ce ne sera qu’une étape, car il faudra en suite reprendre toutes les procédures administratives et revoir les montages financiers. Sur le terrain des agriculteurs de la FNSEA et des groupes bizarres s’organisent pour encercler la ZAD. Un véritable blocus, et les forces de l’ordre cherchent à éviter les affrontements directs.  «Ils ne peuvent plus sortir, donc plus se ravitailler, plus recharger leurs téléphones portables, plus faire venir de renforts», explique Joffrey Demetz, président de l'association «Les habitants de Sivens », favorable au barrage. On entend des slogans sympathiques : « Zadiste dehors, sinon t'es mort».

Le Conseil général va donc décider aujourd’hui, et l’expulsion se fera vraisemblablement dans la semaine, le gouvernement voulant essayer de laisser passer le week-end. Ce sera un simple épisode, car les opposants sont nombreux, et reprendront illico la contestation sur le terrain et devant les tribunaux. Ségolène Royal annonce que si le Conseil général renonce, l’Etat l’indemnisera, ben voyons.  Dans quinze jours, ce sont les départementales, et le Conseil général, PS et de longue date, peut basculer.   

Un sac de nœuds, et personne n’a la moindre idée de la solution. 

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Commentaires

  • Je me demandais, ils font quoi dans la vie, les zadistes ?

  • Ils font quoi dans la vie tous ces zadistes ?

    Etudiants, paysans, retraités....bref des gens de bien qui préservent l'avenir de nos enfants et petits enfants contre ces projets onéreux et faramineux ô combien inutiles, profitant un max à la FNSEA, suceuse de fonds européens au détriment des petits paysans, sages, modestes, simples et vrais écolos.

    Marissé...une proche de la ville......également contre le Grand Stade de Lyon.

  • Les paysans ils ont besoin de cette eau, ça m'étonnerait qu'ils soient avec les beatniks et les ex-68tards.

  • Que vous me paraissez méprisant et fat, Fran.....Petite pointe de haine itou pour les 68tards et beatniks ?
    De l'eau, il y en a en suffisance.....mais pas assez effectivement pour une culture intensive, le seul intérêt des promoteurs du barrage. Leur combat leur permettra de faire de l'intensif, et Monsanto sera aussi très content.
    Est-ce si difficile à comprendre ?...
    Belle journée quand même.

    Marissé, bien intéressée par les sages points de vue de Thierry sur ce coup-là !...

  • @ Fran,

    T'es débile ou t'es un monument indécrottable de mauvaise foi ? C'est écrit ici, et ailleurs aussi :

    "à noter que le syndicat La Confédération Paysanne y est opposé"

  • Je n'ai pas vu de paysans parmi les zadistes qui font face aux gendarmes mobiles. Après certes ils reçoivent de la visite, certains de la confédé, ainsi que des politiques, de tout quoi...
    Puis la confédé est contre le projet pas contre l'irrigation...

  • Fran,

    Pour votre édification : Armé d’une tronçonneuse, le milicien FNSEA hurle : « Ta gueule, salope »
    Un article sur le site d'Hervé Kempf, sûrement pas un excité mais qui sait de quoi il parle, lui.

    http://www.reporterre.net/Arme-d-une-tronconneuse-le

    Rassurez-vous, je fais un distinguo entre irrigation et projet pharaonique.

  • Lu dans un article de l'AFP, sur le site se trouvent, 40 zadistes, des jeunes militants écolos, 200 jeunes agriculteurs de la FNSEA, qui les assiègent, et 300 gendarmes mobiles, faisant "barrage".
    Encore d'après l'AFP, la confédé n'est pas contre l'irrigation, elle préfère en fait des petites retenues "collinaires" que l'immense retenue du projet.

  • Les grands projets inutiles et d'un coût exorbitant pour la collectivité -mot sans aucun sens pour le lobby du maïs - sont validés par des enquêtes publiques bidons : réalisées par de soi-disant experts qui ne sont pas indépendants. Les services de l’État sont les grands responsables en fermant les yeux sur les conflits d’intérêt, pour raisons politiques évidemment .
    Les zadistes n'ont à gagner que des coups de matraques et des grenades .

    http://www.eauxglacees.com/SIVENS-TESTET-Xavier-Beulin

  • je ne serais pas étonnée qu' il y ait une autre mort avec une expulsion. ce risque le PS veut courir aux portes des élections?

  • Monsieur Devers,

    Je serais intéressé de recueillir vos commentaires d'avocat à l'article écrit par Bernard Viguié, avocat également. Cf : http://blogs.mediapart.fr/blog/bernard-viguie/060315/sivens-comment-lopposition-au-barrage-sest-faite-embarquer

    Ce que je souhaiterais c'est comprendre le dossier juridique de l'affaire.

    Que se passera-t-il si le recours devant le tribunal administratif déposé en 2013 par le collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet donne tort au projet initial ? Cela emportera-t-il des conséquences pour le nouveau projet ( s'il n'est pas entre temps construit !)?

    Si les opposants ont encore des arguments à faire valoir contre le nouveau - et encore très flou- projet, quels sont les recours juridiques à leur disposition ? Quels sont les contraintes qui pèseraient sur ces procédures ( délais, difficultés de l'acceptation des preuves....) ?

    Ce qui est scandaleux dans ce genre d'affaire c'est la force du fait accompli et l'impuissance de la justice à annuler des travaux déjà engagés !

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