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Hôpital de Kunduz : MSF doit s’expliquer sur son attitude

Quand les médecins font de la médecine, nous n’avons rien à en dire, mais tout change quand il s’agit de médecine humanitaire car cet exercice est intimement lié au droit.

En cause, l’affaire de l’attaque par l’aviation étasunienne, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015, de l’hôpital de Kunduz en Afghanistan, géré par Médecins sans frontières (MSF).

En deux mots…

La grande ville de Kunduz venait de passer aux mains des Talibans, une très grosse prise. L’attaque avait été fulgurante, et très vite le calme avait été rétabli. Au moment de l’attaque, la ville était tombée depuis quelques jours, et il n’y avait aucune activité militaire. 

L’hôpital de Kunduz était le seul crédible de la région, parfaitement connu, ses coordonnées GPS étant enregistrées depuis des lustres par les armées afghanes et étasuniennes.  Un avion étasunien, un AC-130, après plusieurs survols, a bombardé le bâtiment central de l’hôpital par une série de rotations entre 2 h 08 et 3 h 15. MSF a donné l’alerte dès le premier tir, mais en vain. Bilan : 42 morts, et l’hôpital détruit. Motif : les US avaient repéré des appels téléphoniques d’un chef taliban soigné dans l’hôpital.

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Et ensuite ?

MSF réclame une enquête internationale… ce qui ne veut absolument rien dire et laisse donc toute opportunité aux États-Unis de faire la lumière sur propres méfaits.

Conclusion ce vendredi par le général Joseph Votel, patron du commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient et l'Afghanistan (Centcom). C’est-à-dire que ce n’est pas un service d’instruction un peu autonome qui enquête, mais le commandement lui-même. Et bien le résultat est absolument surprenant : il y a eu des « erreurs » et des « ratés », mais rien qui ressemble à un crime de guerre. Joseph Votel adopte la ligne de défense de Sven Mary : les cadres militaires de l’aviation US sont des petits cons, qui ont l’intelligence d’un cendrier vide. Des buses, incapables de commettre un tel crime.

Évidemment, ces conclusions étaient totalement attendues, et elles n’apportent donc rien. En revanche, ce qui est sidérant, c’est l’attitude de MSF.

L’ONG réaffirme qu’il s’agissait bien d’un crime de guerre et « exige » l'ouverture d'une enquête « indépendante et impartiale » qui serait conduite par une « commission internationale humanitaire » afin d'établir les faits. Le tout entouré d’une logorrhée verbeuse, qui permet à une presse assoupie de parler de l’intransigeance de MSF. Sauf que dans ce que dit MSF, tout est bidon.

MSF « exige »… mais auprès de qui ? et en fonction de quel texte ? quel cadre juridique ?  Ce n’est pas une exigence, mais un caprice. De plus, quel statut et quel pouvoir pour cette « commission internationale humanitaire » ? Le droit sans procédure ? C’est de la pure illusion, un spectacle de maniement des mots,… alors qu’il existe un moyen très simple d’avoir recours à une vraie justice, reposant sur de vrais textes, et pour prononcer de vraies sanctions.

L’Afghanistan a ratifié le traité de la Cour pénale internationale (CPI), et tout crime de guerre commis sur le territoire peut être jugé par la CPI. Il suffit de déposer plainte. Le gouvernement afghan ne le fera jamais car il en a pris l’engagement auprès des États-Unis, conditions imposées pour que les troupes US restent sur place. En revanche, une ONG peut parfaitement déposer plainte.

Donc c’est très clair :

- soit MSF dépose plainte devant la Cour pénale internationale, il y aura alors une enquête internationale visant l’application du droit ;

- soit MSF ne le fait pas, et se contente de ses discours verbeux, et chacun comprendra que l’ « ONG » (ie : non gouvernementale) est tellement liée au système occidental qu’elle ne peut rien faire contre les États-Unis. Dont acte.

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Commentaires

  • Les pontes de MSF (qui voit évidemment des morts tous les jours) n'en sont pas à une poignée de victimes près : ont-ils sacrifié leur établissement et leur équipe à Kunduz... par pragmatisme ?
    La nouvelle cata meurtrière sur leur hôpital d'Alep est-elle une sorte de don de soi suprême, ou un remake de l'USS Liberty ? Sachant que l'armée syrienne et les bombardiers russes ont eu des tas d'occasions de pilonner par ci par là, pourquoi auraient-ils visé MSF juste quand leur cruauté rendrait service aux turcs + occidentaux qui essayent de nouveau le coup des corridors humanitaires ?

  • Infos supplémentaires sur le blog Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/adeline-chenon-ramlat/blog/020516/espace-de-parole-syrien-non-censure-l-hopital-meurtrier-dalep. Ca dépasse MSF car il y est question de trafic d'organes massif (réminiscence de la "maison jaune" en ex Yougoslavie), de 200 pédiatres actuellement en activité à Alep (mais sans doute vu de Paris ne comptent-ils pas comme alépins puisqu'ils ne sont pas du côté "libéré-par-la-charia"), d'une dépêche AFP qui mentionne un autre hôpital atteint par un obus (5 grands hôpitaux d'Alep avaient été détruits par des attentats kamikazes, coûtant la vie à plus de 1000 personnes sans trop émouvoir nos médias aux ordres). Il y a aussi sur Sputnik la preuve de source militaire que la scandaleuse "destruction de l'hosto MSF" date en fait de de bien plus longtemps. Propagande caractérisée : de quel côté ?
    Encore une fois, plutôt que de (sur)réagir à la médiatisation d'une horreur peu claire, on peut essayer de prendre du recul et voir le tableau plus large. En l'occurrence, il s'agit de vitupérer le "régime" et les russes qui continuent de se battre à Alep malgré le cessez-le-feu. Or, les mercenaires franco-turco-syriens d'al Nosra ne reconnaissent pas le processus de cessez-le-feu : les troupes "d'Assad" ont toute légitimité à les combattre. Les cris d'orfraie occidentaux en profitent pourtant pour minimiser la nouvelle escalade US, avec ses livraisons d'armes aux rebelles et avec ses propres boys intervenant en Syrie... ces deux ingérences étant criminelles au sens de la charte ONU.

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