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Islam : Les valeurs de la laïcité pour camoufler une culture néo-coloniale

Le jour de son investiture, François Hollande est allé rendre hommage à Jules Ferry, glorifiant l’homme et relativisant comme un péché véniel sa politique colonialiste, alors qu’elle était le principe autour duquel tout s’organisait. Jules Ferry professait l’inégalité des races, pour fonder le colonialisme, et l’école était là pour imposer la culture blanche, supérieure.

Il y a une semaine, la Sinistre des droits de femmes, Laurence Rossignol, fondatrice du fatiguant SOS Racisme, piquait sa crise devant les catalogues de H&M, Dolce & Gabbana et Uniqlo qui offrent des vêtements aux femmes musulmanes. Le fait que ces femmes trouvent des vêtements qui leur plaisent, c’est depuis toujours, et tant que ces habits sont fabriqués par des Indiens, des Turcs ou des Arabes, ça ne pose pas de problème. Mais si les marques dites « bourgeoises » ou « occidentales » s’y mettent, ça devient un drame. Défense du pré-carré blanc : l’indignation de Rossignol est fondée sur un critère ségrégationniste.

Hier, c’est El Blanco expliquant que sa géniale politique allait permettre de démontrer que l’islam est compatible avec la démocratie. Complétement décalé ce pauvre garçon (dont, en passant, on se demande ce qu’il aurait à dire si l’islam n’existait pas…This guy is Muslim addict). Mais quand même, quelle invraisemblable prétention : un ignorant de l’islam, premier Sinistre lessivé par deux ans de fonction, qui dans son petit labo franchouillard, veut donner des leçons à une religion millénaire, qui rayonne dans tous les pays du monde… Et ce alors qu’aucun groupe musulman français n’a jamais demandé de changer la Constitution, la loi de 1905 ou la Convention européenne des droits de l’homme. Parfaitement à l’aise dans ce cadre juridique, les musulmans demandent juste qu’on leur fiche la paix.

Ici, il faut un principe pour voir clair, et c’est simple : arrêtez de nous saouler avec les « valeurs » de la République, et appliquez le droit sans discrimination. C’est ça, la ligne à tenir. Notre pays est contaminé par une puante bien-pensance, qui n’est pas post-coloniale, mais néo-coloniale : des prétextes intellectuels pour refonder la domination, et ces actions sont vives car les néo-coloniaux ont peur de perdre. Mais, entre nous, que peuvent-ils faire contre les forces de la vie, contre la spiritualité, contre les relations qui tous les jours se densifient dans la société ? Nous avons compris que la politique est devenue la défense d’une caste,.. mais il nous reste la si noble solidarité.

La partition des néo-coloniaux est simple, ancestrale : le racisme, c’est pas bien ; en revanche, vouloir éduquer le bougnoule pour l’inscrire dans la démocratie, ça c’est un beau projet. Et tant pis s’il faut être un peu violent, parce qu’il ne comprend pas : c’est dans son intérêt, et ses enfants nous remercieront.

Nous avons de quoi avancer. Je dois te considérer comme tu es, et pas comme je voudrais que tu sois, et tu dois faire de même. Et apprenons à cultiver l’humilité nécessaire pour comprendre le réel.

Pour poursuivre cette réflexion, vous trouverez ci-dessous un excellent texte d’Adam Shatz, publié dans le London Review of Books, et traduit par Le Monde.

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Comment en sommes-nous arrivés là ?

Par Adam Shatz, essayiste

Dans Chassés de la lumière (Stock, 1972), l’écrivain américain James Baldwin raconte que peu après son installation en France en 1948, il a vu « des policiers tabasser en pleine rue un vieux vendeur de cacahuètes arabe, par ailleurs manchot, et observé les regards indifférents des Français attablés aux terrasses des cafés et les visages congestionnés des Arabes ». Avec un « généreux sourire », les amis de Baldwin l’avaient rassuré en lui expliquant qu’il était différent des Arabes : « Le Noir américain est très évolué, voyons ! » Alors que les Arabes, selon eux, « ne voulaient pas être civilisés ».

A part les anciens combattants vieillissants de la guerre d’Algérie, plus personne en France ne parle d’« Arabes ». Aujourd’hui on parle de « musulmans ». Or les musulmans français sont les descendants du vendeur de cacahuètes évoqué plus haut, et, trop souvent, sont la cible de la même intolérance raciste. Comme le racisme que Baldwin décelait chez ses amis parisiens, celui-ci porte souvent un masque noble : antiterroriste, laïc, féministe.

Le récent éditorial de Charlie Hebdo, « Qu’est-ce que je fous là ? », en est un exemple. Les attaques terroristes de Paris et Bruxelles « ne sont que la partie émergée d’un gros iceberg », écrit le dessinateur Laurent Sourisseau (« Riss »). Les parties non visibles de l’« iceberg » comprennent entre autres le penseur suisse Tariq Ramadan, qui a été accusé de pratiquer un « double langage », faisant mine d’être un modéré tout en œuvrant secrètement à l’instauration de la charia en Europe.

Le musulman « dissimule toujours quelque chose »

Certes, plaisante Riss, « il ne prendra jamais une kalachnikov pour tirer sur des journalistes dans leur salle de rédaction » mais « d’autres le feront à sa place ». Et n’oublions pas la « femme voilée » dans la rue, ou le boulanger de quartier qui a cessé de proposer des sandwiches au jambon. Aucune attaque terroriste « ne pourrait avoir lieu sans le concours de tous ».

Comme l’Arabe à l’époque de Baldwin – ou le juif à une époque antérieure – le musulman d’aujourd’hui « dissimule toujours quelque chose », soit un complot terroriste, soit un complot pour islamiser la France, soit les deux. Il profite de la crainte des bien-pensants « d’être traités d’islamophobes ou de racistes ».

L’idée selon laquelle la tolérance et le relativisme culturel feraient le lit de l’islamisation de la France est un vieil argument qui remonte aux débuts de l’Algérie française. Celui qui la reprend le plus clairement aujourd’hui est le philosophe Alain Finkielkraut. L’antiracisme, explique-t-il, « sera au XXIe siècle ce que le communisme a été aux années 1920 », et sa forme la plus pernicieuse est celle de l’anti-islamophobie.

L’été dernier, à côté de celle de Nicolas Sarkozy, il a ajouté sa signature à une pétition publiée dans Valeurs actuelles pour protester contre la proposition de convertir en mosquées certaines églises désaffectées : la défense de la laïcité passe désormais par la sauvegarde des églises.

Expression d’émancipation

De telles opinions ne sont guère surprenantes à droite. Mais les positions de Finkielkraut ont été reprises par un certain nombre de figures éminentes de la gauche socialiste, parmi lesquelles le premier ministre Manuel Valls pour qui l’islamophobie est le « cheval de Troie du salafisme ».

Plus récemment la philosophe féministe Elisabeth Badinter, qui avait autrefois comparé l’autorisation du hidjab dans les écoles françaises à l’accord de Munich, a appelé au boycott des marques proposant des foulards et autres vêtements islamiques. L’accusation d’islamophobie, a récemment déclaré Mme Badinter au Monde (4 avril), est « une arme que les islamo-gauchistes ont offerte aux extrémistes ».

Selon cette opinion, non seulement s’en prendre à l’islam n’est pas du racisme, mais c’est défendre les valeurs françaises, au premier rang desquelles la laïcité et la protection des droits des femmes. C’est une expression non pas d’oppression, mais d’émancipation : la libération de tous les citoyens français, dont les femmes musulmanes qui subissent la tyrannie de leurs pères, frères et voisins dans les banlieues.

Il y a une certaine logique dans cet argument. Le terme « islamophobie » est imprécis et peut rendre difficile la distinction entre critique de la religion – telle que l’expriment des intellectuels arabes comme Adonis et Kamel Daoud – et discrédit général à l’égard de toute personne pratiquant l’islam ou née dans une famille d’origine musulmane. Les défenseurs d’un islam traditionaliste ont intérêt à brouiller la distinction. Tout comme l’Etat islamique, qui cherche des recrues parmi les jeunes musulmans européens qui se sentent perdus ou rejetés.

La loi de 1905 n’a pas seulement privé l’Eglise catholique de son pouvoir, elle a aussi permis aux juifs et aux protestants d’exercer plus librement leur foi.

Ceux qui affirment seulement critiquer l’islam, tout en s’employant en permanence à insulter les musulmans en général, contribuent fortement à cet amalgame entre islam et citoyens de confession ou d’origine musulmane. Ils pratiquent la même ambiguïté tactique que ceux qui déploraient l’influence du judaïsme dans la vie française à la fin du XIXe siècle et accusaient ceux qui dénonçaient l’antisémitisme de vouloir supprimer la liberté d’expression – le magazine antisémite d’Edouard Drumont, fondé en 1892, s’intitulait La Libre Parole. Très peu d’entre eux expriment un racisme « biologique » à l’ancienne ; leur « racisme culturel » représente les musulmans comme une irrémissible cinquième colonne djihadiste.

Le cas d’Elisabeth Badinter est plus complexe. Elle formule ses positions dans le langage apparemment progressiste du féminisme laïc et de l’universalisme républicain. Elle ne voit pas dans chaque musulmane voilée le soldat potentiel d’une invasion islamique. Et pourtant elle ne peut concevoir qu’une femme puisse choisir de porter le voile ; elle ne voit en elle qu’une femme soumise que l’on doit contraindre à se libérer, comme ces « nègres » partisans de l’esclavage américain évoqués par Laurence Rossignol (que Mme Badinter a soutenue).

Ce désir de libérer les femmes musulmanes s’insère dans la longue histoire des « hommes blancs sauvant les femmes brunes des hommes bruns » (selon la formule de la critique littéraire indienne Gayatri Spivak) : un projet colonial qui est aujourd’hui repensé, en France, comme une défense des valeurs laïques dans les « territoires perdus de la République ».

Les valeurs de la France risquent d’être perverties par une ligne de défense aussi ambitieuse. La loi de 1905 qui a instauré la laïcité était fondée sur la neutralité de l’Etat à l’égard des institutions religieuses ; elle n’a pas seulement privé l’Eglise catholique de son pouvoir, elle a aussi permis aux juifs et aux protestants d’exercer plus librement leur foi.

Les défenseurs actuels de la laïcité, aussi bien à droite qu’au centre gauche, ont abandonné tout semblant de neutralité. Il n’est guère étonnant que pour nombre de musulmans en France, y compris la majorité silencieuse qui ne met que rarement, sinon jamais, les pieds dans une mosquée, le « gros iceberg » de Charlie Hebdo n’apparaisse que comme un terme codé leur enjoignant de rester à leur place.

Commentaires

  • Les français ont marre de cette gauche islamophile qui veut sans cesse les culpabiliser pour les actions de leurs aînés et qui veut leur imposer des diktats contraires à la laïcité. Ca finira mal.

  • Une culture ne saurait être en soi "supérieure" à une autre, toutes étant des agencements, des structures de valeurs, différentes, uniques, originales.

    Mais alors la question que soulève Jules Ferry demeure de savoir dans quelle mesure, et avec quel respect d'une autre culture, la nôtre, l'Occidentale, peut proposer (et non imposer) un apport "culturel", c'est-à-dire plus précisément l'édification ou le renfort d'une valeur (comme par exemple l'instruction dans les différentes sciences : médecine, recherche médicale, archéologie...).

    Il est évident que Ferry s'est trompé en invoquant la supériorité d'une race. Mais nous pouvons conserver l'idée d'un partage enrichissant des valeurs, entre cultures.

    Concrètement, et sans colonialisme, il faut entretenir des projets favorisant ces partages, donc en veillant à une réciprocité des échanges culturels de valeurs.

  • On attend toujours le repentir des arabes pour avoir colonisé l Afrique du nord

  • Fran et Lucide qui s'accrochent à votre blog tels des moules à un rocher pour déverser leurs haines des musulmans et de la gauche soit disante islamophile hahahahhaa...

    Je vous plains Gilles...

  • Pas d'amalgame, je ne peux pas pifrer uniquement les islamistes, et symphatisants, au double discours, mysogynes homophobes antisémites,dont une certaine gauche intellectuelle cire les bottes.
    Les musulmans je vis tous les jours avec certains, aucun problème.

  • ha, si padamalgam , padamalgam alors

    marrant , moi j'aurais tendance à tous les mettre dans le même sac....

    un peu comme font les penseurs qui prétendent prescrire nos opinions en mettant tous les mâles , blancs , cinquantenaires et cathos ( supposés) dans le même sac d'infamie , pour les noyer à la première rivière venue

  • lorsque par exemple un camp d'été "décolonial" est ouvert uniquement aux non blancs....ça vous en touche une sans remuer l'autre , pas vrai?
    ça , c'est pas du ouacisme , hein?
    ça , c'est honorable , louable , et y a pas à enquêter ou même à intenter d'action pour récupérer un peu de monnaie , pas vrai?
    alors que si un camp d'été "colonial" ouvert uniquement aux blancs se tenait quelque part et affichait cette raison zoziale , vous seriez parmi les premier à porter plainte ( i e ; chouiner dans les jupes de l'état maman ) contre ce ouacisme intolérable....je me trompe ?

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