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  • « Des nègres américains qui étaient pour l'esclavage ».

    Une ministre de la République, Madame Rossignol, chargée de l’Enfance, de la Famille et des Droits des femmes nous explique : « Il y a aussi des nègres américains qui étaient pour l'esclavage ». Le racisme anti-noir s’affiche avec une tranquillité déconcertante.

    L’esclavagisme est un crime contre l’humanité, et s’agissant de la traite occidentale vers l’Amérique, le bilan se chiffre en millions de déportés, entre 11 et 13, et millions de viols et de morts. Madame la ministre de l'Enfance, de la Famille et des Droits des femmes explique donc sereinement que les Noirs participaient à leur propre extermination. C’est du négationnisme.

    De plus, dans l’idée de la ministre, il ne s’agit pas de « noirs » mais simplement de « nègres ». Dans le ton ni l’humour, ni la distance d’un Césaire, mais bien le mépris condescendant, qu’est la base du racisme. Quand même, faut le faire : « Des nègres américains qui étaient pour l'esclavage »…

    Et ceci pour quelle brillante démonstration ? Pour nous expliquer que les femmes qui portent le voile se situent dans une pratique de l’esclavagisme, raison pour laquelle les marques qui fabriquent ce type de vêtements sont « irresponsables ».

    Je participais l’autre jour à une réunion où l’un des thèmes était la droitisation des socialistes. Un élu de Droite a protesté : « Mais pourquoi parler de droitisation ? La Droite n’a jamais fait ça… ». Il est vrai que tout ceci s'inscrit dans une grande tradition... 

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  • Attentats de Bruxelles: Le blog n'a jamais été Charlie, c'est pas demain la veille

    Le blog n'a jamais été Charlie, c'est pas demain la veille. Voici la magnifique une de Charlie, un ode à l'humour, à la liberté... et au respect des victimes. A vomir... Le père de Stro­mae a été assas­siné pendant le géno­cide du Rwanda, en 1994, et son corps a été découpé en morceaux. Quand je pense aux messes nationales faites en l'honneur de ce journal...

    charlie,belgique,terrorisme

  • Ça se complique pour Erdogan

    Couv_61416 (1).jpgLe 17 décembre 2013, Reza Zarrab, un jeune homme d’affaires turc, proche du pouvoir, est arrêté avec des dizaines personnes issues des hauts cercles de l’AKP pour des faits de trafic d'or avec l'Iran. Une sale affaire, qui met en cause des ministres du gouvernement Erdogan. Quatre d'entre eux ont dû dégager, dans un contexte politique délétère, avec la publication d’écoutes téléphoniques entre Erdogan et son fils Bilal qui puent l'argent. Pour Erdogan, c’était un complot mené par son ex-allié l'imam Fethullah Gülen, dont les réseaux sont restés très influents. Gülen qui vit en Pennsylvanie, et que les Etats-Unis refusent d’extrader.

     

    Erdogan a entrepris les grandes manœuvres, frappant dans les services de la police et de la justice pour détruire ces réseaux honnis. Reza Zarrab n’a fait que deux mois de prison, et il a été lavé des accusations de trafic d’or et blanchiment d’argent. Quelques mois plus tard, Erdogan a été élu président.

     

    En Iran, l'associé iranien de Zarrab, le fortuné Babak Zanjani, a été condamné à mort.

     

    Affaire classée ? Pas pour tout le monde.

     

    La semaine dernière Zarrab est parti en vacances en Floride,… une bien mauvaise idée. A son arrivée à Miami, il a été interpellé sur décision du procureur du district sud de New York, Preet Bharara, et conduit devant un juge du tribunal fédéral de Miami qui l’a inculpé et incarcéré. Il était en compagnie de deux Iraniens, Camelia Jamshidy, 29 ans, et Hossein Najafzadeh, 65 ans, inculpés mais laissés en liberté. Tous trois sont accusés d'avoir, entre 2010 et 2015, manœuvré pour contourner les sanctions US contre l’Iran, en camouflant des transactions financières de centaines de millions de dollars à la banque Mellat, une banque privée iranienne, et à la compagnie nationale pétrolière iranienne, par le biais de sociétés installées en Turquie comme la Royal Holding, Durak Döviz Exchange, Asi Kiymetli Madenler Turizm Otom, ECB Kuyumculuk Ic Ve Dis Sanayi Ticaret Limited Sirketi, Günes General Trading LLC…87651424_o.jpg

     

    En Turquie, tout le monde a senti ce qui se passe. Kemal Kiliçdaroglu, leader (fatigué) de la gauche, s’est réjoui : « Zarrab a été arrêté. Et je suis certain que certains ne vont pas pouvoir dormir cette nuit. Il va parler là-bas, vous verrez. Tous les liens cachés vont éclater au grand jour. » La presse hostile au régime est sur la même ligne. Diego Rodriguez, directeur adjoint en charge du bureau de New York du FBI ajoute : « Les accusations annoncées aujourd'hui devraient être un message à l'adresse de tous ceux qui essaient de cacher l'identité de leurs véritables partenaires ».

     

    Cette affaire tombe au plus mal pour Erdogan, alors qu’il est sévèrement fâché avec la Russie, vu sa position dans le conflit syrien et la fameuse destruction d’un chasseur, et avec les Etats-Unis, qui font des Kurdes leurs alliés. Hier, Israël a invité ses ressortissants à quitter la Turquie.

     

    Erdogan se rend cette semaine à Washington pour une conférence sur la sûreté nucléaire, et il avait laissé entendre que ce serait l’occasion d’une rencontre avec Obama. Hier, les services de la présidence US ont fait savoir qu’une telle rencontre n’aurait pas lieu. Samedi, dans une allocution, Obama a souligné que le sommet sur la sécurité nucléaire sera aussi l'occasion d'évoquer la lutte contre Daech et de « s'assurer que le monde reste uni dans cet effort ».

     

    Dis, Erdogan, pourquoi tu tousses ?

  • Raphaël Liogier: Enfin des propos sensés sur le terrorisme

    Aux antipodes des pseudos experts qui poussent après les attentats comme des champignons par temps de pluie, il y a de vrais experts, que l’on identifie facilement : ils ont des titres universitaires, enseignent dans des établissements connus, publient des livres de haut niveau, et conduisent des recherches universitaires. Ça ne fait pas tout, mais c’est une bonne base.

    A ce titre, je vous recommande le philosophe et sociologue Raphaël Liogier, qui enseigne à Sciences-po Aix-en-Provence, et qui est un vrai connaisseur de l’islam et de ses problématiques passées et actuelles, auteur de La Guerre des civilisations n’aura pas lieu  publié aux CNRS Editions.

    Pour ce qui est des enquêtes en cours, on patientera car n’avons que des informations beaucoup trop partielles. En attendant, il est très important de réfléchir à ce qui se passe, de braver l’interdit posé par El Blanco : oui, il faut chercher à comprendre. Quels sont les acteurs du terrorisme, quels sont les réseaux ? Quelle réponse législative, policière et judiciaire ? Quel lien avec l’islam ? D’où vient cette violence ?

    Voici une excellente interview de Raphaël Liogier à Libé, recueillie par Sonya Faure.

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    «Faire de l’islam l’ennemi absolu, c’est organiser le marketing de Daech»

    Raphaël Liogier

    *   *   *

    Attentat après attentat, la même question revient : faut-il encore monter d’un cran la sécurité, au risque de rogner nos libertés ?

    Cessons d’opposer l’exigence de sécurité et le respect des libertés publiques. En des temps effectivement troublés, on pourrait opter pour des mesures efficaces en matière de sécurité – moi aussi, je veux que mes enfants aillent à l’école sans risquer leur vie  – sans pour autant remettre en cause les droits de l’homme. Le problème, depuis le 13 novembre, c’est qu’on a les restrictions des libertés, sans la sécurité.

    Pourquoi les mesures prises jusqu’ici ont-elles échoué, selon vous ?

    Le gouvernement, et il n’est pas le seul, met en scène la «guerre des identités» pour donner l’impression aux populations angoissées qu’il fait quelque chose. On l’a vu avec le débat sur la déchéance de la nationalité. Il concentre aussi toutes les mesures sécuritaires – perquisitions, surveillance, assignations à résidence  – sur des mosquées ou des personnes liées à l’islam fondamentaliste. C’est une solution de facilité, qui diffuse une idée fausse : il y aurait un lien de causalité nécessaire entre la radicalisation religieuse et le jihadisme. Or, nous savons que ces mosquées salafistes et leurs représentants, comme Abou Houdeyfa sont eux-mêmes dans le viseur de Daech ! Contrairement aux jihadistes, ces fondamentalistes sont focalisés sur la vie quotidienne et les mœurs, ils sont complètement dépolitisés. En concentrant la lutte antiterroriste contre eux, le gouvernement ne vise pas les bonnes personnes ni les bons espaces.

    La preuve avec les attentats de Bruxelles : selon les premières informations policières, les kamikazes étaient connus pour des faits de grand banditisme, pas pour un parcours de radicalisation religieuse. En résumé : non seulement le gouvernement ne vise pas les bons suspects, mais en faisant de l’islam l’ennemi absolu, il organise le marketing de Daech, vers qui se tournent les désaxés, comme on l’a vu devant un commissariat de Barbès, à Paris, en janvier, les désocialisés ou les membres du banditisme reconvertis. La «guerre des civilisations», c’est exactement la vision du monde que promeut Daech

    Le terrorisme n’aurait donc rien à voir avec la religion ?

    Je ne dis pas cela. Je ne cherche pas à dédouaner l’islam, ni à faire de l’angélisme. Mais je pense que le jihad n’est plus, aujourd’hui, le résultat d’un processus de radicalisation religieuse progressive qui mènerait du salafisme vers le jihadisme. Les «longues barbes», qui cherchent à ressembler aux Bédouins du VIe siècle, sur lesquels les services de police concentrent leur surveillance, peuvent bien sûr être inquiétants dans leur rapport aux mœurs ou leur communautarisme. Mais ce ne sont pas les prêches qu’ils écoutent qui mènent au terrorisme. Pour le gouvernement, il est confortable de favoriser la confusion. D’abord, je l’ai dit, parce que ça permet de montrer qu’on fait quelque chose. Mais aussi parce que la radicalisation religieuse était effectivement le modèle du jihadisme des années 90. Un phénomène qu’on a déjà connu, plus facile à repérer, ça rassure. A l’époque, les terro­ristes étaient liés à l’islamisme : ils avaient une vision politique de l’islam finalement proche de l’extrême gauche : une logique révolutionnaire d’intervention armée, anticapitaliste, qui voulait changer la société. Les «têtes pensantes», comme les petits soldats de ce jihad, s’étaient plongées aux racines de l’islam.

    Mais dans les années 2000, deux phénomènes distincts sont apparus – qui peuvent parfois se recouper. D’un côté, un fondamentalisme extrême des mœurs, celui des femmes intégralement voilées par exemple. Une démarche radicale mais dépoli­tisée, individualiste et non prosélyte : si elles optent pour un tel mode de vie, c’est justement pour se distinguer des autres.

    De l’autre côté, des jeunes issus des quartiers, de milieux peu religieux, qui n’ont pas accès à l’arabe classique. Ils sont excités par ce qu’on leur présente comme une guerre des identités, pas par la théologie. Ce sont eux, les clients potentiels de Daech. Dans un deuxième temps seulement, ils construisent une «religion du jihad», à l’aide de ce que leur proposent les hauts responsables de Daech. Ceux-là, des anciens d’Al-Qaeda, détiennent une vraie culture religieuse, et manipulent une chair à canon souvent issue du petit caïdat. Quant aux milieux salafistes, il faudrait les utiliser dans la lutte contre les jihadistes au lieu de les poursuivre.

    C’est-à-dire ?

    En les mettant en garde à vue ou en les assignant à résidence pour «faire du chiffre», les services de police se privent d’informateurs. Car, si ce n’est pas l’intensification des pratiques qui mène progres­sivement vers le jihadisme, les jeunes tentés par le jihad peuvent, en revanche, fréquenter une mosquée salafiste à un moment ou à un autre de leur parcours, pour se donner une posture, chercher quelques points de doctrine. En ciblant ces milieux, la police se prive donc d’un véritable réseau d’information au cœur du milieu musulman.

    Sécurité et libertés ne s’opposent pas immanquablement, selon vous. Quelle serait alors une politique efficace du point de vue de la sécurité et respectueuse de nos droits fondamentaux ?

    Ce serait une politique qui commence par coordonner les renseignements policiers et militaires à l’échelle de l’Union européenne. Si nous sommes en guerre, alors il faut commencer par être plus discrets, et ne plus nourrir les discours de Daech, en faisant de grands moulinets avec les bras à la manière de Manuel Valls. Il faut cesser d’envenimer la situation en affirmant qu’antisionisme vaut antisémitisme. Sinon, c’est toute une partie de la population française s’identifiant aux Palestiniens qui va donner plus de crédibilité au «complot juif». Il faut cesser de perquisitionner et d’assigner à résidence les représentants, certes fondamentalistes, d’une ­religion, sans preuves solides, comme le permet l’état d’urgence.

  • Jimmy Smith, et l’orgue Hammond

    Le jazz et l’orgue, cela reste trop rare dans la ronde des festivals, alors que c’est un amour parfait. De fait, une histoire ancienne, mise en lumière avec Fats Waller - vous avez ici Rusty Pail et Stompin’ the Bug. Aujourd’hui - et depuis près d’une vingtaine d’année, le leader est Joey DeFrancesco, ici au festival de Berne en 1999. Et écoutez un peu ce concert enregistré cet été au Toronto Sky Festival, vous m’en direz des nouvelles.

    Mais le grand maître, celui qui a imposé l’orgue Hammond, avec cet incroyable son, c’est Jimmy Smith. Voici une séquence de 30 minutes, enregistrée en 1965, et vous comprendrez vite comment Jimmy est devenu une locomotive du jazz. Vous le retrouvez 23 ans plus tard, pour un concert à Leonberg. Jimmy Smith fait un peu le show, mais la musique est toujours au top. Vous pouvez piquer à 22 : 45 pour The Cat, suivi de Walk on The Wildside…  Simplement fabuleux.

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